CHAPITRE XXI
Suite des travaux de ¥ érudition pendant le quin^ zième siècle; Antiquités^ Histoires générales et particulières; Poésie latine ; Poètes latins trop nombreux; Couronne poétique prodiguée et avilie.
VJn ne se borna pas , dans ce siècle de. l^éradi- . ^ion , k la recherche des anciens , k l'étude de leurs langues 9 a la propagation et k rinterprétation de leurs chefs-d'œuvre j on y joignit la recherche et Ici découverte des antiquités , des médailles , des lïionuments antiques. On en formait des collections , on expliquait les inscriptions ^ on s'en servait pour l'intelligence des auteurs,, et les auteurs servaient k leur tour k expliquer les monuments»
L'un des premiers k employer cette méthode fut Fktvio Biondo ou Flavius BhnduSj né k Forli en i388 (i). On a peu de détails certains sur les premières époques de sa vie. 11 était encore jeun^ lorsqu'il fut envoyé à Milan par ses concitoyens
(1) Tiraboschi, t. VI , paru II , p. 3.
4o2 HISTOIRE LITTERAIRE
pour Iraîter de quelques afFaîrcs. 11 paraît qn^fg*-= i43o il était chancelier du prottstir de Bcrgàtnê> »que quatre ans après il fut secrétaire du pape Fr -^
gène IV ; il le fut aussi des trois successeurs d'Eu a
gène , mais- il ne les accompagna pas toujours. 7" voyagea dans plusieurs villes d'Italie, s'applîquai -^ partout à la recherche et à l'explication des ant — :^ quiiés. Il était marié, ce qui l'empêcha de tir parti de sa place pour s'avancer dans la carriè ecclésiastique^; et lorsqu'il momrut a Rome en 146 il laissa cinq fils très instruits dans les lettres, tna sans fortune.
Le séjour de plusieurs années qu'il fit a Ronie 0t «on applicatioii à en étudier les Tintions môHiiïnents, lui fit naître l'idée de publîier une descrip- — iion aussi eiacte qu'il le pt)urraît dti la situatio •fles édifices, des portes, des tetnplji^s et des autre ^ grands débris de Rome antique, qui existaient en iSoro en partie , ou qui avaient été rétablis. C'est qu'il exécuta dans un ouvrage en trois livides, inii^ lulé Rome renouvelée (1), dans lequel il déployaB. une érudition prodigieuse pour le temps. 11 eïm montra peut-être encore davantage dans sa Rom^ triomphante (2), où il entreprit de décrire fort en détail les lois, le gouvernement, la religion^ les cérémonies, les sacrifices, l'état militaire, les
(i) Romœ instaurai œ ^ lib. HT.
(a) Romûs triumphantis , lib. X.
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.hs de l'ancienne république romaine. Un troiôïïie ouvrage embrasse l'Iialieentière, sousle titre de Y Italie expliquée (i), la fait voir divisée en quatorze régions , comme elle Tétait anciennement. Cl développe l'origine et les révolutions de chaque province et de chaque ville. On a encore du même auteur un livre de l'Histoire de Venise (3). Il enlieprit enlin un plus grand ouvrage , qui devait ^mprendre l'Histoire générale depuis la décadence de l'empire romain jusqu'à son temps; il fc divisa par décades , à l'imitation de Tite^Live ; n en avait composé trois et le premier livre de la Quatrième ; la mort l'empêcha d'aller plus loin , et Cet ouvrage imparfait est resté en manuscrit dan» Jha bibliothèque de Modène. Quant a ceux 4jui Sont imprimés, on y trouve peu d'élégance dans ]e style , et dans les faits des erreurs graves et fré-r ^uentes; mais ce sont les premières productions 4e ce genre qui aient paru j les défauts que l'on y remarque doivent être attribués à cette cause et aa temps où vivait Fauteur, qui y donne d'ailleurs des preuves d'une érudition étendue et d'un immense travail.
1^1 description de l'ancienne Rome devint alors l'objet des veilles de plusieurs anteurs, et entre entres d'un illustre florentin, Bernardo Huccellaiy
•(1) îlaHœ illustrai œ,
(2) De Origine et Gestis Vfçnetomm*
4o4 HISTOIRE LITTERAIRE
Tun dc6 meilleurs écrivains de ce Siècle^ et digne -: encore 9 k certains égards, det la réputation qu'il J eut alors. Il naquit en i449 C^)* ^ mère était fille ^ du célèbre Pallas Strozziy Tun des citoyens les^a plus puissants et les plus riches de Florence, et=] qui était, par son zèle h encourager les lettres, k.^ rassembler des livres et 4es antiquités, le rival de^ Niccolo Niccoli et des Médicis eux-mêmes. Ber — nardo entra dès Fàge de dix-sept ans dans la famille^â de ces derniers , par son mariage avec Jeanne d0jS Médicis , fille de Pierre , et sœur de Laurent. Jeau-tf Buccellcu son père , avec une magnificence. royale, « dépensa pour en célébrer la fête , une somme dis^ trente-sept mille florins. Le jeune Bemardo^ après ^ son mariage ^ continua ses études avec ]a même ar-«— deur qu'il y avait mise auparavant. Marsile Ficin avait pour lui une afifection particulière. Après la mort de Laurent de Médicis ^ Facadémie platonicienne trouva dans Bemardo un généreux protecteur. Il fit bâtir un palais magnifique , avec des jardins et des bosquets destinés aux conférences philosophiques de Facadémie , et ornés des monuments antiques les plus précieux, qu'il avait rassemblés k grands frais.
Son goût pour les lettres ne l'empêcha point de se livrer aux affaires publiques. Il fut élu, en 1480, gonfalonnier de Justice. La république l'envoya,
(1) Tiraboschi , ub. supr,, p. g.
DITALIE, CHAP. XXI. 4o5
quatre ans après , son ambassadeur a Gènes , el lui confia encore trois ambassades, l'une auprès de Ferdinand, roi de Naples, et les deux autres auprès du roi de France Charles YIII. 11 remplit divers emplois pendant les révolutions que Florence éprouva a la fin du siècle , et sa conduite ambiguë et partiale n'y iut pas généralement approuvée . 11 mourut en i5i4» et fut enterré dans Tcglise de Sainte-Marie-Nouvelle, dont il avait terminé , avec une magnificence extraordinaire, la façade, que son père avait commencée. Le principal ouvrage de Bemardo Ruccellai , a pour titre , De la ville de Rome (i). 11 y a recueilli avec un soin extrême tout ce qui , dans les anciens auteurs , peut donner une idée des magnifiques édifices de cette capitale du monde. Ce livre est rempli d'érudition, de critique, écrit avec une élégance et une précision peu communes, et meilleur k tous égards que beaucoup d'autres quionLparu depuis sur la même matière. liC nom de l'auteur est rendu en latin par celui ai Oricellarius ; c'est pour cela que les jardins académiques de son palais lurent si célèbres pendant long-temps sous le nom d^Orti Oricellarii. Son ouvrage n'a été publié k Florence que dans le deis nier siècle (2). Il laissa de plus une histoire de la
(i) De urhe Româ.
(2) Dans le Recueil intitulé ; Rerum ital. Scrîptores Flo— rentùii, t. II , p. jSS.
4g6 histoire LïTTERAlftE
gaefre de Pise, et une antre de la descente CharleB TIII en Italie , qui n^ont ta le )onr qu^ 1733 (i) : enfin on a publié, en ï'jSij & Leipsick petit Traite de lui sûr les magistrats romains (a). .^ • 11 culiiya aussi la poësie italienne. Ifens le RecnîéilV 11 imprimé des Chants du carnaval ( Canti camùscia^^ leschi)^ il y en a un de lui qui poite It titre de Triomphe de la Calomnie.
Le fameux jinniits de Y iterbe est un antiquaire du même temps , mais d^une autre espèce. Son nom' était Jean Nanni^ Nannius^ et ce fut pour suivre la mode qui régnait alors , qh*il cbangc'a ce dernier -kbmtVL celui ^Jnnius, Né à Tîterbe , vers Tau 1433 (3) y il entra fort jeune dans Tordre des Do^' inînicains. Il embrassa dans ses études noû-seulcment le grec et le latin , mais rbébreti , Tarabe et les autres langues orientales. Ses succès dans là prédication commencèrent sa célébrité. Â'ppelé de Gênes h Rome sous le pontificat de Sixte IV , il maintint son crédit k la cour romaînc, même sous le méchant pape Alexandre VI, qui le nomma, en 1499 7 maître du sacré palais. Ànnius moyrut enr viron trois ans après (4), âgé de soixante-dix ans.
(i) Sous la date de Londres.
(2) De M aglstrailhus romcnîs* C'est le savant anlîcjnaîrc Gori K\m l'envoya de Florence à l'éditeur.
(3) Tiraboschî , t. VI , pari, iï , p. i&.
(4) Le i3 novembre i5o2.
D'ITALIE, ciup. XXI.' 407
JLts deux premiers ouvrages qu'il publia firent une
grande sensation, qu'ils durent en partie à la des-
x^ruction récente de l'empire grec j c'est son Trailé
<ie l'Empire des Turcs (1) , et celui qu'il intitula :
jDes Victoires Jutures des Chrétiens sur les Turcs
^t Içs Sarrasins (3). Mais ce qui lui ^ fait le plus
^e renommée en bien et en mal , c'est le grand rcr
caeil ^AntiquiLes diverses {^^ qu'il pubjia h Rome
CDi 1498, et qui ont ëié réimprimées plusieurs fois.
}1 prétendit avoir retrouvé et donner au monde
bavant les textes originaux de plusieurs historiens
^ la plus haute antiquité, tels que Berosc, Mane-t
^hon, Fabius Pictor,Myrslle, ArchUoquo , Catoià»
^egasthène , qu'il nomme Metasihène , et qu^elques
^litres , qui devaient jctcf le plus gr^ipid jour sur la
(i) Tractatus de imperio Turc arum ^ Gènes, il^'ji»
(2) De fuiurîs Christianorum trlumpltis in Turcas et Sara" €:cnos y ad Xystum IV et om nés principes Chrîsiianos ^ Gênes y 34^0, in-4'*- Cet ouvrage est divisé en trois parties, dont lâ troisième n'est qu'une récapitulation du premier trailé. Les deux autres contiennent des applications de F Apocalypse à Mahomet, et des prédictions véhémentes de la prochaine destruction de ses sectateurs. C'est le Recueil des Sermons qu il avait prêches à Gênes , et qui lui avaient £ait une si grande réputation»
(3) Antiquitaium çaiiarum çoiumina XFII j cum Commen-r tailis Joannix Jnnii filerùîensisj Rome, ^i^^^y in-foL, la même année à Venise , et depuis à Paris, à Bâle , à Anvers , à Lyon , laniot avec et tantôt sans Icf Commeataircs.
4o8 HISTOIRE LITTERAIRE
chronologie des premiers temps. Il les avait, disait il , retrouves dans un voyage qu'il avait fait a Màn toue pour accompagner le cardinal de S. Sixte; e dans ses longs Commentaires , il en soutenait Tau— thenticité.
On fut ébloui par cette publication fastueuse. Dans un temps où tous les auteurs anciens sem blaient sortir comme de leurs tombeaux , on cru k la résurrection de ceux ôiAnnius; mais si Tllali entière commença par êtr^ dupe , ce fiit d'abor en Italie que l'on reconnut l'erreur. Annius y eu aussi des apologistes et des soutiens. Cette dispul se ranima dans le dix-septième siècle (i); mais 1 critique éclairée du dix-huitième a réduit les choses au point que si quelqu'un s'y trompe encore , c'est qu'il est volontairement dans l'erreur. « Ce serait, dit l^iraboschi (2) , une perte inutile de temps , que d'alléguer des preuves de ce dont personne ne doute plus, si ce n'est ceux qu'il est impossible de convaincre. )) La question ne pourrait plus être que de savoir si ce moine , aussi crédule que savant, qualités qui ne s'excluent pas toujours, se
(i) Voy. les détails de cette querelle entre Mazza^ dominicain , qui publia une Apologie à^ Annius , Sparai?ieri de Vérone, qui écrivit contre, et François Macedo^ qui répondit pour Mazza; Apostolo Zeno ^ Disserk Voss.^ t. Il, p. 189 à 192.
(2) Ub, supr,j p. 17.
DITALIE, CHAP. XXL 4og
issa ' tromper par quelque fourbe qui lui donna our authentiques ces manuscrits supposes , pu sHl ^ut assez fourbe lui-même pour imaginer cette ruse ; -sissez patient pour composer ces histoires en di- ^verses langues savantes, et pour les commenter nrolumineusement ; assez habile pour tromper , par cette ruse, un grand nombre d^hommcs instruits. L'une de ces deux suppositions parait à peu près aussi difficile k concevoir que Fautre; mais elles sont k peu près également indifférentes, puisqu*il est universellement reconnu que ce recueil d'antiquités est uti recueil d'erreurs , s'il n'en est pas un d'impostures.
Quelques critiques n'ajoutent pas beaucoup plus de foi k ce que nous a laissé sur les antiquités , un homme qui fît alors beaucoup de bruit par ses Voyages et par son ardeur k rechercher les anciens tnonuments ; mais le plus grand nombre des amateurs de la palaeographie lui accorde plus de confiance : c'est Ciriaco d'Ancône , né dans cette ville "vers l'an iSgi (i), et qui commença, dès l'âge de neuf ans, k montrer cette passion pour les voyages, dont il fut possédé toute sa vie. A vingt-un ans, après avoir déjk vu plusieurs villes d'Italie , avec un oncle qu'il accompagnait pour les affaires de
(i) Tiraboichi, t. Vï, part. I , p. i35^
4io HISTOIRE LITTERAIRE
son commerce , il passa , avec un autre oncye , Egypte. Deux ans après son retour en Italie, iM^^l commença k voyager pour son corapic, La Sicile »^ , CoBStantinople, les îles de rArchîpel, Orent naitrcE^^e en lui le goût pour les monuments antiques , q acheva de se développer lorsqu'il fut revenu dan sa patrie 9 et qu il y eut joint Tinstruction classi qui lui manquait. Ih^tourna dans la Grèce , apprl le grec à sa source» passa en Syrie, revint dan FArchipel , séjourna dans File de Chipre , k IRha des, k Mitylène, et dans les autres lies où se tao vent les plus riches débris des temps anciens, e revînt en Italie , riche d'observations, de manuscrits, de médaillés, d'inscriptions et d'autres antiquités. II. y était appelé par l'élection d'Eugène IV, qu'il avait beaucoup connu k Rome, et qui loi& l'accueil qu'il eij devait attendre. Cinaco se mit alors k rechercher les antiquités des différentes villes du Lalium. 11 parcourut, pendant près de dix ans, presque toutes les villes d'Italie , passa une troisième fois en Orient, peut-être même une qua* irième, toujours occupé des mêmes études, et infatigable dans ses recherches. On croit qu'il revint en Italie vers le milieu du siècle , et qu'il y mourut quelque temps après.
Il laissa beaucoup de manuscrits qui n'ont paru que très long-temps après sa mort, et dont ou n'a même publié que des fragments. Ceux de son
mTALlE, CHAP. XXI. 4ii
oyâgê d*Orient furent mis les premiers &a jour, n 1664 (i). Son Itinéraire^ ou là Relation de son oyage en Italie pour en ëludier les antiquités, 'a été imprimé qu'en 174^ (2), et sur un manuscrit si mal en ordre, que tous lea objets y sont c<)n«>' ondus, et qu'on ne peut s'y faire une idée juste et suivie des courses et des travaux de l'auteur. Enân, ^'autres fragments sur les antiquités d'Italie ont encore paru en 1763 (3). Des antiquaires attentifs «reconnaissent que Citiaco d'Ancônc s'est souvent Irompé dans la manière de transcrire et d'înterfréter les inscriptions , sur la date et l'authenticité ^e plusieurs, et sûr un asse» grand nombre de points d'histoire, de chronologie et de géographie; ^aîs, avec le secours d'une critique éclairée, on ne lî^îsse pas de tirer beaucoup d'utilité des recherches d'un voyageur si actif et si laborieux. Il n'avait aucun intérêt à tromper; et il serait malheureux de s*être donné tant de peines pendant sa vie ,. pour î\e laisser, après sa mort, que la réputation d'un homme de peu de lumières ou de mauvaise foi.
Un auteur en qui Ton a plus de conflancc dans les sujets d'antiquités , et dont la vie mérite d'ailleurs
(i) A Rome, par Moroni , bibliothécaire da cardinal Baa^
(2) A Florence , par Tabbé Mehils.
(3) A Pcsaro , avec des noies d'Annxbal dr^ff Àèaii Oli^^
4 1 a HISTOIRE LÏTTËR AIRE
une attentioti particulière , est Giuliq Pompon. Leto. Tous ces noms étaient de son choix. Il état it né bâtard de Fillustre maison de Sanseverino^ le royaume de I^aples.(i); il évita toujours soin de parler de sa naissance ; il répondait niên^ve brusquement k ceux qui Tinterrogeaient sur c^^^ article ; et lorsque cette famille puissante lui écrit pour Tinviter k venir demeurer dans son seji QU il aurait ^oui de Tabondance et de Tétat le pli heureux , il répondit laconiquement : «r Pompon^^^ Leto à ses parents et k ses proches, salut. Ce TOUS demandez est impossible. Adieu (2). » Il rendit très-jeune k Rome, où il étudia d'abord soi un habile grammairien de ce temps (3) , et ensuite- -^ sous Laurent Valla. Celui-ci étant mort en 1457 "* Pompônio fut jugé capable de remplir sa chaire, fut alors qu^il fonda une académie qui lui altii bientôt de violents orages.
Plusieurs hommes de lettres, livrés comme lu k Fétude de l'antiquité , s'y rassemblaient ; leur entretiens roulaient sur les monuments que l'on re trouvait a Rome, sur les langues grecque et latine, sur les ouvrages des anciens auteurs, et quelquefois- — sur des questions philosophiques. La plupart de
(i) Tiraboschî , ub, supr, , p. 11.
(2) Pomponius luxtus cognatis et propinquis suis saluiem* Quod petiUsfieri non potesL Valeie, Id. ibid.
(3) Pietro da Monopole
D'ITALIE, CBAF. XXI. 4î3
«zes académiciens ëtaîent jeûnes. Leur zèle pour l'antique les dégoûta de leun nonis de baptême et «ie famille ; ils prirent des noms anciens : le fondateur choisit celui de Pomponio Leto, on plutôt JPomponùis Lœtus ; Philippe Buonaccorsi, s'appela 4^limaco Eiperiente^ ou Caltinutchus Experiens', ainsi des autres. Peut-être ceS' jeunes gens , dans leurs conversations philosophiques, se permirentils d'autres comparaisons entre les institutions antennes et les modernes, où celles-ci n'avaient pas j'avantage. Cela fut transforme, auprès du pape Paul II, en mépiis pour la religion, bientôt en complot contre l'église, et enfin en conspiration contre •on chef.
Ptatinaj dans son Histoire des Papes, raconte Au long tonte cette afTaire, dont voici le fond en peu de mots. Paul II donnait au peuple romain «les spectacles et des fêtes pendant le carnaval (i), lorsqu'on vînt lui dénoncer ceUe conspiration prétendue. Effrayé, ou feignant de l'être, il ordonne aussitôt un grand nombre d'arrestations , et entre autres celle de Platina lui-même. Tous les académiciens qu'on put prendre furent arrêtés comme lui, incnrcérés, mis k la question, et souffrirent de M horribles tortures, que l'un d'eux (a), jeune homme de la plus grande espérance, eu mourut peu
(Oi4e8.
(a) Agoslino Caïuoai».
4*4 IIlSTpia]^ LITTIÉRimE
de jours aprè«. Pamp&nio Le^ 4taii «lors k Yeiil il y ëtaitmèotie depuis trous toi^ dans k maisou mvp» et Ton ne isait, ni k motif de Ce séjour, ^^di copimesit le pape , qui le jioïkp^baa de coiii|iiici== té HVec ses coiUrères , s*y prît poiir faire violer, k so^^Q ^gard, les loi$ de, rhospitalit^. -Quoi qu'ail en le loalheureux Pùmponio fut çQndott encihalné JU>ivie, incareérë et ^torturé fîoniiiiie liss antres^ 4Iiia Ion pAt arracher k pevsoïipe Taveu -de ce li*6xiiStai);pas.
L'araifrëe' d« Teâaipereiir Ff éd^ric m interrompit p pour quelque temps^ )a fN^^tSiédwe. Ûhs qu*! i3a(fAr4i) le pape se rendît bû-^iniMiO an çhAtem^^^ St.-Ange, et voulut examiner les prrsonnjors, Hffi^^'^ pjbiS sur la conjuration, m%\& aur de$ iiérésies donir .M pj^ÏM 3up|>c>sait ameurs. U £t ensuiii^ passer lewnv^ opinions à Texameit des plu$.. savaittts théologiens, qui ny trouvèrent point d'fiojrésîe Paul relourus xrependant une seconde fois au château, et ^ aprè^ une nouvelle épreuve tout aussi inutile que la pn xnière, il finit en déclarant qu^à l^avenir on tiendrait pour hérétique quiconque prononcerait, ou sérieusement, ou même en plaisantant, le ^om d'acadé-^ mie (i)* U ne rendit pourtaut point encore la liberlc^ aux accusés; il les retint en prison jusqu'après Tau-
(i) Paulus tWfnen iiaaretkos èos protiundùçfît qfui namèn Àca^ demùz , çelserio fêljoe^ delnceps commemararent, ( Piatias in Pauio IL)
D'ITALIE, CHAP, XXi. 4i5
M}ée révolue. Ce terme arrive, il iit d'abord adoucir
leur captivité, et leur permit enfla d'être libres. 11
mourut sans avoir pu trouver parmi eux de cou-
^bles 9 et sans avoir voulu reconnaître hautement
leur innocence. Mais ce qui la prouve évidemment,
c'est que son successeur, Sixte lY, qui ne valait pa6
iQiieux que lui, confia pourtant k Pkuina la garde
delà bibliothèque du Vatican, et permit à Pom^
fonio Leto de reprendre sa chaire publique^ où il
cominua de professer avec un grand concours et
de grands succès. Sixte n'aurait certainement pas
traité ainsi des conspirateurs ni des hérétiques.
P.omponio parvint même à réunir son académie
4îspersée. On trouve, dans un historien (i) du
temps , le récit de deux anniversaires qu'elle celé*
l>ra en corps, avec beaucoup de solennité, en i/fiiL
^1 i4^3, l'un de la mort de Platinu, l'autre de la
4EiaIssance ou de la fondation de Rome.
Pùmponio vécut pauvre , mais rien ne prouve qu'il ait é vé obligé d'aller finir ses jours dans un hôpital, comme l'assure y^alérUmus (2), qui, pour ^ossir son livre, a souvent ajouté aux in&rtunes trop réeUes des gens de lettres, des infortunes ima<giuaires. Il en a oublié une de PompomOy qui me* ritait cependant d'être citée j c'est qu'en i484? ^^i^
à*mMim**titiiin,
fi) -Journal de Jacopo da Voitèrra, publié par Mural ori , Scr^L Rer. ttal., vol. XXllI, p. i44* {x) De InfeUcitaUlÀiteNLt ^\Ah
4i6 HISTOIRE LITTERAIRE
une sédîtion qai s'éleva contre Sixte lY^ sa maison fut pillée , ses livres et tous ses eBets volés ^ et Inî, forcé de s'enfuir en désorcke (i), tin bâton k la miânr Mais cette perte filt bientôt réparée ; quand la sédition fut apaisée y ses amis et ses écoliers lui envoyèrent k Tenvi tant de présents, qu'il se trouva, pour ainsi dire, plus k son aise qu'auparavant, n se faisait généralement estimer par sa probité^ sa* simplicité, son austérité même. Uniquement occupé de ses études , il n'y avait pas un réduit obs* cur à Rome,, pas le moindre vesiige d'antiquité qu'il n'eût observé avec attention, et dont il ne pât rendre compte • On le voyait errer seul et rêveur au milieu de ces monuments, s'arrêter k chaque objet nouveau qui frappait ses yeux, rester comme en extase, et souvent pleurer d'attendrissement. U mourut k Rome en 1498. Les regrets qui éclatèrent k sa mort, et la pompe extraordinaire de ses funérailles, attestent qu'il n'avait pu être réduit k finir dans un hospice une vie environnée de tant de considération et d'estime.
On a de lui plusieurs ouvrages propres k faire connaître les mœurs, les coutumes, les lois de la république romaine, et l'état de l'ancienne Rome. Ce sont des Traités sur les sacerdoces , sur les magistratures , sur les lois , un abrégé de l'histoire des
{0 In giupetto coi borzacchini^ Journal de Stephaoù $ura; Script. Rgr. iiai., yol. III , part. II, p. i x63»
DITALIE, CHAP. XXL 417
empereurs , depuis la mort du jeune Gordien /usqu^à Fexil de Justin III , et plusieurs autres ouvrages (i) pleins d'une érudition profonde et variée . Il s'appliqua de plus à expliquer et à cominenter plusieurs anciens auteurs. Les premières éditions que Ton fit de Salluste furent revues par lui, et confrontées avec les plus anciens manuscrrits. Il employa les mêmes soins pour les Œuvres c3e Columelle , de Varron , de Festus , de Nonius lM!arceUus, de Pline le jeune ; et Ton a encore do Xui des commentaires sur Quintilien et sur Virgile (a).
L'historien qui nous a conserve le détail des persécutions qu'éprouvèrent Pomponio Leto et son «icadcmie , et qui y fut exposé lui-même , Bartole-- 9neo Plaiina j était né k Piadena j dans le territoire de Crémone (3). Le nom de sa famille était
(i) Ils ont été recueillis dans un volume devenu très-rare, *ous le titre de : Opéra Pomponii Lœti Qoria^ Moguntise, ïSai ,'in-8®. Ce volume contient : Romanœ Historiœ cornpendium^ etc. , de Romanorum M agisiratibus ^ de Saeerdotus^ ^e Jurisperitis , de Legibits , de Antiquilatibus urbis Homœ ( on Croit que ce Traité n'est pas de lui ) , Episiolœ aliquoifumi'- ^iarês , Pompuniï Vita per M. AnUmium SabellUum,
(2) Les Commentaires sur Quintilien sont imprimés avec ceux de Laurent Valla^ Venise, i4-949 io-fol. Ceux sur Virgile parurent, selon Maittaire^ à Bâle, i486, in-fol. Apos^
tolo Zeno en cite une autre édition, Bâle , 1544» in-8°. ,
Dîsseriuz, Voss, , t. II , p. ^47.
(3) Tiraboschi , t. VI, part. I , p. a4i.
4i8 HISTOIRE UTTEftÀtRE
ék^ Sitcehi; W y sub^utua celui de ^ pairie , latî- '^nhi delon le goût du temps. Il suivit d'*abord W At in^âer des armes, et se livra' tard k l'étude dei ^^ss hsttr«5s. On croit cp^il eut pour premier matire , Mttotoue 'j le bon et célèbre Tictoria de Feltro Conduit h Rome par le cardiuat de Gonzague , j[>rodtiit auprès du pape Pie 11 , il en ohiint uno^ -«e place (r), qu'il perdit sous Paul II ^ et Pûn vienr ^êki\ de voir ce qu'il eut k sbnflfrir dés cruautés de ci^mr^ pontife. Jeté dans les fers > questionné , torturé » ainsi que les compagnons de ses études , d'aborcop^d comme conspirateur, ensuite comme hérétique^ t saias avoir commis d'autre crime que d'être d'un académie de savants ; calomnié , dénoncé par 1 gnorance , et vu de mauvais o&il ]par iin pape çonneux , il fut consolé de ses disgrâces par la fa veur dont il jouît auprès de Sixte IV. Ce pape 1 donna, en 147^? îa place de garde de la biblio^ — thèque du Vatican , place modique , mais hono — ràble, et qui fit toute sa fortune. U mourut k Rome, en i43i ^ âgé d'environ soixante ans.
Celui des ouvrages de Platina qui a le plus de célébrité, ce sont ses Vies des pontifes romains (a).
(1) Dans le collège ou conseil des Albréçiateurs , créé par Pie II, et détruit par son successeur.
(a) 'La première édition porte ce titre i Excellentissind Hisiorici B. Plàtinœ in Vitas summorum pontfficum^ ad Sbc^ tum IV pontif. max, prœcîarum opus , Venise, 1479» ^ *^^
DUTALÏE, cuxp. xxi. 419
Ecrites avec une ëlëgance et une force de style qui dtaient alors très-rares , elles commencent de plus k offrir des exemples d'une saine critique. L'auteur examine , doute , conjecture ; cite les anciens monuments j rejette les erreurs reçues. Il en commet sans doute lui-même, principalement dans ITiistoire des premiers siècles ; et, quoiqu'il parle plus librement des papes que les autres historiens catholiques , on aperçoit facilement que , lors même qu'il yoit la vérité , il n'ose pas toujours la dire ; mais c'est beaucoup qu'il soit aussi ëclairë que sou siècle le lui permettait , et plus vëridîque que tout autre peut-être ne l'eût ëté k sa place. On lui a reproche d'avoir trop mal parle de Paul II. On voit , en effet , dans la Vie de ce pôntîfe , qui est la derxiière de l'ouvrage , que Platina ne lui pardonne pas les rigueurs injustes de la prison et des tortures ; on ne peut sans doute lui contester le droit
Les deux autres principaux ouvrages de Platina sont : i**. Hîstoria inclytœ urbis Mantuœ , et serenissîmœ familiœ GonzagiM in Ubros sex dwisa^ etc. Elle n'a été imprimée qu^en iGjS, à Vicence, in-4'*. , avec des notes de Lambecius. 2°. De Honestà VoluptaU ot Valetudine IBrî X, imprimé pour la première fois kCwidale del FriuU {in Ciçitatè Austnœ)^ i43f9 in*4*. Dans plusieurs des éditions subséquentes, on à ajouté au titre ces mots : de Oèsoniis; c'est celui du ch. 1 du liv. VI; et c'est sur ce seul fondement que quelques auteurs ont dit que Platina avait fait ex professa , un livre sur la cuisint. Voyez Apostolo Zeno^ Dissert, Vass,, t. I, p. 254.
4ao HISTOIRE LITTERAIRE
de dé&oncer k la posiërité ces actes de tjrraniiie ^ ; mais c^ëtaît en son. privé nom, et dans un ouyrag^B»^ *6 k part, qu"!! devait exercer celte jaste vengciance r : les iutércLs parliculîers et les passions personadl doivent être bannis de THistoire*
Plusieurs auteurs de chroniques générales treprirent dans ce siècle , connue dans les prëc dents , de raconter lliistoirç du monde. Ils avaienr plus de secours , et purent tomber dans des reurs moins grossières ; mais il leur manquait en corè I dans la chronologie et. dans le choix d^ f des guides sûrs , et ils sont loin de pouvoir euxinèiQes en servir. L*un do ces chroiuqu^irs qui mé^ rite le plus d^attention^^est MaUeo Palmieri, FI* reotiu. ISé en i4o5 (x)^.il étud^^ sous les plus biles maîtres , parmi lesquels on compte Charles^^ à^Arezzo et yJmbrogio le Gunaldule. Il fut revèti*. des premiers emplois de la république, de plusieurs ambassades importantes ; et même de la suprême dignité de gonfalonnier de justice. Il mourut en 1475. Sa Chronique générale, depuis la création du monde jusqu^k son temps , n^a pas été publiée toute, entière , mais seulement la dernière partie qui comprend depuis le milieu du cinquième siècle jusque milieu du quinzième (2). Elle fut conti*
(i) Tîraboschi , uh. supr. , p. ai.
(21) De)puis 447 jtisqu'en 1449. La premièFe édition parut à la suite de la Chronique d'Eusèbe , sans nom de liei& et
mée jusqu'U Tanncc i4^^> P^^ i™ écrivain du lême nom , et b peu près du même prcuom qoc qÏ , niaii qui n'était ni son parent ni son compariote. Mattia Palmieri de Pise est le nom de ce oatmoatear. U fut secrdictire apostolique , et trèsftTSiU dans les langues grecqae et latine. It mouut k soixante ans , en ï^SS, C'est !i peu près tout :é qu'on sait de sa vie. Sa continuation est ordinairement jointe cl la Chronique de Alatteo. '
Ce dernier ccrÏTit de plus , en latin , la Vie de Nicolas j^ccieytiolij grand siînccbal du royaume de Naples (l) , et un livre sur la prise de la ville de Pise (2). On a de lui , en italien , quatre livres de la yie civile (3) , imprimés plusieurs fois , et même traduits en français (4). Enlin , il fut aussi poète. U fît, en terza rima ^ k Timitation du Dante , un poëme philosophique , ou plutôt théologique (5) , qui eut pendimt sa yie une grande
sans date CMtlao, i475, in-4"' g^Oî ^oy- Apostoh Zeaa, Ûîsserl, Vass., t. 1 , p. ito; c#tte édition est de la plus grande rareté. Il en parut une seconde, Venise, i4d3, in-4"., oic.
t») Muratori , Script. Rer. ital, , vol. XIII^ (a) De caplloUate Plsarum , ibid. , vol. XIX.
(3) Libro diila Vita civile, Florence, iSag, in-S». Ce li- -*re est écrit en Dialogues.
(4) Par Claude des Rosiers, et imprimé i Paris, iSSy, in- 8», .
(&] Marmite t'icln, en écrivant ii l'auteur, adresse sa Uttre :
4m fflSTOlXŒ LITTERAIRE
célébrité. Mais sa théologie jiy fut pas. loujouiv orthodoxe ; il y avança , par exejapie , <fae bo9 james éta^ept fies anges qui 4i%pieiirèi^iit: neutre» jd^ns la révolte coutre leur .oicéaceuÉ** dOettfe .opimom jmal spnnaute, dipoujcëe Ibiiiiupiîsiticm'jttpiràs sft jnort , Ht coadanmer |K>l|$Iln^l}eme3^t;' «MK^poune ^ <|iii n'a jainals vu le joiUYy. et doMoma >seiileiheiic iies copies dans plusiçtMAs bibliothèques d'IiaUci ^i)« Quelques - uns ont niéode prdtfindu que, rantenr gavait été brûlé ayeç son livrée ; mais Apostoki Zeno a prouvé (i) quEe cela n^a ni été> ni pu être ; <pih ToA fî( k Matteo Po/me/z^ des funérailles pà^^ blique£^9 ordonnées par 1a seigtiaurie de FloEence ; .<|ue /{/?z{^f?i/ir prononça, son véixikK)nviunèbn^:9 et: jpie j .pendant la céréoioùie , ce 'poëmé y que Toia iprétend avoir fait condamner l'auteur , était dé* posé sur sa poitrine , comme son plus beau titre de gloire*
D'autres historiens se renfermèrent xlans de plus étroites limites , et se bornèrent à écrire les choses arrivées de leur temps. Le plus célèbre est JEneas
Maiheo Palmerîo poctœ theologico , épîst. 4^ 9 1* ' • Sur ce poëmc^ Intitulé : Cita dl Vila^ et qui est divisé en trois livres et en cent chapitres, voy. Apostolo Zeno y ub. supr.^ p. ii3 à 121.
(i) Aposlolo Zeno ^ ioc. tiL ^ eh compte trois principaux manuscrits* dans les bibliothèques Ambroisieiinc & Milan ^ J^urentienne et de Strozzi , à Florence. '■ (a) Lac, cit , et surtout p. 1 19.
D'ITALIE, ciTAP. XXI. 423
Sylvius Piccolomini j qui devint pape sous le nom de Pie II. Il naquit en i4o5 (1) , dans un château voisin de Sienne (3) , et fit ses études dans celte ville. Il s'attacha, dans sa jeunesse, au cardinal Oapranica , et se rendit avec lui au concile de Bàle* Dans la rupture qui éclata entre plusieurs pères de %1Q concile et le pape Eugène lY, il fut dti parti <les opposants , écrivit pour eux , et les soutint pendant plusieurs années ; enfin , il les abandonna , alla se jeter aux pieds d'Eugène , et obtint son pardon. Il avait changé de condition, plus légèrement encore que de parti , et s'était successivement attaché h trois ou qiiaCte cardinaux ; il fut ensuite , pendant quelques années , secrétaire de l'empereur Frédéric III. U voyagea beaucoup , et dans presque tous les pays de l'Europe , en Angleterre, en Ecosse, en Hongrie, en Allemagi\e, en France , presque toujours chargé d'ambassades et de missions de confiance. Le pape Eugène le fit évoque de Trîeste ; Nicolas V, de Sienne , et Calixte III, cardinal; enfin, il devint pape luîmcme (3) ; et il est certain qu'il n'eût pas fait cette fortune avec les pères récalcitrants du concile de Baie , et leur antipape Félix. Il prit le nom de
(i) Tiraboschi, ub. supr, , p. 24-
(2) A Consîgnafno, village dont il fit une vîUe épiscopale quand il fut devenu pape, et que , de son nom de Pib,
•fl
4^4 HISTOiaE LITTERAIRE
Pie II. Son pontificat presque entier fut occvlj^^ d'un vain projet de ligue contre les Turcs , et " mourut en 1 464 , sans avoir fait aux lettres et an^^ sciences tout le bien qu'il projetait , et qu'on av^- ^^ lieu d'attendre de lui.
Son plus- grand ouvrage n'est point compris dar:^' la collection générale de ses Œuvres, et ne fut inmr' primé que cent vingt ans après sa mort* Ce soi^t des Commentaires en douze livres, sur les événe^ — ments arrivés de son temps en Italie (1) On peut lesï considérer comme une histoire générale de celt^ partie de l'Europe , pendant les cinquante-huit ans qu'il vécut , histoire écrite , non-seulement avec éloquence et avec force, mais avec une élégance de style qui était alors peu commune. Ses CEuvres (2) contiennent d'abord deux autres livres de Com^ mentaires sur les actes du concile de Baie. Le parti qu'il avait suivi dans ce concile , dit assez sous quelles couleurs il en présente les actes. Les protestants , dont cet écrit flattait les opinions ,
(i) Pli II Pont. Max, Commentarîi reriim mcmorahUium quœ femporiùus suis eonti^eruni j à R. D, Jo,. Gobellino Qicario Bonnon.jam diii composiiij et à R. P, D. Fr. Bandino Piccolomineo^ archlep. Senensi ex vetûsto ori^inali ^ récognitif Rome, 1584) ii*-4°.i réimprimé à Francfort , iC)i4, in-fol. Ces Commentaires, quoique tlonnés sous le nom d'un des familiers de Pie II, sont reconnus pour être de ce pontife lui-même. Voy. Apostolo Zeno , Dissert* Voss.^ t. I , p. 322.
(2) Edilion de Bille, 167 1 , in-fol.
DITALIE, CHAP. XXL 4^5
Vont tait réimprimer souvent ; mais y sans y joindre
d'autres ouvrages du même auteur , où il dît prë-
cisement le contraire sur Tautorité du vicaire . de
Dieu , et sur d'autres points de cette importance y
non plus que la grande bulle de rétractation qu'JS*-
neas Syhius publia lorsqu'il fut devenu Pie IL
On les trouve dans le même recueil , et ce serait
montrer peu de connaissance des hommes et des
affaires de ce monde, que de s'étonner de voir
cette diversité entre les écrits d'un prêtre qui veut
faire fortune dans un concile , et ceux de ce même
jîrêtre devenu évcque , cardinal et pape.
Ses autres ouvrages historiques sont une histoire ^sbrégée de Bohême , celle de l'empereur Frédé- ^c m ^ une Cosmographie qui contient la descrip- ^on de la grande Asie mineure , avec un exposé m^apide des faits les plus mémorables ^ un abrégé de l'histoire de Biondo Fla^io , et quelques autres écrits moins importants. Ce sont ensuite des opuscules philosophiques , des harangues , des traités de grammaire et de philologie ; un livre de lettres familières qui en conlient plus de quatre cents , et dans lequel se trouve compris un grand nombre de morceaux de quelque étendue , entr'autres une espèce de roman ou histoire tragique de deux amants (i), où Ton croît qu'il raconte, sous des
(i) Historia de Euriuloet Lucretia se amantihus^ cp, CXIV^ p. 623.
noms supposés , ^on fait arriyé k Sienne y tandis qa*U s^y troayait arec Tempereor Sigtsinond. GetSe variété de productions^ leur nombre et k mërke littéraire qui y brille , auraient de quoi surprendre, même dans un sttnplé< littérateur « qui en eût Àé occupé uniquiement ; qa'est-Kse donc quand on songe aux longs et fadgancs voyages , aux grandes •a&ires , aux- éminentes fonctions' qui partagèreot la vie de ce laborieux pontife , et qui «embieraienl en avoir dû remplir tous les moments ?
Ses Commentaires sur Thistoire de son temps fièrent continués par Jacopo degli Âmmanati^ qo^fl avait tàix cardinal, et qui lui devait bien ce témoignage de reconnaissance. Il était né dans le terri* toire de Lucques, ayaii fait d^excellentes études sous Charles et LéoMtrd â^Arezzo ^ sous Guarino de Vérone, et GianozzoManetti. S*ëiant rendu k Rome ^n 1 45o , le cardinal Capranica le prit pour son secrétaire. Il resta dix ans dans cet emploi subaltetoe, et menait une vie si pauvre , qu'H ne pouvait qttelquefois satisfaire aux moindres ot aux plus indispensables dépenses (i). Calixte 111 le fit secrétaire apostolique ; mais Pic II fit bien plus pour lui. nradopta, en quelque sorte, lui donna son nom (a), réleva' rapidement à Tévêché de Pavie et au cardi-
(i) Appena açea di che farsi rader la barba. Tiraboscni, uh", supn. p» 3o.
(a) Ptecoiomini,
D'ITALIE, CHAP. XXL 427
nalat. C'est de lui qu il est si souvent parlé dans
Thisloire littéraire de ce temps , cl c'est h lui que
sont adressées tant de lettres des hommes les plus
célèbres d'alors, sous le nom de cardinal de Pavie.
Sa faveur ne se soutint pas sous Paul II ; mais elle
reprit, sous Sixte IV, une nouvelle force. Il fut
créé successivement légat de Pérousfe et de l'Om-
brie, évoque de Tu3culum, et peu de tempi après
évêque de Lucques. Il l'étaît depuis deux ans, lors-
cju'un médecin ignorant, pour le guérir de la fièvre
quarte, lui fît prendre de Tellébore, sans précau-
lion et sans mesure. Il tomba dans un profond som-
^neil, et ne se réveilla plus. Sa continuation des
Commentaires de Pie II ne s'étend que depuis 1 464
jus(}u*k la fin de 1 469 . Le style en est moins bon;
mais, a ce mérite près, elle a tous ceux que l'on
"exige diins Tbisioire. On y a joint un recueil de près
de sept cents lettres (i), qui ne jettent pas peu de
lumières sur les événements de ce siècle.
Il y eut alors peu de villes qui n'eussent, comme Florence, leur historien particulier : les différentes histoires littéraires entrent, sur presque tous, dans des détails intéressants pouf chacune de ces villes , mais qui le seraient trop peu pour nous. Il faut en excepter d'abord les historiens de Venise, rlvalfc de Florence dans la politique , dans les lettres et
(i) Epistùlœ et Commentant Jacobi Piccolominl^ cardinalis papiensîs ^ ^lilàn f i5o6, în-fol. '.
dans les arts^ Dès le commencement de ce siècle^ |il les Yénitiens avaient désire d^aypîr, au lieu de chroniques ,4 de journaux et de mémoires tniormes, une histoire méthodique ^ élégante et suivie , qui consacrât les événements les plus mémorables de leur république. Plusjleurs écrivains célèbres fiureot choisis, mai3 dîff*^^!^^^^' obstacles les empêchèrent de se livrer h ce travail. Celui qui Fentr éprit cof fin ^ fut MarC'^fUonio Coccio, né en i436, dans la campagne de Rome (i) , sur les confins de Tan- <ûen pays ides Sabins, ce qui lui fit substituer k son jiom, suivant Tusagede ee teoj^s, celui de 5abeUico. Il était élève de Pompomo LetOy et fut ap* pelé, en l47^9 kUdine, cdmm^ professeur d*élo-î quence. Il le fut, en la même qualité, à Yenise, en 1484* La peste Tobligea , peu de temps après,' de se retirer à Vérone , et ce fut Ik que, dans Tespace de quinze mois, il écrivit en latin les trentetrois livres de son Histoire vénitienne; il les publia en 14Ô7 (a), et la république en fut si contente, qu'elle lui assigna, par décret, une pension annuelle de deux cents sequins. Sabellico , par reconnaissance, ajouta k son Histoire quatre livres qui n'ont jamais vu le jour. Il publia de plus une BescripUon de Yenise en trois livres, un dialogue
(i) A Vicovaro. Tiraboschî , ub. supr, , p. 5o. (3) yineHùif ap. Andr. Torasanum de Asiiià.
DITALÏE, cuAP. XXL 439
sur les Magistrats vénitiens y et deux poëmes eu rhonneur de la République.
Ces travaux et les distinctions qu ils lui procurèrent, ne Tempêchèrent point de composer beaucoup d^autres ouvrages. Le plus considérable est celui qu'il intitula Rapsodie des Histoires (1), et qui est une histoire générale depuis la création du mande jusqu'en i5o3. Cette histoire est écrite avec la critique de ce temps-lfa, et d'un style assez dépourvu d'élégance : elle eut cependant un grand succès 9 et valut k son auteur des éloges et des récompenses. Ses autres productions sont des discours, des opuscules moraux , philosophiques et historiques, et beaucoup de peésies latines; le tout remplit qualre forts volumes in-folio (2). Sabellico a encore donné des notes et des commentaires sur plusieurs anciens auteurs, tels que Pline le natuxali;ste, Valère Maxime, Tite-Live, fl!orace, Justin, Florus, et quelques autres. Malgré le succès de son, Histoire de Venise^ il faut avouer, et il avoue lui-même , qu'il a trop suivi des annales qui n'étaient pas toujours d'une grande autorité; il n^
(1) Rhapsodiœ Historiarum Eimeades. Chacune de ces £tinéades contient neuf livres. Sabellico en publia sept, ou soixante-trois livres, à Venise, en i49^? in-fol., et eu i5o4, trois autres Ennéades, et deux livres de plus : en tout quatre-vingt-douze livres. ,
(2) Baslleœ^ curis Ccclu Sâcundi Curionis , ap, Joim, Herçagmm^ i56o«
43o HISTOIRE LITTERAIRE
connat point celles de l'illustre doge André Dan^ doloy dépôt le plus authentique et le plus ancien de l'histoire des premiers temps de la république (i); cette négligence, k quelque cause qu'on veuille l'attribuer, et le peu de temps qui fut accordé k Sabellico pour la rédaction de son ouvrage, sont les principales causes du peu de foi qu'il mérite, et des nombreuses erreurs qui y ont été relevées depuis. Il mourut k Venise, après une maladie longue et douloureuse, en i5o6(2).
Bemardo Giustiniani forma, vers le même temps k peu près, le môme dessein, et le remplit k la fois avec plus d'exactitude et plus de mérite littéraire . Né k Venise en 1 4o8 (3) , il eut pour mailres dans les lettres, Guarino j Filelfi} et Georges de Trébizonde. Il entra de bonne heure dans les emplois de la république , et s'y distingua par sa conduite, son éloquence et sa capacité. Il fut chargé de plusieurs ambassades honorables, nommé du conseil des dix, et enfin procurateur de Saint-Marc. Il mourut en 1489, laissant, outre quelques autres ouvrages, quinze livres de l'ancienne Histoire de Venise , depuis son origine jusqu'au commencement du neuvième siècle. C'est, selon le- savant JFoscarini {^) j le premier
(1) Voy. Foscariniy Letter» Venez* , p. 232.
(2) Voy. Valerian. de infeL hileraU , 1. !•
(3) Tiraboschi , uh, supr. , p. 52.
(4) LeUen Venez, pag. 245.
D'ITALIE, CHJLP. XXI. 43 i
essai d*un travail bien conçu sur THistoire tënîtîenne ^ et Giiistiniani doit être regardé comme le premier auteur de cette histoire, dans un siècle déjà éclairé , comme Dandolo' le fut dans des temps encore barbares.
Padoue et les princes de Carrare qui en étaient maîtres, eurent pour historien Pierre-Paul /^er- ^rioj dont je dois faire mention, non k cause de Padoue ni de ses princes, mais parce qu'il fut un des plus grands littérateurs du quatorzième et du quinzième siècles. Il était né dès Tan i34g (1) ^ Giustinopoli ou Capo d'Istria. Après avoir parcouru plusieurs villes d*Itàlie , où il donna des preuves éclatantes de son savoir dans la philosophie, le droit civil, les mathématiques, la langue grecque et la littérature , il assista au concile de Constance, passa ensuite en Hongrie , où Ton croit qu^il fut ap^ pelé par Temperèur Sigismond, et y mourut vers le temps du concile de Bâie. Outre son histoire des princes de Carrare (2), une Vie de Pétrarque (3) et quelques autres ouvrages de différents genres, on a de Vergerio un livre intitulé des Mœurs honne-
(i) Tiraboschî, ub, snpr,^ p. 56.
(a) Publiée d'abord dans le Thesaur. Antiq, italj t. VI, part. HT, Lugd. Batav. , lysa^ et huit ans après; comme inédite, dans le grand Recueil de Muratori^ t. XVI, Milan , lySo.
(3) Insérée par Tomasini^ dans son Petrarcha rediçiçus.
432 mSTOIRE LITTERAIBE
tes (i) 9 qui eut alors un succès si prodigieux qu'cm f l'expliquait partout publiquement dans les écoles. 11 traduisit le premier en latin , pour Tempereor Sigismond, la vie d'Alexandre par Arrien (a). 11 fit aussi des vers, et même une comédie latine que F Ton conserve manuscrite dans la bibliothèque Am^ f broisienne (3). On dit que sa tète s'altéra dans les } dernières années de sa vie , qu'il la perdit presque entièrement, et qu'il n'en jouissait plus que par intervalles ; infirmité affligeante y humiliante pour ^ raison humaine, et dont ni Ja force, ni l'étend^^ d'esprit, ni le génie même ne garantissent, nti*^* qui, par une singularité remarquable, est cep^^ dant moins commune parmi les hommes qui mé-^^' gent le moins leurs facultés intellcciuelles , qui ^^ exercent, ou, si l'on veut, qui les fatiguent *' plus.
L'état de Milan, théâtre de tant d'événeme ^ politiques et militaires , les Visconti et les Sforc;;^
il) De InffenuisMorlbus y première édition , avec d'au Opuscules, Milan, 1^74» in-4°« î deuxième, i4-77» etrëiprimé plusieurs fois.
(a) Celte traduction est restée inédite ; Apostolo Zeno a publié Tépître dédicatoire à Si^ismond, Dissert, Voss, t.. p. 55 et 56.
(3) Elle est intitulée Pau lu s ; c'est une comédie mo qu'il avait composée dans sa jeunesse j Sussl en a donn Notice , et publié le Prologue , dans son Histoire typvgi phique de Milan , colonne 398.
jui le possédèrent successivement, ne pouvaient nanquer de trouver dés historiens. Nous devons listinguer parmi eux Pier Candido Decembrio ^ >our la même raison qui nous a fait parler de Ver-- ^rio; c'est que le nom de cet écrivain se lie avec reux des hommes les plus célèbres dans la littéraure du quinzième siècle. Son père, Uberto Decem- ^rrb, né k Vigevano., fut lui-même un littérateur iistingué. Pier Candido naquit à Pavie iSgg (i). Ifut, dès sa jeunesse, secrétaire de Philippe-Ma- "ie Yisconti. Après la mort de ce duc^ dans les eix>rts que firent les Milanais pour reconquérir la liberté , Pier Candido fut un des plus ardents défendeurs de leur cause. Quand il la vit perdue sans ressource , il quitta Milan pour Rome , et fut fait , par Sicolas V, secrétaire apostolique. 11 ne revint à Milan qu'environ vingt ans après , et y mourut en *477' ^^ 1^^ ^^'^s l'inscription gravée sur sa tombe, dans la Basilique de Saint- Ambroise , qu'il avait composé plus de cent vingt-sept ouvrages,' c'est beaucoup; et quoiqu'il en soit resté de lui un grand nombre , on a fait des efforts inutiles pour les rasisembler tous. Les deux principaux sont sa vie de Philippe-Marie Visconti et celle de François Sforce, toutes deux insérées dans le grand recueil de Mu-
ratori (2). Dans là première il a pris Suétone pour
■ I ■ — ■— ^^— i— — ■— — ^— ^— , Il
'^ (1) Tîraboschi , uh. supr» , p. 65,
(2) Script Rer, itah , t. XX. ^^^^K