I.ib. Il, Siiel
L'EMPIRE HUMAIN
fut rompu avec éclat, et Julie fut reléguée dan» l’ile de Pandataria, sur les côtes de la Campanie (aujourd’hui Sainte-Marie), où elle devait vivre à l’état d’esclave. Scribonia, sa mcre, qu’Àuguste avait répudiée trente-huit ans auparavant, le jour de la naissance même de Julie, put aller partager sa solitude; mais ses complices de débauche furent punis de mort ou d’exil. C'était d'abord, dit Velleius Paterculus, Julius Antonius, singulier exemple de la clémence de César : violateur de sa maison, il vengea lui-même son crime; il était lils du triumvir; puis « Quintius Crispinus, couvrant une perversité rare par une horrible effronterie; Appius Claudius, et Sempronius, et Scipion, et d'autres d'un nom moins brillant appartenant aux deux ordres ; et tous furent punis comme s’ils avaient souillé la femme du premier venu, lorsqu'ils avaient souillé la fille de César et la femme de Néron. » Un dirait une plainte contre l’indulgence d’Auguste. Tacite, au contraire, accuse l’excès de la punition. « En aggravant, dit-il, sous le nom de religion violée, de majesté outragée, une faute divulguée entre hommes et femmes, il sortait de la modération des ancêtres et des termes de ses propres lois '. »
Contraste imprévu de jugement entre deux historiens, l’un servile toujours, l’autre toujours implacable!
Pendant ce temps, l’Orient s’était de plus en plus troublé. Tigrane, qu’ Auguste avait établi au trône d'Ar-
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AUGUSTE
niénie, avait laissé, à sa mort, un sceptre incertain à son fils et à sa fille *, et Auguste le leur avait arraché pour le remettre à Àrtavasde ou Artabaze *. Les Arméniens avaient chassé celui-ci à son tour, et les Romains l’avaient en vain soutenu de leurs armes. Les Arméniens s’étaient donné un autre Tigrane, et Phraale, roi des Partîtes, était accouru, soit pour les assister, soit pour tirer profit de leur anarchie.
Alors Tibère avait disparu de Rome; Auguste aimait peu pour lui-même les hasards de la guerre, il remit à Caïus César le soin d’aller contenir l’Orient, où il devait paraître sous le nom de son (ils5. Caïus n’avait alors que dix-neuf ans; Lollius, qu'on avait vu dans les guerres malheureuses de Germanie, lui fut donné pour modérateur. « Allez, dit Auguste à son fils d adoption, je vous souhaite la valeur de Scipion, la popularité de Pompée, et ma fortune1. » A son approche, le roi des Parthes s’effraya ; il était monté au trône en tuant son père, qui avait de même tue le sien; celte succession de parricides lui donnait peu de confiance dans le sort des armes, il courut se soumettre, et figrane, laissé seul en face des Romains, ne devait pas tarder à subir leurs conditions de paix.
Ici l’histoire entre dans l'ère qui va désormais régler la chronologie du monde.
' Tac., /la». 11, 5.
1 Tilleinonl, art. xil.
* Vcll. Pater , liv. 11, 101-102.
* Mut., de Fort. rom.
LERI'IRE ROMAIN
Auguste avait, peu d’années auparavant, l’an 741 de Home , rétabli l’ordre du calendrier romain, qui, depuis César, avait été faussé par l'inadvertance des pontifes1. L’a» 754 de Home , Rome arrivait à la trente-deuxième année depuis la bataille d'Actium, qui avait mis fin à la république, à compter du 1" janvier, qui avait précédé celte bataille. C’est celte trentedeuxième année, qui est la première par laquelle s’ouvre l’ère de Jésus-Christ, Père chrétienne , l’ère de la rédemption du monde. Ici écoulons et suivons une docte autorité.
« Presque toutes les personnes habiles, dit Tillemont, conviennent que Jésus-Christ est né avant ce lemps-là, et nous avons marqué sa naissance dès la vingt-septième année d’Auguste, selon l’opinion la plus commune aujourd’hui parmi les savants. Mais comme cette opipion n'est pas reçue de tout le monde et qu’elle ne changera pas la manière de compter les années établies depuis plusieurs siècles, nous nous conformons à cet usage, et nous ne comptons les années de Jésus-Christ que depuis celle-ci, qui eut pour consuls L. Æmilius Paulus, avec Caïus César, petillîls d’AugusLc. »
* Le joui' bissextil ne vait être introduit qu'aprés quatre années révolues, et les pontifes f 'aient introduit au commencement de chaque quatrième année ; cela faisait une somme de douze jours, au lieu de neuf, sur une évolution de trente-six ans. 11 fallut douze ans nouveaux pour réparer cette différence, et puis quatre ans encore pour donner beu à une intercalation nouvelle d'uu jour, ce qui devait conduire à l'an de Rome 7ô9.
AUGUSTE
Le docte écrivain ajoute celle note, qui est un éclaircissement nécessaire de la chronologie :
« 11 faudrait commencer les années de Jésus-Christ au 25 décembre, que nous croyons être le jour de sa naissance, et cela s’est fait longtemps en certains pays. Mais notre usage est de les commencer au 1er janvier suivant, avec l’année romaine et les consulats. » Maintenant reprenons la suite des événements.