CHAPITRE VI
Tragédies d’une autre sorte dans la Thrace. Inlerveulion de Tibère |<ai l'astuce. — A Rome la fureur des spectacles redouble. — Ktal des moeurs. Passion des nouveautés. Politique de Tibère. Peu d’événements publics. Scandales judiciaires. Tristes punitions. — Loi dite Papia Poppxa sur le célibat. Révision de cette loi. — Néron, lils de Germanicus, prend la roltc virile. Destinée sinistre. Quelques grands noms s’éteignent. — Intrigues et délations. — Extension des lois de majesté. Abus infimes. Le crime de majesté est mêlé !i toutes les délations et à toutes les poursuites. Occasion de licbetés. In poète étranglé dans sa prison. Sénatus-consulle à ce sujet. Hypocrisie pom le moment. Protection pour la suite. — Quelques événements au dehors. Soulèvement dans les Gaules. Julius Florus et Julius Sacrovir. Tibère annonce au sénat la compression des révoltes, et son projet de retour à Rome. Lâcheté des adulateurs. Tibère les persifle. — Guerres en Afrique. Blé“sus vainqueur est proclamé imperator. — Redoublement de luxe dans Rome. Tilière affecte la simplicité. Réforme proposée. Délibération du sénat. Lettre de Tibère, furieux monument. Les édiles renoncent il la réforme. — Jugements. — Tibère demande au sénat la puissance tribunilicuue pour Drusus. Le sénat répond par des actions de grâces aux dieux, avec des statues et des inscriptions en lettres d’or. — Til>ère blâme le sénat. — Suite de sa politique. Il laisse au sénat des semblants de délibération. — Il réparait à Rome. — Mot de Tibère sur les sénateurs. — l’n proconsul accusé de majesté. — Il est condamné. — Tibère modère le sénat. — Autres condamnations. — Incendie. Mort de Junia. nièce de Caton, femme de Cassius. sœur de Brutus. — Eclat des obsèques.
Dans le temps que s’était déroulé ce drame de Syrie, funeste révélation d’une époque où il ne devait y avoir
«le sécurité ni pour le génie, ni pour la vertu, des tragédies s’étaient, en d’autres lieux, dénouées par des crimes moins raffinés et moins mystérieux. La Thrace avait eu un roi, ami de Home, nommé Rhœmétalcès» lequel avait laissé ses États à son frère Rhescuporis et à son fils Colys, l’un, vieux barbare, capable de tous les crimes, l’autre, jeune homme doué de vertu et de politesse; tous les deux avaient été mis sous le patronage romain : mais, à la mort d’Auguste, l’oncle féroce avait égorgé le neveu pour avoir son domaine. El . Tibère, d’abord ému des troubles que faisait celte anarchie de famille, au lieu de venger le crime par les armes, le punit par l’astuce. Il envoya dans la Mœsie un gouverneur, Pomponius Flacons, qui, ayant été autrefois frère d’armes de Rhescuporis, l’attira à lui sous des dehors d’amitié, et l’envoya prisonnier à Rome. Tandis qu’on lui enlevait son royaume, la veuve de Cotys l’accusait devant le sénat. Il fut relégué à Alexandrie, où peu après il fut mis à mort ; les fils de Cotys, enfants en bas âge, reprirent le sceptre sous la tutelle de Trebellienus Rufus, un ancien préteur, «pii gouverna sous leur nom.
Ainsi Rome distribuait au loin sa justice; et, en même temps, elle était en proie â des vices que la langue moderne ne sait point raconter, et dont la langue ancienne n’a pu même égaler l’horreur. Résumons les récits en quelques mots. La fureur des spectacles avait donné aux mœurs un caractère de férocité mêlé de débauche, que nulle corruption n’a-
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vait jamais connu. Les Romains avaient fini par aimer le sang; ils couraient au cirque pour jouir de la volupté du meurtre, et eux-mêmes se jetaient dans ces combats hideux, privilège des esclaves ; les femmes s’exaltaient à ces horribles fêtes, et de la frénésie du carnage elles passaient à l'orgie des prostitutions. Tandis que les fils de sénateur* et de chevaliers bravaient les lois et l’infamie en paraissant dans les cirques et sur les théâtres, les grondes dames se faisaient inscrire sur la liste des courtisanes, se soumettant de bonne grâce à une prescription de police que les édiles avaient cru suffisante à contenir l'impudicité. Rome tout entière était comme une prostituée, et Tibère lui-même s’en effraya.
Une femme d’un rang prétorien, nommée Vislilia, ayant, avec plus d’effronterie, bravé la pudeur publique, son mari, Labéon, fut mis en cause pour n’avoir pas usé contre elle de la puissance que lui permettaient les lois; il s’excusa parla raison que les lois lui donnaient soixante jours pour la punition de l’adultère. La femme fut réléguée dans l’ile de Sériphon; mais des exemples isolés de répression laissèrent aux mœurs leur frénésie.
A cette perversion s’ajouta la passion des nouveautés et surtout des nouveautés mystérieuses. D’horribles superstitions s’étaient glissées dans Rome à la place de la religion disparue. C’est le caractère des temps impies, de courir vers ce qui est monstrueux ou inconnu : le dieu Anubis des Égyptiens eut à Rome un
culte secret, et ce culte fut une orgie. Mais un scandale éclata. Une Romaine de rang illustre, du nom de Pauline, ayant résisté à un corrupteur, celui-ci imagina de lui faire savoir, par les prêtres égyptiens, que le dieu Anubis était devenu amoureux d'elle; et le corrupteur, devenu dieu, put assouvir sa passion. Au bruit de celle énormité, les magistrats s'irritèrent : les dieux égyptiens furent chassés, leui's prêtres furent mis en croix, leurs temples détruits, et leurs statues jetées dans le Tibre.
Les Juifs étaient nombreux à Rome ; ils avaient aussi leur prosélytisme ; on les chassa de même. Quatre miiie d’entre eux furent enrôlés, en vertu d'un sénatusconsulte, et envoyés dans Pile de Sardaigne, sous prétexte d’y aller réprimer les brigandages. L’ile était malsaine, et si les Juifs qu'on y envoya devaient y périr, le dommage ne serait pas grand ; vile damnant, dit Tacite. Ainsi, Rome se sentait travaillée par des choses nouvelles, et elle se défendait par la barbarie des décrets.
Tibère, cependant, continuait de déconcerter les jugements publics par sa politique. Le peuple souffrant de la cherté des blés, il fixa un prix pour l’acheteur, et s'obligea à payer au vendeur un supplément de prix par boisseau. On voulait, à cette occasion, lui donner le nom de père de la patrie déjà décerné ; il ne le voulut point, et il s’irrita violemment contre quelques-uns qui le félicitaient de remplir l’olïice des dieux, et l’appelaient seigneur de là, dit Tacite, les
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difficultés du langage sous un prince qui redoutait la liberté et haïssait l'adulation.
Peu d'événements publics se mêlaient aux incidents de palais. Drusus reçut l’ovation pour ses exploits d’illyrie; peu après mourait Yipsania sa mère, seule des enfants d’ Agrippa, à qui il fut donné de ne pas mourir d’une mort tragique ou prématurée.
Puis reparurent des scandales judiciaires. Une femme d’un nom antique, Lépida, qui comptait pour aïeux les Émiles, et tenait au sang de Pompée et de Sylla, après avoir été destinée par Auguste à son plus jeune fils adoptif, L. César, avait ensuite passé par plusieurs mariages, les souillant tous par l’adultère, et son dernier mari ,SuIpicius Qui rinius, qui depuis longtemps l'avait répudiée, avait fini par l’accuser non-seulement pour ses mœurs infâmes, mais pour des pratiques mystérieuses de sortilèges, toujours suspectes d’empoisonnement; et, à cette accusation, se mêlait le nom des Césars, comme si Lépida avait violé leur majesté en interrogeant les devins sur leur fortune. Tibère apporta dans ce procès ses ambiguïtés accoutumées. Sulpicius Quirinius était unvieux flatteurde son pouvoir; détail d’une race obscure, et par l’adulation il était devenu puissant et riche; c’est ce qui appela l’intérêt et la pitié sur sa femme, et aussi ce qui fit les hésitations de Tibère. Mais sa pensée était entrevue, et l’accusée s’effraya. Alors des scènes théâtrales furent jetées au travers de l’accusation. Des jeux étant célébrés au théâtre de Pompée, on vit Lépida paraître, suivie de
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ce qu’il y avait de plus illustre parmi les dames romaines; elle poussait des cris, elle invoquait ses aïeux, elle appelait le nom de Pompée, elle suppliait le peuple, et le peuple ému, répondantà ses lamentations par les larmes, se mit à maudire et à exécrer l'accusateur, se plaignant qu’on sacrifiât à sa vieillesse solitaire, à sa maison inconnue, une femme qui avait dû être la belle-fille du divin Auguste.
Mais lis débauches de f.épida étaient avérées; Tibère voulut que les esclaves de Quirinius fussent interrogés, et il déclara qu’il résultait de leurs réponses qu'elle avait tenté d'empoisonner leur maître; l’exil de l.épida lut prononcé. Peu après, Quirinius mourait, maudit par le peuple; Tibère lui fit décerner des funérailles publiques.
Vers ce temps on vit rentrer à Home I). Silanus, eelui qu’on avait pu accuser d’ètrc un des corrupteurs de Julie, la petite-fille d’Auguste, et qui depuis avait vécu dans l’exil. Tibère le rendait à sa famille, mais il le laissa sans honneur.
L'attention se porta sur un objet plus général.
Auguste, dans sa vieillesse, avait fait porter une loi sur les mariages, dans le double dessein de réprimer l’abus du célibat et dégrossir les revenus du trésor.
Le célibat, à Home, était infâme, et le mariage, * même, était un calcul de débauche; vainement le législateur avait tenté d’opposer à la corruption des dispositions pénales; la perversité était plus habile que les lois.
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La loi d’Auguste, dit e Papiu Poppæa1 * *, était, d'ailleurs, d’une obscurité qui donnait lieu a des interprétations pleines de périls ; « de sorte, dit Tacite, qu’auparavant c'étaient les désordres, aujourd’hui c'étaient les lois, qui étaient funestes, » et, à ce sujet, le grand historien exprime en deux pages l’esprit de la législation romaine, depuis les rois jusqu’à l’empire. Les Douze Tables avaient d'abord résumé tout le droit ; pu is le nombre des lois s’était accru à mesure que s’était aggravée la corruption. Dans les guerres civiles la réforme des mœurs avait été tentée, mais par des lois que faisait la force et que la force abolissait4. Auguste enfin, dans la plénitude et dans la sécurité de la puissance, avait détruit tout ce qu’il avait prescrit comme triumvir, et il avait imposé des lois nouvelles sous lesquelles nous devions, ajoute Tacite, jouir de la paix et du principal.
Mais ees lois furent d’une âpreté outrée, et donnèrent lieu à une action de surveillance et de délation, où les familles étaient menacées de périr. La loi Papia Poppca, en même temps qu'elle réglait la condition des mariages, interdisait aux célibataires le droit de succession, « de sorte que si le droit des familles était
1 Elle Tut porter l'ail 70*2, sous le consulat de Papius Mulilus et île i). l’oppæus ; de là son nom.
5 « Cn. Pompoius lertium consul, corrigcndis moribus delectus, et gra-
\ior remediis qnain deliria eranl, suanimque leguin auctor idem ac subversor, quæ armis tuebatur, armis amisit. » (Tac., Ann. lit*. III.)
Phrase admirable, et qui explique la vanité des lois faites dans tous les temps de révolution.
interrompu, le peuple romain, comme le père de famille universel, était saisi de ce qui tombait en déshérence. » Or les dénonciateurs avaient le droit d’un quart sur ce qu’ils faisaient entrer au trésor; de là un système d’inquisition, qui fil trembler Rome, l’Italie, tout ce qu’il y avait de lieux habités par des citoyens1.
C’est donc à ce mal que Tibère voulut remédier; la loi Papia Poppæa fut soumise à la révision d’une commission de cinq consulaires, de cinq prétoriens, et d’autant de sénateurs choisis par le sort. La plupart des prescriptions furent tempérées, mais ni la douceur, ni la sévérité ne j>ouvaient quelque chose contre des désordres que faisaient les mœurs, et que les lois ne pouvaient guérir.
A ce moment Néron, fils de Germanicus, prenait la robe virile, et Tibère l’élevait avant l’àge aux honneurs de la questure et du pontificat, se faisant absoudre en cela par le sénat, comme s’il avait eu besoin d’être autorisé à violer les vieilles coutumes. Néron, en même temps, était marié à Junie, fille de Drusus ; il y eut à Rome des fêles et des largesses; une destinée sinistre se levait, et le peuple, qui aimait le sang de Germanicus, la saluait comme une espérance. L’année en s’achevant vit s’éteindre quelques hommes éminents ; Tacite nomme Yolusius et Sallustius Crispus, l’un honoré par des charges de magistrature, l’autre arrivé par des voies cachées à la confiance de Tibère ;
1 Tac.. Ann. Iil>. III. 27. 28.
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celui-ci, d’une race équestre, était entré dans la famille île Salluste, le brillant auteur des annales romaines; sa faveur fut extrême ; il eut tous les secrets du prince, et il sut le dessein de mettre à mort Posthumus Agrippa. Mais comme Mécène, dont il avait été le rival, il vil dans sa vieillesse tomber son crédit: « c’est, dit Tacite, comme une destinée de la puissance de n’ètre pas éternelle, soit fatigue de la part de ceux qui n’ont plus rien à donner, soit satiété de la part de ceux qui n’ont plus rien à recevoir. »
An de H. 772. De J. C. 21. — Cumulai de Tib. César Auguste IV et de Dr usas César 11. — A l’occasion du consulat qui se montre dans l’année nouvelle, les historiens remarquent que tous ceux qui furent consuls avec Tibère eurent une tin fatale. Varus avait péri dans un désastre; Germanicus venait de disparaître dans un drame obscur; Drusus, à son tour, ne va pas tarder à périr.
Ce consulat est fécond en intrigues et en délations. Tibère s'éloigne de Rome comme pour leur laisser plus de liberté, et il va se cacher dans la Campanie sous prétexte de santé ; Drusus préside au gouvernement.
Le sénat s’occupe de rivalités sans grandeur; Corindon se plaint qu’au spectacle un jeune homme, L. Sylla, ne lui ait point cédé la place d'honneur; les vieux sénateurs continuaient de croire aux vieil!: s mœurs et au vieux respect. La dispute s’achève par une réparation.
Corbulon gardait la sévérité romaine dans les choses d’adminislralion. Il avait été chargé de veiller à l’entretien des routes que les entrepreneurs laissaient dépérir; il ruina le public par son âpreté.
D’autres encore partageaient cet esprit de réforme; Cccina Severus voulait qu’il fût interdit aux gouverneurs de province et aux généraux d’armée d’amener avec eux leurs femmes; le sénat délibéra, comme s’il eût été en des temps d’austérité. La réforme ne fut pa> adoptée.
Un autre mal s’introduisait, suite de la divinisation des Césars. Des misérables, s’armant d’une image de l’empereur, s’en allaient décriant, injuriant, menaçant les gens de bien ; la sainteté de l’image assurait 1 inviolabilité de la diffamation et de l’insulte, et ainsi voyait-on des esclaves et des affranchis chercher l’impunité de l’outrage contre les maîtres et les patrons. C’était la plus infâme extension des lois de majesté, et sous cette protection de la divinité impériale, les scélérats faisaient trembler la ville entière. 11 fallut des précautions d’éloquence pour dénoncer ces infamies. « Les princes, à la vérité, dit C. Cestius au sénat, étaient comme des dieux; mais les dieux eux-mêmes n’écoutaient que les justes supplications, et nul criminel ne courait au Capitole ou dans quelque autre temple de Rome pour y abriter ses forfaits. »
Drusus, qui gouvernait en l’absence de l’empereur, seconda la répression de ce désordre. 11 se mêlait à la société romaine et il en entendait les murmures ; on
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lui sut gré, dit Tacite, de tempérer le système secret de son père.
Mais une autre terreur continuait de sévir : la terreur des lois de majesté.
Alors le crime de majesté était le couronnement des accusations, on le mêlait à tous les autres, au péculat, à l’adultère 1 ; et c’est par là qu’on avait la main sur ceux qu’on ne pouvait saisir autrement, tout était violation de la majesté, un mot frivole, une raillerie sans préméditation, une parole échappée dans l’ivresse. Ce fut un grief capital d’avoir châtié un esclave auprès d’une image d’Auguste, ou bien d’être allé aux latrines en gardant à son doigt une pierre gravée avec l’image du prince’. Tibère s’amusait de ces raffinements de servitude, et comme il voyait aussi quelle haine s’allumait dans les âmes, il affectait de dire : « Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent*. » Un chevalier, Lutorius Priscus, avait fait des vers sur la mort de Germanicus, et Tibère l’en avait récompensé. Drusus étant tombé malade, le poète prépara des vers semblables; il chantait Drusus comme si déjà il n'était plus. Mais Drusus ne mourut pas, et l’indiscret poète lut ses vers à quelques sociétés de femn es. Un délateur se trouva qui déféra le crime au sénat, crime nouveau, et sur
' Tac., Ann. III, 38.
* i Unicuin crimcn eorum qui criniine varabant. » (Plin., Pitney. — Son., de Bencf. Ul, 26.
* « Oderint dum incluant. » Ce n'était |ias un mot nouveau, ou le trouve dans Cicéron comme expression d’une politique de mauvais citoyen: quoi exciperenl improbi cives. ( Oral . pro Sexl.)
lequel on délibéra comme sur la violation de la ma jeslé. Haterius Agrippa, consul délégué, donna, à ce litre, le premier son opinion : il vola la mort du scélérat. Manlius Lepidus essaya de tempérer cette rigueur, mais par un vote motivé qui laissait au crime toute sa noirceur. Sa modération voulait ressembler à de la violence. « Nul supplice, disait-il, ni la corde, ni la prison , ni les tortures des esclaves, ne pouvait expier l’horrible forfait. Toutefois la clémence du prince et celle du sénat avaient parfois adouci les punitions, et en cette rencontre la rigueur pouvait se tempérer, d'autant qu’il y a loin d’une pensée à un acte, «le la parole à un attentat. » Et l’orateur clément ajoutait : « J'ai souvent entendu notre prince se plaindre, si «(uelqu'un avait prévenu sa miséric«»rde par une mort volontaire. La vie de Lutorius n’est pas en jeu, ne court pas de risque : sauvé, il n’est pas un péril pour la république; mis à mort il n’est pas un exemple utile. Ses poésies ne sont qu’un vain délire; rien de grave, rien de sérieux de la part d’un homme qui ne sait pas même garder le secret de ses folies, et dont toute l’ambition est de s'insinuer, non dans l’esprit des hommes, mais au cœur des femmelettes. Toutefois qu'il soit chassé de la ville, «jue ses biens soient confisqués, qu’il soit interdit de l’eau et du feu. C’est mon opinion ; il faut qu’il soit traité comme s'il était tombé sous- la loi de majesté. »
C’était une opinion de miséricorde, mais le sénat fut inexorable; un seul consulaire, Rubellius Blandus, osa