CHAPITRE V
Rome a ses complots. Tout s'achève par des tragédies. Drame de Itrusus Libo. — Fourberie d’un esclave qui se l’ait |>asscr pour Agrippa Posthume. 11 est puni de mort. — Tout devient puéril et odieux.
— Délibération du sénat sur le lu\e. — Plainte plus sérieuse de Pison sur la corruption romaine. — Autre délibération sur le droit du sénat en l'absence de Tibère. — Le sénat décide qu'il ne saurait s’occuper d'affaires en l’absence du prince. — Tibère affecte de redouter la responsabilité de sa puissance. — Scènes d'abaissement —
— Triomphe de Gennanicus — L'Orient est troublé. Tibère envoie Germanicus en Orient, et en même temps l’ison en Suie. Germe de rivalités et d'attentats. Agrippine et Lirie. — Le feu des révoltes en Germanie. Moll funeste d'Arminius. — Germanicus en (Vient, l’ison suit scs préméditations de crime. — Manège de Pison et sa femme Plancinc. Alarmes des amis de Germanicus. Sécurité cl voyages savants de Germanicus. 11 rentre en son gouvernement de Syrie. Trames mystérieuses. Mort de Germanicus. Douleur dans tout l'Orient. Pison fait des sacrifices et rend grâces aux dieux. — Entreprises de Pison. 11 se retranche dans un fort. On le rappelle à Rome. — Emotions dans Rouie. Honneurs rendus à Germanicus. Retour d'Agrippine. Cortège funèbre. Les restes de Germanicus au tombeau d'Auguste. Tibère met des bornes aux explosions de douleur. 11 convie le peuple aux fêles. — Suite des ressentiments publics. Accusation de Pison au sénat. Défense de Pison. Haine contre Plancius. Pison se coupe la gorge. Sentence du sénat. Jugement de Tacite.
An de /{. 767. De J. C. 16. — Consulat de T. Sla lilius Sisenna Taurus cl de L. Scribonius Libo. — D'aulres anxiétés troublaient la vie de Tibère. Pendant que l’armée avait ses séditions, Rome avait scs
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complote. Les héritiers des grandes races sc sentaient parfois ramenés au souvenir de leur ancienne puissance, et, après que leurs ancêtres avaient mal supporté l’égalité de la liberté, ils supportaient mal l’égalité de la servitude. Alors il arriva que le dépit tint lieu de dignité, et quelques-uns de ceux qu’on appelait les optimales se crurent de force à attaquer par des trames secrètes ce qu’ils ne pouvaient plus espérer combattre par des séditions de place publique. Il y eut des conspirations : c’est, dans tous les temps, le signe le plus lamentable de l’impuissance des vieux partis. Même quand les conspirations réussissent, elles ne produisent que des attentats stériles.
Mais, à Rome, à l'impatience d’obéir s’ajoutait l’ambition de supplanter ceux qui étaient maîtres ; ambition qu'on pouvait croire justifiée par l’orgueil des vieux noms et par l’ignominie des dominations nouvelles. Seulement, la corruption avait tout nivelé, cl les plus fiers étant parfois les plus vicieux, leurs complote ne pouvaient être que des témérités plus semblables à des fantaisies d’orgueil qu'à des* préméditations d’indéjiendance.
C’est ainsi que Drusus Libo, de la race des Scribonius, arrière-petit-fils du grand Pompée et petit-neveu de Scribonia, première femme d’Auguste, se laissa engager par un sénateur, Firmius Catus, dans une conspiration qui devait, pensait-il, l'élever dans Rome à la seule puissance qui convînt à de tels souvenirs de gloire. « Jeune, étourdi, facile aux chimères, il aspira
à des succès que nul en son temps n'eût pu espérer, et que lui-même n’eût pu espérer en aucun temps1. » El pour s'enhardir en ses projets, il consulta des devins, s’entoura de gens jierdus, fit des dettes, déploya un luxe insensé et se donna la popularité des débauches. Firmius Gains l’exaltait dans sa folie, se ruinait avec lui, et en même temps le trahissait. Il fil savoir à Tibère les desseins de Drusus Libo. Tibère laissa aller la trame, et pour donner plus de sécurité à l’étrange conspirateur, il le fît prêteur, l'admit à son intimité et le combla de faveurs. « Il eût pu arrêter ses discours et ses actes, dit Tacite, il aimait mieux les connaître. » Tout s’acheva cependant par des tragédies. Le complot fut déféré au sénat. D’odieux délateurs rapportèrent des crimes qui pouvaient paraître nouveaux. «Il yen eut un qui était, dit Tacite, un génie célèbre entre les accusateurs, et avide de méchante renommée. » II se nommait Fulcinius Trio : celui-là accusa Drusus Libo de lui avoir proposé d’évoquer les ombres infernales. Poursuivi de la sorte, on vit le malheureux conspirateur, en habit de deuil, s’en aller, suivi des grandes dames de sa famille, les premières de Rome, demander secours et pitié de maison en maison, et solliciter des défenseurs devant le sénat. Chacun eut des prétextes pour s'excuser; la raison de tous, c’était la peur. Drusus Libo n’eut plus qu’à tendre les mains vers Tibère, et Tibère le voyait à ses pieds sans émotion. C’est ainsi
* Scnet., Epi il. 70.
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que se jugea le procès. On produisit des tablettes écrites en lettres magiques : c’était le crime principal ; et enfin, comme Libo niait qu’il eût tracé ces caractères, on mil ses esclaves à la torture, après les avoir fait passer en la possession de l'État; c’était le subterfuge légal d’Auguste, qui, afin qu’il ne fût pas dit qu'on interrogeait par la torture des esclaves contre leur maître, avait voulu que l’État commençât par les acheter. Drusus Libo put voir que son arrêt était porté d’avance; sa maison était enveloppée de soldats; tout lui était un présage funeste; il demanda le délai d’un jour, et, pendant ce temps, il délibéra de mourir de ses propres mains ; sa préparation fut lente et anxieuse.
11 voulut se donner une dernière volupté : celle d’un • *
festin; hideuse joie, et plutôt semblable à un dernier supplice. Après cela, le courage lui manquait pour se frapper du glaive; il demandait à ses esclaves de lui rendre ce bon office, en leur mettant son épée dans les mains; les esclaves s’enfuirent; resté seul, dans les ténèbres, il finit par s’enfoncer le fer dans les entrailles, et ses affranchis étant accourus avec des soldats, on le trouva mourant. Telle fut l’issue d’une conspiration qui devait faire de Drusus Libo un empereur. Ses biens furent partagés entre ses accusateurs, et il y eut dans le sénat une étrange émulation de votes pourflétrirson nom et sa mémoire ; Tibère regardait ces jeux d’esclaves dans un silence de mépris. On renouvela, à celte occasion, de vieux décrets contre les devins; deux d’entre eux furent frappés de mort; tous
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furent chassés d’Italie ; mais Tibère croyait à la magie, et il laissa tomber les décrets.
C’était une de ces époques où l'esprit des hommes s'attache à ce qui est chimérique, et se nourrit de fables et de mystères. Cette disposition donna lieu à la fourberie d’un esclave, qui remua quelque temps les opinions en se faisant passer pour Agrippa Posthume, que Tibère avait fait mettre à mort à ses débuts de règne. Toute l'Italie aussitôt s’était émue; le faux Agrippa courait de cité en cité, faisant des assemblées furtives, séduisant les populations et semant l’enthousiasme. Tibère fut en proie aux indécisions. Fallait-il armer la force publique contre un esclave? Fallait-il laisser une vaine crédulité s’éteindre d’elle-même? Rien n’était à dédaigner, et pourtant tout était à craindre; ainsi hésitait-il, dit Tacite, partagé entre la honte et la peur'.
Enfin on surprit l'aventurier ; on le mena à Tibère chargé déchaînés, un bâillon dans la bouche. Tibère l’interrogea : « Comment, lui demanda-t-il, es-tu devenu Agrippa? — Delà même façon, répondit-il, que tu es devenu César. » L’audacieux esclave faisait trembler Tibère; quelques personnages s’étaient mêlés à à cette intrigue; Tibère étouffa ces ridicules complots en faisant mourir l'esclave sans bruit, dans un lieu écarté du palais, et faisant disparaître son corps, comme si l’éclat du supplice eut dû révéler d’autres coupables.
' i Ainhigmis pudoriset indus. ■ (Tac.. Ann., lib. II, 40.)
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Tout devenait puéril et odieux à la fois; un certain Vibius Rufus avait épousé Terentia, qui avait été la femme de Cicéron, et il avait en sa possession la chaise curule où s’asseyait J. César au sénat, et près de laquelle il avait été tué. Ces deux circonstances lui avaient donné la prétention d'èlre aussi un personnage, et peu s’en fallait que son ambition ne fût d’aspirer au premier rang. Tibère, cette fois, fut généreux, il se moqua de lui, et le fit consul.
Peu après, le sénat délibéraitsur unequestion d’une autre sorte. Rome s’abîmait dans le luxe. Un ancien consul, Q. Ilaterius, cl un ancien prêteur, Octavius Fronto, voulaient qu’on réprimât ce monstrueux étalage d'opulence qui couvrait des mœurs infâmes. Asinius Gallus défendit le luxe par des raisons toujours nouvelles en tous les temps de dégradation : le luxe était le signe de la richesse publique; et ne fallait-il pas que les puissants de l'État eussent des établissements de maison dignes de leurs noms et «le leurs fortunes? On discuta cette thèse, et Gallus trouva un facile assentiment à des opinions qui, sous de beaux noms, étaient un aveu et une apologie des vices’.
Il restait néanmoins quelques caractères qui parfois se révoltaient à ces parodies de la liberté. L. Pison, un nom illustre, se mit un jour à déplorer l’abaissement des âmes, la corruption des jugements, les effronteries des brigues; il n’y avait plus à Rome de liberté que
1 Tacile.
pour les accusateurs ; les gens de bien n’y étaient plus en sûreté, et pour lui, il annonçait sa résolution de s’aller cacher en un lieu où il n’entendit plus parler du genre humain Celte scène inquiéta Tihère, et Pison parut dangereux ; peu après éclatait d’une autre façon l’indépendance du sénateur. Pison avait un démêlé d’argent avec une favorite de Livie, nommée Urgulania, et il la cita en justice. Cette femme se croyait audessus des lois; appelée auparavant en témoignage devant le sénat, on l’avait vue dédaigner d’y comparaître, cl il avait fallu qu’un prêteur allât recevoir son témoignage dans sa maison. En l’attaquant, Pison blessait Livie et Tihère; et tous ses amis, effrayés, le pressaient de se désister. Pison ne céda point; il fallut que Livie pavât (tour sa favorite; on loua la modération de Tihère, mais il gardait sa blessure, et Pison expia plus tard sa liberté.
Un autre Pison, Cn. Pison, porta au sénat une question plus générale. Tibère devait s’absenter de Rome, et il s’agissait de savoir si le sénat siégerait on son absence ; Cn. Pison voulait qu’il n’y eût pas d’interruption dans les affaires, et il y avait en cette opinion un reste de liberté. Asinius Gallus trouva des raisons d’État pour que le sénat ne s’occupât point des affaires en l’absence de Tibère; c’était la dignité du sénat de délibérer sous les yeux du prince, et le sénat cn fut d’avis, sans que Tibère eût besoin de dire une parole.
Cet Asinius Gallus, dans une autre rencontre, fut moins heureux à entrer dans les vues de Tibère. Jl
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proposait que désormais la désignation dos magistrats se fit, non pour un an, mais pour cinq ans; en même temps, il demandait que la préture fût assurée aux commandants des légions, et enfin que le prince désignât douze candidats pour chaque magistrature.
Il n’était pas douteux, dit Tacite, que cette proposition allait plus avant et qu’elle entrait dans les secrets de l’empire.
Tibère la discuta, en aflectanl de la redouter comme un accroissement de sa responsabilité et même de sa puissance. « C’était, disait-il, une chose grave pour sa modération d’avoir à choisir ou à rejeter tant de candidats; à peine chaque année était-il possible d’éviter les irritalions, quoique l’ajournement soit adouci par une prochaine espérance; mais que de haines lorsqu’on sera rejeté au delà de cinq ans ! Et puis les magistrats désignés pour un an sont prompts à se laisser aller à l’orgueil, que sera-ce s'ils restent cinq ans dans leurs magistratures? Enfin, on projmsait de quintupler les magistratures et de violer les lois, lesquelles avaient réglé le temps pour la poursuite des candidatures et pour l’exercice des honneurs.
« Farces semblants de modération, dit toujours Tacite, il retint l’énergie du pouvoir1. »
Dans la présente histoire, des incidents, qui semblent n’être que des particularités, mettent à découvert tout l’abîme où Rome est tombée.
* Tac., Ann. lit», II. 57
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Il y avait à Rome un petit-fils d’Hortensius, le grand orateur. Il s’appelait M. Hortalus, c’était le vieux nom de sa race. Son père, mis à mort par ordre d'Antoine, après la bataille de Philippcs, ne lui avait laissé que des dettes et des exemples de débauche, et Auguste lui avait, plus tard, fait une largesse d’un million de sesterces ', l’obligeant à se marier pour que ce grand nom ne mourût pas. Mais ce don ne l’avait point relevé de la ruine, et on le vit un jour paraître au sénat avec ses quatre enfants, implorant pour eux les secours publics. Là, jetant les yeux tour à tour sur la statue d’IIortensius l’orateur et sur celle d’Auguste, il parla en ces termes : « Pères conscrits, ces enfants, dont vous voyez le nombre et le jeune âge, sont venus au monde, non parce que j’ai souhaité une postérité, mais parce que le prince l'a voulu ; après tout, mes ancêtres méritaient bien que leur race ne fût pas éteinte. Pour moi, qui, dans la bizarrerie des temps où nous avons vécu, ne pouvais recevoir ni m'assurer soit la richesse, soil.la faveur du peuple, soit l’éloquence, ce patrimoine de notre maison, il m'eût suffi de ma médiocrité; n j ma dignité n'en eût souffert ni aucune prétention n’en eût été importunée. Mais, s'ur l'ordre de l’empereur, je me suis marié. Voilà donc la race, voilà la descendance de tant de consuls, de tant de dictateurs! et je ne rappelle pas ces souvenirs pour défier l’envie, mais pour appeler la miséricorde. Ces enfants, César, aime-
* 192,129 fr. d’apris M. Lettonne; 212, WIO fr. d'après M. Girod. Oict. des Monnaies.
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rnnt à devoir un jour leur honneur à votre munificence; en attendant, défendez de la misère les petits-fils d’Ilortensius, les nourrissons du dieu Auguste'. »
Étrange discours, qui attestait l’abaissement des vieilles races! Le sénat était disposé à s’attendrir; Tibère se donna des airs d’austérité : « Il ne faut pas, dit-il, que tout a* qu’il y a de pauvre s’envienne ici remuer la pitié; le trésor n’y suffirait pas; » et làdessus, il étala une philosophie économique, où se cachait sa joie de l’humiliation d’une race illustre. Au discours de Tibère, il se fit dans le sénat un mélange de murmures et de silence, troublé seulement par l’assentiment de ceux qui sont accoutumés, dit Tacite, à tout applaudir dans le prince, le bien et le mal. Tibère s’en aperçut, et il dit que si c’était le vœu du sénat, il ferait une largesse aux enfants; Horlalus ne dit mot, soit peur, soit dignité; et Tibère ne laissa pas moins la race d’IIortensius s’en aller mourir dans sa misère.
An de H. 7(58. De J. C. 17. — Consulat de C. Culius Ilufus et de L. Pomponius CI uct us. — Alors vint le triomphe de Gcrmanicus. Tibère voulut lui donner une grande pompe, comme pour cacher son envie. Le peuple, avec plus d'abandon, laissa éclater sa joie. Les dépouilles de la Germanie ornaient le triomphe, et la famille d’Arminius et de Ségesle suivait le char. Germauicus excitait surtout l'enthousiasme par sa dignité affable ; on aimait à le voir entouré de
1 Tac., Ann. lib. II, 37 et 38.
ses cinq enfants, « et toutefois, dit Tacite, de secrètes alarmes entraient dans les âmes, par le souvenir de la faveur du peuple, qui avait été peu propice à Drusus, son père, et par celui de Marcellus, son oncle, enlevé à la tendresse publique; double souvenir des amours du peuple romain, amours passagers et néfastes *. »
Au reste, Tibère distribua des largesses au nom de Germanicus* et se désigna pour son collègue au consulat . Mais en môme temps il cherchait à le perdre en l’entourant d’honneurs. Une occasion s’offrit d’elle-môme.
Tout l’Orient était troublé. Les Part lies étaient surtout en proie à des révolutions; Rome leur avait donné un roi, Vononc, fils de Phraate, qu’elle avait élevé dans ses vices; ils le chassèrent, et, s’étant sauvé en Arménie, il y fut poursuivi par Artabaze, de la race des Arsacides, et roi de Médie, que les Parthes avaient appelé à leur secours. L’Arménie elle-même était en feu. Le trône y était vacant; on y fit monter Vonone, le fugitif; mais Artabaze le précipita, et mit à sa place son fils Orode.
En même temps, la Cappadoce avait ses nouveautés, mais fruit de la politique de Tibère. Archélaüs, des^ Cendant d’un des généraux de Mithridate, y avait été établi roi par Antoine, et il y régnait sagement depuis
* • Brèves cl infcslns (îopuli Rnmani amores. « (,-tnn., lib. H. 41.)
* Trois cents xestercrs par tète. Crevier dit ; 57 livres 40 sous ; les éditeurs de Tacite, MDGCCXXIV, 57 fr. '28 c.; — d'après le Dictionnaire de J. Girod, — environ 65 fr.
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cinquante ans. Auguste l’avait laissé en paix dans son État; mais lorsque Tibère s’était retiré à Rhodes, le sage roi s’était abstenu de lui témoigner de la sympathie; celte réserve lui fut fatale. Tibère, empereur, l'accusa de trames imaginaires, et le vieil Archélaüs fut obligé de se justifier; il parut au sénat, pliant sous le poids des ans; le chagrin épuisa son reste de vie, et sa mort étant survenue, son royaume fut réduit en province.
Enfin, la Comagène, la Cilicie, la Syrie et la Judée avaient leurs ébranlements; la Comagène venait de voir mourir son roi Antiochus, la Cilicie son roi Philopator, et leur succession était disputée, quelques-uns voulant se donner à Rome, d’autres voulant maintenir la royauté. Quant à la Syrie et à la Judée, elles étaient épuisées de tributs, et elles demandaient à Rome d’être soulagées.
C'est pour mettre ordre à ces grandes confusions que Tibère proposa au sénat d’envoyer Germanicus en Orient avec des pouvoirs que n’avaient point eus les proconsuls. Ainsi cachait-il sa pensée d’aversion; et en même temps il instituait gouverneur de Syrie Cn. Pison. caractère altier, intraitable, héritier de l’esprit superbe de son père, qu’on avait vu partisan outré de Brulus cl de Cassius, et puis à peine assoupli par les caresses d’Auguste; ce que se proposait Tibère, c’était de jeter sous les pas de Germanicus une rivalité puissante, d’autant que Plancina, femme de Pison, autre caractère indomptable, devait offrir une lutte ardente
I/K.MI'IHE HOMAI.N.