‹ Histoire littéraire d'Italie. DaunouChapitre 12 sur 22 · partie du groupe des douz^e ap6tres. ( Recanaii^ Vita Pf^gUf · texte numérisé non relu

partie du groupe des douz^e ap6tres. ( Recanaii^ Vita Pf^gUf

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âaS HISTOIRE LITTERAIRE

de Rome , ni à sa faveur auprès de deux pape^ aussi pieux qu'Eugène IV et Nicolas V^ Il avait y pour se maintenir dans le monde ^ une sorte de dignité personnelle , Furbanité de ses manières^ la force de son jugement et Tenjouement de son esprit (i). Quant au style de ses ouvrages, si. on le compare k celui de ses prédécesseurs immédiats ^ on est frappé de leur différence et surpris de ses progrès. On sent enfin qu'il n'y aTait plus quiio pas à faire de ce degré d'élégance latine k celui que jPolilien, et quelques autres atteignirent bientôt après (2). . /

Celui de tous ses contemporains qui eut avieç lui les querelles les plus vives, et qui l'égala le plus w renommée, fut le célèbre Fllelfo. Sa vie pleine de vicissitudes et d'orages , les grands services qu^il rendit aUx lettres, la trempe singulière et bizarre de son esprit , méritent aussi une attention particulière. Dans les trente-sept livres de ses lettres, dans ses satires, et dans plusieurs autres de ses ouvrages imprimés, il parle souvent de lui-même :

(i) The Life of Pog^îo^ etc. , p. 4-^6.

(2) Ibid, Les Œuvres de Poggio furent recueillies pour la première fois à Strasbourg, i5io , petit in-fol. , et plus amplement à Bâle, i53ô; ses lettres n'en sont pas la partie la moins intéressante. On doit les joindre à celles de Coluccw Salutato ^ de Leonardo Bmni^ de Fileîfo et diAmbrogio Iq Camaldule , pour la connaissance de Thistoire littéraire du quinzième siècle^

DITALIE, CHAF. XIX. 327

la plupart des écrivains de son temps se sont occupés de lui, soit pour l'attaquer , soit pour le défendre ; plusieurs savants se sont exercés depuis sur «a vie et sur ses ouvrages j on n'est donc embarrassé que du choix (i).

Francesco Filelfo naquit le 25 juillet iSgS, k Tolenrino, dans la Marche d'Ancône. Les premiers historiens de sa vie (2) ont dît que sa famille était lonnéte ; il vaut mieux les en croire que Poggio , qui prétend , dans ses Invectives et dans ses Facéties, qu'ail était le bâtard d*iine blanchisseuse et d*un prêtre. Il fit ses études kPadouc, sous les plus célèbres professeurs, et cie fut avec tant d'éclat qu'il y fût lui-même nommé professeur d'éloquence k dix- '■* ' .,■■■ I- 1 ■ , ■■■ —

(i) Il a paru récemment en italien une Vie de Filelfo^ qui peut épargner désormais toutes nouvelles recherches; die est intitulée : Vtta di Francesco Filelfo da TolèntmOj del Cw, Carlo de* Rosminl Rovereiano^ Milan o, 1808, 3 vol. 10-8^. Je m^en suis servi utilement pour rectiSer quelques inexactitudes des auteurs que j'avais suivis , et pour réparer beaucoup d^omissions. En donnant quelque étendue à cette Vie et à la précédente, j'ai voulu. faire connaître ce que c'était en Italie que ces savants du quinzième siècle , qu'on se représetate ordinairement comme des pédants obscurs ensevelis dans des collèges. Je ne les ai point nommés Le Pogge et Philelphe , suivant notre usage commun , mais Poggio et Filelfo, à l'exemple du plus vraiment français de tous les auteurs français du dix-huitième siècle , de Voltaire^ qui les appelle toujours ainsi.

(2) Cités par M. Je' Rosmini^ uh sup.\ 1. 1 y p^ &

huit ans. Appelé k Venise, en i/^i'j, il y professa pendant deux années. Il s'y fît des amis puissants^ et fut admis aux droits de cité par un décret pi^blic. Le désir d'apprendre la langue grecque l'appelait k Constantinople : Tétat de sa fortune ne lui permettait pas ce voyage; l'estime dont il jouissait^ engagea la république k l'attacher, en qualité de secrétaire, k la légation qu'elle entretenait dans cette capitale de l'empire Grec. Il s'y rendît en 14^0, et prit pour maître de langue et de littérature grecques , Jean Chrysoloras , frère du célèbre Emmanuel. Ses progrès furent aussi grands que rapides. Il remplissait en même temps, avec assiduité les devoirs de son emploi. Les éloges que sa conduite et ses succès lui attirèrent parvinrent aux oreilles de l'empereur. Jean Paléologue le prit k son service , avec le titre de secrétaire et de conseiller..-F/fe^ avait déjk fait preuve de talent pour les négociations. Le Bailoy ou ambassadeur vénitien auquel il était attaché , l'avait envoyé auprès de l'empereur des Turcs , Amurath II , pour traiter de la paix entre ce prince et Venise (i), et le traité avait été, conclu k la satisfaction de la république.

(i) Lancelot, Mém. sur Philelphe , Académ, des inscr, et èeli.-'Ietlr. j t. X, et Tiraboschi, t. VI , part II, p. 284, se sont trompés , en disant que c'était par ordre de l'empereur grec qu'il avait fait cette ambassade. M. de^ Rosmtni a redressé cette erreur, d'après une lettre iaédite<le Filelfo, Voy. ub, svpr. , p. 12.

D'ITALIE, CHAP. XIX. àij

Jean Palëologue le députa, en \^23j àBude, en <]ualité de son ministre, à l'empereur Sigismond. Cette mission remplie , il fut invite par Ladislas , Toi de Pologne , à assister', comme ministre impérial, aux fô^es de son mariage qui devaient se célébrer k Cracovîe. Filel/o s'y rendit k la suite de ^gismond, et recita, le jour de la cérémonie (i), une harangue solennelle, en présence des souverains ^m y assistaient, des grands seigneurs, accourus d« toutes les parties de l'Europe, et d'une foule imnaense de spectateurs.

De retour kConstantinople, après quinze ou seize Ùiois d'absence, il reprit le cours de ses études ; mais il trouva, dans la maison même de son maître, un ^ct de distraction. La fille de Cfarysolorns , a 'J^eine âgée de quatorze ans, était d'une beauté "parfaite . Filclfo^ dans l'âge des passions , et qu'uue conformation particulière y rendit plus ardent (a), devint amoureux de la jeune Theodora^ la demanda^ l'obtint de son père , et l'épousa du consentement même de l'empereur, dont Theodora était parente. Il repassa enfin k Venise avec elle, en

(i) 12 février i424-

(2) Il était ce qu'on appelle en grçc rfiûf^tç , et ce qu'il a rendu lui-même dans ces deux vers latins inédits, cités par M. dé* Rosmini^ t. I , p. ii3«

Non x^enio , Gaspar, nom sudant inguina multo JEstu , quo testes très ndhî ùclia mooent*

33o HISTOIRE LITTERAIRE

1427- Celaient ses amis qui Tayaient engagé , pu leurs instances , k y revenir : il les trouya presque tous absents, et Venise rayagée par la peste. Les promesses qu^on lui àyait faites d^un étatijiisseinent étaient oubliées. Ses effets et ses liyres, arrivés avuUt lui, déposés dans la maison' d^un ami , n*en pouvaient sortir , parce que , dans la chambre où étaient les caisses, il était mort un pestiféré. Tout lui conseillait de quitter Venise ; Theodora était eSrajée; une de ses femmes était morte de la peste : enfin il partit ; et se rendit k Bologne , avec une maison nombreuse , regrettant amèrement dV voir abandonné Constantinople , et déjk menacé du besoin.

L'accueil qu'il reçut k Bologne le rassura. Om alla au-devant de lui : pour le fixer dans cette ville opulente et amie des lettres, on lui offrit, aux conditions les plus avantageuses (i), et il accepta une chaire d'éloquence et de philosophie morale. Mais ce bonheur ne dura que quelques mois. Bologne^ c;ui était alors au pouvoir du pape, se révolta, chassa le légat, fut assiégée par une armée pontificale , et livrée k toutes les horreurs des troubles civils. On désirait k Florence que Filelfo vînt s'y fixer. Niccolo Niccoli\ Leonardo Bncni ^ Ambro^ gio leCamaldule , redoublèrent alors leurs instances

(i) Quatre cent cinquante sequins annuels, dont cia-^ quante lui furent comptés d'avance.

auprès de lai , et leurs efforts pour lui assurer un sort convenable; ils réussirent k Tun et à l'autre , et Filelfo^ après en avoir obtenu la permission, avec beaucoup de peine , quitta Bologne pour Florence, où il commença aussitôt ses leçons (i)«

Dans cette ville remplie de savants , il étonna par sa science et par son zèle infatigable a la propager. Ou le voyait le matin, dès le point du jour, expliquer et commenter les Tiiscidanes de Cicéron , ou mie des Décades de Tite-Live , ou Fun des Traités de Cicéron sur l'Art oratoire , ou l'Iliade d'Homère. Après s'être reposé quelques heures, il revendait lire publiquement Térence , les Epitres de Cicéron, Quelqu'une de ses Harangues, Thucydide ouXé- Qophon. Quelquefois encore, il ajoutait k ses leçons des lectures sur la morale (3) j et de plus, pour Satisfaire de jeunes Florentins (3), admirateurs du

*(i) Avril 1429.

^ (a) Àmbrosii Trai>ersan Kpist, , p. 1007 et 1016.

(3) M, de^ Resmini Taffirme , d'après rasserlîon positive de Filelfo^ dans un discours italien adressé aux jeunes gens même qui suivaient son cours, pièce que cet* estimable bio« graphe a publiée le premier, Manumenii inediii du lomc I, n<^. IX, p. 1^4- ^cs expressions de son auteur n'ont en effet rien d'équivoque : Da muno costrecio,,., senz' alcun altro opublico o priçato premio a ciàfare indocto , cominclai quello poeta pubblicamente légère. Ceci dément Tiraboschi, qui dit, non moins affirmativement, t. VI ^ part. Il, p. 286, que FMfê était spécialement chargé de ;«( d'expliquer le Dante v il ea

Dante , il lisait et commentait son poëme les ; de fête , dans Téglise de Santa Maria del Fi sans en être chargé par rautorilë publique , et en recevoir d'émoluments. Dans une si labor carrière , il était soutenu par le nombre et L gnité de son auditoire. Quatre cents des perso les plus distinguées de Florence , par leurs con sances et par leur rang, suivaient joumellemei leçons. Il eut pour amis les plus considérables; bientôt ils devinrent ses ennemis , ou il les re^ comme tels. 11 se fit des querelles avec Qi Marsupini d'Arczzo, avec Niccolo Niccoli^ de Charles , avec Ambrogio le Camaldule , am l'un et de l'autre, avec Cosme de Médicis et rent son frère , amis et bienfaiteurs de tous , avec le redoutable-Pogg^/o, qui se porta pour c pion des Médicis.

Filelfoj sur ces entrefaites, fut assailli et 1: au visage par un assassin de professioA , lorsqv

donne pour preuye le décret public du 12 mars i43i , < cordait à ce savant les droits de citoyen de Florence par SalQÎno Sahîni , dans la Préface de ses Feistl com p. XVIII. Mais Tiraboschi et Salvini lui - même pan

rendait k son école ; il prétendit et soutint que ce coup venait des Médicis. La fureur des factions était alors très-^animce. 11 s'était jeté dans celle des nobles ; et les Médicis étaient k la tète de celle du peuple. Us furent abattus, Cosme emprisonné, mis m danger de la vie et banni. Filelfoy ennemi peu généreux, vomit contre lui et contre ses partisans des satires emportées, obscènes et sanglantes (i). Ik revinrent triomphants; il ne jugea pas à propos de les attendre, et se rendit k Sienne, où il s'engagea pour deux ans à professer les belles-lettres. De Sienne , il continua sa guerre satirique avec tant de fureur, qu'il fut enfin déclaré rebelle par un décret public et banni de Florence , dix mois .^rès en être sorti. Ce n*est pas tout : l'assassin qui l'avait manqué k Florence , quelqu'il fût et de quelque part qu'ils vint, le poursuivit k Sienne, ou il l'alla chercher pendant qu'il était allé aux bains 4is Petriolo, FUelfOy revint a Sienne, reconnut ce sicaire, qui se nommait Philippe , et le fit arrêter*

(i) Les Satires de Filelfo furent imprimées pour la première fois à Milan , sous ce titre : PhUclphi opus Saiyrarum $eu Hecatoslichon Décades X, 1476) in*foI. ; réimprimées ^ Veoise, i5o:&, in-4®M «t à Paris, i5o8, in-4.**. Cosme y est désigné sous le nom de Munus (traduction latine du nom grec Cosmos) ; Nlccolo Niccoll^ sous celui à^Ulis; Charles à'Àrezzo est appelé Codais; Po^gio est nommé Eambalio^ etc. 11 faut avoir essayé de lire ces productions monstrueuses , pour se fi^rer un pareil débordement de fiel et d'obscénité^ .

invectives en prose contre ses puissants enn mais des ouvrages d'érudition , tels que la trad kitine des Apoplithegmes des anciens rois et^ capitaines de Plutarque; il y commença mêi livres De exiliOj ou ses Méditationsjlorentini II y écrivit aussi, dans le même temps, bea de lettres, les unes philosophiques, les autr rcmcnt littéraires, d'autres enfin où, en pari; ses querelles et des poursuites dont il était Y il né dît rien des haines politiques qui en éta véritable cause ^ il attribue tout k Fenvie c par ses succès.

Mais avant cette réconciliation , il crut qu^ prudent de quitter Sienne et de s'éloigner i lage de Florence. Sa renommée, toujours croL

(i) Le premier de ces deux ouvrages est imprimi Mphi Opuscula^ Spire, 1^71 ; Milan, 1481 ; Venise în-fol. , etc. (Debure, Bibl. instr, , ne cite que cette (

DITALIE, CHAP. XIX. 337

il attirait, de plusieurs côtes k la fois , des prop<v sidons avantageuses* Uemperettr ^ec^le pape Eu-« ^ène IV^ le sénat de Yenisç^ celui de Përouse , le duc de Milan, et enfin la république de Bologne se 1^ disputaient. 11 donna la préférence aux deux derniers , et promit de se fixer auprès de Philippe-* ^^larie Yisconti, à condition quMl irait d^abord k Cologne remplir un engagement de six mois« Les Solonais , pour ce simple semestre , lui avaient pro« znis quatre cent cincpiante ducats , saldre magni-^ £que et sans exemple (i)) et ils lui tinrent parole. U reparut donc k Bologne (2) dix ans après qu'il en ^tait parti; mais cette ville était loin d*étre asseat tranquille pour qu'il le fut lui-même « Yisconti le ipressait vivement d'aller k lui ; Timpatience natu« Telle de jFV/e^ augmentait par les obstacles : enfin» sous des prétextes assez peu spécieux (3), il quitta Bologne avant les six mois expirés , et alla s'établir, k Ih^an avec sa famille. Les sept années qu'il y passa auprès du duc furent les plus tranquilles et les plus heui^uses de sa vie. Bien vu k la cour, bien payé y logé dans une maison richement meublée , dont Tisconti lui fit don; nommé citoyen de Milan ^ rien ne manquait, ni k sa considération, ni k son bonheur. Le seul chagrin qu'il éprouva , mais qui

«kl

(1) PhilelphiEpùsL, L II, p. ifi.

(2) 16 janvier t^g.

\ <3) Voy. VUa diFr. Fiielfo^ p. ici.

\ III. art

â3S HisrrôiRE utteraire

lui fut très-amer, fut-la perte inattendue et prëmà*: turée de sa femme Thëodora , ou , comme il aimait * a rappeler, de sa chère Chrysolorine. Elle le laissait père de quatre enfants (i); cependant sa doulettr fut si forte, qu'il voulut renoncer au monde et prendre l'état ecclésiastique; mais le pape, à qui il en écrivit , ne lui répondit pas , et le duc Philippe- Marie/ qui voulait le retenir, y réussit en lui faisant épouser une jeune et riche héritière d'une famille^ noble de Milan. Le duc mourut; la femme qu^Q* availf donnée à Filelfo mourut aussi peu de mois après. La première idée que lui donna ôon veuvage , fut encore de demander au pape un asile dans l'Eglise ; la seconde fut de âe marier une troisième foi^.

Après trois ans de troubles qui Suivirent a Milan la mort du dernier Visconti , François Sforce lui aj ant succédé (2) , Filelfo ^ bien traité par le nouveau duc , voulut cependant se rendre à la cour d'Alphonse , roi de Naples , qui avait témoigné le désir de le voir. Il fit en effet ce voyage, dont il eut tout lieu d'être content. Ce roi, ami des lettres, le reçut a Capoue avec les plus grands honneurs , le

(i) Deux garçons et deux filles, et non pas huit enfants, comme le dit Lancelot dans le Mémoire déjà cité , et comme Apostolo Zeno l'a répété , Dissert. Voss, , t. 1 , p« 283. Voyez Vita di Filelfo , t. 11 , p. 1 1 , note 2.

(3) sS mars ilfio*

créa chevalier , lui permit de porter ses armes , et -voulant principalement honorer en lui le poëte, -plaça lui-même sur sa tête la couronne de laurier. Jîe retour k Milan^ Fihlfoj en apprenant la prise de Constantinoplé par les Turcs, nouvelle dcjk nirès-dooloureuse pour lui , qui regardait cette capitale de l'empire grec comme sa seconde patrie , apprit encore que Manfredina Doria ^ sa hellemère, avait été faite esclave avec ses demc filles. Dans sa douleur, il voulait que François Sforce envoyât un embassadeur à l'empereur des Turcs , pour demander la liberté de ces captives. Il se proposait lui-même pour cette ambassade. La con<naissance qu'il avait du pays , et la mission qu'il avait autrefois remplie auprès d'Amurath , père de Mahomet, étaient ses titres. Le duc ne jugea pas à propos de faire cette démarche; mais il permît k Fileifo de députer, en son propre nom, deux jeunes gens vers Mahomet II*, avec une ode et une lettre grecque de sa cqmposition , où il demandait au sultan cette grâce, en c ffrant une rançon (i). Mahomet, qui n'était point un barbare, et qui se piquait même d'honorer les savants, accueillit fa-

(i) Tiraboschi rapporte inexactement ce fait Irès-rem/irqoable, t. VI, partie 11 , p. 390; M. de RosminlW rectlGé.^ Vita dl Fileifo y t. II, p. 90 , et il a publié le premier le texte grec (le la lettre de Fileifo à Mahomet II , avec une traduc'^ tîon italienne, n^. X des Monumenii înediti du même voluii^e, p. 3o5.

34o HISTOIRE LITTÉRAIRE

Yorablemenl cette requête , et reudit, sans rançon | la liberté aux trois esclaves.

Filèlfo^ depuis cette époque, (it pendant à peu près quinze années son séjour habituel k MUan. Sa vie toujours agitée n*en était pas moins lalKW rieuse ; il acheva et publia, un grand nombre d^ouvrages en prose et en vers j celui qui rpccup^t le plus était un grand, poëme en vingt-quatre lWre$ qu'il avait entrepris k la gloire do François Sforce, sous le titre de Sfortiados ; il çn avait achevi.lei» huit premiers livres, quand le héros du poëme mourut (i). Galéaz-Marie son fils s'intéressa peu aux lettres ^ et; laissa dans Foubli Filelfo y que Fiiir digence atteignit bientôt, et qui se vit obligé^ après avair été dix-sept ans attaché k la maison des Sforce , €t- en avoir tant célébré la gloire , k veiïdre ses meubles, ses livres et jusqu'k ses habit» pour vivre et soutenir sa famille.

11 chercha inutilement pendant plusieurs années k sortir de cette position , jouissant pour tout bien.

{i) Le 8 mars i4j6& Ces huit' livres de la Sforciade sonf restés inédits ; on en conserve des copies dans la bibliothèque Ambroisienne à Milan, dans la Laurentienne à Flprence, et dans d^autres bibliothèques. Le début du poème est im,primé, Hhior. Typographe LUter. mediolan. de Sassi, p. ijS^ et sutv., et Catalog, cod, latin, biblioth, LaurenU^ de Bandiniy t. II, col. 139. M. de' Rosminià donné une analyse des huit livres, suffisante pour en faire connaître le plan et la marche^ Vita dkFiielfo^ t. Il , p. 159—174.

D'ITALIE, CHAP- XIX. 34î

^«Jàiis nne rieillcsse avancée , d'une force el d'une ^santé inaltérables , enseignant , écrivant , travaillant sans relâche , se plaignant toujours , et ne se ^décourageant jamais. Ses principales rues étaient -dirigées vers Rome , où il désrrait ardemment être placé. Ce qu'il avait en vaîn espéré de Pie II, do -ce pape ami des lettres, ou plutôt de cet homme de lettres devenu pape , et qui avait été son disciple ,- de Paul H qui l'avait plusieurs fois flatté par ses éloges et soutenu par ses libéralités , il l'obtint enfin de Sixte IV, et fut «ppelé h Rome pour remplir une chaire de philosophie morale, avec de forts appointements et de magnifiques promesses. Reçu par le pontife et par la cour romaine avec tontes les distinctions qui pouvaient flatter son amour-propre (i) , il ouvrit, peu de temps après , Son cours , en expliquant devant un nombreux auditoire les Tusculanes de Cîcéron. Il fit encore , malgré son grand âge , deux fois le voyage de' Milan. Il y aHait chercher sa femme et ses enfants ; mais au premier de ces deux malheureux voyages , il vit mourir deux de ses fils ; au second , il perdit sa femme ; elle n'avait que trente-huit ans et il approchait de quatre-vingts; en la perdant, îl perdait tout l'espoir et tout l'appui de sa vieillesse. Son infortune particulière fut suivie d'une catastrophe publique. Le due Galéaz^-Marie fut lassas-

342 mSTOIRE LITTÉRAIRE

sine, et son fîls Jean Galéaz, enfant de huit Qnfi déclaré son successeur ^ mais on sait sous quels fu-* nesles auspices. La peste avait éclaté k Rome ; Filelfo craignit d*y retourner , il songea^ ou k se fixer auprès de la nouvelle cour de Milan , ou , ce qu^il aurait beaucoup mieux aimé , k oJblenir son retour a Florence. Réconcilié avec les Médicis, et en correspondance suivie avec Laureut-lcrMagnifique , il obtint par lui ce qu'il désirait le plus. La Seigneurie abolit les décrets portés contre lui et le nomma pour remplir a Florence la chaire de languie et de littérature grecques. Agé de quatre-vingttrois ans^ il ne craignit point d'accepter cet eng^ . gement, ni d'entreprendre encore ce voyage j maïs il y épuisa le reste de ses forces \ il tomba malade quinze jours après son arrivée , et mourut le 3i juillet 1481.

Aucune vie aussi longue ne fut peut-être jamajs plus remplie et ne le fut autant jusqu'à la (in que celle de Filelfo j aucune n'aurait été plus heureuse si les vices de son caractère n'avaient mis obstacle a son bonheur; ceu:îc qui lui firent peut-être le plus de tort furent la vanité et l'prgujeil. L'une lui fit un besoin de l'éclat , de la magniiicei^e , d'un éiat de maison , d'un train de gens et de chevaux ^ d'une dépense de table qui ne vont qu'aux grands seigneurs. , et qui souvent les rainent. U lui fallut^ pour soutenir ce luxe , s'avilir sans cesse, par des éloges outres et par des demandes indiacirqtes > et

DITAUE, CHÀP. XIX. 345

le produit de. ses bassesses ne suffisait pas toujours à satisfaire les besoins de sa vanité. L'autre *^ice le portait k se regarder non seulement comme 3e premier^ le plus savant , le plus éloquent de ,.aon siècle, mais de tous les siècles. Les preuves <{u'on en voit , je ne dis pas dans ses poésies , où on les pardonnerait peut-être y mais dans ses lettres y devaient le rendre en mêtue temps ridicule €t odieux. De Ik ce peu d'égards et même ce mépris qu'il marquait pour les savants et les hommes de lettres les plus distingués de son temps ; de là aussi ces dures représailles auxquelles il fut ex- - )posé , et ces querelles bruyantes qu'il eut si sou- Teht k soutenir.

Outre celles que nous avons déjk vues , et qui furent les plus violentes , parce qu'elles avaient uu fondement politique , il en eut de purement littéraires , mais qui n'en furent pas pour cela plus po-* lies. 11 ne se montra modéré que dans la dernière.. Georges Meruta , son disciple , non moins irascî-r ble que lui , l'attaqua publiquement , sur un léger prétexte (i), par deux lettres pleines d'in)ures el de Gel. Filelfoy qui touchait alors k la fin de sa carrière, et moins irrité peut-être , parce qu'il n'a-^ vait pas tort , ne répondit point cette fois j mais il trouva dans un autre de ses disciples un ardent

(1) Filelfo avait critiqué avec raison le mo* /*/•- aç dont *Meruia se serrait au lieu de iurcoA.

344 HLSTOIRE LITTÉRAIRE

et courageux défenseur (i).. Il en avsic fait un grand nombre dans les différents professorats qu^il avait si long^temps exercés , et Ton en compte pla<sieurs parmi les hommes qui ont le plus iUusdré ce siècle et le suivant (2). C'était une postérité savante dans laquelle il se voyait revivre. U aurait pu re« vivre réellement dans une autre postérité, qui devait être aussi irès^pombreuse. H avait eu de sei trois femmes vingt*<]uatre enfants dea deux sexes; et il ne lui restait plus que quatre filles quand ji mourut. L*ainé de ses deux iils , Jean-Marins ^ né k Constantinople eu 1 4^6 j élevé avec autant de soin que de tendresse , mais d*un caractère difficile , inconstant et bizarre , eut dans les agitations de sa vie comme dans ses travaux > des traits mul*

(i) Ce fut le jeune Gabriel Paoero Fontana^ de Plaisance. Il publia contre Meruia, dont le véritable nom était Merlani^ une Merlanica prima , qui devait être suivie de plusieurs aU' très ; mais la mort de FUelfo mit fin à celte guerre entre* prise pour lui.

(2) On y distingue, outre ceux que nous venons de voir, AgosUno Datiy auteur de V Histoire de Sienne; le célèbre jurisconsulte Francesco Accolti d^Arezzo; Aiexander u6 Alexan' dro ^ auteur de$ Genêtiulium Dierum; Bernardo Giusiniani, Thistorien de Venise , et une infinité d^autres moins connw aujourd'hui, mais qui eurent alors de la célébrité; S4n.* compter des hommes du premier rang, tels que le pape Pié II. Mneas Syhius , et Pierre dé Médicis^ fils de Cosme et pèn de Laurent^le-^Magnifique.

mTALlE, CHAP. XlX. 345

tîpliés dé ressemblance avec spu père ; il fut comme lui , philologue , orateur , philosophe et jpoëte . Filelfo , qui était excellent père , et qui aïmnait ce fils plus que tous ses autres enfants, eut ^ -eprès tant de pertes douleureuses , le chagrm de le -perdre encore, un an avant de mourir.

Il laissa une grande quantité d'ëcrits de tout

^énre 9 les uns finis , les autres imparfaits , et dont

plusieurs sont inédits , et le seront peut-être tou^

jours. Les principaux ouvrages imprimés sont dés

traductions latines de la Rhétorique d' Aristote , de

' deux Traités d'Hippocrate , de plusieurs Vies do

Plutarque , de ses Apophtegmes , de la Cyropodie

. de Xénophon , et deux Harangues de Lysias ; ce

~ 00nt des traités philosophiques , tels que ses Con^

Hvia Mediolanensia j ou Banquet de Milan , dia-»

logues faits, comme ceux de Poggio , sm' le modèle

du Banquet de Platon 9 où Tauteur introduit plu^

sieurs de ses savants amis , discutant à table des

questions relatives aux sciences et a la philosophie'

m€i#ale (1) ; on tels que le Traité de Morali Disci-

— n m ■ Il

(i) 11 devait y avoir trois Dialogues, mais FîJelfonen écrivit que deux. Les sujets discutés dans le preipîer.sont , la théorie des idées, IVssence du soleil selon les opinions des anciens, Vastronomie, la médecine , etc.; le second traite de la prodigalité , de Pavarice , de la magnificence , des fondateurs de la philosophie, de la lune, de ses influences, etc. etc. Les CoriQma Meliod. on t été i mprimés. Mi lan et Venise, 1 4? 7 1 Spire, i5o8î Cologne, iSS;; Paris, iSSc , elç.

346 HI$TOÎRE LITTERAIRE

plind^ ouvrage divisé en cinq. livres , dout le detr nier n^est pas fini (i) ; c^est un grand nombre àt harangues ou de discours oratoires et d^oraisom funèbres, de petits traités et d'autres opuscules rassemblçs en un seul recueil (2) ; on y distingue , peut-être au dessus de tout le reste , un discours consolatoire à un noble Yénitien , sur la mort de son fils y qui a aussli été imprimé k part , et que Ton recherche , non seulement parce qu'il est rare , mais parce qu'il est plein de raison , de philosophie et même d'éloquence (3) j ce sont enfin des poésies latines , dont l'auteur se glorifiait plus que de tous ses autres ouvrages ; car la réputation de bon poëte était celle qu'il ambitionnait le plus , et la couronne poétique dont le décora le roi de Na-

" 111 I ■ Il I , Il ■ ■ 1^— »— ^i^»^— ^-^i— ^— ^P——— ^— — — w^— — —

(1) Venise, i552.

(2) Fr, Philelphi orationes cum quihusdam aîiîs ejusdem Opuscidis, Milan, t48' , in-fol., édition très-rare^ faite sous les yeux de Fauteur. Debure, Bill, instr, Belles-Leitr. , t. II, p. 275, ne cite que la réimpression de x^S^i^

(3) Ad Jacobum Anton. Marcellum , patricium FenetUn^t equitem auratum^ de obiiu Valerli Jilil y consolatîo. Kome, 14.75 , in-fol. Marcello fut si content de cet ouvrage, qu'il envoya à l'auteur un bassin d'argent d'un travail admirable, du poids de plus de sept livres, et qui valait plus de cent sequins ; ce qui paraîtra plus étonnant, c'est que Filelfoy lors-^ qu'il l'eut reçu, ne voulut pas qu'il passât dans sa maison plus d'une nuit , le porta dès le lendemain malin chez le duc de Milan , et lui en fit don devant tout sort conseil. Frqni\. PhilcIpJuEpist. liv.XVIII, p. 127.

DITALIE, chàp. XïX. 347

pies , était ce qui , dans toute sa vie , Tavait le plus flatté. .

J'ai parlé de ses satires , où , en se permettant une licence effrénée , il se donna leâ singulières entraves d'un nombre tixe de dix décades , chaque dorade composée de dix satires , et chaque satire de cent vers , en tout dix mille vers , pas un de plus, pas un de moins (i). Il voulait en faire autant de ses odes, les diviser en dix livres, donner au premier livre le nom d'Apollon, aux neuf autres , ceux des neuf Muses , comme Hérodote aux livres de son histoire , et composer chaque livre de dix odes et de cent vers. Il n'en put achever que cinq livres ; mais il s'astreignit rigoureusement k ce plan (2). Il voulut s'y soumettre encore dans des jeux d'imagination , dans une suite d'épigr^immes , les unes gi^ves , les autres badines , et plus sou* vent encore licencieuses. De joch et seriis en était le titre ; dix mille vers partagés en dix. livres , étaient le nombre prescrit. Il acheva cette t&che symétrique , mais il ne la publia point. L'aut.eur récent de sa vie a tiré du manuscrit (3) , et a pu-

(i) Yôy. ci-dAssus, p. 33a| les éditions de ces Satires.

{z) Odœ ci Carminop i497f in-^®., sans nom de lieu, maïs ^ Brescia. Filelfo avait aussi composé trois livres d'odes ci d'élégies grecques ; elles sont restées inédites à Florence , dans la bibliolhëque Laurentienne.

(3) Ce maaiftsorit c^i à Milas ^ daas la bibliothèque Am^

blié dans les. Monuments inédits de ses trois y< lûmes j presque tout ce qui en valait la peine , tout ce que la dëcence lui a permis* Onitd a core une plus grande obligation pour la pnblicit* qu'il a donnée k un très-grand nombre de lettri de Filelfo^ jusqu'à présent inédites ^ jointes au: trente-sept livres d'épîtres familières , imprimé» ^ précédemment (i) , elles laissent peu d'obscmtt^ ^ sur la vie de cet homme extraordinaire , et dissL — pent bien des nuage^ sur des circonstances impo] tantes de Fhîstoire de son temps.

broisienne; maïs tout le premier livrai et une partie, d^ Q dixième et dernier , manquent à cet «exemplaire , que To:^ ^ croit unique.

(i) La première édition , qui ne contient que seize li^ est in-^fol., sans nom de lieu et sans date : on la croit de Yi nise, î^y^; la seconde a vingt-un livres de plus ; Venise i5o2 , în-fol. Je n'ai point fait entrer en ligne de compte parmi les Œuvres de Fiielfo^ son poëme italien en quarantehuit chants et en terza rîma^ sur la Vie de S. Jean -Baptiste. Vîta dis. GioçanniBattlsta^ Milan,. i494f édition unique, e1 qui n'a de prix que sa râreié ; je n'y ai point non plus fait en^ — trer son Commentaire sur le Canzonùsre de Pétrarque , im — primé pour la première fois à Bologne, 14769 f^arce qu'iEest plein d'explications extravagantes , de traits injurieux: contre Pétrarque, contre Laurè,' cbritre les papes, contre? les Médicis, qui n*avaient rien de commun avec Pétrarque^ parce qu'enfin c'est un fort ' mauvais Commentaire , donl^ Fauteur lui-même faisait presque aussi peu de cas qu'il 1er mérite. Voy. Fùa di FiteJfh^ t. Il , p. iS, note i.

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f Le style de Fiïelfo , dans ses vers latins comme dans sa prose , ne vaut pas celui de Poggio ; il approche moins de Félëgance et de la pureté des jbons modèles; mais il a peut-être plus de force e^t plus ,de chaleur. U méprisa comme lui , et oomme tous ces savants du quinzième siècle, la langue italienne , la langue du Dante , de Pétrar- <]ue, de Boccace et de Y illani . Mais de tout ce qu'il essa ja d'écrire en cette langue , si inculte sous sa -plume, quoique déjà si cultivée 9 son Commentaire sur Pétrarque est ce qui prouve le mieux que s^il la méprisait, c'est qu il tie la connaissait pas. ^ Laurent VaUa, qui parait le dernier de ces <:élèbres philologues , peut être placé après Poggio et Filelfo j comme leur égal en réputation , en savoir , et malheureusement aussi en dispositions querelleuses, et en violence d'humeur. U était fils d'un docteur en droit civil , et naquit à Rome à la fin du quatorzième siècle ; il y fit ses études , et y resta jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. U se rendit alors à Plaisance , d'où sa famille était originaire ^ pour recueillir un héritage. Les troubles qui survinrent à Rome après l'élection d'Eugène IV, l'empêchèrent d'y retourner. 11 fut fait professeur d'éloquence dans l'université de Pavie , mais il n'y fut pas long-temps tranquille : il. se fit de mauvaises affaires, l'une qu'il a toujours niée, et qui ne serait rien moins qu'un faux, commis pour l'acquit d'une dette , et qui lui aurait attiré une peine in-

35o HISTOIRE LlTtEflAIRE

famante ; Fautre ^ qU*il àcCusc d^exagération scu, lementy et qui eut pour cause les plaisaateri amères qu'il se permettait sur le célèbre Barthole ^lors professeur en droit dans la même université Ces plaisanteries , quoiqu'elles n'eussent pour ob jet que le style barbare dont se serrait ce famé jurisconsulte , mirent ses disciples dans une tell fureur contre p^alla , qu'ils Fauraient mis en piè ces, si on ne l'eût arraché de leurs mains. Il cependant k Pavie , jusqu'au moment où la pest y fit de si grands rayages, que Tuniversité fut dispersée (i).

Ce fut vers ce temps-1^ qt^'il fut connu du r Alphonse , et qu'il commença à l'accompagner dan. ^es voyages et dans ses guerres. F'àlla semblait fài pour cette vie agitée et périlleuse. Dès qu'Ai phons fut paisible possesseur du royaume de Naples, il 1 quitta pour aller s'établir k Rome (a). La persécu lion l'y attendait; il avait commencé , sous le pon tilicat d'Eugène IV, un Traité sur la Donation rfl Constantin j dans lequel il combattait l'opinio alors commune , que cet empereur avait donn Rome aux souverains pontifes , où même il se per mettait de traiter les papes avec peu de respect (3).- 11 n'avait encore rien publié de cet écrit, mais 1

(3) Ce Traité est iiapritné. dan» le pr«mier volume du Fai- —

mTALlE, CHÀP. XIX. 35i

jMpe en eut connaissance : les cardinaux décîdèx*ent qu'il (allait informer sur ce fait , et punir Falla^ sTW eii était convaincu : il sVnfuît, se sauTa à Naples , auprès d'Alphonse , qui le reçut avec son ancienne amitié, lui accorda tous les honneurs qu^il prodiguait aux vrais Savants , et le déclara , par un diplôme, poète et homme versé dans toutes les s»ciences divines et humaines.

f^aîla ouvrit k Naples une école d'éloquence grecque et latine. Sa réputation lui attira beaucoup de disciples ; et sa liberté de penser et de parler^ l)eaucoup d*ennemîs. Il ne croyait pas plus à la prétendue lettre adressée par Jésus-Christ k un ccrtaiu Jlbagare ou Abogare, qu'à la donation de Constantin ; il ne croyait pas non plus , comme le prétendait, k Naples, un prédicateur fort en vogue, que chacun des articles du Symbole avait été composé séparément par chacun des douze apôtres. iPersonne aujourd'hui, que je sache, ne le croît plus que lui ; mais on le croyait alors k Naples , et sans doute k Rome , car il fut cité , pour cette derrière opinion négative, au tribunal de l'Inquisition ; et peut-être ne s'en serait-il pas tiré heureusement sans la protection du roi (i). Il eut, avec plusieurs

d^ulusRèrum expetend, etfugiend., dont il esl parié ci dossus, p. 3 14,9 note I.

(jy ^^y« ce qu'il dit lui-même de cette affaire, Vallon Anlidcfysltn Poggium , pw 2 1 o , 211 et 218.

353 HISTOIRE LlTrERAIRE

gens de lettres, admis comme lui dans celte couf^ avec Barthélémy Fazioy Antoine Pahomùtay el quelques autres, des querelles moins sérieuses, el leur 6t la guerre ^ selon le style de ce temps 5 ate<

des Invectives^ des calomnies et des injui'es (i) ^. n resta ainsi auprès d'Alphonse, partagé entre le honneurs et les récompenses d'un côté, les que relies et les altercations de l'autre , jusqu'au m ment où il fut rappelé k Rome par Nicolas V (2) Nouveau théâtre de succès littéraires , nouvea combats. Ce pape avait pour secrétaire le famé grec Georges de Trébisonde, grand admirateur d Cicéron. Valla l'était, par dessus tout, de Quinti' lien. Georges était professeur d'éloquence, et ré pandait, de tout son pouvoir , sa doctrine nienne : p^allay qui ne s'était d'abord appliqu qu'a des traductions d'auteurs grecs, ordonnée par le pape , ouvrit de son coté une école d'él quence , pour soutenir son Quintilianisme : mai au reste » ces deux factions se tinrent dans de justes^^ bornes, et ne troublèrent point la vie de lenrs deui^ chefs.

Il n'en fut pas ainsi de la guerre qui s'allumag^

(i) L^invective de Valla contre Barth. Fazh et le Panormlfa (^Beccadelli)y est divisée en quatre livres,, et remplit cinquante-deux pag^s de Tédition de ses Œuvres , doiMiécr par Aseensiusy in-fôl. ^ i5^.

rntre Valla et Poggio. Le hasard ayant fait tomber ntre les mains de ce dernier une copie de ses Ictres 9 il y aperçut k la marge plusieurs notes, où Ton prétendait relever des fautes, et même des barba-* ismes dans son style. Il attribua ces notes U /' alla^ [uoîque celui-ci ait toujours prolesté qu^elles étaient Tua de ses élèves : cette légère étincelle aliuma m véritable incendie. Jamais il n*y eut entre deux lommes de lettres, une lutte plus iurieuse et plus envenimée. Les Inï^ccUves de Poggio contre F alla, L^ Antidotes et les dialogues de Valla contre loggia ^ sont peut-être les plus infâmes libelles qui aient jamais vu le jour(i}. Ce qu'il y a de singulier, c'est que Valla dédia au pape son Antidote, et que ie bon Nicolas V ne fit rien pour apaiser cette rixe Scandaleuse. Elle le fut au point que Filelfo , si

(i) C'csr dans sa seconde Invective que F(\$if/o accuse Valla , d'avoir commis un faux à Pavie , pour le paiement d une somme d'argent qu'il avait volée , et d'avoir été , en punition de ce faux , exposé publiquement avec une mitre de papier sur la tête. Accusaius^ ajoute-t-il ironiquement ,roiii*zWi/5, damnaliis , antè tempus Ic^itimum, alsqu€ ullâ dîspensaiione epîscopus fuctus es. Cette plaisanterie a été prise au sérieux par Tauteur du Poggîana ( 1 Enfant): « On trouve ici, dit-il, une particularité assez curieuse de la vie de Laurent Valla; c'est qu'ayant été ordonné évêque 4 Pavîe avant Tâge et sans dispense, il quitta de lui-même la mitre, et la déposa, en attendant, dans le palais épiscopal, où elle était encore, etc.» Tom. I, p. 21 a. Yoy. Life ofFoggîo^ P« 4?' ? note. lU. 23

II fit aussi des notes sur le NouveahrTesfament ,

mais comme Iiellëniste, et non comme théologien

Enfin, il contribua autant qu^aucun autre saTan t

de ce siècle , par son enseignement et par ses Taux , k ce mouvement vers Tërudition grecque latine, qui ralentit et arrêta, pour ainsi dire, les pr< grès de la littérature italienne, mais qui rouvrît a l'Europe les sources de Téloquence antique , de L a philosophie, de la poésie et du goût.

* J'ai parlé précédemment d'un professeur qui contribua peut-être plus encore , et dont la carrièi fut plus paisible. Le sage Victorin de Fellro , qi dirigeait k Mantoùe ce gymnase intéressant, nommé la Maison joyeuse ^ où il élevait les princes d^ Gonzague, y tenait de plus une école publique, la première où Ton ait donné une éducation, que Ton a deuîs appelée encyclopédique, telle qu'on la reçoit à peine aujourd'hui dans les pensions ou dans Lîs collèges les plus célèbres. On y trouvait réunis les meilleurs maîtres de grammaire, de dialectique , d'arithmétique , d'écriture grecque et latine , de dessin , de danse , de musique en général , de musique instrumentale, de chant, d'équitation ; et, ce qu'il y a de remarquable, c'est que, par amitié pour cet excellent homme, tous ces maî'res enseignaient gratuitement. Un nombre prodigieux d'excellents élèves sortit de cette école :. plusieurs ont laissé un nom dans les lettres, et se sont plu dans leurs ouvrages k rendre hommage k leur

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analtre* Il était né en 1879 , et mourut dans un âge sviiiicé. •

Plusieurs autres professeurs rendirent , k cette même époque , des ^services signalés k la littérature smcienne, d*où lalittérature moderne devait naître. lU serait impossible de les nommer tous, et c^est sssez pour nous de connaître cette élite des bienfaiteurs de Tesprit humain. Nous connaîtrons bientôt les autres par quelques détails sur les ouvrages de chacun d'eux : cette justice leur est due. Leurs 4ravaux furent arides, et restent obcurs. Leursnoms, consacrés dans les archives de Térudition, retentissent peu dans le monde , même parmi les amis des lettres; et sans eux cependant , sans leurs re- I dierches courageuses, sans leur patience k: déchiffrer, k expliquer et k traduire , on ignorerait peutitre encore tout ce qui fait les .délices dé Tesprit ; une grande partie des auteur3 anciens aurait péri dans ces habitations monacales, quW dit avoir été leur asyle , et qui n^ furent que leur, prison j et Fpn. marcherait encore dans les ténèbres de la science scolastique, pir« que la nuit absolue de rignorance.

35« HISTOIRE LITTERÀïfefe

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