‹ Histoire l'Empire romainChapitre 8 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Avènement de l'empire. — Explication de Tacite. — César Octave, fils de roi ou fils d'affranchi, devient maitre lorsque le monde se fait esclave. — Paix universelle. — Octave entre à Rome au milieu des triomphes. — Sa politique. — État du sénat. — Octave affecte de garder les formes de la république. — État du monde. — Vaste proie du peuple et de César. — Distribution des provinces. — Réformes d'administration ; conservation des magistratures ; magistratures nouvelles. Système de police. — Le nom d'Auguste est donné à Octave, avec le titre militaire d 'Imperalor. Auguste empereur. Puissance al> solue. — Auguste tribun à perpétuité. Tout est dans les mains d'un homme. — Succession d'artifices; système d'empire : dégradation et servilité. La poésie et 1 histoire rivalisent d'adulation; Horace et Velléius Paterculus. — Raisons de la popularité d’Auguste. Jugement de Tacite. — Situation du monde. Changements de commandements et de royautés. — Le sénat s'exerce aux flatteries. Un tribun se voue à Auguste. — Auguste visite les Gaules; assemblée gauloise b Narbonne.

L'EMl'IRE ROMAIN.

aut;

— Premières nimenrs tic conspiration. Premières rondaninalions. — Auguste en Espagne; guerre tltrs Gm labres cl tics Aslures. Paix universelle ; Home sc renouvelle ; Augusle reparaît U Home : tout se contcnlre dans sa famille; le nom de Tibère commence à paraître, Auguste se perpétue dans les consulats. Événements domcstiipies. — Fêles romaines. — Scissions dans le palais. — Mort de Marcellus. — Auguste, maitro absolu, laisse au sénat quekpies semblants de déliliération. Gmiédie de motléralion. Réalité de puissance. — Auguste reçoit le titre de censeur perpétuel. Contrastes île sa vie. — Restes de liberté. Conspiration. — Auguste fait des courses dans l'empire, donnant et étant des trônes. A Sainos, il reçoit des ambassades; un philosophe se bri'de sur le bûcher pour lui faire honneur. — Agitations populaires dans Home; Auguste réparait. On lui érige un autel : l'orluna- rttluci. Le sénat s'oblige par serment il obéir à toutes les lois tpi'il lui plaira de faire. — Agrippa dompte les Cantabrcs. — Virgile meurt .

Tacite résume en quelques lignes l’histoire de Rome pour arriver à l'empire.

« Au commencement, des rois furent maîtres dans Rome. L. Brutus fonda le consulat et la liberté. Les dictatures étaient instituées pour un temps; l'autorité décemvirale n’alla pas au delà de deux ans, et le droit consulaire des tribuns militaires ne fut pas longtemps en vigueur. La domination de Cinna fut courte, celle de Sylla de même; la puissance de Pompée et de Crassus tomba vile aux mains de César, et les armes de Lépidus et d’Antoine aboutirent au pouvoir d’Auguste. Tout fléchissait sous les discordes civiles; Auguste saisit l’Étal

sous le nom de prince1 »

Et plus bas l’étonnant abréviateur reprend :

1 Aima!., lib. I, init.

AUGUSTE

« Dru tus et Cassius n’étaient plus; les guerres publiques étaient finies; Pompée avait été accablé dans la Sicile; Lepidus était dépouillé, Antoine mort; du parti de Jules César il ne restait qu’un nom de chef, et ce chef, quittant le titre de tiiumvir, s*' porta consul, satisfait de la puissance tribunilienne pour la défense du peuple; puis, dès qu’il se fut attiré le soldat par des dons, le peuple par des largesses, tous par la séduction du repos, on le vil monter par degrés et ramènera soi l’action du sénat, des magistrats, des lois, et cela sans opposition; les plus indépendants avaient péri par les armes ou par les proscriptions; ce qui restait de nobles étaient comblés de richesses et d’honneurs, selon qu’ils étaient plus prompts dans la servitude; tous, trouvant le bien-être dans la révolution, finissaient par préférer le présent avec sa sécurité au passé avec ses périls. Les provinces, de leur côté, ne répugnaient pas à cette nouveauté; elles se défiaient de l’empire du sénat et du peuple, à cause de la rivalité des grands et de l’avarice des magistrats, et elles savaient l’impuissance du secours des lois, lesquelles étaient désarmées par la violence, par la brigue, et enfin par l’argent. »

La naissance de l'empire, est ainsi tout expliquée. Le monde entier fléchit, et un maître se lève.

Nous avons dit la marche.de cette révolution; nous en avons touché les causes; nous allons la voir se perpétuer sous le nom d’empire. L'empire, en effet, n’est pas, comme font dit la plupart des histoires, une

L'EMPIRE ROM Ai N.

monarchie semblable à celles qui se sont établies naturellement dans le monde ancien ou moderne; c’est, au contraire, un Etat qui fait exception à toutes les lois qui lui ont servi de base et de règle; ainsi, la révolution, qui a été le renversement de la constitution romaine, va durer par le môme principe et n’ètre qu’un Klat sans constitution. La révolution ne sera plus dans la place publique ou dans les camps, elle sera concentrée dans un homme : le désordre ne sera pas moindre, mais il sera différent; l’abus de la force ne sera pas le môme, mais il sera pire.

Caïus Oc ta vi us, adopté par Jules César, avait pris le nom de Caïus Julius César Octavianus; l'histoire, par abréviation, l’a appelé César Octave.

Sans la gloire de César, la destinée de César Octave eût été vulgaire. Une fois grandi par cette adoption et puis par la fortune des guerres civiles, on lui trouva une origine qui montait aux rois de Rome. Antoine ne disait pas moins qu'il était le petit-fils d’un boutiquier'. C’est la dispute éternelle des hommes de se grandir ou de se diminuer par la naissance, comme s’ils se plaisaient à s’ôter à eux-mêmes la gloire de leur vertu ou de leur génie.

Homme ancien ou homme nouveau, descendant des rois ou petit-fils d’un affranchi, Octave fut heureux; son titre fut le succès : c'est le titre de la plupart des

' Suct., A.

AUGUSTE

hommes que Dieu laisse mouler à la puissance à la lin «les révolutions, comme pour montrer qu’il y a pou de mérite à devenir maître lorsque le monde se fait esclave.

La mort d’Antoine acheva la destinée d’Octavc

C’était l’an 3975 du monde, la Ib' année de l'ère Julienne, ou de la réformation du calendrier par Jules César, 51 ans avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire avant la naissance de Jésus-Christ'.

En ce moment le monde entier était en paix, cl le sénat fit fermer le temple de Janus ; c'était la troisième fois depuis la fondation de Rome. C’est alors qu’Oclave rentra à Rome au milieu des triomphes.

Ce ne fut pas sans de profonds calculs d’hésitation qu’il se mit à exercer le pouvoir. Il se laissa perpétuer dans le consulat, pour faire accroire que rien n’était changé dans la république. 11 était consul pour la cinquième fois avec Sextus Àpuléius, lorsqu'il affecta de délibérer s’il devait accepter la puissance telle que la lui remettaient le sénat et le peuple. la délibération eut tout le sérieux d’une hypocrisie savante; deux confidents célèbres, Mécène et Agrippa, traitèrent la question comme si Octave avait eu besoin d’être éclairé. C’étaient deux hommes nouveaux, et deux génies contraires, l'un politique habile, l’autre vaillant homme de guerre. Agrippa proposait de retourner à la république, Mécène montra le péril de ce retour; Octave se laissa toucher par le second, mais il

' Jr suis les indications tiirnnoln“ii|iics de Tillcmonl.

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