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fait éclater sa gloire avec sa foi et sa patience. Enfin l’empire romain a cédé, et, ayant trouvé quelque chose de plus invincible que lui, il a reçu paisiblement dans son sein cette Église à laquelle il avait fait une si longue et si cruelle guerre. Les empereurs ont employé leur pouvoir à faire obéir l’Église, et Rome a été le chef de l’empire spirituel que Jésus-Christ a voulu étendre par toute la terre. 1 » Ainsi s’explique la destinée romaine; sans le christianisme, elle serait un mystère fait pour étourdir la raison de tous les philosophes et pour épouvanter la liberté de tous les peuples.
Maintenant nous n’avons qu’à entrer dans le sujet immense que nous nous sommes proposé de traiter.
Magnum opm aggredior!
C’est l’histoire de Rome, mais de Rome dans sa destinée nouvelle; non plus destinée de conquête, mais destinée d’expiation, destinée où néanmoins subsiste le dessein mystérieux de la Providence, et
* Duc. sur l'hist. univ., 5' partie.
INTROI’L'CTIO».
où se révèle à la fois un double travail, par où se défait l’unité de la servitude et se prépare l’unité de la liberté.
Magnifique spectacle et digne de toute l’attention de l’histoire !
Aussi le sujet que nous embrassons va s’offrir sous un aspect qui sera nouveau. Ce n’est pas l’histoire des empereurs que nous allons principalement raconter, c’est l’histoire de l’empire. L’histoire des empereurs s’y mêlera sans doute. L’empire a ses personnages, et ces personnages, par leurs actes, constituent la partie animée d’un drame plein d’horreurs; mais, dans ce drame, il y a autre chose que des scènes d’atrocité et de délire. 11 y a une pensée générale, une marche savante, une révélation du génie ou foete, qui ressemble à la révélation des chœurs dans le drame grec, et c’est cette lumière qui illumine l’œuvre et lui donne son véritable intérêt.
C’est ici surtout que l'histoire est autre chose qu’une biographie.
La biographie des empereurs a lassé le dégoût de la postérité. L’histoire de l'Empire plane sur les turpitudes.
Cet enseignement d’un autre genre ne saurait fatiguer les siècles.
écrire l’histoire de l'empire, c’est raconter son
INTRODUCTION
établissement, sa nature, ses institutions, c'est-àdire les causes de sa force et surtout les causes de sa faiblesse; c’est expliquer le caractère de son pouvoir, et dans ce pouvoir extrême montrer le germe de l’instabilité et de la ruine. En de tels récits il y a autre chose que des scandales, il y a surtout des leçons. La curiosité débauchée peut n’y être pas satisfaite, mais l’intelligence élevée y trouve des sujets de méditation et d’étude. Et d’ailleurs le drame y garde ses émotions : quel drame que celui du monde passant par les tortures de la tyrannie, et de la tyrannie vengeant le monde par ses propres déchirements! L’histoire de l'empire est en quelque sorte la Providence rendue présente par le spectacle des expiations dues à l’humanité. Cet enseignement avait dû échapper aux écrivains contemporains de l’empire; comment a-t-il échappé à des écrivains éclairés par le christianisme?
C'est donc ici une sorte de nouveauté. Nous allons mettre à découvert la grande révolution qui, durant six siècles, tendra à affranchir le monde, après la révolution qui, durant six siècles, avait tendu à l’asservir.
Les révolutions de palais, les crimes, les empoisonnements, les meurtres, les lâchetés, les grandes infamies de Rome ne garderont pas moins leur intérêt dramatique, mais comme incidents du drame
INTRODUCTION
entier. La tragédie est immense; elle a pour théâtre le monde : Tibère, Néron, Iléliogabale sont les acteurs de quelques scènes, et la pièecdure toujours.
C’est cette pièce que nous allons suivre en nos récits. Elle a des péripéties variées, avec des surprimes soudaines et des dénoùments imprévus, mais le terme n’en peut être défini.
Lorsque Rome grandit, on sent qu’il y a un mo ment où elle est au faite; lorsque l’empire décline, il y a un moment où l’on ne sait pas dire s’il a disparu.
Et l’histoire présente néanmoins ne suivra pas l’empire dans la succession graduelle de ces tristes effacements. 11 lui suffira de l’avoir montré dans sa décadence, et d’avoir vu jaillir de ses ruines un monde nouveau, l’Orient d’une part, l'Occident de l’autre, partout un germe de société inconnue, vaste révolution où l’empire, disparaissant sous le nom de Bas-Empire, laissera Rome armée d’une force morale aux pieds de laquelle tomberont tous les États.
Tel est le sujet du présent ouvrage.
L'histoire de l’empire romain est comme le préliminaire de toute l’histoire moderne : elle n’intéresse pas seulement les États politiques qui sont sortis de l’unité rompue de l'empire, elle intéresse aussi l’Église, qui les a embrassés dans une unité
I XTROnCCTION.
toute différente. Plaise à Dieu qu’il nous soit donné de ne pas rester inégal à un si grand sujet!
Cet ouvrage sera la fin de nos travaux; il les couronnera d’assez de gloire, s’il fait servir l’histoire à l'enseignement des peuples, s’il montre dans la destinée de Rome le dessein suivi de la Providence sur la conduite de l’humanité, et si, dans les révolutions qui épuisent l'empire, il montre la raison pour tous les hommes de s’attacher à la loi divine qui fait l’ordre dans la cité de ce monde et assure le bonheur dans la cité de Dieu.
L’EMPIRE ROMAIN
AUGUSTE