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An de It. 781. Üe J. C. 50. — Consuls , M. 17nieins, L. Cassius Long! nus. — Enfin Agrippine et Néron ne tardèrent pas à tomber sous la |>oursuite acharnée de Tibère et de Séjan. Le sénat s’était tenu prêt aux vengeances. 11 condamna Agrippine, et la relégua dans l’ile de Pandataria, où Auguste avait autrefois exilé sa mère Julie. Néron, déclaré ennemi public, fut transporté dans l’ile de Pontia, non loin de Pandataria. Quant à Drusus, son frère, il avait servi d'instrument aux haines de Tibère, et on se borna A le tenir captif dans un caveau du palais1.
Tout devenait fantaisie dans le despotisme*. Asinius («al lus était beau-frère d’Agrippine, et il avait dans le sénat de l’autorité. Ayant été envoyé à Tibère pour un message que ne dit pas l’histoire, Tibère le traita avec honneur, l'admit à sa table et le combla de caresses. En même temps il l'accusait par une lettre auprès du sénat; de telle sorte qu’au moment où Asinius Gallus jouissait des faveurs du prince, le sénat le déclarait criminel et envoyait un questeur pour le conduire à la mort. Tibère s’amusa de ce contraste. Asinius voulait se tuer; Tibère l’en empêcha et le renvoya à Rome, où on le laissa vivre, mais comme un condamné que le supplice peut atteindre à chaque moment. Son reste de vie fut atroce; un seul ami lui restait, qui se nommait Syriacus : on le mit à mort pour ce crime.
A ce moment Séjan était au comble de la puissance.
* Suct.. in Tib.
* Dio Cass., lih. .‘>8.
L EMI'IRE ROMAIN.
Tibère, dans son des|>otisme, semblait obéira son ministre plutôt que suivre son génie propre. L’un et l’autre étaient associés dans l'adulation. Le même culte leur était rendu; à tous les deux on élevait à la fois des statues et des autels; tous les deux étaient dieux, si ce n’est que l’adoration du ministre était plus empressée parce qu’il distribuait les faveurs, tandis que le maître s’éteignait dans les débauches. On alla jusqu’à trouver bon que Séjan parût à son autel |>our s’adorer luimême; la lâcheté humaine n’était jamais arrivée à celle abjection.
Séjan se crut alors le droit de reprendre ses anciennes pensées d'ambition et de complot contre Tibère. Il était chef des gardes prétoriennes , toute la force de l’État était dans ses mains , rien ne semblait devoir s'opposer à ses desseins. Mais la trahison les rompit. Ses trames furent révélées à Antonia, mère de Germanicus, qui les fit connaître à Tibère par un esclave fidèle, nommé Pallas, qui devait plus tard être célèbre.
Tibère, effrayé, resta maître de sa dissimulation. Pour endormir Séjan dans la sécurité de ses trames, il l’entoura d’honneurs nouveaux; il lui parla de son mariage longtemps ajourné avec Livilla; et enfin il le déclara consul avec lui. Et à celte nouvelle le sénat redoubla d’adulation; comme il fallait que les consuls fussent à Rome pour prendre leurs charges, on vota des honneurs insolites pour leur entrée dans la ville. Séjan put croire que rien n’allait manquer à sa fortune.
Mais au moment venu, Tibère le laissa jwtrtir seul
TIBÈRE. T75
pour Rome, el il resta dans son île de Caprée. C’était l’apprêt de la tragédie.
An de R. 782. De J. C. 31. — Consuls , Tibcrius Cxtar Auq., L. y Elius Sejanm. — Rome ne soupçonnait rien de ces trames et de ces mystères, et Séjan fut reçu comme un maître avec tous les hommages de la servitude. Tibère laissa d’abord éclater ces manifestations; puis tout à coup il les déconcerta par des lettres d’une expression ambiguë, mêlant la plainte à la satisfaction, et laissant planer des pensées vagues, sujet de réflexion pour les prudents, d'inquiétude pour les obséquieux, d'élonnemeni pour Séjan lui-même.
11 y eut un moment où Rome crut voir Séjan ébranlé; à ce moment même Tibère affecta de le faire entrer, lui et son fils, dans un collège de prêtres publics du peuple romain; c’était un honneur suprême, les doutes s’évanouirent, la sécurité se rétablit.
La première partie du consulat se passa dans ces alternatives de mystère. Deux autres consuls, comme subdélégués, étaient entrés en charge, c'était Fulcinius Trio el Memmius Regulus. Une double intrigue allait se tramant, l'une à Caprée, l'autre à Rome, Tibère et Séjan épiant l'heure propice de consommer leurs desseins contraires. Séjan voulut retourner à Caprée, Tibère s’y opposa. En même temps, Tibère faisait prendre à Caïus, troisième fils de Germanicus, la robe virile avec un grand appareil de solennité, el il le décorait de la dignité de pontife. Il semblait le montrer au peuple, qui sentit en effet s’éveiller son vieil amour pour
le sang de Gernianicus; il y eut à Rome des explosions de joie, et à celle vue Séjan retomba dans ses étonnements et dans ses anxiétés.
Et alors Tibère éclata, mais selon son génie, avec un mélange de ruse et de haine, de décision et d’ambiguïté. Il avait appelé à Caprée quelques hommes de résolution, et il leur avait confié le secret et aussi l’exécution de sa vengeance. Tout étant concerté, une longue lettre par lui adressée au sénat, et écrite avec un artifice savant de méchanceté et de bassesse, exposa ses plaintes, d’abord en termes vagues, qui ne semblaient avoir rien de menaçant; Séjan était à peine nommé; puis par degrés laissant entrevoir quelques griefs, mais sans appeler la punition ; et à la fin il désignai1 deux confidents du ministre, qu'il fallait, disait-il, envoyer à la mort; c’était dire assez que le ministre était le vrai criminel. Et pour mieux faire comprendre la nature du crime, il se représentait comme un vieillard sans défense, il appelait sur lui la pitié, et il demandait que l'un des deux consuls, vînt le prendre à Caprée avec un corps fidèle pour le conduire en sûreté dans Rome.
A cette lettre le sénat sortit de ses angoisses; on lui montrait le coupable, il était prêt à le frapper. Mais déjà la justice était faite.
Les affidés de Tibère, armés de pouvoirs militaires, s’étaient saisis de Séjan; on le mena du palais dans une prison, et aussitôt accourut le peuple avec des outrages et des huées. Rome entière vouait au supplice celui
TIBÈRE
que jmîu auparavant on avait reçu avec de lâches honneurs. Il se cachait le visage dans sa robe ; mais le peuple la lui arrachait pour se repaître de sa honte; on lui rappelait ses crimes, on se riait de son ambition; on abattait sous ses yeux ses statues; on l’accablait de persitlages et d'ironies. Tristes explosions, non moins humiliantes pour le peuple que pour le tyran! Vaincu, on le bafouait; vainqueur, on l’eût adoré ' !
Le sénat n’eut d’autre rôle que de régulariser la justice déjà consommée. 11 courut s’assembler au temple de la Concorde; et là Séjan fut condamné à mort. Aussitôt on l'étrangla, et son corps fut livré au peuple, qui trois jours s'amusa à le traîner avec des crocs dans les places, et enfin jeta dans le Tibre ses misérables restes déchirés en lambeaux.
Il y eut d’autres arrêts et d’autres supplices. Tacite les avait racontés; quelques mots échappés parient du courage d’un condamné, qui, après avoir passé le jour entier à entretenir avec calme ses amis, les surprit brusquement en se perçant du glaive qu’il avait caché dans sa robe.
Enfin les enfants de Séjan, tout jeunes encore, furent eux-mêmes condamnés à périr. La justice était devenue une barbarie, et la barbarie eut des raffinements qui font frémir l’histoire. L’un des enfants, une toute jeune
• .... Idem populus, si Nortia Tusco
Favisscl
hac ipsa Sejanuin dicerel lior.i
Augusltim. •
(Juvcn. Salira XI.)
L’EMI’IRE ROMAIN.
fille, ne soupçonnant pas la mort, demandait en quel lieu on la menait cl quelle faute elle avait commise, el elle s’écriait qu’elle ne le ferait plus'; elle suppliait qu’on laf punit des verges, comme il convenait à son âge. La punition de la pauvre enfant fut une atrocité que l'histoire ose à peine dire. Comme il était sans exemple qu'une fille non nubile fût frappée à mort, on crut sauver l’inhumanité par l’infamie; et le bourreau eut ordre de violer l’enfant avant de l’étrangler.
Telle était la justice qui vengeait Tibère. Les corps des enfants furent exposés aux gémonies; et à celte vue la femme répudiée de Séjan, Aupicata, courut désespérée se donner la mort.
Peu après, Tibère poursuivait de sa vengeance Livilla, cette veuve de Drusiis, devenue complice de Séjan; il la fit mourir de faim, et le sénat porta un décret pour abolir ses images.
Enfin le peuple eut aussi ses arrêts de justice. Il se mit à massacrer pêle-mêle tous ceux qui avaient été les complaisants ou les favoris de Séjan. Rome se remplit de meurtres; les soldats prétoriens eux-mêmes se mêlèrent. au désordre; ce ne fut que par degrés que s’apaisa l’ardeur de tuer.
Alort on revint à la tranquillité accoutumée de la servitude. Le sénat décerna des honneurs infinis à Tibère, qui les dédaigna. Il voulut aussi décerner des récompenses à ceux qui avaient eu le plus de part à la
’ • Neque facturai!) ultra. » (Tac., Avn. V.)
TIBjÈRE.
punition de Séjan; ils les refusèrent; on était en des temps où c'est un péril de s’élever; l’exemple de Séjan faisait trembler, soit qu’on se souvînt de sa puissance, soit qu’on se souvînt de sa ruine.
LES LOIS ROMAINES AVANT L’EMPIItK
Les auteurs de la grande édition Biponline de Cicéron ont, pour l'intelligence de leur texte, réuni par ordre alphabétiijtic les loi' principales de Rome jusqu'à la lin de la république1. Ce travail a été fait sur d’autres travaux antérieurs, et notamment sur ceux du commentateur français Lallemanl; je vais en extraire quelques indications principales, qui sulliront à faire connaître l’esprit des lois romaines, selon quelles étaient faites en vue de la conservation de la constitution primitive ou du renversement de ses voulûmes.
Le mot loi, lex, disent lis éditeurs, dérive de et ils citent l’autorité de Cicéron, ce « mitre suprême de la latinité: la loi est l'expression de ce qui est bon; elle est donc un choix; à moins qu'on n'aime mieux faire dériver le mot loi, lex, de >670;, raison, ou puissance de discernement; toute cette notice des éditeurs est d'une belle philosophie : nous sommes aujouid'hui loin de ces doctes et calmes études ; mais elles méritent d'ètie connues. Je ne [mis ici que les signaler.
' M. Tullii Circronis opéra ad optimas ediliones collai» sludiis socictalis llipontinir; lliponti CI3I3CCI.XXXI 'J7RI). Vol. lertium, Index Ixgion.
Mentionnons seulement ce qui se rapporte aux formes suivies |Kmr la proposition et pour lu délibération des lois. Ceci rentre dans l’objet de l'Iiistoire.
La loi. — Le projet de loi était exposé en publie durant trois ours, a lin que chaque citoyen eu pût prcndie connaissance, et que le tribun du peuple dissident pût déclarer son opposition. Après quoi ou applait le peuple aux suffrages, et les citoyens venaient par curies, par centuries, ou par tribus donner leurs voix. La lormule d’adoption était : uti rogas.
Les lois avaient des noms ou des caractères dix ers, selon qu’elles étaient présentées par des consulaires ou par des tribuns , ou même selon qu’elles étaient délibérées par centuries, pir curies ou par tribtis. Les patriciens seuls avaient le droit d’applcr la délibération par centuries et par curie; les tribuns apielaient les tribus dans lesquelles était répartie la multitude, la plèbe; de là la différence des désignations. Les lois priées par tribus étaient des plébiscites; les autres s’appelaient centuriatx, curiatx, lois de centuries ou de curies. Les plébiscites n’étaient pas des lois , mais ils liaient le puplc, s’ils étaient ratifiés par un séuatus-consulte.
Cette variété explique les vicissitudes et les contradictions de la législation romaine.
Mais indé| vend, miment des lois ainsi faites sous l’inspiration des partis qui se disputaient la prééminence, il y avait à Home des lois constitutives et fondamentales, qui étaient sacrées pur le puplc entier. Elles remontaient aux rois Homulus, Nu ma, Tatius, Servius; puis étaient venues les lois dilcs des Douze Tables, qu’on applait décemvirales, parce que dix délégués, decitn vin, avaient été chargés de les recueillir en corps de droit; et c’est sur cette base que reposait la république, jusqu'à ce que l’esprit «le révolution vint mettre eu oubli l’antiquité. « Enfants, disait Cicéron, nous apprenions les douze tari fs connue un chant obligé, et prsonuc aujourd'hui ne les connaît1. *
A cel aperçu, «pie j’abiége, les éditeurs ajoutaient deux pges de Tacite, où le grand historien avait embrassé, disaient-ils, toute l’histoire du droit romain. Notons aussi ces pages, tout incomplètes
1 Dr tey.. II, 23.
NOTES
qu elles sont, en ce qui concerne la véritable origine de la société et de ses lois.
« Il nie faut remonter, dit l'admirable historien, aux principes du droit, et expliquer comment Rome est activée à cette multitude iufinie et à cette variété de lois.
« Les premiers hommes, vivant encore sans passion, sans méchanceté, sans crime, étaient aussi sans répression et sans châtiment; il ne leur fallait pas davantage de rémunération, puisque d'cux-mémes ils se poitaient au bien, et n’ayant point de pensées mauvaises, leurs actes n'avaient pas besoin d'étre contenus par la peur.
« Mais dès que l’esprit d'équité commença à s'affaiblir, et qu'à |a place de la modestie et de la pudeur, l'ambition gagna les âmes avec la violence, il s'éleva des dominations qui s'enracinèrent pour longtemps chez beaucoup de peuples. Puis on se fatigua de lu royauté, et quelques-uns aimèrent mieux le régime des lois; or les lois lurent d'abord simples; les plus célèbres lurent celles des ('.rétois, dictées par Minos, celles des Spartiates, dictées par Licurgue; bientôt les Athéniens en reçurent de plus savantes et déplus nombreuses, écrites par Solon.
« Quant à nous. Romulus nous avait régis à sa fantaisie; Nuina vint ensuite enchaîner le peuple par les rites religieux et |«ir le droit divin; quelques lois furent dictées par Tullus et Ancus; mais le grand faiseur de lois fut Servi us Tullius; aux lois il assujettit même les rois. Tarquin chassé, le peuple lit des entreprises contre le parti des Pères jiour défendre la liberté et nlietmir la concorde; des décemvirs furent créés, lesquels, ayant recueilli ce qui s’était fait ailleurs de plus parlait, en composèrent les douze Tables, définition de l'absolue équité. Car les lois qui vinrent ensuite, bien que portées partais eu vue de la répression des crimes et de la punition des jnallaiteurs, furent plus souvent détei minées par l.i dissension des ordres, par la poursuite inique des honueurs, par l cxpulsiou des hommes illustres, et quelques-unes même furent ai radiées par la violence en vue de desseins pervers. De là les Gi acclies et les Saturninus, ces agitateurs de la populace; de là Dr usus, non moins pertui Dateur, sous le nom du sénat; de là de folles espérances et de chimériques interventions des confédérés. Même en pleine guerre
italique, transformée bientôt en guerre civile, on vit naître di*s multitudes de lois contraires, jusqu’à ce que b. Sylla, dictateur, abolissant ou réformant les lois anciennes, et les remplaçant par îles lois nouvelles, produisit un état de calme qui ne devait pas durer longtem|)s. l'eu après renaissaient les propositions turbulentes de f/epidus, et lis tribuns reprenaient leur liberté d'agiter le peuple à leur làntaisie. Alors reparurent les | impositions de lois, non en vue du bien commun, mais au gré de chaque intérêt privé, les lois se multipliant à mesure que la république était plus corrompue- Enfin Cn. Ponqiée, consul pour la troisième fois, choisi pour la rélormalion des moenis, recourut à des remèdes plus graves que les délits, et tour à tour auteur et violateur de ses lois, perdit par les armes ce qu'il défendait par les armes. De là une anarchie continue durant vingt ans; plus de coutume, plus de droit; les noirs excès lurent impunis, et les vertus furent fatales. Enfin, en son sixième consulat, César Auguste assuré de la puissance, abolit ce qu’il avait ordonné comme triumvir, et il institua des droits sous lesquels il nous devait être donné de jouir de la paix et du principal. #
Tel est le résumé de Tacite; ce n’est point une histoire d ilrûit, comme l'avaient dit les éditeurs de Cicéron; c’est une vue de génie sur la multitude de lois par où Rome devait s’en aller mourir sous la volonté d’un maître, habile à couvrir du nom de paix la servitude.
Voici du reste le tableau abrégé des lois romaines jusqu’à Auguste; il peut servir à éclairer les jugements sur l'histoire de la république.