‹ Histoire l'Empire romainChapitre 30 sur 39 · MONNAIES ROMAINES · texte numérisé non relu

MONNAIES ROMAINES

Les mêmes éditeurs du Cicéron des Deux-Ponts avaient uiis en tête du troisième volume une note sur la valeur des monnaies romaines par rapjiort à la livre tournois de France. Cette note n'a pas perdu de son intérêt, malgré le changement opéré depuis dans les monnaies françaises; ce sera un terme de plus de comparaison avec les valeurs actuelles.

La première monnaie frappée à Rome l'avait été par Servius Tullius.

Le type primitif était l’as de cuivre. Il y eut des demi-as, des tiers et des quai ts d’as.

Dans la guerre punique ou commença à frapper des deniers d'argent. Le denier fut de dix as. Il y eut des deniers de cinq as, qu'on ap|iela vietoriati, parce qu’ils |>ortaient une effigie de la Victoire. Il y en eut de deux as et demi; ce furent les sesterces.

Le sesterce d’argent fut donc le quart du denier. Puis vint le seslercium, qui ne lut pas une pièce de monnaie, mais la désignation d’une quantité donnée de scrstcrccs ; cette quantité fut de mille.

De là le système numérique des monnaies romaines.

D'après l'évaluation des éditeurs des Lieux-Ponts, le denier romain était égal au drachme grec, et équivalait à douze, d’autres disent à dix, ou seulement à huit sous de Fiance; cette dernière estimation est celle de Dacicr.

Le sesterce, par conséquent, pouvait valoir deux sous et demi de France.

11 y eut ensuite le nummus d'or, qui, équivalant à vingt-cinq deniers d'argent, réjiond à douze livres dix sous tournois.

D'après ces évaluations, voici quel était le tableau dressé par les éditeurs des Deux-Ponts. Je garde le texte latin, plus propre à faciliter l’intelligence et la comparaison des valeurs.

NOTES

Mille æris, sive mille asses 501.

Quinquaginta millia æris 2,500

Centum millia a*ris 5,000

Centum sestercii 12 1. 10 s.

Ducenti sestercii.. 25

Sesterciûm, sive mille sestercii immmi. . . 125

(juinquaginla sestercia 0.250

Centum sestercia 12,500

Au-dessus de tes valeurs on ajoutait les mots bis, ter, quater, quitupties, decies, centies, mitlies, bis millies, etc.

Mille sestercia, vel sesterciûm decies (ou sous-entendu cen-

ties), decies centena millia sesterciûm. . 125,000 I.

Ouinquagics (sous-enlendu centies ) sesler-

ciùm. 025,000

Centies sesterciûm, c’est-à-dire centies centena

millia sesterciûm 1,250,000

Millies (sous-entendu centies) 12,500,000

Bis millies (sous-enlendu centies) 25,000,000

Telle était 1 évaluation des monnaies romaines en monnaie* françaises dans la grande édition de Cicéion, 1781 ; et cette évaluation n'est peut-être pas expliquée avec assez de clarté.

De nos jours le changement opéré dans nos monnaies a déterminé des évaluations analogues, qui vont devenir plus claires.

Les calculs de M. Letronne ont scivi à l'édition de l'histoire des empereurs de Crevier, 1 824; ils sont un peu différents de ceux d’un ancien professeur de l'Univeisité, M. Girod, dans son Dictionnaire spécial et classique des monnaies, 1827; ce sont ces derniers qirt! j'ai suivis; je les résume ici en quelques mots.

L’as est toujours le point de dépait des évaluations.

Le denier était de 10 as, et de 84 à la livre.

Sa valeur est estimée à 84 ou 85e.

La valeur de l’as est donc de 8e 1/2 environ.

La moitié du denier, quinarius = 42 ou 42e 1/2. C’est ce demi-denier qui s'appelait Victoria tus.

Et le quart du denier était le sesterce; environ 21e 25.

L ’KMIMHE ROMAIN.

('es monnaies étaient marquées, le quinarius, demi-denier , ilu sij: ne V; le sesterce Jn signe HS. Ce dernier signe HS était une abréviation du signe primitif U. — libra libra, dont on tit deux IJ, réunies. II en y ajoutant la désignation de sesterce. S, la plus jielite monnaie des Romains.

La pièce d'or, le nummus aureus étant de 25 deniers, en comptant la valeur du denier à 841' juste, ou a pour ce nummus aureus une valeur île 2 1 f.

la valeur du sesterce lixée à 21e juste, au lieu 21e 2», est le point de dép a l de toutes les évaluations à déterminer.

Ainsi nous savons déjà qu'il y a le sestei dus et le sestercium, — sestercium, mille sesterces; par conséqiic..,, le seslercium = 2 1 6f.

On comptait les sesterces jusqu'à mille, au moyen des noms de nombre ordinaire, cinq, dix, cents, cinq rent< sesterces.

De même les sestercia, decem s-est, : i ■ x -•'*! •, derem

sestei cia, dix mille sesterces; ce» lu tu tu fi nt mille ses-

terces.

Mais au delà de cent mille sesterces, la imiiu'iatimi >c modifiait par l'emploi desadverbes, decies, vicies, cenlies, millies, bis millies , etc.; mis devant millia sestercium , et on sous-entendait alors, comme nous l’ont «lit lis éditeurs de Cicéron : centies ou centena millia.

Ainsi, decies seslercium, c'est dix lois cent mille sesterces, ou un million; vicies seslercium, vingt Ibis cent mille sesterces, deux millions; millies sestercium, cent millions.

La numération romaine était, ou le voit, assez complexe, surtout s'il fallait rappoiter ses nombres iutcrmédiaiies entre les centaines et les mille. Kile avait alors des abréviations qui se tronv. ut dans les écrivains et surtout dans l'line.

Ainsi les lettres numériques élaieul surmontées d uiFlt ,.i. qui signifiait centena millia, cent mille. 11.8. MX. veut dire sest. onze cent fois ceut mille = 1 10,000,000; tandis que sans ce signe ILS. MX. veut iliie seulement 1,100 sesterces.

Voici d'ailleurs les évaluations en francs et eu centimes de notre monnaie actuelle, en négligeant les fractions.

NOTES. 497

1 sesicrce 21 cenl.

10 sesterces — ■ 2 fr. 10 cenl.

100 sesterces — 21 fr.

1 scstercmra, ou 1 ,000 sesterces. ...■=■ 210

10 sestercia, ou 10,000 sesterces. . . . ■=■ 2,100

100 sestercia, ou 100,000 sesterce*. . . ™ 21,000

1,000 sestercia, ou 1,000,000 sesterces - 2IU.OOO Centies HS, ou bien cenlics (cântii m milita sous-entendu) sesteraorum , ou

10,000,000 sesterces = 2,000,000

Millies HS, c'est-à-dire milites cenlena

milita sesterciûm ■— 21,000,000

Bis millies , — 12,000,000

Ajoutons que, parfois les sommes se composent de deux ou trois ordres de nombres séparés par des points, ainsi qu’il suit: III. XII DE. IIS. ; en ce cas, le premier nombre à droite indique les unités, b' >nd les mille, le troisième les centaines de mille, ce qui l'ait "12,000 sesterces.

D’après ces données, on a aisément le sens des passages qui se rencontrent dans les écrivains, relativement au prix des choses ou à la foi tune publique ou privée.

L’auteur du Dictionnaire des monnaies, M. Girod, avait ras- -e riiblé plusieurs de ces passages; et quelques-uns se sont trouvés déjà dans nos récits; il n'est |»s sans intérêt de les reproduire.

Classas possédait en terre bis millies IIS = 42,000,000', outre son argent, son mobilier, ses esclaves, d’une valeur égale. II disait qu’un citoven n’était pas riche, s’il n’était pas en mesure d entretenir une légion.

Sénèque p&Cé-dait ter millies IIS, c’est-à-dire trois mille fois cent mille sesterces, ter millies cenlena millia sestercierum =63,000,000'.

Lentulus l’augure était riche de qwter mt7/t£S=84,000,000'.

Les dettes de Milon montaient à .srplen(7enttes= 14,700,000'.

Nous avons cité le mot de César, à qui il manquait bis millies et quingenties, deux fols cent mille et cinq cents pour n’avoir rien du tout, 32,000,000'.

Au commencement de la guerre civile il enleva du trésor i. 32

L’EMPIRE ROMAIN

26,303,596'; à la fin, il y versa ampliux sexies mil lies, plus de six mille lois cent mille sesterces = 120,000,000'.

Il acheta l'amitié de Curion sexcentie» HS, six cents lois cent mille sesterces, 12,600,000'.

Antoine, aux ides de mars, époque de l’assassinat de J. César, devait quadiingenlies = 8,400,000', qu’il paya avant les calendes d’avril, et il dissipa du trésor public seplies millies = 147,000,000'.

Tibère laissa à sa mort vigesies seplies millies— bOl ,000,000' . Calcula les dépensa en moins d’un an.

Vespasien, à son avènement, évalua toutes les dépenses de l'État à quadringenties millies , à quatre cent mille fois cent mille sesterces = 8,400,000,000'.

Nous avons dit quelles étaient les fantaisies de la corruption romaine, les voici en sesterces :

Ap icius dissipa dans la débauche sexcenties sesterciùm = * 12,600,000'; quand il ne lui resta que sesterciùm cenlies , cent fois cent mille sesterces, 2,100,000', il s'empoisonna; il n'avait plus de quoi vivre.

Cléopâtre, dans la lélc qu’elle donna à Antoine, fit dissoudre dans du vinaigre et avala une perle de cenlies HS =2,100,000'. Clodius, fils d’Esopus, comédien, en avala une qui valait dec/es

HS. = 210,000'.

Un seul plat d’Ksopus coûta 100 ses tel' cia, 21 ,000*.

Les frais ordinaires d'un repas de Lucullus, dans la salle d’Apollon, étaient de 50,000 drachmes, et le drachme étant évaluée à 00e, selon le Dictionnaire de M. Girod, cela faisait 45,000'.

Pline évalue la parure de l/Ollia Paulina, qui vivait de son temps, à qmdragies sesterciùm = 840,000' ; d'autres lisent quadragenties HS= somme décuple, 8,400,000', •

J. César fit présent à Servilie, mère de Brutus, d’une perle qui valait sexagies IIS = 1 ,260,000'.

Cicéron avait une table de bois de citronnier qui lui avait coûté HS dccies= 210,000'.

Mcssala acquit la maison d’Antoine pour HS CCCCXXXVI = 9,177,000'.

Domitius estimait la sienne sexagies HS= 1 ,260,000.

NOTES

•i'.ty

On vendit le vivier de C. Herius quadragies HS = 840,000'.

La maison de campagne de Scaurus, ayant été brûb'c par ses esclaves, on évalua la perte à trul lies = 21 ,000,00})'.

Le palais de Néron, domus aurea, avait coûté des sommes fabuleuses; ülhon, (tour en achever une partie, dépensa quingenties HS= 10,000,000'.

Telles étaient les fortunes de Rome, et telle aussi la profusion fabuleuse de ees richesses.

M. Girod ajoute cette dernière supputation :

« Nous avons donné, dit-il, la valeur de l'as d’après le sentiment «le ceux qui ont fait des recherches exactes. Les traducteurs elles commentateurs l’évaluent différemment. »

Guérin fait la note suivante, au sujet d'un passage de Tite-Live, où se trouvent ces mots : quinutn millium xiHs (fi marcs 8 onces, ajoute M. Girod) :

« S’il est question d’espèces, ces cinq mille us ou cinq cents deniers |>ouvaient valoir environ deux cent cinquante livres.

<i Guérin évalue Va» romain à environ un sou de notre monnaie, le sesterce à deux sous et demi, et le denier à 10 sous; suivant lui, la livre, tant d’or que d'argent, pesait douze onces, et l'or était à l’argent comme dix est à un; c’est-à-dire qu’un certain poids en or valait dix fois le même poids en argent, et le marc étant de huit onces, la livre valait un marc et demi. A l'égard des monnaies grecques, le drachme équivalait au denier; la mine valait cent drachmes. »

Ajoutons, pour terminer, que le talent (mot qui, par son étymologie, veut dire poids), équivalait dans les monnaies grecques à G0 mines ; et la mine valant cent drachmes, et chaque drachme dix sous de l'ancienne monnaie de France, le taleut était une repi oscillation de mille écus.

Ces indications suffisent piour l'intelligence des valeurs numériques qui se trouvent dans l'histoire. Aller au delà serait entrer en des conditions techniques qui ne sont pas l’objet du présent ouvrage.

r.oo

L’EMPIRE ROMAIN

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