‹ Histoire littéraire d'Italie. DaunouChapitre 14 sur 22 · ill,p. 4t · texte numérisé non relu

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La maison de Médicis avait dépensé depuis i434 jusqu!eA 1471 , en bâtimens, aumônes et impositions , 663,755 flo-7 rins d'or, équivalant, poids pour poids , à 7,965,060 fr. , et d'après la proportion qui existait à cette époque entre le prix des métaux précieux et celui du travail , à environ 32,000,000 de francs. ( Ibid. , p. 45. )

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tion dans toute TltaJ^e., et deik dans L'Europe en^ tière.

. On lie peut e^iin ne pas admirer de ccMsibieii de numières Laurent d^ Médecîs pouvait être grand sans avoir besoîn d^ôtre, comme il le f ut^ un grand homme d^état. Cependant sa santé dépérissait, son goût pour le r^pos augmentait en proportion de ses infirmités. Il était obligé de: s^absenter souvent de Florence , d^aller aux bains chauds de Sienne et de PorretanCj, de passer plusieurs mois a la campagne^ loin de toute occupation* Alors il forma des projets de retraite, que la mort ne lui permit pas de réaliser. Une attaque de ses incommodités habituelles y auxquelles se joignit une fièvre lente , le conduisit en peu de temps au tombeau. Il se fit transporter à Careggi, où le fidèle Politien le suivit. Il regretta de n'y pas voir son autre ami Pic de la Mirandole. Politien le fit appeler, il vint, et les derniers moments de Laurent furent adoucis par leurs entretiens. 11 mourut pour ainsi dire entre leurs bras (i) , à Tàge de quarante-quatre ans , en remplissant tous les devoirs d'un homme religieux, et avec la résignation et la tranquillité d'un sage.

La fin de ce siècle si brillant, surtout k Florence, par les progrès des lettres et des arts , n*offre pas , dans tous les autres états de Tltalie , le même spectacle. Il s'y rassemblait des orages qui éclatèrent

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(i) 8 avril 1492.

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nfin sur Florence même. Quelques princes proégeaienl encore les sciences ; mais le plus grslnd ombre était occupé d'intrigues ambitieuses et sanglantes ; et si l'impulsion n'avak pas été donnjéc ^ès le commencement par des gouvernements pla- ^és dans des circonstances plus heureuses, ce siècle ^i jeta u» grand éclat, et qui surtout posa les fondéments solides de la gloire des siècles suivants , ne leur eut peut-être transmis que des désastres et de k honte. Rome et Milan exercèrent la phis forte influence sur ce funeste changement.

Après des papes amis des lettres et des lumières, tels que Nicolas V et Pie II , on avait vu 1« farouche Paul II négliger les savants, les persécuter, les proscrire , prendre pour des conspirations les réunions les plus innocentes, incarcérer et torturer une académie entière. Sixte IV, qui présida du haut du Vatican à l'assassinat des Médicis , occupe d'établir splendidement ses fils qu'il appelait ses neveux, et d'agiter Tltalie par ses intrigues, se montra généreux envers le savant FileJfo^ fit bâtir de pompeux édifices, accrut et rendit publique la bibliothèque du Vatican ; on Faccuse cependant d'une avarice sordide, qui ne s'accorde pas mieux que ses autres vices avec l'amour des lettres. 11 la porta au point de refuser aux professeurs de l'Université de Rome le modique salaire qu'il leur avait promis. Le réformateur ou directeur de ce collège lui ayant fait de vives instances pour qu'il payât ses pro-

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fesseurs : Ne sais -tu pas, lui répondit le paipe que je leur ai promis cet argent avec Fintentîon d» . ne 1« leur pas payer? L'autre protesta qu'il n'en sa- j vait rien. Si ce n'est pas k toi , reprit naïvement l Saint-Père, c'est donc à Sébastien Ricci que je 1' dit (i). Le faible Innocent YIII ne fît k j)eu près. ^ rien ni pour ni contre les- lettres; Alexandre Vtl lui succéda ; son nom rappelle tout ce qu'il y a d plus affreux sur la terre. La justice s'est en quel que sorte épuisée k flétrir sa mémoire ; et si l'on n veut pas se condamner k des répétitions éternelles)^ on ne doit plus parler de lui que lorsqu'on aura= trouvé quelque bien a en dire.

Quelle que fôt l'origine du pouvoir des Sforce devenus souverains de Milan , le règne de Fran* çois Sforce fut signalé par Tencouragement des lettres. Il sembla vouloir rivaliser avec les Médicis et avec les princes de la maison d'Esté par les distinctions qu'il accorda aux savants, l'asyle généreux qu'il ouvrit aux Grecs chassés de leur patrie , le nombre de littérateurs, de poëtes et d'artistes qu'il s'efforça de rassembler k Milan et d'attirer k sa cour. Son fils aine , Galéaz-Marie , ne lui succéda que pour se rendre odieux, et provoqua, par l'excès de ses vices, les poignards dont il fut percé. Il laissait après lui un enfant (2) , et pour veiller sur cet

(i) Journal de Stejano Infessura, dans le Recueil de Muratori, Scrip, Rer. ital,^ vol. III, part. II, p. loS^- (a) Jean-Galéaz'Marle.

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nfant un frère ambitieux, fourbe et cruel. Jean-

^aléaz- Marie disparut, et son oncle, Louis-le-

Tl^Iaure, prit sa place, les mains, pour ainsi dire,

encore teintes de son sang. Parvenu k la puissance

X>^i* un crime, il voulut le faire oublier par Téclat

^es lettres et des arts. Les plus fameux architectes^

Ses plus grands peintres furent appelés auprès de

3uij on y vit accourir k la fois le Bramante et Léo*

^ard de Vinci. La magnifique Université de PavÎ4 5at bâtie et dotée ; Milan se remplit d'écoles de tout |[enre, de professeurs, de savants. Le duc luimême cultivait les lettres au milieu des affaires da gouvernement et des projets d'une ambiûon effiréliée; mais les suites de cette ambition même ^ et la passion de se venger d'un roi qui l'avait désapprouvée (i), renverrèrent ce brillant édifice , livrée rent l'état de Milan, celui de Naples et l'Italie en-^ tièrc aux armes d'un prince étranger. Charles VIII , appelé par Louis Sforce , traversa l'Italie en vainqueur, s'élança vers le royaume de Naples, 1« conquît , pour retraverser le même pays presque en fugitif, entouré d'ennemis qu'avait rassemblés contre lui ce même Louis qui l'y avait fait descendre. Cette expédition de Charles VIH amena celle

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(1) Le vieux roi de Naples Ferdinand Tavait pressé de rcmettre le gouverHcment à son nereu ; ce fut pour s en venger i|ue Louis-le- Maure appela à la conquête du royaume de Piaples Charles VI H, qui ne -trouva plus Ferdinand , mais seA&ls Alphonse sur ce trône, d'où ii le renversa.

SgS HISTOIRE LITTERAIRE

de Louis XII, et pour Louis Sforce la perte 4 Milanais et de la libertë.

La guerre qu'il avait provoquée eut pour Milan.^ j pour la Lombardîe et pour Naples, les suites le» ' plus désastreuses; les sciences et les lettres se tu — rent au bruit des armes; la violence militaire dis — "^ persa les, savants; le pillage détruisit ou dissipa le^strcsors littéraires, et nulle part ces excès ne se com — mirent avec plus de fureur qu'au lieu où ils^ pou— ^ vaient faire le plus de mal/k Florence, dans 1^^ sanctuaire des Muses, dans le palais des Médicîs.^— Après la jnort de Laurent , Pierre son fils avaiCM hérité de tout ce qu'il laissait après lui, mais nonrS de son habilité, de ses talents ni de ses vertus. ItS fut bientôt haï et méprisé des Florentins , dont sott= père était l'idole. Dans la position diflicile on Icmit l'approche de Charles VIII et de son armée ^ il ne fit que des fautes, et les paya cruellement. Obligé de s'enfuir à Venise , il laissa Florence et le palais de ses pères k la discrétion du vainqueur. Les troupes donnèrent un malheureux exemple qui ne l'ut que trop bien suivi par le peuple. Les Florentins crurent se venger de Pierre , en pillanu des richesses qui étalent h eux autant qu'aux Medicis mêmes. Manuscrits dans toutes les langues, chefs-d'œuvre des arts, statues antiques, vases, camées, pierres précieuses, plus estimables encore par le travail que par la matière, tout fut dispersé, tout périt; et ce que Laurent et ses ancêtres

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avaient, k force de soins, d'assiduité, de richesses, accumulé dans un demi-siècle , fut dissipé ou dé^ Iruit dans un seul jour (i),

Florence , délivrée de Charles VÏII et des Mcdicîs, n'en redevint pas plus libre. Le moine Savonarôle s'empara des esprits ^ y soufûa ses visions fanatiques , au lieu des inspirations de la liberté , devint le maître , et tomba du faite du pouvoir dans le bûcher allumé par ses partisans mêmes. Pierre de Médicis essaya plusieurs fois inutilement de rentrer k Florence. Après dix ans d'une vie errante et malheureuse, il se mit au service des Français, dans leur seconde expédition de Naplesj et lorsqu'ils furent défaits aux bords du Gariglian , il Se noya misérablement dans ce fleuve . Nous verrons dans la suite ce que devint la malheureuse Florence, et comment les lettres elles arts, qui en avaient été comme bannis, retrouvèrent k Rome un protecteur plus puissant et plus heureux, dans

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(i) W. Roscoe, the Life qf Lorenzo de* Medîci, ch. x^ pour certifier le fait de ce pillage , dont Guichardin 9 1« I f ne parle pas, cite Philippe de Commines, témoin oculaire, Mém. 1. VII, ch. IX, et Bemardo Ruccellai^ de Beilo ital. , qu'il a presque littéralement traduit. Ki/cce/Zai termine ainsi le récit de ce désastr(S : Hctc omnia magnq conquisUa studio y mnmistfue parta opiôus , et ad multum œn in deliciis habita , quitus nihû noèilius , mhil Florentiœ quod magis çisendum pu^ taretur^ uno puncto temporis in pradam cessere^ iania Gallprum 0çaniia , pafidiaque nostrorum/iut»

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un pape, frère de Pierre et fils de Laurent, très-» mauvais chef de Tëglise , mais digne , comme souverain , de servir de modèle , et qui fut doublement le bienfaiteur de Tesprit humain, en encourageant, en favorisant de tous ses moyens et de toute sa puissance , les lettres et les arts qui Téclairent et rhonorent, et en contribuant^ par Texcès et par Tabus même, à le guérir en partie de la superstition qui Taveugle et l'avilit.

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