‹ Histoire littéraire d'Italie. DaunouChapitre 17 sur 22 · III · texte numérisé non relu

III

4So HISTOIRE LITTERAIRE

lantes, de sérieuses, de satiriques. On remarque 4aiis toutes une élégance très^rare au milieu de ce siècle 9 époque où il florissait. Il y en a davantage encore dans celles d'Hercule son fils, qui termina avant le temps une vie estimable, illustre et heareuse , par un horrible assassinat. Il avait époosé Barbara Torellaj veuve riche et bien née; uDt homme d'uii haut rang, qui était son rival, le fit lâchement assassiner. L'histoire , trop indulgente; ne le nonune pas ; mais il est iiidiqué par ce sileaœ même ; il n'y avait alors à Ferrare qu'une seule famille qui pût y faire taire les lois (i)- Les poésies d'Hercule Strozzij imprimées avec celles de sou père , sont d'une latinité pure , et indiquent autant de sensibilité d'ame que de vivacité d'esprit. Il en a laissé en manuscrit , dont plusieurs sont impa^ faites, entre autres la Borséide^ que son père avait commencée à la louange du duc Borso ^ et qu'en mourant il l'avait chargé de finir. Il a aussi des poésies italiennes, éparses dans quelques reoieils. Ce n'est pas pour lui un petit éloge que d'avoir cl^ mis par l'Arioste au rang des plus illustres poëteS; dans le quarante-deuxième chant de VOrlando (a). Bartolommeo Prignani^ qu'*on appelle aussi Pa-

(i) Neque cœdis quisquam authorem^ sîlente prœtore^ nom" nant. Paul Jove , Elogia doctorum Virorum , p. io4»

(2) Noma lo scritto Antonio Tebaideo ,

Ercole Strozza ; un Lîno ed un' Orfco. ( St. 84* )

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•ganelUj né à Prignano, daps rëvèché de Reggîo, fut professeur k Modène , où Ton a imprimé de lui trois livres d'Elégies (i), im Poëme envers élégia- ;ques et en quatre livres , intitulé de Y Empire dfAmour (2), el un petit poème philosophique sur la Vie tranquille (3), où il se proposa de répondre aux reproches qu'on lui faisait de n'avoir pas accepté des places qui lui étaient offertes à la cour de Rome. Plusieurs poètes connus sortirent de soA .école, et il en nomme un bien plus grand nombre 4ans ses Élégies^ tous jouissaient alors de quelque léputation, et sont pour la plupart complètement ignorés aujourd'hui .

. Panfilo Sassi de Modène , poète italien et latin, improvisait facilement dans le^ deux langues ; il était doué d'une mémoire si prbdigieuse, qu^un autre poëte ayant un jour récité devant lui une épi- Iframme k la louange du podestat de Brescia , il le ;traita de plagiaire, et pour prouver le fait, répéta rapidement l'épigramme toute entière. Le poëte, qui était certain de l'aroir faite , avait beau se défendre , touble monde était convaincu du plagiat ; mais Sassi le tira d'embarras en répétant la même épreuve sur d'autres épigrammes et sur tous les

(0 En 1488.

(2) De imperîo Cupîdinùy i493*

(3) De Vità quietà. Ce dernier n'est pas imprimé à Modënei mais à Reggio , i497*

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vers qu'on voulut réciter devant lui. Il vécut jus» qu'en i5i5, et mourut plus qu'octogénaire. Ses poésies Jaiincs et italiennes ont été imprimées plur lot^ sieurs fois. Cependant, à en croire un Dialogue de G/ra/J/ (i), elles ne démentent point ce q«'adit Aristote , que ces prodiges de mémoire n'en sont \^^ pas toujours de génie et de jugement.

Pour ajouter h cette liste déjk longue une autre qui le serait beaucoup plus, je n'aurais qu'à tra*^ duire ce même Dialogue y ou l'extrait assez étende^ qu'en a donné le savant et patient Tiraboschi (2) f parmi une vingtaine de poètes dont il y parle, j< ne nommerai que Pacifico Massimo d'AscoIi , quE mourut centenaire à la fin de ce siècle , et dont on a. imprimé plusieurs fois les poésies volumineuses et faciles. Cette fécondité et cette facilite lui firent alors une grande réputation. On ne balançait point k le comparer à Ovide j mais il est arrivé de cette comparaison comme de presque toutes celles de ce genre; la postérité replace toujours ces seconds Virgiles et ces seconds Ovides, fort au* dessous des premiers- Sans être, un Ovide, Pacifico Massimo fut un poëte d'un mérite au-dessus de Tordinaire. Il naquit au sein de l'infortune. Ses parents, chassés d'Ascoli par la guerre civile, et poursuivis par le parti ennemi , Varrêtèrent a environ trois mill«

(i) Dtf poetis suorum temporum, Dialog. .1, col. S^i. (a) Tom. VI, part. Il, 1. 111 , c. 4, ?• 216— 228.

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|MS de la ville , au bord d'une petite rivière nommée le Marino. Sa mère y fut surprise par les douleurs de l'enfantement j étant accouchée }| l'ombre d'un olivier, cet arbre , symbole de la paix , lui lit donner^ à son.fils le nom de Pacijico. Après quelques années d'une vie fugitive , ils rentrèrent dans leur patrie , où le jeune Pacifique fit bientôt des j>rogrès surprenants. La graminaire , la rhétorique, la philosophie , les mathématiques , l'occupèrent ^our k tour. Il passa ensuite à la jurisprudence , et ^ devint si habile, qu'il professa cette science dans 3)lusieurs Universités célèbres ; mais la poésie fut toujours le principal objet de ses travaux. Il a laissé des ouvrages historiques, philosophiques, saliri- '^ues, et sans compter plusieurs autres poèmes, 'vingt livres entiers d'élégies , parmi lesquelles il y en a de fort libi^es qui seraient oubliées comme les autres, si elles n'avaient été réimprimées en France depuis peu d'années , avec des poésies de ce genre, dont j'aurai bientôt occasion de parler.

Quelques poêles du même temps ont mieux conservé la renommée dont ils jouirent pendant leur vie , et méritent d'cire plus particulièrement connus. Giannantonio Campano^ né vers l'an 14^7 à Cavelli, village de la Campanie, ou de la terre de Labour, de parents si obscurs qu'il ne porta toute sa vie d'autre nomi que celui de sa province, gardait les troupeaux dans son enfance. Un bon prêtre reconnut en lui des indices de talent, et Tem-

mena k Nàples , où il fît ses études sous le célèbre Laurent Valla. Campano voulut ensuite passer en Toscane ; il fut arrêté en chemin , pillé par des voleurs , et obligé de se sauver à Pérouse. Il y trouva d'abord un asyle , et ensuite un état conforme k ses études et a ses goûts. Il y fut nommé professeti^ d'éloquence . Il remplissait avec distinction ceti^^ chaire (i), lorsque le pape Pie II, passant k Jfé^ rouse pour se rendre au concile de Mantoue, ï^ vit, se rattacha, et le fît, peu de temps après, év que de Crotone, et ensuite de 2eram«(2). Sa fa veur se soutint sous' Paul II, qui Tenroya au con grès de Ratisbonne pour traiter de la ligue de princes chrétiens contre les Turcs. Sixte IV, qu avait été Fun de ses disciples à Pérouàe y le fit suc cessivement gouverneur de Todi^ de Foligno , e de Città di Castello; mais ce pape ayant fait assié — ger cette dernière ville , parce que les habitante avaient fait difficulté d'y recevoir ses troupes , Campano , touché des désastres dont ce peuple était menacé, écrivit au pontife avec une liberté qui le mit dans une telle colère , qu'il lui ôta son gouvernement, et le chassa même de l'état ecclésiastique. L'infortuné prélat se rendit a Naples, et n'y ayant pas reçu l'accueil qu'il avait espéré , il se retira ■ ■ , ■ , ■ *

(i) En i4%.

(2) Le premier évéché dans la Calabre , et le second dans l'Abruzze,

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lââfis son ëvêché de 7!sm/7ïo ^ où il mouhii en i477> hVkge de cinquante ans.

Ses ouvrages , imprimés pour la première fois à Borne, en 149^9 consistent d^abord en. plusieurs Traites de philosophie morale , en douze discours, harangues et oraisons funèbres , et en neuf liyrés d^épUres , intéressantes pour Thistoire littéraire et même pour Thi^oire politique' de ce temps. On y trouve ensuite , après la yie du pape Pie II, Thistoirc de Brdccio de Pérouse , divisée en six livres, et enfin huit livres d*élégies et d^çpigrammes , en V€rs de différentes mesures et sur des sujets de toute espèce. Il faut convenir que plusieurs de ces poésies sont d^une gçilanterie qui s'accorde mal avec Tctat du poëte ; c'est une Diane , puis une Sylvie , puis une Surianê, et d'autres encore dont il se plaint souvent, et dont il se loue quelquefois. Mais l'histoire de ce temps Ik familiarise avec ces dissonances , et dans ces sortes de sujets, comme dans les sujets plus graves, ce bon évcque a du moins une touche spirituelle et une facilité de style qui plaît aux connaisseurs ; ils n'y désireraient qu*un peu plus de correction et de travail.

Us retrouvent bien la même incorrection avec peut-être encore plus de facilité, mais avec bien moins de génie , daus un poëte latin plus connu eu France , et qu'on y appelle le Mantouan. Son nom était Baptiste , et il était de la famille Spagnnoli de Mantoue j mais, selon Paul Jove, il n'en était qu'un

re j eton îUégiiime . Il se fit carme , fut général de «on |it« ordre ; et , voyant qu'il ne pouvah y porter la réforme, chose en effe.î plus difficile que de faire des JinD vers bons ou mauvais , il abdiqua au bout âe \îo\s ans, pour se livrer au repos dans sa patrie; mais ce lut au repos éternel qu'il parvint quelques moi& après; il mourut en i5i6, âgé de plus de quatrevingts ans. La quantité de vers latins qu'il a faits est presque innombrable. Cette abondance en imposa, conmfie il arrive toujours, aux ignorants etauvul-^ gaîre. On le mit au-dessus de tous les poètes de son temps ; et parce qu'il était de Mantoue , comme Virgile, on ne manqua pas de le comparer klui. Le savant Erasme lui-même, juge d'ailleurs si rigoureux, ne craignit pas de dire qu'il viendrait un temps où Baptiste ne serait pas mis beaucoup audessous de son ancien compatriote (i). Mais quelle comparaison peut-on faire entre ce modèle de perfection poétique et un versificateur lâche, diffus, irrcgulier jusqu'à la plus excessive licence? Ce fut, dans sa jeunesse, une liberté supportable ; mais ce penchant k se permettre et a se pardonner tout, augmentant avec Tâge , ce ne fut plus , vers la fin, qu'un déliordement de méchants vers , où les règles mêmes les plus simples sont violées, et qu'il est impossible de lire sans dégoût et sans ennui. Ses ouvrages, imprimés d'abord séparément, ont

(i^ Epist , vol. II, ép. SgS.

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été recueillis en trois volumes in-fol. (i), avec des commentaires fort amples , et ensuite en quatre volumes m^\ sans commentaires (2). Les principauic sont dix Eglogues, presque toutes écrites dans sa première jeunesse ; sept pièces en l'honneur d'autant de vierges inscrites sur le calendrier, k commencer par la vierge Marie : Fauteur donne k ces poèmes les titres de PartkerUce /*., Parthenice 11**^ y III^. j IF'*. , etc. ; quatre livres de Sylves ou dô Poëmes sur divers sujets; des Elégies, desEpîtres, enfin des Poëmes de tout genre. Les défauts dont ils sont remplis n'empêchèrent pas qu'à la mort de ce poëte sa réputation ne lut encore intacte , qu'on jxe lui fit des funérailles magnifiques, et que Frédéric de Gonzagu'e , marquis de Mantoue , ne lui fît élever une statue de marbre couronnée de laurier, tout auprès de celle de Virgile.

Jean Aurelio Augurello valait beaucoup mieux que le Mantouan, et nous est beaucoup moins connu. Il naquit, en i44i j ^ Rimini (3), d'une famille noble, fit ses études k Padoue, et professa les belles-lettres dans plusieurs universités, surtout • k Venise et k Trévise ; il obtint les droits de cité dians cette dernière ville, et y mourut en i524. Son pcëme intitulé Chrysopœia^ ou l'Art de faire

(i) paris, i5i3.

(2) Anvers, iTïjS.

r3) Tiraboschi, lom. Yl , part. II, p. aSg,

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