‹ Histoire intérieure de Rome jusqu'a la bataille d'Actium. Tirée des Roemische Alterhümer de L. LangeChapitre 8 sur 175 · IV, 3] LE TRIBUNAT DE C. SEMPRONTUS GRACCHUS · texte numérisé non relu

IV, 3] LE TRIBUNAT DE C. SEMPRONTUS GRACCHUS

les citoyens romains ^ Elle fut immédiatement appliquée: C. Gracchus poursuivit ' partout {pro rostris, circinn conciliabida) de ses invectives P. Popilius Lœnas qui était atteint par cette loi ; Popilius Lœnas dut quitter l'Italie et s'exiler". Son collègue, P. Rupilius*, aurait eu le même sort, s'il avait encore vécu ^.

C. Gracchus proposa ensuite successivement, ou en même temps, une lex agraria, une lex friimentaria^, une lex militaris, et une lex de provincia Asia a cejisoribiis locanda.

La loi agraire était la reproduction, avec des additions, de celle de son frère; du reste celle de Ti. n'avait cessé d'être appliquée, point n'était besoin d'en renouveler les dispositions. Cependant C. paraît l'avoir fait^; sa loi .portait, comme celle de Tibérius, que les assignations paieraient l'impôt % et que Vager campanus serait réservé \' pour coordonner les nouvelles dispositions avec les anciennes^", il avait jugé qu'il valait mieux reprendre la loi tout entière. Sans aucun doute C. rendit aux Tresviri le pouvoir judiciaire que leur avait retiré Scipion en 129; nous nous rappelons que ce pouvoir leur avait été donné par une seconde loi de Ti. postérieure à la grande loi agraire. Privés de ce droit, les ù^esviri n'auraient rien pu faire. On ignore si c'est la loi agraire, ou une loi particulière, lex viana^\ rendue sous le second tribunat,

1) Sali., Cat., 51, 40. 22. Cf. Cic, Cat., 4, 5,10. 1, 11, 28.

2) Fest., p. 150. 201. 241. Gell., 11, 13. 1, 7, 7. Dicmed., p. 374 K. Cf. Plut., C. &>'., 3.

3) Plut., C. Gr., 4. Cic, de Dom., 31, 82. de Leg.,3 i\, 26. Cluent., 25, 95, de Rpp. 1, 3, 6. Diod., 34, 50. Schol. Bob., p. 252.

*) Vell., 2, 7.

5) Cic, Tusc.,i, 17, 40.

^) La loi frumentaire de C. Gracchus est la plus ancienne des lois de ce genre.

■) Liv., ep. 60. Vell., 2, 6. Plut. C. Gr., 5. Cic, de Leg. agr., 2, 5,

8) Plut., C. Gr.,9.

9) Lex agr., 6,22. I. L. A., p. 79. 80.

'") Aur. Vict., Vir. ill., 65, parle toujours des lois agraires au pluriel, leges agraria.

") App., b. c, 1, 23. Plut. C Gr. 6, 7. On met en doute l'existence d'une lex sempronia viaria; les dispositions qu'on lui prête pouvaient être contenues dans la lex agraria. On pouvait cependant faire des lois sur ce sujet :

38 LA DISSOLUTION DF, LA RÉPUBLIQÎE [lY, 3

qui assura aux Tresviri le droit de faire construire les routes rendues nécessaires par la division de l'ager publicus en petites propriétés; mais on conservait au sénat le droit de confirmer par dessénatus-consnlles les décisions prises à ce sujet dans la commission des Tresviri \ et le droit absolu de confier la construction des routes à d'autres magistrats ; ainsi nous sommes presque certain qu'une route fut construite en 123 par les soins du consul T. QuinctiusFlamininus*. Enfin la loi de C. renfermait cette disposition nouvelle : les Latins pauvres auront leur part d'assignations. On ne la trouve cependant formulée nulle part d'une manière nette, mais elle devait être inscrite dans la loi. D'abord, C. devait chercber à écarter l'opposition des Latins qui avaient mis en échec la loi de Ti., et, pour cela, il fallait les diviser, en mettant en lutte les intérêts des pauvres et des riches. L'hypothèse du reste est justifiée par un article de la loi agraire de 111. Cette loi avait pour objet de liquider la situation créée par les lois agraires des Gracques; or elle ne fait de distinction entre les citoyens romains et les Latins que pour les lots de terres distribués dans les colonies par le procédé du tirag-e au sort [soi'titoY; pour les possessions et les terres données aux citoyens individuellement {viritim) ^ elle ne fait aucune différence '\

La lex Militaris et la lex Frumentaria devaient, à ce qu'il semble, compenser pour les citoyens romains les avantages que C. avait cru ne pouvoir refuser aux Latins.

La lex Militaris défendait d'enrôler les jeunes gens avant dix-sept ans accomplis; elle diminuait la durée du service; elle mettait à la charge de l'État la fourniture des vêtements aux soldats citoyens \ Par la dernière disposition, les soldats

en 50 le tribun C. Scribonius Curio préparera une loi scribonia viaria. [N. D. T.]

1) Lex agi'., 11. 12. l.'i. I. L. A., p. 79- Cf. p. 90. Plut., C. (ir., G. 7. App., b. c, 1, 23.

3) Lexagr., 3. 15. J. L. A., p. 79. 80.

*) Cf. surtout Lex agr., 21. I. L. A., p. 80. 90.

=) Plut., C. Gr., 5; cf. Ascon., p. 68. Diod., 34, 48.

IV, 3] LE TRTBUNAT DE C. SEMPROMT'S GRACCHUS 39

de Rome obtenaient enfin une compensation des nombreux avantages qui avaient été assurés aux soldats latins après la deuxième g-uerre punique '. Le premier article visait les nobles; ils faisaient entrer leurs enfants dans l'armée avant l'âg'e de dix-sept ans ' comme compagnons [in conlurbeniio) du général en chef, et comptaient ces années comme années de service pour arriver plus tôt à la questure'.

La lex Frimientaria portait : ut populus pro frumenio^ qiiod sibi publiée daretiu\ in singulos modios senos œris et trientes pretii nomine exsolveret'\ Elle favorisait le citoyen de Rome de préférence au citoyen latin; celui de Rome avait maintenant le droit hautement affirmé de se faire entretenir par l'État. Au point de vue financier, l'État prenait une charge énorme*, puisqu'il s'engageait à fournir, pour le prix dérisoire le 6 1/3 as, tous les mois une quantité déterminée de boisseaux de blé. Mais là n'était pas le danger de la loi, le trésor public avait des ressources et pouvait faire face à la dépense. Voici où était le mal : on serait obligé de faire venir des provinces les grandes quantités de blé nécessaires pour des distributions presque gratuites, ce qui rendrait absolument impossible le relèvement de l'agriculture en Italie; or c'était le but que voulait atteindre le réformateur par la loi agraire. C. ne paraît pas avoir eu conscience de la contradiction que présentaient ses deux propositions; une seule chose le préoccupait à ce moment; il voulait à tout prix gagner les sympathies des prolétaires romains, et il croyait y arriver en leur réservant le bénéfice des distributions personnelles de blé.

La loi de Provincia Asia a censoribns locanda * avait pour but de faire produire le plus possible aux biens d'Altale, dont

<) Polyb., 6, 39; cf. Zon., 9, 2.

î)Cf. Liv., 25, 5.

■^) Pour arriver à la questure, il fallait avoir servi 10 ans dans l'armée :

7roXiTty.T|V o£ Xaoîtv àpyriv o-jx ïXza-z:-) oij5sv\ Ttpôxspov, ëav [xy) oixa ffTpaxetaç èv-

la-jaioy; r, TSTsXsxti,'. Polvb., 6, 19. Cf. Sali., Jwg.,63. Cic, P/anc, 11.

4) Sch'ol., Bo&,, p. 300; cf. p. 303. Liv., pp. 60. Vell. 2, 6. Plut., C. Gr., 5. App., h. c, 1, 21. Aur. Vict., Yir. ilL, 65., Diocl.,34, 48.

5) Flor., 3, 13. Diod., 34, 48.

«) Cic, m Verr. accus., 3, 6,12. ad Ait., i, 17, 9. Sch., Bob., p. 259. Front., ad Vnr., 2. p. 125.Naber., Lex axj., 82. I. L. A., p., 84; cf. p. 101.

Ti. avait voulu livror l'administration au peuple, afin d'alimenter le trésor où l'on devait puiser pour couvrir les frais de la loi frumentaire. La loi renfermait des dispositions très précises sur les douanes [porton'a]^ , déterminait les cas où on pourrait exempter les provinciaux de l'impôt, pour empêcher les exactions des puhlicains"; elle enlevait au sénat ou du moins limitait le droit qu'il avait eu jusqu'alors de fixer en tout ou en partie le prix des fermes". On comprend que le sénat et les financiers durent être fort irrités d'une loi semblable.

Pour recommander ces lois au peuple, G. Gracchus et M. Fulvius Flaccus ^ tinrent des réunions, oii ils prononcèrent les discours qui formaient autrefois un recueil intitulé Orationes de legihm promulgatis^ . La loi agraire ne rencontra pas d'opposition sérieuse. A ce moment G. donna une nouvelle preuve de son dévouement à la cause populaire : il combattit la proposition Marcia de M. Marcius Gensorinus*, qui voulait faire suspendre la loi Rutilia sur l'élection des tribuns militaires. La loi frumentaire souleva les plus violentes protestations de la part des nobles. On dit d'abord qu'elle épuiserait le trésor, qu'elle encouragerait la paresse des citoyens'. G. répondit avec habileté que la loi sur l'administration de l'Asie assurerait les ressources nécessaires, il donna le change au sénat, et se posa en défenseur des intérêts du trésor^ Le plus violent des adversaires de la loi fut le consulaire L. Galpurnius Piso Frugi^ G. se vit obligé de prononcer contre lui un discours particulier'". Xous ne pouvons dire si

') Vell., 2, G.

5) Cf. App., h. c, 5, 4.

^) Polyb., 6, 17.

*) Au commencement do 123, Flaccus avait triomphe, en qualité de proconsul des Liîrures Voconces, et des Salluves. ¥(M. (linmph. I. L. A., p. 460.

--) Schol. Bob., p. 365. Gell , 9. 14, 16. 10, 3, i. Fest., p. 201.

«) Charis., p. 208 K.

■) Cic, Scsi., 48, 103. de Off., 2, 21, 72.

8) Cic, Tusc, 3, 20, 48. Cf. Prise, p. 386 H.

9) Cic, Tmsc, 3, 20. 48.

">,) Schol. Bob., 2.33. Cic, Fo7\t.., 13,29.

IV, 3] LE TKinUNAT DE C. SEMPRONLUS GRACCHUS 41

ce fut à ce moment ou plus tard que furent prononcées les harangues de Q. ^Elius Tubero contre C. Gracchus, et les réponses de celui-ci ' ; nous savons seulement que Tubero, malheureux aux élections pour la préture en 128", combattit violemment C. comme préteur, ou comme prœtoriu^ en 423. Les nobles opposeront à la loi de Provincîa Asia une loi Aufeja qui fut probablement présentée par les préteurs. C. la combattit et la fit échouer'.

Quand les quatre leges sempronige furent votées, C. s'appliqua surtout à diriger l'exécution de la loi frumontairc et de la loi agraire. Pour assurer Tapplication de la première, il se fit nommer curator'\ et ne se laissa arrêter par aucun obstacle; à la première distribution de blé, Calpurnius Frugi essaya de l'embarrasser en se présentant pour recevoir sa part, disant que, puisque l'on gaspillait les trésors de la communauté, il voulait en avoir sa part^ S'appuyant sur une décision du sénat ^, et non sur une deuxième loi frumentaire', C, fit construire des dépôts de blé : on les appela sempronia horrea'^ pour perpétuer à Rome le souvenir du bienfaiteur du peuple. Une commission fut constituée pour l'exécution de la loi agraire; les Tresviri élus furent : G. Gracchus, M. Fulvius Flaccus% etc. Papirius Carbo'°. Les Tresviri s'appliquèrent d'abord à construire des routes, le sénat les approuva. Ils s'entourèrent alors d'employés, d'ingénieurs; C. déploya une telle activité administrative que toute la direction de l'État paraissait concentrée dans ses mains". Le sénat lui-même, découragé, subissait l'influence du tribun, nous en avons des

') Cic, Brut., 31, 117. Prise, p. 88 H.

2) Cic, Mur., 36, 75. Val. Max., 7, 5, 1.

3) Gell., M, 10: surtout 11, 10, 3.

*) Cf. Fest., ep. p. 48.

5) Cic, Tusc, 3, 20, 48.

«) Plut., G. Gr., 6.

") Aur. Vict., Vir. ill., 65, est le seul à se servir de l'expressiou leges frumentariœ.

8) Fest., p. 290.

9) Plut., C. Or., 10.

'^) Aur. Vict., Vir. ill., 05 nomme en troisième lieu C. Crassus, il a évidemment confondu C. Carbo et P. Crassus, le beau-père de C. Gracchus. ") Plut., C. Gr., 6. 7. Diod., 34, 48.

42 LA DISSOLniON DE LA RÉPUBLTQFE [IV, '.]

preuves. Le propréteur Fabius avait envoyé à Home un chargement de blé levé par contribution sur les villes d'Espagne ; sur la proposition de C. le sénat rendit un senatus-consulte qui désavouait le propréteur, et ordonnait la vente du blé au profit des villes d'Espagne. En faisant prendre cette décision, C. se rendit populaire auprès des habitants de la province', et dissipa la mauvaise impression qu'avait dû produire la loi sur l'Asie dans les provinces, que l'on metlait à contribution pour l'entretien des citoyens de Rome^. Maître du sénat, C. dut exploiter son influence pour obtenir l'autorisation' de fonder de nouvelles colonies en Italie et hors de l'Italie*; du reste ce moyen de soulager les misères du prolétariat répondait beaucoup mieux aux vues politiques du sénat que le partage de l'ager publicus.

Survinrent les élections; pendant la période électorale, il était défendu, en vertu des lois jElia et Fii/ia, de proposer des lois : il est prouvé que C. respecta cette défense ^ Vu sa grande popularité, que la loi frumentaire avait portée à son comble % C. n'eut aucune difficulté à assurer sa réélection'; M. Fulvius Flaccus fut aussi élu tribun pour 122*. L'influence de C. était si grande que le peuple eût voulu lui confier le consulat en même temps que le tribunal. Mais C. ne voulait pas réunir sur sa tête deux magistratures d'un caractère si différent, il eût du reste violé la loi; il invita le peuple à nommer consul C. Fannius Strabo^ Le peuple fit échouer L. Opimius*", celui qui avait détruit Frégeljes, et nommer Strabo avec Cn. Domitius Ahenobarbus. G. comptait beaucoup sur ce C. Fannius Strabo '', l'ancien compagnon

') Plut., c. Gr.,6.

2) Diocl., 34, 'i8.

■') Plut., C. Gr., 6.; cf. Eulrop., 4, 21. App., h. c, t, 23.

=) Cic, Vaf., 9, 23.

C) App., b. c, 1,21.

') Plut., C. Gr., 8. Liv., e^). 60. Vell., 2, 6.

8) App., b. c. 1, 24, 34.

») Plut.,C. Gr.,8.

'») Plut., C. Gr., 11.

") Cic, Brut., 26, 99 et seq. distingue deux personnages portant chacun

lY. 3] LE TRIBUNAT DE C. SEMPROMUS GRACCHUS 43

d'armes de P. Scipion Émilien devant Carlhage*; pendant son tribimat, il avait suivi les conseils et appliqué les idées politiques de son ancien chef; il était le beau- fils de C. Leelius^; C. espérait qu'il ne manquerait pas de prêter aux réformes l'appui de son autorité consulaire.

Après les élections *, avant d'entrer dans son second tribunal, C. s'occupa de faire exécuter le sénatus-consulte sur les colonies. Il proposa lui-même au peuple l'établissement de plusieurs colonies % à Tarente, à Capoue% à Scylacium''; son collègue Rubrius demanda la fondation d'une colonie à Carthage ^; pour la première fois on proposait d'établir une colonie de citoyens en dehors de ^Italie^ Il est certain que les décrets favorables du sénat et du peuple furent rendus en 123'^', mais l'établissement {deductio) n'eut lieu que l'année suivante ^*. Les colonies devaient être 'des colonies de citoyens ; C, toujours préoccupé des intérêts de la population italiote, admit les Italiens à prendre part à leur peuplement; parle fait même ils deviendraient citoyens ''.Les Italiens furent très satisfaits. Il fallut donner quelque dédommagement aux citoyens : C, malgré une disposition de la loi de Ti. reproduite dans la sienne de 123, profila de l'établissement d'une colonie à Capoue pour entamer Vager campanus et le distribuer aux citoyens pauvres.

Pendant son premier tribunal ", G. dut présenter aussi une

les noms de C. Fannius. Cic, a dû se tromper, voir Mommsen, 1. L. A,, p. 158.

') Plut., Ti.Gr., 4.

*) Cic, Brut., 26, 99, 100; cf. Attic, 16, 13 C, 2.

3) App., 16., 67. Cic, ad Attic., 12, 5, 3. LsL, 1, 3. de Rep., l, 12.

^) Plut., C. Gr., 8. L\v., ep. 60.

») Liv., ep. 60.

C) Plut., C. Gr., 8. Aur. Vict., Vir. iU., 65.

-') Vell., 1, 15.

») Plut., r. Gr.yiO.Lexrep., 22. I. L. A., p.59. Lexag., 59. I. L. A., p. 83.

9) Vell., 2, 7 [15].

10) Vell., 1, 15. Eutrop., 4, 21. Gros., 5, 12.

1') Plut., C. Gr., 8. il. App., b. c, 1, 24. L\v.,ep. 60. 12) Plut., C. Gr., 8. Cf. App., b. c, 1, 24. ") Liv„ ep. 60. Plut., C. Gr.,5.

lex judiciaria, ou du moins une première rédaction beaucoup plus modérée que celle de 122 '. On sait que le sénat étendait sa juridiction sur toutes les questions financières de la république'; il avait ainsi une g-rande autorité sur les riches propriétaires, et par là même sur tous les citoyens. C. avait essayé d'affaiblir ce moyen d'action par la loi sur l'Asie. De plus le sénats et c'était la grande raison de son pouvoir, fournissait seul des juges aux tribunaux : l'album du sénat était aussi l'album des juges, non seulement pour les tribunaux civils, mais aussi pour les tribunaux extraordinaires [qiiœstiones extraordinariœ] et pour la quœstio perpétua établie en 149. G. voulut faire disparaître ce privilège du sénat, et substituer à une oligarchie de fait une vraie démocratie'; avec la démocratie seule il pourrait poursuivre la réalisation de ses réformes, surtout de la loi agraire et des autres lois qui s'y rattachaient. Il crut qu'une demi-mesure suffirait, qu'il atteindrait son but en faisant inscrire sur l'album des juges un nombre de chevaliers égal à celui des sénateurs : l'album comprendrait 300 sénateurs et 300 chevaliers*. La proposition eut les sympathies des capitalistes, inquiétés auparavant par plusieurs dispositions de la loi sur l'Asie; mais le sénat fut froissé : on ébranlait une des bases sur lesquelles reposait le gouvernement des nobles. Alors C. voulut punir le sénat qui n'avait pas répondu à ses offres de conciliation, il chercha son appui dans l'ordre des chevaliers. Au début de son second tribunat. il proposa une loi beaucoup plus dure pour le sénat; les sénateurs devaient être exclus des tribunaux, et remplacés par les chevaliers ^ Le principal argument invoqué par C. fut la corruption des sénateurs, devenue scandaleuse dans les procès récents de L. Aurelius Cotta et de M. Aquillius\ Le sénat, pour sauver

») App., b. c, i, 22.

*) Pour Polybe (6, 13. 14. 15. 17) la compétence financière du sénat est la cause principale de sa haute situation dans l'État. [X. D. T.

3) Diod., 34, 48. Cf. Plut., C. Gr., 5.

*) Plut., C. G)'., 5. L[v.,ep. 60. parle de 600 chevaliers, mais le passage très confus ne fait pas autorité.

5) App.,6. c, 1, 22. Diod., 34, 48. Vell.,2, 6. 32. Tac, Ann., 12,60. FI., 3, 13. 17. Ps. Ascon., p. 103. 145.

") App., è. c, 1, 22, et voir plus haut, tome II, page 28.

IV, 3] LE TRIBUiNAT DE C. SEMPRONIUS GRACCHUS 45

les apparences et déguiser ses inquiétudes, rendit un sénatusconsulte par lequel il approuvait la proposition de soumettre la loi au vote populaire K II croyait pouvoir compter sur le vote négatif des pauvres, qui n'avaient aucun intérêt à voir les tribunaux exceptionnels et les tribunaux criminels (la loi visait les deux catégories de quœstiones*) composés de chevaliers plutôt que de sénateurs. Les chevaliers comprirent aussitôt les avantages que leur assurait la loi de C. : ils pourraient tirer de plus gros bénéfices des fermes, donner plus d'extension à leurs opérations fmancièresdansles provinces, assurés qu'ils seraient de n'avoir à répondre de leur conduite que devant les juges choisis dans leur ordre ; puis ils pourraient juger les magistrats % aussi ils appuyèrent C. de toutes leurs forces. Cependant la loi ne passa qu'à quelques voix de majorité *. Quand elle fut votée, C. put se vanter, avec raison, d'avoir brisé le pouvoir du sénat ^ ; en outre la loi judiciaire mettait aux prises les deux grands ennemis du peuple, le parti des optimales et l'ordre des chevaliers ^ En efl'el les chevaliers avaient pour les intérêts des citoyens pauvres la même indillérence que la noblesse. Or ces deux ennemis allaient s'affaiblir en luttant l'un contre l'autre avec les armes que leur avaient données C. ; déjà le plébiscite reddendorum equorum avait brouillé les chevaliers avec le sénat; la loi judiciaire leur donnait une place officielle dans l'Etat, un rang intermédiaire entre la noblesse et le peuple\ plus rapproché delà noblesse que du peuple; de plus elle les investissait d'un des principaux attributs de la souveraineté*. Le sénat allait se mettre en compagne pour reprendre les fonctions judiciaires, et il montrerait d'autant plus d'ardeur que les chevaliers allaient eux-mêmes lui fournir des armes, en exploitant leurs nouvelles fonctions avec une partialité

») App., b. c, 1, 22.

2) Cic, Brut. y 34,128. Cf. Sal!., J^j;. , 40. 65.

3) App,, b. c, 1, 22. Flor., 3, 12, 13. Cf. Cic, in Verr. ace, 3, 72,

'*) Diod., 34. 51.

-) App., 6. c, 1, 22. Cf. Plut., C. Gr.,5.

«) Diod., 34, 51. Cf. 37, 13. Cic, de Leg., 3, 9, 20.

8) App., b. c, 1, 22.

46 LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLlvLE [IV, 3

scandaleuse'. La république romaine était maintenant un corps à deux tètes*.

C. fut désigné pour choisir dans Tordre des chevaliers les personnages qui formeraient l'album des juges'. Auparavant le droit de désigner les juges appartenait implicitement aux censeurs chargés de dresser la liste des séndiieurs [lectio se?iatus). C, en se faisant désigner pour cette haute fonction, obtint dans la république une situation tout à fait exceptionnelle. 11 s'en servit pour aggraver la législation sur les procès de concussion ; son but était double : bien accentuer la dépendance de toutes les magistratures à l'égard des nouveaux juges, et affaiblir sur un autre terrain l'ancienne influence du sénat.

Il chargea son collègue, M. Acilius Glabrio\ beau-fils de P. Mucius Scevola", de présenter une loi dans ce sens. Glabrio proposa une lex repetundarum, que nous cortnaissons par des fragments assez importants d'inscriptions. Elle supprimait la lex junia repeiundarum (probablement de 126, v. plus haut, page 28, noie 6) qui était favorable aux nobles. Nous ne voulons pas donner le détail de la lex Acilia^, ce n'est pas la place ; nous ne voulons en signaler que deux dispositions, elles suffisent pour indiquer l'esprit dans lequel elle était conçue. Le nombre des juges pour les procès de concussion, ne devait être que de 450 : les sénateurs, les pères et les fils de sénateur en étaient exclus \ Quand l'accusation réussissait, si l'accusateur était un Latin ou un étranger, il recevait le titre de citoyen romain | s'il le refusait, on lui assurait, en vertu de la Rogatio fiilvia, le droit d'appel, c'est-à-dire la protection des lois Valeria et Porcia ^

1) App., b. c, 1, 22, Flor., 3, 12.13. 17. Cicéron présente les faits sous un aspect favorable aux chevaliers, m Verr. ace, 1, 13, 28.

2) Flor., 3, 17.

3) Plut., C. Gr., 6.

*) Ps. Ascon., p. 149. 165.

S) Cic, in Yen. act., 1, 17, 52. Ps. Ascon., p. 149. Cic, Brut., 68,

«) Cic, in Verr. act., 1, 17, 51. Accus., 1, 9, 26. La loi Acilia est aussi appelée lex Servilia. I. L. A., p. 49.

') Lexrep., 17. I. L. A., p. 59.

8) Lex rep., 76-79. 83 et seq. I. L. A., p. 62. 63.

IV, 3j LE TlUBUNAT DE C. SEMPROiNlUS GRACCHUS 47

C. Gracchus proposa lui-même la loi de provinciis consiikiribus. Le sénat avait le droit de faire la répartition des provinces, de désigner celles qui seraient consulaires, celles qui seraient prétoriennes; selon que les consuls désignés avaient plus ou moins ses bonnes grâces, il plaçait dans la première catégorie des provinces plus ou moins avantageuses. Les consuls étaient donc dans une grande dépendance à l'égard du sénat. Or C. voulait que les consuls tussent indépendants; il voulait que, sans avoir à s'inquiéter des faveurs sénatoriales, ils pussent prendre énergiquement en main la direction de la démocratie et la défence des intérêts populaires. Il résolut donc d'enlever au sénat l'influence qu'il conservait sur les consuls par le droit de disposer des provinces; il proposa de déterminer tous les ans les provinces consulaires avant les élections, avant que l'on connut les personnages qui seraient consuls*. Puis^ pour mettre à l'abri de toute intrigue les décrets sénatoriaux, C. inscrivit dans la loi que Tintercession tribunitienne ne pourrait les atteindre*. La loi était modérée, le sénat pouvait même la tourner, en prorogeant les pouvoirs d'un proconsul, quand il ne voulait pas donner telle ou telle province à un consul'. C'est la meilleure preuve que l'on puisse invoquer pour établir que C. ne voulait pas ruiner le gouvernement de Rome pour assurer le règne de l'anarchie démocratique. Comme dans son premier projet de loi judiciaire, il se contentait du strict nécessaire. S'il avait voulu l'annulation du sénat, il n'avait qu'une chose à faire, confier la répartition des provinces aux tribuns et aux assemblées de la plèbe. Son but n'était pas de supprimer le sénat, il voulait seulement l'affaiblir dans la mesure exigée pour l'exécution de la loi agraire ; puis à côté du sénat il voulait assurer aux consuls une indépendance absolue, et les amener à s'appuyer sur les tribuns et les chevaliers, au lieu de se traîner à la remorque du sénat. Quand Cicéron adresse de si pompeux éloges aux réformes de C. Gracchus, il a en vue les deux lois,

*) Cic, de Prov. cons. 2, 3. de Dom., 9, 24. Sali., Jug., 27.

*) Cic, de Prov. cons., 7, 17.

3) Cic, Balb., 27, 61. ad Fam., 1, 7, 10.

de Promue ia Asia a censoribus locanda el de Provinciis coiisir laribus * .

C. crut le moment arrivé de tenter la grande réforme qu'il avait déjà en vue quand il avait proposé la loi agraire, les lois sur les colonies et la loi Acilia. Une réforme radicale était nécessaire, il fallait mi remède énergique pour ramener à la santé une société qui allait entraîner l'État dans sa ruine. C. crut nécessaire de faire disparaître les inégalités de conditions, que la loi avait établies entre les citoyens, les Latins et les alliés. Il proposa la lex de Sociis : elle allait beaucoup plus loin que la proposition Fulvia de 123 : les Latins devaient avoir le droit de cité complet [civilas], les alliés lajuslatinum, mais modifié à leur avantage ; il leur suffirait de déclarer leur intention de s'établir à Rome pour être investis immédiatement du droit de suffrage, sans qu'ils fussent tenus d'attendre leur inscription sur les listes de citoyens'. Autant dire que le droit de cité allait être donné à tous les Italiens jusqu'à la frontière des Alpes'. Pour défendre sa proposition, C. rappela la conduite honteuse des magistrats, et même de certains nobles sans emploi à l'égard des alliés après le vote de la loi Claudia de sociis *.

En même temps fut présentée la loi Acilia Rubria. Nous n'en connaissons qu'une seule disposition : elle autorisait les étrangers à prendre part au culte de Jupiter Gapitolin'*. Ce culte était depuis Tarquin l'Ancien le symbole religieux de l'unité politique; G. dut pousser ses collègues les tribuns à modifier l'organisation antique dans le sens de la loi sempronia de sociis : les nouveaux citoyens devaient avoir part au culte symbolique de la patrie agrandie.

Pour décider les citoyens de Rome et des environs à laisser les Latins et les Italiens exercer leur droit de suffrage, le tribun imagina un nouveau système de vote, plus démocratique, pour les comices centuriates; il proposa une loi : ai ex

') Gic, de Leg. (igr.,2, 5, 10.

-') App., 6. c, 1, 23. 34. Plut., C. tir., 5. 8. 9.

3) Vell., 2, 6., Cf. Plut., C. Gr.,5,

') Gell., 10,3.

°j Scnutus comullnin de Aslyp. Bœckh., C. I., vol. II, p, 384, n" ,'485.

IV, 3] LE ÏRIBUNAÏ DE C. SEMPRONIUS GRACCUUS 49

confusis quinque classilnis sorte centuriae vocarentur^ . Le plan do C. n'est pas très bien connu; ou bien on devait diviser, au moyen du sort, les 350 centuries de fantassins en 5 groupes de chacun 70 centuries; ou bien chaque groupe (de 70 centuries) devait voter selon l'ordre que fixerait un tirage au sort. Par sa loi C. voulait rendre les élections consulaires plus démocratiques; les consuls ainsi élus travailleraient à l'exécution des réformes.

Malgré toutes les précautions prises [lex liubtia Acilia , lex deSuffragiis), la lex de sociis excita la jalousie des citoyens de Rome ; remplis d'égoïsme, ils ne voulaient pas partager avec les Italiens un titre qui leur assurait tant de privilèges. Le consul C. Fannius Strabo, élu grâce à C. Gracchus, prétendit qu'il avait approuvé la loi agraire, mais qu'il ne pouvait adopter les autres réformes ; il prononça un discours de sociis et nomine latino-, que Ton vantait encore au temps de Cicéron. Il lui fut facile de trouver des arguments décisifs: les Latins prendraient place à côté des citoyens dans les assemblées, dans les jeux et dans les fêtes' ; il faudrait partager tous les avantag-es avec les nouveaux citoyens, les privilèges des anciens maîtres de Rome seraient donc considérablement diminués. Des nobles combattirent aussi la loi, M. .Emilius Scaurus '*, probablement L Ga^cilius Metellus Diadematus% fils du Macédoniens, L. Furius Pliilus % et M. Plautius Hypsœus '. C. dut répondre à tous. On peut, sans crainte d'erreur, placer à l'époque des luttes ardentes livrées autour de la lex de sociis, les discours nombreux de C. adressés à ces ditJ'érents personnages. C. espérait sans doute faire triompher sa loi avec les voles des Latins alors h Rome; le sénat lui enleva cet espoir ; s'appuyant sur la loi jim/a, il charg-ea les consuls de chasser de Rome tous les Latins qui

') Sali., de Rep. ord., 2,8.

'j Cic, Brut., 2(3, 90. de Or., 3, 47, 183, Cburis., p. 143 K.

■'} Sali., Vid.,\>. 402 Halm.

') Cic, Sest., 47, 101,

-') Diom., p. 311 K.

'^) Diom., p. 401 Iv — ou bien Furniuj?

') Val. Max., 9, 5, .^\t. i.

oO LA DISSOLUTION DE LA RÉPUBLIQUE [IV, 3

n'avaient pas le droit de sutïrage ; ils devaient s'éloigner à au moins un mille de la cité '. Un autre obstacle se présenta bien plus difficile à surmonter : la noblesse gagna un collègue de C, le tribun M. Livius Drusus, fils du consul de 147'. Il s'engagea à faire opposition à la loi sur les alliés '■, et présenta trois propositions favorables au peuple ; elles étaient destinées à montrer que lui seul et le sénat étaient les vrais défenseurs des intérêts des citoyens.

La première rogatio Licia, conçue dans l'esprit des leges porciœ^ limitait les droits des magistrats romains sur la personne des Latins : quand ces derniers seraient à larmée, il serait interdit de les faire mourir en les frappant de verges {jieciwe verberibus) et même de les frapper [verberave)*. Ce n'était certainement pas un avantage nouveau assuré aux Latins en outre de ceux que leur accordait la loi Sempronia, comme le pense Plutarque ; on leur donnait cette légère faveur parce qu'elle ne portait pas préjudice aux intérêts matériels des citoyens, et parce qu'elle répondait à un article de la loi Fu/iia. et à un autre de la loi Acilia, celui qui promettait aux Latins le droit d'appel dans le cas où ils refuseraient le droit de cité. 11 est facile de comprendre que les citoyens auraient préféré reconnaître aux Latins la protection du droit d'appel, plutôt que de leur laisser les privilèges utiles de la cité.

La deuxième rogatio livia fut un amendement à la loi agraire ; Drusus demandait la suppression de l'impôt exigé de ceux qui avaient reçu des assignations : c'était une perte sensible pour le trésor, mais les citoyens devaient être satisfaits ^

La troisième s'occupait des colonies, elle s'appuyait sur le sénatus-consulte dont s'était servi C. pendant son premier tribunal. C. Graccbus et Rubrius s'étaient contentés de fonder trois ou quatre colonies, Drusus proposa d'en fonder douze

') App., b. c, 1, 23.

-) App., 6. c, 1, 23. Plut., C.Gr., S.

3) App., b. c.,i, 23.

*) Plut., C a,:. 9.

*; Plut., C. Gr., 0. Cf. App., A. '•., i, 23.

IV, 3] LE TRIBLNAT DE C. SEMPllO.NIUS GRACCIILS ol

nouvelles, ou douze en tout ; chacune serait de 3,000 citoyens'. Les pauvres aimeraient beaucoup mieux être secourus avec une si grande générosité, que d'attendre indéfiniment les assignations promises par C.

C. dut opposer son intercession aux propositions de Drusus; du reste Drusus ne paraît les avoir soutenues que dans le seul but de dépopulariser C. Gracchus*; il poussa le peuple à se défier de lui% et le ramena peu à peu vers le sénat*. 11 ne manqua pas de discréditer son collègue en insistant sur ses goûts pour la prodigalité '% et trouva une preuve de son désir d'arriver à exercer seul le pouvoir dans ce fait qu'il avait lui-même, contrairement aux lois Licinia et .i^butia, dirigé Texécution de lois proposées par lui. Drusus ajoutait qu'il se garderait bien de revendiquer à son tour un pareil privilège ^

Ainsi L. Drusus se faisait le déîensimr {patronu s) du sénat\ et se posait en sauveur venant guérir les blessures que C. avait faites à la constitution \ C. ne put faire voter ses dernières propositions, Livius du reste opposa son intercession ; une seule loi, la lex Riibria Acilia, peu importante d'ailleurs, fut adoptée. Après cela C. dut quitter Rome pour aller fonder la colonie de Carthage en qualité de triumvir colonise deduceiulse^ . C. n'avait pas le droit de sortir de Rome en vertu de ses fonctions tribunitiennes ; mais il avait commis la faute de laisser poser sa candidature au triumvirat lors des élections, et, par point d'honneur, il ne pouvait plus se dérober. On ne sait, vu les contradictions des sources *", si M. Fulvius Flaccus l'accompagna, ou s'il resta à Rome. C. fonda la colonie et lui donna le nom de Junonia ** ; il déploya une grande énergie ;

•) Plut., C. Gr., 9. App., h. c, 1, 23.

2) Cf. App., 6. c, d, 35. Diocl., 37, 18. Cic, Bnit., 28, 109.

3) App., h. c, 1, 23.

^) Plut., C. Gr., 8. 9.

') Plut., Ti. Gr., 2. Plin., n. h., 33. 11, .53, 147.

") Plut.,l'. Gr., 10.

') Suet., Tib., 3

») Çic, de Fin., 4, 24,60.

9) Plut., C. Gr.. 10. App., b. r., 1, ji. Liv., rp., 00.

'") App., /'. '•., 1, 2i. Plul., C. Gr., 10. 11.

") Plul , (:. Gr., 11. Solln., 27.

02 LA bl.SSULL llO.N DL LA ItLiaiJLlnlK [IV, 3

pour roconquéiii- sa popularilé. il augiueiita le nombre et l'étendue des lots : il y eut 6,000 lots ', et chacun fut probablement de 200 jug-ères -. C. resta éloigné de Rome pendant soixante jours seulement' ; mais Livius profita de son absence, et quand Tiliustre tribun revint à Rome, il trouva l'opinion complètement changée ; les nobles étaient devenus populaires. En vain il essaya de vanter la colonie Junonia, les citoyens ne se présentèrent pas en nombre suffisant pour assurer le peuplement, il fallut y envoyer les Latins et des alliés en grand nombre*. Les adversaires de C. exploitèrent les souvenirs historiques : le sol de Carthage, dirent-ils, avait été maudit par Scipion'^; ils annoncèrent ensuite, sur les lémoignages reçus de Carthage, que les présages et les prodiges avaient été défavorables à l'établissement de la colonie ^

C. n'abandonna pas ses deux lois de Sociis et de Suffragiis, il espérait les faire réussir au moyen de la basse plèbe iinfima plebs) et des Latins. Il abandonna sa maison du Palatin, et vint se fixer près du Forum au milieu de la population la plus malheureuse ; il invita les Latins à le soutenir au jour du vote. Mais C. Fannius. s'appuyant sur le sénatus-consulte dont il a été question plus haut, chassa les Latins de Rome ; ce fut en vain que C. promit par un édit sa protection tribunitienne à ceux qui désobéiraient à l'ordre du consul ' : C. dut renoncer à faire passer ses deux lois.

Il n'avait plus qu'un espoir, se faire réélire tribun pour la troisième fois; mais tous ses moyens d'action sur le peuple étaient épuisés. Il voulut encore essayer une dernière tentative : il fit démolir les stalles réservées pour les magistrats aux combats de gladiateurs, afin de donner de meilleures places au peuple ; le résultat fut d'aliéner ceux de ses col-

') App., h. cl, 24. Lib., i3t)

2) Lexagr., 59. GO. I. L. A., p. 83.

3) Plut., C. Gj'., 11.

^) App., h.c , 1, 24.

5) App., h. c, 1, 24. CI", Lib., 135. Cic, ^e U-g agr.. 1, 2, 5. 2, 19, 51 Zon., 9, 30.

«) App., 6. c , 1, 21. Plut , C. iir.. 11. Oios., 5, 12. Obseq., 33. ') Plut., r. tir., 12.

IV, 3] LE TRIBUNAT DE C. SEMPROMUS GRACCnUS .^3

lègues qui l'avaient soutenu jusque-là'. C. Gracchus ne fut pas réélu, et on nomma consul son ennemi personnel, L. Opimius, dont il avait fait échouer l'élection aux derniers comices'.

') Piul., r. Gr., 12. 2 Plut., C.Gr., i\. 12.

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