III. 3o
f^alla j dans une de ses Invectives , poussa là clia> rite chrétienne jusqu'à désirer que le poëte fut brûlé en personne comme ses vers {i).Poggio lai<^même, qui n'est pas , dans ses Facéties , un modèle de cbasteié, trouva que son ami était allé trop loin,er le lui reprocha dans ses lettres. Panormita se défendit par l'exemple des anciens qui ne peuvent cependant, sur ce point, faire autorité pour les modernes. Guarino de Vérone fit mieux : dans une lettre qui est à la tète du manuscrit conservé dam la bibliothèque Laurentienne , il défendit rauteor, en alléguant l'exemple de S. Jérôme. UHernuh phroditej qu'on n'a pas ose publier pendant longtemps , par respect pour les mœurs publiques , a éti imprimé a Paris depuis une vingtaine d'années (s)* L'éditeur a jugé sans doute que nos mœurs étaient de force k n'en avoir plus rien à craindre ; et ce Fk vrc est maintenant dans toutes les bibliothèques.
Antoine Panormita jouissait k Naples d'une grande considération et d'une haute faveur , lorsque le jeune Pontano y arriva. Il était né à la
(i) Tertià per se ipsum cremandus ut spero. Laurent Valla , in Facium Invectwa 11^.
(2) £01791, chez MoUni , rue Mî^on ; ce qui est indiqué par cette adresse singulière : Prostat ad Pistrùium in mo suad. C'est la première partie du recueil intitulé: Quînqut iUusirium poetarum , Ant Panormitœ; Ramusii y^rùninensisf Pacîfid Maximi Asculani^ Jonanï Pmitani ^ J^annis Sicundi ftu$i4$ in Vên^vêm ^ etc. , in -8**.
Su de 14^6 (i), à Cereto, diocèse de Spolète, dans rOmbrîe (2). Il nWait eu pour premiers maîtres que des grammairiens ignorants. La guerre le chassa de sa patrie. Il vécut, pendant quelque temps, parmi les armes et les soldats. Il se réfugia enfin à Naples, où il fut accueilli parle Panormitay qui voulut achever lui-même son éduication littéraire. Le maître ne tarda pas k être si content des progrès de son élève , que lorsqu*on le consultait sur quelque passage difficile des poëtes ou des orateurs anciens, il le lui faisait expliquer. Pontano lui dut aussi son avancement et sa fortune ; Fanonmita le produisit auprès du roi Ferdinand I". Ce roi lui confia ^'éducation de son fils Alphonse II ^ dont Pontano fut ensuite secrétaire , ainsi que du xoi Ferdinand II, Attaché à ces princes , il ne les quitta plus , les accompagna dans toutes les guerres qu'ils eurent à soutenir, et se trouva à plusieurs batailles. Il fut plus d'une fois fait prisonnier^ mais dès qu'il* se faisait connajltre , on s'empressait de le combler d'égards , et quand il voulait parler en public, il était couvert d'applaudissements, au milieu des camps ennemis. Ferdinand I*'. le chargea, en 14S6, d'une ambassade auprès d'Innocent VIII, pour en obtenir la paix. Pontano y
(1) Tiraboschi, ub, supr., p. a4ï-
(2) Il se nommait Giovanni ou Joannes , et changea, selon Tusage, ce nom pour celui de Gioçiano^ Joçianus»
468 HISTOIRE LITTERAIHE
Souffrît beaucoup de peines et de fatigués; ûïâisîl en lut paye par le succèk de sa hégôcîalîoli , et par lés témoignages d'estime que lui doniià ce ponlîfc. Quand les articles de Ta paix furent signés , quéfqu'un avertît le pape de "ne pas se fier trop à Ferdinand, avet qui, eh eftet, il y avait toujours des préicatitions àpréhdre. a Maii Pontanone me trompera paSj i*épondit-dl : c'est avec lui que je traite; la bonne foi et la vërité ne l'abandonneront pas, lui qui nfe les abandonna jamais (i). » Alphonse H, ^ui avait ctë son élève, conserva toujours un grand respect polir lui. Il était un jotir assis dans sa tente avec plusieurs généraux de son armée. Pontanoy «litre , le roi se lève, fait faire silence, et dît en le Sa'luant : « Voilà le maître (2). » Lors de la conquête de Charles VIII , il eut , comme Raphaël BrandoUnij, la faiblesse de louer le vainqueur, dans un discours public, aux dépens des rois ses bienfaiteurs. On ignore si, après le prompt départ des Trançais , il reprit ses tîmplois et sa faveur auprès de la dynastie d'Aragon. Il mourut en r5o3, âgé, confime le Panormitaj de sbixante-dix-sept ans.
Oïl a de cet élégant et fécond écrivain (3) , une Histoire en six livres, de la guerre que Ferdi-
(i) Joi>ian, Pontan. de Sermone , 1. II.
(2) Id. ibid. , 1. VL
(3) JoiHani PoHtanl Opéra j\, II, Basîleœ, i538. Celte édition est plus cotnplète que celle d'Aide , iSig, iii-4"«
n^and P'. soutint contre Jean , duc d'Anjou ; plusieurs Traités de philosophie morale , où il employa le premier une manière de philosopher Jibrq &L dégagée des préjugés de son temps, et ne suivit d^autres lumières que celles de la raison et dé la xérité : on estime surtout son Traité De FortiUiélinej du G}urage, Oh trouve encore dans aes OEuyres deux livres sur Ta^piration , six livres De ^nnone^ du Discours, quHl fit à soixante -trejz& ans^ cinq Dialogues écrits avec une liberté. quelquefois peu décente, et quelques autres Opuscules. Mais c!est surtout par ses poésies latines qu^il s^est rendu juste^ient célèbre. Elles sont en très-graa^ nombre et de genres très-différents (1) : Poésies amoureuses, Eglogues, Eudécasyllabes , Epigrammes, Epitaphes, Inscriptions, etc., outre un ^an4 poëme, en cinq livres, sur Tastronomie (2), un autre sur les méicores, et un troisièine sur la culture des orangers et des dirons, intitulé : Du Jardin des Ilespérides (3). Dans tous ces genres, il se montre également riche, abondant, .élégant et rempli de ces grâces de style dont il pa^se pour avoir le premier retrouvé le secret. Le plus grand
ilhii
(i) Venise, AlJe , 2 vol. ip-8°. ; le premier en i5o5 , , réimprimé en i5i3 et i533; le second en iolS, qui n'a jamais élé réimprimé.
(2) Uraiiîa,
(3) De horlls lîespendum.
défaut de ses vers est qu'il en a beaucoup trop^ fait. « Si ce poêle admirable, dit Gravina^ avait mieux aimé choisir qu'accumuler, il se serait enrichi d'un or pur et sans mélange. Il voulut promener son heureuse veine sur plusieurs sujets d'érudition et plusieurs sciences, et s'exercer dan!» toutes les mesures de vers. Dans toutes, il fait voir l'étendue et la souplesse de son génie , aussi nain- Tellement disposé k la. grandeur qu'a l'expression des sentiments tendres. On retrouve en lui, dans ce dernier genre, les grâces et tous les agréments de CaluUe. Pour lui ressembler- tout-à-fait, il ne manqua peut-être k Pontano que l'économie et le travail (i). »
C'est k ce poëte illustre que Naples dut sa célèbre académie. Le Pariormita l'avait fondée, mais ce fut Pontano qui la soutînt , la perfectionna et lui donna sa plus grande célébrité. L'historien Giannone l'a regardée comme si importante pour sa patrie, qu'il a donné la liste exacte de ses membres (2). On y voit plusieurs noms dont l'éclat ue s'est pas conservé , malheur commun a toutes les académies du monde ; et d'autres qui appartiennent au siècle suivant plus qu'au quinzième, tels que celui de Sannazar.
Parmi les poëtes inscrits sur ce catalogue , et qui ■ - I 9 II « ■■ I ■ I II I ■ I "■
(i) Délia Kagion poeiica , 1. XXXIV, (2) Stor. di Nap., 1. XXVIIl , c. 3.
DITAUE, cuAP. XXI. 471
earirent dans ce siècle , ou ûe doit pas oublier [arulle > Michèle Marullo Tarcagnota j Grec de aissance, mais qui fut amené en Italie, encore afant, après la prise de Constantinople , sa parie (i). 11 étudia les lettres grecques et latines à ^enise , et la philosophie k Padoue. Il prit en^uite^ our subsister, la profession des armes,* et ce fut resque toujours au milieu des fatigues et des daners de la guerre, qu^il composa les poésies ingénieuses que nous avons de lui (a). Elles consistent a quatre livres d^épigrammes, trois livres d'hymles, et un poëme resté imparfait , intitulé de Xhdu^ 'jationdes Princes 0). Les épigrammes sont déliées à Laurent de Médicîs. Elles roulent sur des lujets de toute espèce, et ont quelquefois plus retendue que ce genre de poëmes n'en comporté >rdinaircment. Telle est, entre autres, une pièce le près de deux cents vers élégîaques , adressée à NeœrUj dans laquelle il retrace une» partie de ses oialheurs, et il presse cette belle Neœra ^ souvent célébrée ^ dans ses vers , de terminer très-sérieusement avec lui, et de Taccepter pour époux. Ce ne Tut pas elle cependant qu'il épousa , mais Alessan-: ira Scala j Tune des plus belles , des plus spirituelles et des plus aimables personnes de Florence»
(i) Tiraboschi , uh» supr. , p. 45a.
(a) Florence, i4y7> ïn-4**.
(3} He princîpum Institutione.
Il eut, dans ses amours avec elle, Politîeù pow rival. De là vinrent les inimitiés qui divisèrent ces deux poêles; elles s'exhalèrent avec violenc43 dans les vers de Polîtien : on n'en voit aucune trace èifiS ceux de Marulle. Il était aimé : la modération loi était plus facile. En général, presque aucune de ses épigrammes n'est mordante:; aucune ne blesse la décence ; et il a ces deux avantages sur plusieurs des poêles les plus célèbres de son temps.
Il donna le titre de Naturels à ses Hymnes (i), parce qu'il y traite souvent ks plus grands ol)je{s de la nature. Ce n'est point aux Saints du calendrier qu'ils sont adressés , mais aux Dieux de la mythologie, à Jupiter, h Minerve, à Bacchus, k Pan, k Saturne , à l'Amour, à Vénus, à Mars, etc. Quelques-uns, comme l'hymne au Soleil, qui com. mence le troisième livre, sont de petits poèmes, où MaruUc semble s'être proposé Lucrèce pour modèle, et où il approche, en effet, quelquefois de sa force et de sa précision énergique. Ses lalents méritaient une vie plus paisible et une fin moins malheureuse. En sortant à cheval de Volterra, où il avait visité un de ses amis (2), il se noya dans une rivière peu connue, nommée le Cecina^ à qui cet accident doit donner, dans l'es-
(i) Hymni Naiurales»
(2) Rafaël Volterano,
D'ITALIE, OBàP. XXI. 473
prk des amis de la poësiâ et its lettres, une triste oélébrité. .
Si ron ajoute k tous ces poëtes latias un nombre presque aussi considérable dont )*ai cru inutile de parler, et si Ton y joint encore , et la plupart des l>ons poëtes italiens qui écrivirent en même temps ^ns les deux langues, et presque tous les littéral:eurs, historiens, philosophes de ce temps, qui s^exercèrent plus ou moins dans la poé^e latine, et dont les vers se trouvent, ou imprimés, ou épar^ «n manuscrit, dans diverses bibliothèques, en con* "viendra que, depuis la renaissance des lettres, il tx^y avait eu dans aucun siècle antant de versiGca* leurs. En désignant quelques-uns d'eux qui obtinrent k couronne poétique , j'ai dît cfue cet. honneur , en devenant trop comnmn , étak tombé en discrédit. L'histoire, qui a dû retracer Fimporianee que Pétrarqne avait mise k l'obtenir, et l'édat qu'avait eu* ce triomphe, ne doit pas négliger les farts qui en constatent la décadence et l'avilissement.
Sigismond fut le premier empereur qui eut , dans ce siècle, l'idée de faire revivre l'ancijen usage de reconnaître un homme de lettres poëte par un diplôme , et de le produire *en public avec une couronne de laurier. Il accorda ces distinctions au Panormitaj qui les méritait sans doute, et a un certain Çambiàtore j que j'ai k peine cr^i devoir nommer parini les poët^os italiens. Frédéric TR en
4i2 HISTOIRE LITTERAF
/ Il eut y dans ses amours avec eV -^f
rival. De là vinrent les inîmit»/ t' ^eroUi, t^^
deux poêles ; elles s^exhalèf^ /' •' nnus comîi'^
les vers de Polîtien : on nV ' jriacoj le B O"
ceux de Manille. Il ëtp/' -* ' .uloîr trop exal-
éiaît plus facile. En../ ' an Grégoire et un
ses épigrammes nV/ ' > es aussi inconnus 1 un
la dcceace ; (et 3 ' uello encore plus inconnu
des poêles tes * enfin un Louis Lazarellij qm
Il do^oa'' ^onneur dWoir fait avant Fï^ un parce quf' ^^ yer k soie (a). Mais les empereurs ne de la vsity^ks seuls dispensateurs de cette distincdiifir /j^ntie presque bannale. Filelfo la reçut myiy /Lffose P'. , roi de Naples; Jiean Marins son Vff ^^roi René , fils d'Alphonse ; un certain Bene- * ^de Césène , du pape Nicolas V, et Bémardo
éuiincioni de Louis Sforce, duc de Milan.
IfiS villes s'attribuèrent aussi ce privilège. Flo-
i^ace avait couronne Ciriaco d'Ancônc , et même
Jjeonardo Bruni après sa mort. Vérone décerna
Je laurier avec une pompe extraordinaire k Gio»
s^nni PanteOj dont Mafféi parle avec de grands
(i) Je ne connais du premier que la mauvaise ode saphique sur la Passion de J.-C. , qu'on trouve dans ses Œuvres, et l'autre pièce plus mauvaise encore , qui la suit , intitulée : hccastlchon de Laudatissimà Mar/â.
(2) Imprimé à lesi en 1765^ cdilioa donnée par l'ablM: Lancèhtth'
DITALIE, CHAP. XXI. 475
îloges (i), mais qui n'est guère connu que par 'es éloges mêmes. Rome*, ou plutôt l'académie romaine, couronna jdurelinij professeur de bellesettres, et Jean-Michel Pingonio de Chambéry, [ui faisait de beaujt poëmes pour le mariage de Philibert, duc de Savoie, en iSoi, dont on ne ie souvenait peut-être plus, même k Turin, en l5o2. On trouve souvent la qualité de poëte lau- 'éat jointe au nom d'hommes plus obscurs encore, ît il y a lieu de croire que , soit pour une pièce le vers à la louange d'un empereur, soit par pure protection ou même pour quelque argent, ils en )btenaient simplement le diplôme , sans oser pour :ela célébrer la cérémonie. QuVrriva-t-il de celte facilité aveugle ou vénale? Ce qui arrive imman-' |uablement en pareil cas. 11 y a toujours quelque :hose de fatal dans ces sortes d'honneurs littéraires, c'est qu'on ne peut les accorder , sans les compromettre , qu'à ceux qui n'en ont pas besoin pour Être honorés. Ni Politien ni Pontano ne Juréut proclamés poètes par un diplôme, efc ce sont les premiers poëtes de leur siècle.
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(i) Veron, IlL, part. II , p. 210.
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