‹ Histoire littéraire d'Italie. DaunouChapitre 16 sur 22 · III. :aS · texte numérisé non relu

III. :aS

434 HISTOIRE LITTÉRAHIE

modèle , s*est attaché comme lui aux anecdotes ^3âr* ticulières, et n^en a pas mal imité le style. La. sc' coade est en vers hexamètres , et il y faut, cherc&er, comme dans tous les poèmes de cette espèce , moins la poésie que les faits. Ses autres ouvrages impri^ mes sont des Discours , des Traités sur différents sujets^ des Ties de quelques hommes illustres , des Poésies latines et italiennes , outre plusieurs Traductions y comme celles de FHistoire grecque d*Ap-

pien en latin , de Tbistoîre latine de Quinte-Çurce en italien, et quelques autres. Ce qu*on doit le plus regretter de lui , dans ce qui n*a pas été public, ce sont ses Lettres que Ton conserve manuscrites cm très-grand nombre dans plusieurs- bibliothèques dltalie (i). Elles ne pourraient que jeter up, nouveau jour sur Thistoire politique et littéraire de ce> siècle.

Jean Simonetta , frère du célèbre Cicco Simotiettay premier ministre de François Sforce , a aus^ écrit rhistoire de ce duc avec beaucoup d^exactitude çt d^élégancc. 11 fut son secrétaire intime , et plus k portée que personne de le connaître et de le juger. Les deux frères Simonetta y nés en Calabre, sVtaient attachés au duc François ; ils furent fidèles a sa mémoire. Louis le Maure , après son usur« patiqn, ne pouvant les gagner, les proscrivît, les. envoya d'abord prisonniers k Pavie, fit trancher

(i) Voy. Apostoh Zeno , Dissert. Voss. , t I , p. 20&

BITALIE, CHAI». XXI. 435

la lète au ministre , et, peut-être honteux' de condamner k mort celui qui avait rendu si célèbre le nom de son père (i), se contenta d'exiler Tbistorien à Verceil. L'histoire, écrite par Jean Simo^ nettaj divisée en trente-un livres, est insérée dans le recueil de Muratori (a) : elle comprend depuis l'an 14^3 jusqu'à 1466, époque de la mort du duc François.

iLes Visconti eurent à peu près dans le même temps , pour historien , un élève de Filelfo j que nous avons vu précédemment en querelle ouverte avec son mahre. Né k Alexandrie de la Paille ^ il avait changé 5on nom de famille de' Merlani pouc celui de Merula, Pendant presque toute sa vie , il enseigna les belles-lettres, tantôt k Venise et tantôt k Milan , où il mourut en 1494 (3). Son Histoire des yisconti (4) ne s'étend que jusqu'à la mort de Mathieu, qu'en Iialle on appelle le Grand. Le style en est pur et soigné, mais l'auteur a trop légèrement adopté les fables de quelques vieilles chroniques sur l'origine de cette lamille. Il est

(1) Tiraboschi , ub. supr. » p. 71.

(2) Script, Rer, ital, , vol. XXI.

(3) Tiraboschi, uh, supr. ^ p. 72.

(4) Georgli Merulœ Alexandrini antlquilates Vicecomitum , lib. X, in-fol. , sans date ni nom de lieu (à Milan, dans les douze premières années du seizième siècle }. Dissert, Vassm j ^ II y p. 74 7 réimprimées plusieurs fois.

436 HISTOIRE LriTERAIRE

aussi tombé dans un grand nombre de fautes .€sr d^mcxactitudes, qu^il faut attribuer au défaut absd^ de titres et de monuments (i). Mais ce n*est pas à cette Histoire qu*il doit une place honorable dam la littérature de ce siècle; sa véritable gloire «st d*ayoir été Tun des restaurateurs les plus sélés et les plus savants de Tétude des anciens. Il -fut le premier a publier ensemble les quatre aménrs la* tins sur l'agriculture , Caton , Yarron , Golumelle et Palladius (2) y et le premier encore h donner une édition de Plautc (3). Juvenal , Martial , Ausone, les Déclamations de Quintilien , parurent aussi ^ ou, la première fois, par ses soins, ou avec ses notes et ses' commentaires. On lui doit de plus <]uelques traductions d*auteurs grecs et plusieurs Opuscules historiques , pbilologiques.ou critiques. Son plus grand défaut fut Torgueil littéraire, délaul très commun de sou temps , peut-être même dans tous les temps; mais dans ce siècle surtout, siècle fécond eu érudits, chacun d'eux voulait être le seul savant, voulait être regardé comme infaillible, s'emportait contre les moindres critiques , et provoquait les autres par des critiques amères. La fureur de Menda contre Filelfo n'était venue que

(1) Tiraboschi, loc* cit.

(2) Venise , 147a , in-fol. , avec des explications et di notes.

(3) Ibid, , même année , in-fol.

our un o employé au lieu d'un a (1)^ il eût des ^querelles k peu près semblables avec Fauteur , aajourd'hui très-îgnorë, d'un Traité de V Homme {p^); avec rérudit Domizio Calderini , qui avait ose le soupçonner de ne pas savoir parfaitement le grec, -^t surtout avec l'illustre Politien. Cette dernière dispute eut un éclat proportionné k la célébrité de l'adversaire. Elle ne se termina qu'k la mort de J^eruluj qui eut le mérite tardif de s'en repentir "^n mourant, de témoigner la désir d'une récon- -ciHation sincère, et d'ordonner qu'on effaçât de ^es ouvrages tout ce qu'il avait écrit contre Politien.

Tristano Calchi (3), l'^in de ses élèves, fut <:hargé de continuer son Histoire des f^isconti. En examinant de près l'ouvrage de son maître, il en découvrit facilement les erreurs; il voulut d'abord les corriger , mais leur nombre et leur gravité le détournèrent de ce projet; il aima mieux faire un nouvel ouvrage , rendre l'histoire plus générale , et la recommencer depuis la fondation de Milan. Il la conduisit jusqu'k l'an i323. C'est une des meilleures productions de ce temps. La critique y est beaucoup plus exacte ; le style a l'élégance et la

(i) Voy. ci-dessus, p. 343, note.

(2) Galeotto Marzio,

(3) Né à Milan , vers Tan 1462. Tiraboschi , uè. supr, , p. 78.

gravite convenables. Il est singulier qu^ellenV^^ Gtë publiée que dans le dix-septième siècle (i^ j plus de cent ans après la mort de Tauteur.

Toutes ces histoires étaient écrites en latin, semblait que T Italie, reculant vers Tantiquité, mesure qu*elle en retrouvait les monuments , ^ redevenue toute latine. Parmi les bistoriens d Milan, il y en eut cependant un qui vouhu que 1 annales de sa patrie fussent écrites en langue i lienne. Bemardino CoriOj d^une famille noble e ancienne, né en 1459 (2), était k quinze an cbambellan du duc Galéaz-Marie, fils etsuccesseu dç Fran<50is Sforce. Il n'en avait que vingt-cinq lorsqu'il commença son histoire ^ par ordre d^ Louis le Maure , qui lui assigna , pour cet ouvrage, un traitement annuel. Il le finit en i5o3 , et le publia la même année. Cette première édition de rhistoire de CoriOj qui a été suivie de plusieurs autres, est d'une magnificence remarquable. Paul Jove prétend , mais sans preuve , et même sans vraisemblance , que Fauteur la fit k ses frais , et que sa fortune en souflfrit. Le style n'en est pas excellent. La phrase, italienne s y rapproche trop de la phrase latine ^ on ne dirait pas , en le lisant ,

(1) hQs vingt premiers livres i Milan, en 16-18, ^^ \^^ deux derniers en i643, avec quelques Opuculcs historiques ilu même auteur.

(») T.'raboschi^ uh, supr,, p. 75,^

DTTALIE, CHIP. XXI- 439

Boccace et FillanieLV^ient ëcrit en italien plos ^*im siècle auparavant. Quant aux faits, Fauteur «idopte sans critique , dans le récit des premiers temps y les fables des vieilles chroniques; mais <}uand il arrive aux temps modernes, il fait un meilleur usage des renseignements puisés dans le^ archives publiques , qui lui furent ouvertes. Il est alors écrivain très-exact , minutieux à Texcès , mais d*autant plus digne de foi , qu il insère souvent dans son histoire , des titres originaux et des monuments authentiques.

On sent, au reste , avec quelles précautions il faut lire cette Histoire de Milan j écrite diaprés les ordres , et payée des bienfaits de Louis le Maure. Cest avec une défiance égale qu'on doit lire quel* ques histoires dont j^ai déjk parlé, qui ont pour héros les rois de Naples de la dj^nastie d^Aragon^ <et qui furent écrites sous le règne du roi Alphonse, ou de son fils. Ainsi le livre du Panormita sur les dits et les faits de cet Alphonse (1), celui de Laurent J^alla sur les exploits de son père Ferdinand I". (2), Thistoire que Bartolomeo Fazio avait écrite auparavant, en dix livres,, des faits de ce inème roi^ Ferdinand (3) , exigent qu'on ne perde

(1) De Viciis et Factis Aîphonsi régis , lib. IV»

(2) Voy. GÎ-dcssus, p. 354*

(3) Impiimée pour b première fois i Lyon en i56»| tour

44o HISTOIRE UTTERAIRt

pas de Yue la position de lenrs 'auteun^, et fonctions , ou au inoins leur séjour et leur l^onorable à la coqr de Naples*

Bartolpmeo Fazio était -ne à la Speasia, aup de Gênes. Il était élève de Guarino de Vérone .- On ne sait à quelle époque ni pour quel motif il fut appelé il Naples par le roi Alphonse fil j passa le reste de sa vie , et mourut en 14^7 (i). Fazio fut un des plus violents ennemis de. Laurent p^aUa; il Fattaqua môme le premier : p^allaj en pareille oc-' càsion, ne tardait jamais k répondre ; quatre^ inv^-i tives de Tun et quatre <ib& Tautre, suffirent k peine ' k leur colère. Celles de Laurent 7^a/&z existent dans le . recueil ; de ses Couvres (3) ; on n'a . imprimé qu*inçomplètement et par fragments les Invectives • de Fazio. Outre son Histoire du roi Ferdinand»' on a de lui celle de la guerre qui éclata , en iSyy, entre les Vénitiens et les Génojs (3) j quelques Opuscules de philosophie morale , et un livre des Hommes illustres^ intéressant pour l'histoire littéraire, qui n'a été publié que dans le siècle der-

ce titre : De Rébus gestis ab Alphonso primo Neapolitanorum rege Commentariorum , lib. X , in-4**-

(i) Mehus , Vîta Bartholom, Facii ( voy. p. suir. note a ); Tiraboschi , t. VI , part, II , p. 79.

(2) Edition de Bâle.

(3) De Belio Keneto Clodiano ad Joannem Jacohum Spinu" iam liber, Lyon , i568, in-8*.

DITALIE, CHAF. XXI; 44 1

^icr (i). Fazio y raconte brièvement là vie des hommes les plus célèbres de son temps , rappelle leurs principaux ouvrages, en indique les beautés et les défauts 7 et se montre, en général , juge équitable,^ critique impartial et éclairé.

Un autre ouvrage, sur un sujet pareil , composé dans le même siècle, n'a été imprimé non plus que dans le dix-huitième ; c'est celui de Paolo CortesCj sur les hommes célèbres par leur savoir (a). 11 est en forme de Dialogue ; l'auteur feint qu'il s'entretient dans une île du lac Bolsena avec un certain Antonio^ et avec Alexandre Famèse , qui fut depuis le pape Paul III. L'entretien roule sur les liommes les plus célèbres, dans ce siècle , par leur érudition et leurs talents littéraires. Le style en est meilleur et plus élégant que celui de Fazio. Cortese paraît y avoir pris pour modèle le Dialogue de Cicéron sur les illustres Orateurs. Il n'avait que vingtcinq ans lorsqu'il composa cet ouvrage, où brille cependant un jugement très-solide et une grande maturité d'esprit (3). Il était né k Rome en 1 465 (4),

(i) De Viris îUiistribus liber^ publié par Tabbé Mehus, avec une Vie de Fauteur, Florence, 174'^, ia-4^

(2) De Hominibus doctis,

(3) Publié h Florence, en 1784 1 avec des notes, attribuées , ainsi que Tédition , à Bomenico^Maria Mannù Tiraboschi , t. VI , part. II , p. io4-

(4) 1(1, , t. VI , part I , p. 228.

ii% HISTOIRE LITTERAIRE

d*iine famille noble et toute Iktëraire. Son père employd k la secr^tairerie pontificale, était homme lettré et voûl philosophe ; son frère^ Alexa dre Cortese, se distingua de bonne heure paf so talent 'pour la poésie latine. U- menait ayecka jeune Paul encore enfant; chez les sayaztts qu^i TÎsitait k Rome. Cest ce qui lia Paul Cortese^ de sa première jeunesse , arec ce que la littéra ayait alors de plus éminent, et entre autres aye Pic de la Mirandole et Ange Politien, qui faisaient le plus grand cas de son savoir, de son éloquence et de son goût. Ce Dialogue suilit pour justifier leur .opinion. U n^écrivit guère, .d*ailleurs, que des ou- Trages de théologie, où Ton dit qu^il essaya le premier d*iutroduire le style pur des anciens auteur» latins (i). U a aussi laissé un livre fort estimé k Rome, sur le cardinalat (2), dans lequel il traile avec beaucoup d^éiendue , d'érudition et d^élégance, d abord dt s vertus et de la science qu^on doit exiger dans les cardinaux, ensuite de leurs revenus et de leurs droits. II n'a jamais été fait d'antre édition de cet ouvrage , qui est devenu fort rare; on aur^ craint peut-être de réimprimer la seconde partie, k cause de la première.

Pour revenir aux historiens de Naples , ce royau-

^1) Tiraboschi, loc ciU

(a) De Cardînaiatu , publié après s» mort , par son frère iiactance Corieu.

mTALIE, cHAP. XXI. U^

Kne en eut al^rs uu en langue italienne , comme le ^uché de Milan. Les autres auteurs ne s'étaient attaches qu*aux actions de quelques rois ; Pandolphe ^^ollenuccio embrassa Thistoire générale de Naples, <lepuis les temps les plus reculés jusqu'k son temps. 11 la dédia k Hercule P'., duc de Ferrare, qui avait été élevé k la cour du roi Alphonse. Elle fut ensuite traduite en latin, et a été réimprimée plusieurs fois dans les deux langues. Né k Pesaro , il $ y retira dans sa vieillesse , et crut y trouver le repos après une vie laborieuse et agitée. Une mort funeste Vy attendait. L'an i5oo, il entra dans un complot tendant k livrer- la ville au duc de Valentinois, comme on l'appelle en France, c'est-k-dire, à rinfame César Borgia y qui en effet s'en rendit maître. Jean Sforce, seigneur de Pesaro, après avoir donné au malheureux Collenuccio l'espérance du pardon de son crime , le fit étrangler en prison (i).

On voit que , de tant d'historiens qui fleurirent alors en Italie, Collenuccio et Cor/o furent les seuls qui écrivissent en italien, quoique, dans le siècle précédent, f^illani en eût donnç un bel exemple. De même parmi les poètes, un très-grand nombre crut ne pouvoir versifier qu'en latin, soit que leurs études leur eussent fuit regarder cette langue comme la leur propre , soit que, malgré la réputation dcç

(i) Tirab^scki^ U Yl^ part. II, p. 84%

\ 'm HISTOIRE XITTERAIRE

deux grands poëtes du quatorzième siècle, Poubt dans lequel sembla tomber la langue italienne d^^ le quinzième, leur persuadât qu?elle serait ëph^^ mère comme le provençal, et qu'il n'y avait de inM^ rable que le latin. Je ne répéterai point ici tousl^ ^ noms consignés d'ans de volumineuses histoires, ê '^ .de laUttétature et de la poésie, où Fpn s*estpiqu^^ de tout recueillir (i). Je ne parlerai que des poëtei^ latins dont on peut lire les ouvrages, et de ceuxs qui ont conservé plus ou moins de renommée par**" quelque circonstance particulière , ou quelque sin*gnlarite.

Parmi les notns de plusieurs poëtes célèbres de . leur vivant, mais k peine connus aujourd'hui, se trouve celui' de Maffia Vegio j né k Lodi en i4o6 (2), dont la réputation s'est mieux conser-*" vée. 11 né se borna pas a suivre son goût pour les vers, il étudia la jurisprudence pour complaire k son père, et, après avoir été professeur de Poésie dans l'université de Pavie /il le fut aussi de Droit. Ayant été appelé k Rome, il fut secrétaire des brefs sous Eugène IV, Nicolas V et Pie II , et y mourut en i458. Outre un assez grand nombre d'ouvrages en prose, presque tous ascétiques ou moraux, on

(i) Tiraboschi , Star, délia Letter. ital ; le Quadrio , Storia e Ragione d^ognipona; Fabricius , Biblioteca mediœ et infimm ataiis.

(2) Tiraboschi, »&• supr,^ p. igg*

L de lui mi Poëme sur là mort d'Astyanax , quatre Ivres sur rexpédition des Argonautes, quatre sur â yie de S. Antoine abbë , et plusieurs autres poésies sur différents sujets, où Ton trouve plus dV Dondance que de force, et plus de facilité que d'élégance (i). Ce qui est plus remarquable, c'est que , s'étant imaginé que V Enéide était un poëme Imparfait et sans dénouement, il crut y devoir ajouter un treizième livre. UÉnéide s'était fort bien passée jusqu'alors de ce supplément, et s'en passe encore tout aussi bien depuis; on le trouve cependant k la fin du poëme ^ dans plusieurs éditions faites en Italie et même en France (2). J'ajouterai que sHl a eu les honneurs de la traduction en vers italiens^ (3) , il les a eus aussi en vers français (4).

Un autre poëte moins connu peut-être, mais qui mériterait de l'être davantage, est Basinio ou Basin de Parme. Né dans cette ville, vers Fan 1421 (5), il eut pour maîtres Victorin de Feltro à

(i) Elles ont été imprimées en un seul volume, Milan ^ iSgy, in-fol.

(a) Paris, 1607, in-fol,; Lyon, i5i7, în-fol.

(3) En vers libres ou sciolti; Milan , i6oo , in-4**.

(4) Par Pierre de Mouchault. jCette traduction est imprimée avec le texte latin , à la (in de la traduction complète de Virgile des deux frères d^ Agneaux ( Robert et Antoine le Chevalier ) , Paris , 1607 y in-fol.

(5) Tiraboschi , t, VI , part. II , p. aoi.

M antoue y ensuite Théodore Gaza et Guarim \ ^ . ï^enrare , où il devint lui-même professeur. De Fep y^ rare il se rendit k la cour de Sîgismond Pandolphe Mùlatestaj seigneur de Rimini; il y passa le peu / d^aimëes qu'il eut k vivre , et mourut k trente-sii ; ans, en 1457. Il Q^avait pas encore fini ses études ^. ^ lorsqu'il composa un poëme latin, en trois livres, * ,. sur la mort de MéléagrCi conservé en manuscrit \ dans les bibliothèques de Modène , de Florence et de Parme. On possède aussi dans cette dernier^ - , une belle copie d'un recueil qui a été imprimé e^ France , et auquel Basinio semble avoir eu plus d^ part qu'on ne le croit communément. Yoîci ce qu^ c'est que ce recueil. Le seigneur de Rimini ava£^ eu d'abord pour maltresse, et prit ensuite pou^ femme , la belle Isotte degli Atti. Si Ton en croi ^ les poètes de son temps, elle avait autant d'espri et de talents que de beauté ; c'était en poésie uni autre Sapho j mais ils disent aussi qu'elle était ei vertu et en sagesse une autre Pénélope , et le premier rôle qu'elle avait joué auprès de Sigismoni Malatesta^, nous apprend k juger de l'une de ccj comparaisons par l'autre. Trois poëtes surtout^ apparemment les mieux traités k sa cour, la com — blèrent d'éloges; Basinio est Tua des trois. L^ recueil de leurs vers, imprimé k Paris en 1549 (0,

(i) Trium poetarum ele^antissimorum j Porcehi^ Basmli, et Trebami Opuscula nunc firimum édita., Paris, Cliristoplic

D'ITALIE, CHAP. XXL 447

ne met point de différence entre eux; mais dans la ^ <:opie conservée a Parme , et qui porte le titre d'IsottœuSj copie faite en i455, du vivant de Ba^ sinio^ presque tous les morceaux qui en composent les trois livres » lui sont attribués. La même bibliothèque a encore de lui un grand poëme en treize livres, intitulé Hespéridos ; un autre, en deux livres seulement, sur \ Astronomie; un troisième, aussi en deux livres , sur la Conquête des Argo^ Hautes; un poëme , sous le titre diÉpitre sur la Guerre d'Ascoli , entre Sigismond Malatesta et François Sforce , et plusieurs autres ouvrages inédits du même auteur (1). Cette négligence k imprimer les Œuvres de Basin est surprenante dans unf ville où il y a des presses célèbres, et qui doit d^au« tant plus s^honorer d^avoir été la patrie de ce poëte, qu'à en juger par le peu qui a été publié de lui , il • écrivit en meilleur style que la plupart des autres poètes de ce temps.

Leonardo Griffi de Milan, archevêque de Béncvent, mort en i4S5, a laissé, outre beaucoup de poésies manuscrites (3), un poëme sur la Défaite

Preudhomrpe , i549> Dans cette édition , le recueil est divisé en cinq livres ; le premier est intitulé, de Amorc Jvçis i(i Isottam; les quatre autres sont aussi à la louange d'isotte.

(i) Tiraboschi , /oc. cit.

(a) Conservées dans la bibliothèque Ambroiiienpe Tiraboschi I ub. supr. ^ p. 2o5.

de Braccio de PérousCj imprimé dans le grand re* cneil de Muratori (i), «t cpii se fait distinguer^, parmi les poésies de ce siècle , par la vivacité des images et par rharmonie des vers. Ugolino Ferm; Florentin, grand ami de Marsile Fidn, et plutôt poëte fécond que graiid ppëte (2) y écrivit^ entre autres ouvrages , un poème sur YEmàellissemeni de Florence (3), et la F^ie du Roi Maûiias Cor^ çin (4)t qui ont été imprimés (5). Je ne sais si cette Vie peut iaire autorité dans Thistoire; mais le prenùer poëme en est une souvent citée pour tout ce qui regarde les monuments élevés à Florence par Cosme et Laurent de Médicis. Fisrini eut un fils nommé Michel , dont on a imprimé des Dis^ tiques sur les Mœurs des Enfints (6), composés dans cet âge même quHl s-*y proposait d^instruire. Les auteurs de ce temps font de lui de grands élo'

(1) Script Rer. iial, , vol. XXY.

(2) Mort à soixante-quinze ans , vers la fin du quinzième siècle ou au commencement du seizième. Negri , FiorenUni Scritt^ p, 320.

(3) Très libri de illuslratione Florentiœ carminibus conscnpù\ Paris , Robert-Estienne , 1688, in-8^

(4) Triumphus et Vila Maiihiœ Pannordœ régis ^ Lyon, 1679, in- 12.

(5) Yoy. dans le P. Negri , uL supr. , la longue liste des poésies inédites du même auteur.

(6) De Puerorum MoribUs dislicka, Paulo Sassi RondUo" nensi prœceptori suo inscrîpta , Florence, 14^79 in-4*«

DITALIE, CHAP. XXI. 449

ges qa*il paraît avoir mérites par ses talents précoces^ et par l'intacte pureté de ses moeurs. 11 la poussa si loin , quUl aima mieux mourir^ dil-on , k dix^huit ans, que d'y porter atteinte ; espèce de martyre assez rare parmi ks jeunes gens, et auquel les jeunes poètes s'exposent peut-être encore moins que les autres.

J€ passe un grand nombre d*autres poètes qui eurent alors quelque réputation, pour parler des deux Strozziy père et fils, dans lesquels on aperçoit, quant k l'élégance du style, un progrès considérable; on peut l'attribuer aux leçons que donnèrent long-temps k Ferrare, leur patrie, Guarino de Vérone et Jean Aurispa. Les Strozzi ou Strozza de Ferrare descendaient de ceux de Florence (i)- Tito Vespasiano Strozzi j le dernier de quatre frères qui se distinguèrent dans les lettres (a) , les éclipsa tous. Les ducs Borso et Hercule d'Esté lui confièrent plusieurs emplois civils et militaires , où il ne fut pas à l'abri de tout reproche ; il paraît surtout qu'il n'eut pas le talent de se faire aimer (3). Ses poésies imprimées par Aide (4), sont nombreuses et de différents genres j il y en a de ga^

(i) Tiraboschi , t. VI , part. II , p. 207.

(2) Les trois autres sont Nicolas , Laurent et Robert.

(3) Voy. Tiraboschi , ub, supr. , p. 208.

(4) Strozii Pœiœ pater etjiliusj Venetiis , in adibus Aldi et 'Andrpz Asulani Soceri , i5i3 , în-8®^

Page 1