CHAPITRE XXII. \i
De la Poésie italienne aU quinzième siècle. Poètes qui fleurirent alors ^ Giusto de^ ContijMonte' magno le jeune j, Burchieflo j Laurent de Méii"
' cis , Politien j les trois frères Pulci , Bojardo, Bellincioîiiy Serafino d'^quila^ TebaldeOj tUnico Aretino J le Notturno j VjiltissimOj VAcM' linij etc. , Femmes poètes.
X Aïs DIS que le génie actif des Italiens se portail avec tant d'ardeur à la recherche et a rimitation des trésors de la littérature antique ; tandis que Tancienne langue du Latium reprenait, sous des plûmes savantes, son élégance et son caractère primitif, que devenait, dans Tidiôme nouveau dont nous avons vu la naissance et les rapides progrès, celui des arts de Fimagination qui s'élève au-dessus de tous les autres , quand il a une fois atteint Feiilier développement de ses forces, et qui, dès le siècle précédent, semblait y être parvenu? Que devenait la poésie? On croirait qu'après Dante et Pétrarque, la langue du style sublime et celle (la genre gracieux étant formées, l'art de parler eu ligures et eu iinngeS; et celui de revêtir les unes et
D'ITALIE, CHAP. XXÎÏ. i(77
le^tiûtfes ^e celte harmonie qui «n e*t là couleur, ëtâttt notL-seulcment inventé , mais porte à son plus faaut point de perfection, 4e nombre des poètes italiens, déjà considérable avant ces d'eux poètes par excellence , avait dû devenir innombrable ; et cjti*an moment où les maîtres de la poésie antique i*eparaissaîcnt de toutes parts, ces deux maîtres dé ^a poésie moderne ayant montre par leur exemple ia route qu'il fallait suivre , on devait , pour ainsi ^ire , se précipiter en foule sur leurs pas. H arriva j>ourtant tout le contraire. Pendant la plus grande 3pai^ie du quînzièine siède , la poésie italienne languit. Elle ne s'enrîchit pas des travaux de l'éru- ^ition ; elle en fut comme absorbée ; et ce ne lut <jue vers la fin de ce siède, que, reprenant une partie de son éclat, elle annonça tout celui dont elle devait brilWr dans le suivant. Mais si , placé entre ces deux grands sièdes poétiques, le quin-* *:fcîème ne paraît jeter qu'une faible lumière, nous allons voir que, considéré en lui-même et^sans pa- ^rallèle avec les deux autres , il a encore assez de ticbesses, et que peut-être on ne l'apprécie pas ce qu'il vaut.
Le premier poète qui mérite de fixer «os regards^-est Giusto de' Contij grand îmitat^r de Pétrarque. On a le Yecueil de ses vers, mais on • sait peu de détails sur sa vie (i). Il était né k Rome
• (i) Vay, la Préface de l'édîtion de la Belia Mano, flo-
vers la fin du quatorzième siècle , et vécut jusqu'an .milieu du quinzième. Il fut orateur et jurisconsulte de profession» Etant h Bologne , en 1409, sans doute pour achever ses études , il y devint amoureux de la Beauté qu'il a célébrée dans ses vers. U mourut k Rimini. Sigismond Pandolphe Malatesta Venait d'y faire bâtir, sur les dessins de Léon- Baptiste Alhertij la magnifique église de St.-François : il y fit élever un tombeau k notre poëte, dont l'inscription sépulcrale s'y lit encore. C'estJà tout ce que l'on sait de lui.
Son recueil est intitulé la Bella ManOj parce qu'il y chante souvent la belle main de sa dame- Ce n'est pas qu'il ne fasse aucun cas du reste , et queJes beaux yeux et les tresses blondes ne soient aussi l'objet de plusieurs sonnets; mais c'est a la belle main qu'il revient toujours, tantôt comme en passant, et seulement dans quelques vers, tantôt dans des sonnets entiers. Dans l'un de ces sonnets, celte main renferme tout son bonheur (i); c'est elle qui attache ensemble à son cœur la mort et la vie ; elle tient le frein et le fouet cruel , qui le retient ou qui le fait courir et tourner de cent manières; cjle^ lie son cœur et son ame de tant de nœuds, qu'il sera
1 1 I ■ I II I ■ tm
rence, lyiS, m-8°. Les anciennes éditions sont celles de Bologne, 1472, in-8«. ; Venise, i4-9a, in-4».; et Paris, donnée par Corbinelli , i395, in-12.
(0 0 mon le^^iadrq, , optf // mio lene aîherga , etc.
DlTALIE, CHAP. XXII. 479
aigre, lui forcé de les rompre. « O belle et blanche
jmain (i), sMcrie-t-il dans un autre sonnet! ô douce .
znain qui fest si injustement armée contre moi! ô
xnain charmante qui m'as conduit. peu k peu^ eu
me flattant^ jusqu^àun tel degrë depeine; mon eD-
xeur t'a donné Tune et l'autre def de mes pensées ;
c*est de toi que mon cœur, qui se meurt de désirs,
attend quelque secours ; c'est à toi dev laver les
plaies de l'Amour! etc. » Ce poëte ne se contente
pas d'imiter Pétrarque, il le copie souvent, et il
n'est pas rare de le voir en emprunter des vers
presque entiers. On doit penser que ce qu'il imite
le plus, ce sont les défauts. Ainsi, les recherches
de pensées, les oppositions continuelles, la vie. et
la mort, la rougeur. et la pâleur, le chaud et le
froid , le cœur qui est de feu j puis de glace, où l'un
et l'autre à la fois , tout cela se retrouverait dans la
Bella ManOj si jamais le Canzoniere de Pétrarque
était perdu j mais quoique Giusto de Conti ne soit
pas k beaucoup près sans mérite , on ne trouverait
pas de même , dans la copie , la grande poésie , le
génie sublime , la sensibilité profonde , la passion
vraie et les grâces inimitables du modèle .
Un second Buonaccorso da Montemagno ^ petit-fils du contemporain de Pétrarque (2) , vivait k peu près dans le même temps que Giusto de^ Conti.
iW I I ■■ I I »»T— iWI I IIIBl ■ Il ■ ■
(1) 0 bella e bianca matij o man sooqc^ etc. (a) Voy. ci^e^sus^p. 176.
Il a laisse quelqnes soi^nets d*un style si scmbl b)e k celui de son aïeul , qu*on les a loag-tem eonfondms ensemble , et qn^on atlriboalt k un s Buonacccorso j ce qu'on a découvert et prouvé de-^ puis appartenir k deux (i). Celui-ci était non-scnleinent poëte , mais jurisconsulte et orateur. H fut professeur ou lecteur dans luniversité de Florence^ et juge de Tun des quartiers de la ville. On a coaserve de lui , outre les sonnets imprimés avec ceux de Buonaccorso Tancien , quelques discours latins et italiens. Deux de ses discours latins ont quelque chose de remarquable : ce sont des exercices pour se former k Téloquence , en traitant un sujet donné, ce que les anciens appelaient Déclamations. Dans l'un, qui traite de la Noblesse ^ un jeune romain de la noble et riche famille Comelia ^ et un autre de la maison moins illustre et moins opulente des Flaminius j mais doue de plus de talents^ de qualités et de vertus, se disputent une jeune romaine; le pcre la Lisse libre dans sou choix; elle déclare qu'elle épousera le plus noble des deux rivaux. Us plaident leur cause devant le sénat : chacun des deux s'efforce de prouver que c'est lui qui, dans sa famille et dans son existence personnelle, a le plus de véritable noblesse. L'auteur n'a point donné la décision du sénat; mais on voit, a la rnanièi*e
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(i) Voy. la Préface <Je Tédition de» Jeux Buonaccorso da Monfemagno , Florence , 1718,
^ont il fait parler les deux orateurs, q^ue, dans son ^f>iiiiion, comme dans celle de tous les gens sensés, #^L noblesse d^extraction n'e^ pas la première. Le ^^Gond di6Cours est une réponse de Catitina kCicé* ^^n, dans le sénat de Roine. Il ne s'y défend pas i ^ beaucoup près , aussi bien qu'il est attaqué dans la première Catilinaire ; mais ni ses raisons ne sont ineptes , ni son style latin n^est barbare ; et ce dis- '^îours, ainsi que le précédent, prouve que Fon raisonnait mieux depuis qu'02;^ s'attachait moias à la dialectique , de l'école.
On est obligé de ranger ici parmi les poètes , et «nême de mettre au nombre des inventeurs, un au* teur qui n'est pas seulement ^iffîcil^ ^ entendre. , mais qui , selon toute apparence , affecta d'être inintelligible , et y réussît parfaitement : c'est le fameux Biirchielio (i). Le6 opinions sont partagées fiur le lieu de sa naissance. Les uns 1q font naître à Bibbiena, dans le Càsentin, k environ trente milles de Florence, et les autres Ji Florence même. Son Vrai nom était Dominique. Fils d'uji barbier nommé Jean, il fut barbier comme son père. H l'était k florence en 1 432 , et mourut k Rome en 1 44^^ Son génie original le portgiit k la satire. Il en enveloppa les traits d'obscurités , de caprices et de folies , plus extravagantes que celles de notre Rabelais. Il sçinble. parler au hasard , et dire les çhQses les plus
«ip»
(i) Voy, Manni, Veglie piaceqoUyX. I, p. a8. 111, 3l
48!i HISTOIRE LITTERAIRE
disparates y k mesure qu elles lui yiemient. eu fan* taisie ; quelques personnes pensent qu^il prit ce nom dé Burchielh ^ parce qu^en langage toscim , alla burchia veut dire k Tairenture) au hasard, mais que, sous ce nom et sous toutes ses folies, il cachait un homme sensë , un critique des mœurs et des ridicules de son siècle.
Son métier >&e Fempècha point d*étre Fami it plusieurs artistes, gens de lettres et savants disûn* gués de son temps ; le grand nombre d'éditions qm se sont faites de ses poésies bizarres , prouve celoi de se& admirateurs. Des auteurs dW caractère grave en ont &it les plus grands éloges (i) ; d^auires les ont mises au rang des folies les plus insipides. a U me parait, dit Jïmbèscfd (a) y que ceux qm Font attaqué et ceux qui Font défendu ont également perdu leur temps , mais plus encore ceux qui Font con^menté. >> Plusieurs se sont donné cens peine, et entre autres Z?o/i/ , qui, selon Apostolo ZenOj aurait encore plus besoin d'être expliqué que le poëte qtf'il explique. Il y a,/en effet, dç quoi lasser la patience la plus déterminée dans la lecture du texte et du commentaire. L*un est un tissu de proverbes , de mots populaires , de ce que
(i) Tel que Leonardo DaH^ évêque de Massa, et secré* taîre apostolique sous Paul II , Christophe Landino ^ Benc^^ detto^ Varchi j etc.
(a) Tom, YI , part. II , p. 147.
DUTALIE, CHAP- XXII. 483
les Florentins appellent riboboli , espèces de qixoli<- I>ets qui n'ont de sel que pour eux, et dont il est le plus souvent impossible d'apercevoir la liaison , Tapplication ou le sens ; l'autre , tantôt est.aussi décousu , aussi proverbial et aussi ënigmatique que le texte; tantôt s'évertue h l'éclaîrcir, et c'est alors qu'il est doublement inintelligible. On connaît , dans notre vieille poésie française , des Épltres da Coq à l'Ane , teUes qu'on en trouve dans Marot , où chaque vers contient un trait qui n'a aucun rapport ni avec ce qui précède ni avec ce qui suit; ou les phrases commencent, finissent et se succèdent; sans qu'il soit possible d'y trouver un sens quel-conque , et qui ont fait appeler coq-a-Vâne des propos sans signification et sans suite. Rien ne peut mieux donner Fidée des sonnets de Burchiello. Le plus clair de tous , et celui dont les idées sont le mieux suivies , est le sonnet où ce barbier-poëte fait se quereller, k son sujet, la Poésie et le Ra«> soir (i). La première dit au second : «Pourquoi enlèves-tu mon Burchiello k son cabinet? Le Rasoir se fait de la boite k savonnette une tribune, monte en chaire, et parle ainsi : Pardonne- moi , je te prie, madame, si je t'ennuie par mes discours; sans moi, sans l'eau chaude et le savon, Burchiello serait d'une couleur tirant sur la cire blanche et sur l'émeraude. Tu te trompes , lui répond Tau Ire; son
(i) La Poesia combatte col Rasoio*
cœor hcâle jd^qn désir trop noble pour descendre lamaîs si bas. Point d« bruit, interrompt le Poète: £pae jcdui de vous dei^x qui m^aime le plus paie mon
'Si tout le reste était ainsi , il n*y atiraii point de cloute sur Le mërîte d*ûn recueil rempli de pièces ^nsat originales . ' Tel qu^il est , il fnut qu'il en ait tin flréei pâiyr avoir obtenu tant de suffrages^ quoique }e sage TifMasckLlmhk reiîisé le sien: 43n trauie ^bns les vers de jce poëce , quand 4>n se résyout à les lire , des i^Daks vifs et s]piiMttek j 4oDt il né 4aut pas ^^fintéler à cberdier là liaison ni la signification précise; on y trouve surtout une élégance et une pureté de langage qui charment les Florentins , et quVi)^ étranger mâme peut apercevoir, k mesure quMlsè familiarise davantage avec les idiotismes toscans : on peut endn souscrire k ce jugement de Fun des derniers éditeurs : u Si la nouveauté des pensées , étranges sans doute y mais qui ont pourtant de la grâce quand on en pénètre je sens, si le naturel des expressions, ]a justesse des termes, la ^solidité des sentiments, la rareté des inventions, l'imitation des meilleurs modèles (qualités qui perdent au travers d^une extravagance affectée dans ses vers ) , peuvent constituer un véritable poète , il -n'est personne qui puisse refuser ce titre k notre i)arbier florentin. Si Ton joipt a tout cela un style plein 4e mots eu de proverbes cachés et mystérieux qui lui donnent une teinte originale , il iaut
répondre h. ceux qui oseraient encore le mépriser^ <:e que disait le fameux peintre Apollodore an sujet de cpielqu'un de ses ouvrages : il sera plus facile d'en rire qiiie de Timiter (i). »
Sans vouloir décider jusqu'à quel point il est permis de rire ou de se moquer des poésies du Bur* <:hielIo^ on reconnaît, dans plusieurs poètes de ce siècle , le désir, et« autant que nous pouvons en juger, le talent d'iipiter son style. A la suite de ses sonnets, on en a imprimé de Domenico da Vrbihoj de Niccolb Cieco ctj4retzo\ de Fràncescà Alhetti^ ^ jàntonio Alamaniii, dn BeBiticioni, di jilessahdro Adimarij et de quelques autres moins connus, qui paraissent tout ausâi extravagants et ausèi Complète" ment inintelligibles que ceux du Burchielh mêmei. La bizarrerie de sDd cerveau a créé un genre )x part ; cela s'appelle éfcrire ou rimer k la Burchieh lesca, et les poëtes qui ont ajouté au tort de travailler dans un g^nre dont le principal Hiérite est de ne pouvoir être entendu , celui de ne le faire que par imitation, sont des poëtes BurchielleS" ques; Voltaire a dit :
Tousf lés genres sort t bons , hors le genre ennuyeux.
Mais le genre ennuyeux se subdivise en plusieurs espèces j et il me semble qu'a moins d'avoir dans
(i) Préface de rédition de§ sonnets du BurchUUo , sous la date de Londres , 1757 , in-tt".
486 HISTOIRE LITTEMiRfe
Vcsprit uhe disposition particolière k s^amnser de , ce qu -on ne comprend pas , «n pent ranger la poë* sie BurchieUest/ue dans i'tulte de ces isnbdivînons. Si f on joint k ce petit nombre de poètes , dont les meilleurs sont bien éloignes de ponyoir illns- ' trer un siècle, xia' çerimn Niccold Malp^i de Bologne y un autre iVic^d d^Arezzo qui était aveugle , et dont la réputation pendant sa vie tint peutêtre beaucoup k son infirmité ; un Tçmnuzso Camr biaiore de Reggio , qui traduisit le premier, en vers italiens, V Enéide de Tirgile (i), et fot couronné poëte k Parme, en i43o; quelques autres peut-être, mais t>lus obscurs encore , on dont le moindrcf mérite fut de &ire des vêts, et qui se distinguèrent principalement dans d^autres carrières; Toilk tout ce que la poésie italienne, a^rès un si brillant essor, peut citer pendant toute la première moitié du quinzième siècle , et pendant mêmte une partie de la seconde. Mais uu homme alors s^éleva, que la nature avait formé pour tous les genres de gloire^ et qui ne contribua pas moins par son génie , son goût et son exemple, que par ses libéralités et ses encouragements de toute espèce , k redonner k la lyre italienne ses sons brillants et son premier éclat. J'ai dit de Laurent de Médicis que , quand il n'eût pas été élevé si haut par son ambition et par sa fortune , il Teût été, par son talent poétique , aux
(i) In ierzarimoy traduction imprimée à Venise ^n iSSa,
DITALIE, CHAP. XXII. 48f
premiers rangs de la littérature. Quelques détails sur Ses poésies, dont je n^aî donné qu^un simple aperçu , suffiront pour le prouver.
Les premières qu^il fit dans sa jeunesse iureni ^es poésies amoureuises , des sonnets et des can-zonL Ce ne fut cependant point Tamour qui le ren«« dit poëte : ce fut en quelque sorte la poésie qui le rendit amant (i). L*aventtu*e est assez singulière pour qu^il ait cru devoir la rapporter dans les corn* mentaires qu'il a faits lui-même sur ses poésies^ Une jeune dame ^ que Ton croit être la belle Sin monetta (:>), maîtresse de son frère Julien, mourut à Florence. Sa mort excita les plus vifs regrets : tous les poëtes la célébrèrent k Fenvi. Laurent voulut aussi la chanter , et pour le faire avec plus d'expression et de vérité, il s'efforça de se persuader que c'était lui qui avait perdu l'objet de son amour. Il se la représentait avec tous sts charmes, et ta* chait d'exprimer le désespoir de celui qui l'avait perdue (3). L'habitude des sentiments tendres lui
^•mmmam
(i) W. Roscoë y the Life of Lorenzù , elc* , ch. a^
(2) C'est W. RosGoë qui le conjecture , d'après une épigramme de Politien. Voy» the Idfe ofLorenzo^ etc. , édit. do Bâle, t. 11, p. ii3, note.
(3) C'est le sujet des quatre sonnets qui remplissent le folio 1^1 de l'édition d'Aide , i554. L'exposition que Laurent fiait dans son Commentaire des degrés par lesquels il passa de cet amour imaginaire à une passion réelle (folio ia3 — i3a de la même édition), intéresse par h
48d nWt&lRB MT?^mAtKt
fit ch«rGl»ef emtiitoè sH) ti'y âvàît^ ]pok0( 8 Flmeucf
qoeJqM.dUhrë Ê^piitéitcftsÉi tlïërhàf d'en- «xeitet; dé pareils y et d^être célëi^tëe '4e' sdfi ^itââl comdfÇ «etteleâiftiJôebairiâiaittèl'ctâlît apfèâ^M QâAid
nti jeutte hfei^imM^dëMBgt a^s-if^^^ fièd!HSfi}s%'i
ta^ dam uiiç fétfi'^vmôdabie aussi dimable^^e^^ ùOtè 'plm belie qtie» tdlè qtJSi ^v ^i^ diattiée ^ élki fut y dt;pixh ce fti&Ment, iVi^bjôt de Sa ^syi[w» 411 dq ses vef^> 11 nëFa ii(>^è6^ ndllé {mft|«ha^^tÉÎI ^"elle se iiottAndii biiféirècèi' .da ^il)àsCM''^fiiitiillé àés Dortatil Cette {iâsrt^ti fut^ k'cè qa^ïlrpBitM^i9m pééii<{VÈe. Datf^'pkisde ceiîë qttdSrànliê soïuiiàlt» , n éÊÈà tiM viiigîafitte de étmMHij^ë'ei^ét&atekylei râtibtes , té'S dé^s dt ramàiit, les t^gûèinhs ^ )êé rcftiS', Tâbsetice , le retoop^ le sourire^, les doutes paroles de la dame, sont décrits à la mahicrc de Pétrarque, avec moins de force et des • coultorS poétiques moins éclatailtes , mais quelquefois avec autant de douceur et d'harmonie, plus de naturel et de simplicité.
Laurent était bien jeune quand il lit ses premiers vers. Ge fut en i465 qu'il rencontra a Pise , Frc-
tfâï^eté dés'aVeut autant que par Tëlégante simplicité da stylé. H est surprenant que l'on n'ait jamaris réimprimé en Italie ce Commentaire , précieux et curieux sous plus d'un rapport. Il donne un autre prix que celui de la simple rareté à cette édrtion de .i5S4 » la seule où il se trouve.
D'ITALÏE, éuAP. XXII. 48 j
t^ric d*Ara^n « fils de l^erdindtid , foi dh Naples.
1^5 se lièrë¥i€ d'amidd. Frddérie moiitrM da gôât
pottr la podsié , o^ dësk*ait de conns^ltre l«s anciens
poëces itafliens ks plus dignes d*attention. Laurent
les lui indiqm , et copia pour lui , de sa main , un
3)«tit fécueii de téurs meilleurs morceaux , qu^il loi
etvfcyA qtiel^tve temps après. Daàs ce recueil , que
Toft 9 retrotivé depuis (i) , il ajouta qilelqu^-utis
de sé^ ^oùiiets^ et de ses canimd j pour rappeler
plu» viteïneni au prince, coirime il le lui dérivait
}uf-iï»élne , lé fidèle attachement de leur auteur. FI
n'âtait doiiC {>as encore dix-sept ans, qu'il arait
d^jh G0mp6fsd un ceflaiil AôtûbTe de poésies qui
foot pai'lie de ce^ etetitïsetit , et qui se retrouvent
dans ses GËùyreS.'
L'une des qiTnlîtës qui caractërisentpltiis pftrtîm- Uèretnenl Ife trai poëte , briîle ëmînemracnt dans les vfci's dfe Médlcîs; c'est cette imagination vite et ptontpte à se représenter tcfus les objets de là nature, a lés ràppTOcftcr par des comparaisons de celui qu'on veut peindre , et h peindre les objets eux-riïêthes sous les couleurs les plus frappantes et les images les plus vraies. C'est ainsi qiie, dauô un de ses sonnets , il comparé* ïés larmes qui coulent sur des joues bknches et vermeilles , à un clair ruis-
(i) Voy. Apostolo Zeno^ notes sér Fontanini, t. Il , p. 3, cl Lâftns ^ \. m , p. 335.
49* HMëlKE £IÎ*TÉÉ AÎÉE
stiTûcé^ stttrvètrt fëiii(firiinée$' stnis le titre cFe &lifë ê'jimàre (tj ^ k f èièfepïé 'dé"s Syli^i <ftr pto6(é Sfcâcef , icHit idcrtft <:é li'eït pas îd ie Iferu df'eijpftqhéf là ^igîrifièâtiofi et rm^gttfè. Ce îriorèëaû ; qiài ëSfdé lôngtté^ bdieine V et qui ne ébiftîënH {i&â liitfhis (fe cent qnafatite ocûifés, esit pléîft dfe ÂottVeihdit, d'imagination, de dtîscriptiôns et d*a(fléj^ôiie'â. t7aateur se plaiAt de Tëbsefacèl d'é sa* méktéitt ; if s^éti plaint k elle / & rAmbtit^ , \ to^uté Ta' ùatftré ; màii» bîentdt W se pfbket sôtt motir ; dort tdtft erf eiiaugé ; là nâTMè* ééiiitàéSiiy if lïé Voit phis aittbur d^ hii'^qtklé dè8^iliMlgék^de'bb1lbéti^^^ setoiii là péntie habienelle de ses itPéed , bh, st l*oiï téât, dé ses séntiitiénts', ce séùt elicôré déâ^ imdgës eh^ttà^ pètres* Les jràmeatht desi^éëhés se' revâtiroM ai fenilles rioàveîfes (3) ; les Btriscfons arides se ccmvriront de flenrs ; les- oi^eanx reprendront letirs chants; les abieiltes et les foilrnris letirs tràvaax interrompus. Les bergers rtcondùrront" ^ur les mon-' tagnes leurs troupeaux eumiye's de Tétable où ils languissent pendant Thî ver; et, Ih-dessus, il de'crit la vie de ces bergers et leurs innocents plaisirs,
(i) Dans la plus ancienne édition de ces stances, citée par M. Roscoë, Pesaro, i5i3, elles sont intitulées : Stame hellUsime et otriathsthé iHlilUtaU lé ^ehe d'A'more\ etc. Dàha l'édition d'Aide?, elfe»' il'ofti' d'autre titfe que Sianzé.
(2) Lieta e maraçigiivsa' î rami secchi y etc.
Se£VE D'AaiORE^ St. 21.
DITALÏE, -ciiA:?. XXH. 4g3
^l leur boçne chère frugale , ei lew paisible et profond sommeil. Des descriptions mjlhologiques suivept ce§ tableaux villageois ; toute la nature est «uiiméje pour célébrer cet heureux retour. JUe poëte ^oît les objets comme 5'ils' étaient pré&euis. Sa TOaîtresçeyient embellir son n^deste et riant a^yLej tout y respjif e le bonheur. Seulement une vieîUe femme est assise dans un coin obscur (i), pâle, muette , poussant des soupirs , fuyant la lujoiiiejre du jour , çouveite d'un Qiapteau d'upe qouleu;: iurceirtaine et changeante. C'est la Jaloujsie. -L'auteuf en fait un portrait fidèle et hideux j il en trace J'hisr toire , depuis le ixioment où elle naquit avec l'Ar mour , fils comme elle de Tan tique Chaos. Il I9 maudit , et parak soulever contre elle Ja nature entière; ensuite il s'adres§e h rjEspérance, et c'es^ TAmour lui-même qui lui en trace le portrait (2). Mais à la fin de cette peinture p.Oiétiqac , le poëte philosophe se montre , et l'on peut dire que les couleurs en sont plus fortes qu'à TAmour 131'appartient. (( De toutes partsJes songes, les augures, les mensonges la suivent , ainsi que tous les arts trompeurs , la chiromancie , les sorts , les fausses prophéties, soit verbales , soit écrites sur des papiers menteurs qui annoncent ce qui doit être, lorsqu'il est arrivé, et Talchimic , et celle qui , de
— — — — i— i— ^^—^ii^^^BM— — — ^— ■ 111 II I ■— — ^— ^
(i) Solo una çeccîna in un oscuro canto , etc. St. 3^. (2) E una donna di staiura immensa , etc. St. 67»
494 HISTOIRE UTTERAIRE
la terre , prëtend^mesurer les cieux y et la conjeo tare qui sait la yolontë , etc. n
Les paysans et le peaple de Toscane ont on hisr gage qui leur est particulier, et qui est singufièrement propre h exprimer des sentîmetits naï& , miles damages gracieuses et assaisonnés A^tme galle rustique. Le goât de Laurent de Médicis^lpcarles objets champêtres , le porta à se servir le premier de ce langage ; et c'est ce qu'il fît avec autant de naturel que d'esprit y dans les stances intitulées : La Nencia da Barberino. Il y introduit le vilb* geois, Vaîlero j qui fait Télogè de Nencia ^ sa maltresse , paysanne du village de Barberinb. Rien de plus naïf y de plus gracieux et de plus gai. Ce fMstit poëme est le premier modèle de ce genre; que Ton appelle Rusticaïe ou Contadinesco » villageois. Louis Pulci voulut Timiter dans sa Deçà da Di" comano; mais il n^eut ni la même gaîtc ni la même grâce. On ne peut comparer à la Nencia ^ que les plaintes de Cecco da f^arlungo (i) qui parurent
(i) Lamento êi Cecco da Varlungo^ Je Ft, BaltUwmù la meilleure édition est celle de 175S, ïn^i^, , avec des notes et des éclaircissements 9 par Orazio MarinL C'est dans ce même langage que Michel- Ange BuoranotU le jeune a &it sa jolie comédie de la Tancîa; mais à la langue près ^ il n'y a aucun rapport entre une comédie en cinq actes et de& stances telles que c«lles de la Nencia ^ de la Deçà et de Cecco*
^ns le dernier siècle ; poëme agréable , sans doute , mais eu le langage rustique est plus exdusiyement employé y moins tempéré par la langue commune, znêlé de plus de proverbes et de riboboli toscans j et qui , par cette raison , est d'une obscurité qui exige des commentaires, tandis qu^ayec un peu d'attention , la Nencia , la charmante Nencia peut être entendue de tout le monde. On voit, qu'en général , et dans tous les genres , le génie de Laurent était toujours ami du naturel et de la clarté.
11 l'était mémo dans les matières les plus difficiles et les plus relevées de la philosophie. Dans 5a jeunesse, et dès le temps où la philosophie pla« tonicienne était un des objets favoris de ses études, il entreprit de mettre en vers une partie des dogmes de cette philosophie, applicable k la vie commune, et il le fit non-seulement avec cette clarté précieuse qui lui était naturelle , mais en plaçant ses explications dans un cadre qui prouve une rare élévation d'ame et une grande supériorité d'esprit. On sait au milieu de quelle fortune et de quel pouvoir il était né. Ce qui gonfle d'orgueil les amcs com* munes et les petits esprits, ne changea rien h son heureuse et noble nature. Il vit les objets tels qu'ils sont , et ne s'exagéra ni tes avantages de la richesse et de la grandeur, ni ceux de la vie pastorale et champêtre , souvent enviée par ceux qui ne la connaissent pas. Dans un poëme divisé en six chapi-
4^ HISTOiRB UTTEaifBE
imstf iqui font le titre à'jÉlte^vaiion (:i)!j^ il teinr présente qiiktaat la yitté j^oup jiagir ! pciwiMt queues purs déS; flairira d^^ la «cawtjMtgiui jUtm poutre un berger ^^oi conduk sim>troopçâai,'^i fi^enùroUent avec, lui sur Ls sonireraia>biteii..«iÇlid; voiis y lui ditriSt y heureux beigers ^ ne jègnèritv k haine ni la pecSdie cruelle; l^amhition iie p«it naître (Jans.vos «iUons. Le biea q«s tous. ]pM8ëdii n^exciijs poini .d^envie ; FaYarioeii^^iiefe^ vim^ de faiUés ramnes, et vous svive^ 'c^ntèaM dmu TiQiftre dcM|iGe indolence, on n« tiit'poiiit' {d'Ane eboœ pour ime aiiURe, Jti FonâVpcMC une Jlaagài contraire k son propre cçenr ; odbi dont les «àÏDiMi «ont Ijas meitteures «st ie plus hemsâir; Jte seiinil pas que y daoa un air si pur , lejcotar sonpire ^pnnil le rire est sur la bouche , ni que la sagesse ccmsiste k dissimuler et k farder la vérité, n
(i) «Ce poëme> împrim.é sans date, mais probablement vers la fin du quinzième siècle , sous ce titre : Alterca* TI0T9E y ooero Dialoffo composta dal jnagmjwa Lorenzo H Piero^ di Cosîmo de' Medici, eic» in-i<2 > n'ayant jamais élé réimprimé , était devenu ^î r^H^e qu^il n^ $e trouve ni ilans la Bibliothèque italienne de Fontamni, ni dans celle de Haym^ ni dans le Catalogue de Floncel, ni dans auaucune Bibliographie. Il remplit quarante pages ip-4^. de }a belle édition des Poésies de Lorenzo de'Medicij donnée h Londres, 1801 , in- 4°' 9 pour servir de supplémeikt 1 ia Via écrite par W. Roscoe*.
D'ITALIE, CHÀP. XXII. 497
, Le berger convient que cette sorte de malheur xi.^assiége point en effet les habitants du village , niais qu'il en est d'autres non moins cruels auxcjuels on y est livré; il ne fait point de peintures "vagues et de lieux communs , mais représente avec xjne grande justesse d'idées et d'expressions, les jpeines et les travaux de la vie champêtre. Le philosophe Marsile Ficin arrive ; les deux interlocu- ^urs consentent k le prendre pour juge. Il dévè-^ loppe alors 9 au sujet du bonheur, les dogmes de ^a philosophie , c'est^k-dire , dé celle de Platon. Il examine la valeur réelle de ce qu'on appelle communément biens et avantages ; ce n'est point là que peut être lé vrai bien ; il n'existe pour notre ame que lorsqu'elle est dégagée des liens du corps; il n'existe que dans l'amour et dans la contemplation céleste. Içi-bas tous les biens sont imparfaits^ et nos maux sont plus grands k mesure que notre désir du bonheur s'augmente. Notre plus grand bien n'est qu'une exemption de maux. La vie heureuse n'est donc ni celle du berger qui est si paisible y ni celle de Laurent qui parait si belle , ni aucune autre vie mortelle, puisque la véritable félicité ne peut exister dans ce monde. — L'entretien terminé , le poëte resté seul adresse k l'éternelle lumière, au dieu de Platon, une prière conforme aux grandes et nobles idées que ce philosophe donne de la Divinité; elle remplit te sixième et dernier chapitre de ce poëme, moÎD& m. 3a
recommandableparle style que par rélévation dei idées et des sentiments. P
D'autres poésies morales^ cofii|>oisée^ dans un ji'^ âge plus œûr, contiennent des v'éiîtés fortes^ IT cnoneées dans un style plus n^rVtttX et phiS J)ocd- r que 9 mais toujours avec la toitne dàrCc. Tel est ce V -capiiolo que Fauteur adï*esse à son esprit, à qui il reproche vivement toutes se* erretirs. a Réve31^ toi/ esprit paresseux (1), sor^ de ce Sommeil <{tii couvre les yeux d'un voile épais , et leur cache h vérité j réveille-toi enfin ^ et réconnais cotabieti •toute action est inutile , Vaine et trompeuse, quatid le désir l'emporte sur la Tûison. Pense de quel faux éclat nous éblouit ce qu'on appelle honneur, utilité, plaisir 9 tout ce qti'oû dit àlrie la snutce d'un bonheur paisible* PeniSe k la dignité de ton intelligence , qui ne te fut point donnée poqr rechercher un bien mortel et périssable, mais pour aspirer au ciel même. )) La pièce entière , qUi a plus de cçnl cinquante vers , est écrite sur Ce ton , d^atttant plus remarquable qu'aucun autre poëte n'en avait donné l'exemple. Ce n'est ni le ton du Dante ni celui de Pétrarque dans ses capitoli; c'est Celui d'une espèce de satire morale dont ou peut regarder Médicis comme l'inventeur.
Il le fut aussi de la satii^ .proprement dite, et et fut de môme par chapitres et en terzn rima qu'il
{1} Deslaii ^ pi^ro inge^no^ da quel sc^no y etc.
donna Texemple de la traiter. Ses Beoni , ou ses Buveurs, divises en neuf capitoli^ dont il n'acheva pas le dernier, sont une satire ingénieuse et piquante de rivrognerie. Il feint que dans un jour fd'automne, revenant de sa campagne à Florence, l^ar lexbemin qui aboutit k la porte de Faenzaj il yoit tant de gens marcher d'un air empressé sur la roule ^ qu'il n'aurait pu les compter. Parmi eux, il jeconnalt Bartolinoj, son ancien ami, dit^i}^ et qu'il connaissait depuis l'enfance ; il lui demande ce que signifie cette fouis -et cet empressement. Bartolino, chancelant et se soutenant k peine, s'ar«^ rêle, et lui répond qu'ils vont tous au pont dé fiifredi , prendre leur part d'un« excellente pièce de vin qu'un de leurs amis vient d'ouvrir pour les en régaler tous. Le poëte l'interroge sur ceux qu'il voit le plus a sa portée : ce sont de bons ecclésiastiques, l'un curé d'Anlella, toujours joyeux parce i^u'ilneva jamais sans sa bouteille ; l'autre, pasteur ^ie Fiésole, qui est rempli de dévotion pour sa t^sse, et la fait toujours porter auprès de lui par sen chapelain Antoine. Elle le suit partout, même ^ la procession- Ne l'y as-tu pas vu quand il commiuide h tout le monde de s'arrêter? U appelle à lai les chanoines ses confrères j ils font cercle au«iour de lui, le couvrent de leurs manteaux, et lui ic'est avec sa tasse qu'il se couvre le visage. »
Tous ces portraits, qui sans doute n'étaient pas de fasLtaisîe , quoique les noms de la plupart des
5oa mSTOIRE LITTERAIRE ^
dant la chaleur du .jour. Le Dieu da fletiye la Toit^ en est épris , veut la saisir ; elle fuit le loBg du ri^ Yage; le âcuye la jpourslait, maisep vain ^ ]Q8qii*ai lieu où ses eaux se jettent dans -FAmo. B s^écrte alors 9 il inyoque le Dieu de rAmo etrappdfeK son aide. L'Amo se lève, court ^n-devant deHî nymphe ; elle se trouve ainsi pressée entre le fleoté qui Tarrète et le fleuve qui la suit. Fidèle 4 «m cher Lduiro 3 elle implore le secours des dîeur. Atf moment où YOmbrone croit Tatleindre , il ne vni plus qu^un rocher qui s'élève , s^étend,. s^accrofc devant lui et forme une itc | aittonr*de laqoc^e il ne peut plus que courir. U ite vepent alors, et te» grette d'avoir réduit une nymphe si belle h n^^li^ plus qu'un amas de rochers.
Ce poëme , composé de qnarante-huit octaves « et publié pour la première fois par M. Roscoe (i), est plein de descriptions charmantes , tracées avec une grande facilité de style et avec une propriété singulière d'expressions et de couleurs. Ces mêmes qualités, brillent dans la Chasse au Faucon^ autre poëme à peu près de morne étendue , que nous devons au même biographe. Les préparatifs de cette chasse , les noms des chiens j des éperviers , desiàucons, des chasseurs , despiquemrs, lâchasse *'■ . .'Il ' ■■ ■■ I "
(i) Dans le Reci>eîl de Poésies inédites qu'il a joint à sa Yie de Laurent de Médicis, Ambra est la première pièce, cl ^ Çaccia col Fakone la seconde.
P'ITAUE, CHAP. XXII. 5o3
xic^mç dont ïes formes et les incideats sont fidèlenient décrits ; enfin la querelle comique survenue emtre deux chasseurs, dont Tépervier de Tun a pris k la gorge et abattu celui de Tautre , tous ce^ de'tails , semés de traits originaux et naïfs , sans avoir le même intérêt pour le fond , n^en prouvent , pas moins , dans Fauteur > le talent poétique le plus souple et le plus heureux.
J'ai parlé plus haut (i) â!ks fêtes du carnaval ^ des spectacles ambulants et singuliers que Ton y donnait au peuple de Florence , et du pairti qu'en tira Laurent, pour ajouter encore k son crédit et k sa popularité. Mê^ie avant lui , ces célébrations joyeuses se faisaient avec beaucoup de pompe. On, rassemblait k grands frais des chevaux , des chars ^ des trophées, une grande multitudç de peuple, qu'on l^abillait de costumes analogues aui^ diyers sujets, et qui représentaient, ou le triomphe dVu, vainqueur , ou quelque trait de chevalerie , ou Tat-* tirail des métiers et des différents arts. Ce cortège sortait vers le soir , et se promenait aux flambeaux , dans la ville, pendant une partie de la nuit. U s'arrêtait de temps en temps , et des hommes masqués , comme ceux du cortège Tétaient tous, chantaient quelques chansons que le peuple répétait eu dansant. Laurent, qui ne négligeait aucun moyeu de lui plaire, imagina de donner k ces mascarades .
(0 Pages 38:3 et 58G.
5o6 , HISTOIRE LITTERAIRB
For ^ ou de jeunes femnes et dp ^nemx maris; i»ar tôt des muletiers , dçs beroutes , des FeTendsun^ des gens de loutd sorte de métiers;' quatquefpuP aussi ce sont des tripmpbès plus magnifiques, tdi (jue celui d'ArinAe et de Bacdbus. Ce chant est h premier du recueil i et il en est un des plus agréi!« blés. Le Tefrain^Q^ phîlosopHiique , et tire k la nn^ nière des anciens , de la briëyeté de la vie , la net cessi(é d^en jouir (i)»
Qu elle çst belle la jeunesse Qui passe et fuit si grand train f Rions, y aimons , lé temps presse :
Rien n'est moins sAr que demain.
tf Yoid Bacchus et Ariane » beaux et tous im brûlants d*amour ; ils savent que le temps fuit et nous trompée ; ils ne veulent plus se quitter ; les nymphes et tous les gens qui les entourent , gais et contents comme eux,
Épris d'amour et de vin , Comme eux répètent sans cesse .* I\.ion3, aimons, le temps presse :
IVien n'est moins sûr que demain.
>} Ces satyres pétulants , amoureux de toutes les
(0 QuaiU^ è hella gioQÎnezia
Che sifugge tutta çia!
CM çuol esser* Ueio sia Diiloman non c*è ceiiezza.
DITALIE, CHJLP. XXli; Mj
nymphes 9 leur ont tendu mille pièges ; dans leà antres ^ dans les bosquets ;
Maintenant le dieu du vin Seul a toute leur tendresse ; Buvons »comme eux , le temps presse :
Bien n^est moins sûr que demain.
» Celui qui' vient lentement, pesamment porte, sur son âne^ est le vieux et joyeux Silène, chargé d'embonpoint et d'années.
Il veut se dresser en vaîn ; Mais il rit et boit sana cesse ^ Rions aussi , le temps presse :
Rien n'est moins sûr que demain.
» C'est Midas qui vient après eux : tout ce qu'il touche devient or; k quoi servent tant de trésors,, puisque l'avare n'en a jamais assez?
Quel triste et fâcheux destin
Que d'être altéré, sans cesse!
Rions plutôt 9 le temps presse :
Rien n'est moins sûr que demain, etc.
Tous ces chants n'ont pas k beaucoup près cette teinte philosophique : le plus grand nombre , au contraire, tant de ceux de Laurent, que de ceux que composaient d'autres poètes , est d'une gaité grivoise qui suppose des mœurs publiques, sinon plus corrompues, au moins plus franchement licencieuses que les nôtres y tous lès métiers et tous les
9bS HlSTOIftE LITTÉRAIRE
mstnunbnts qu'Us - emploient sont des sujeÈ mé** puisables d^ëquîyoques et de quolibets, dont k plupart de ces chants sont remplis; mais on vlj voit aucune expression sale oi;i. grossière. Q)mme Tattribut éminemment distinciif.do^rhpmme, après la raison , est le langage , il semble que la bassesse et la grossièreté des mots le ravale eACore plus bas que 1» licence' des mineurs; et si, pour amuser un peuple corrompe, il lui fallait des plaisanteries libres, on voit du moins que, pour s*en faire aimer, Laurent savait l'égayer sans Favilir.
Dans des circon^ances moins solennelles , dans des fêtes et des réjouissances ordinaires , qui étaient assez fréquentes pendant le cours de Tannée, il composait d'autres chansons ou* espèces de rondes, que souvent, comme je Tai dit (i), il chantait et dansait avec le peuple . Elles sont pour le moins aussi libres que les autres; mais la plupart ont dans le sijle une grâce et une naïveté charmantes. Quelques unes même n'ont d'indécence ni dans le fond ni dans la forme; et ce sont les plus jolies. On cite et l'on chante encore celle qui commence par ces deux vers :
Ben Qenga maggh E'I gonfcUon sehtiggio»
Ce qui mérite le plus de fixer ici l'attention , c^est
(i) Loç* ùU .
D'ITALIE, CHiP.XXM. 509
que ce chansonnier joyeux, ce poëte ahnable, cet homme simple et populaire , était un des premiers personnages <Je son siècle , un grand homme d'ctat^ un philosophe profond-, et qu'au moment où on le voyait sur la place de Florence diriger les mouvements d'une danse de jeunes<i]t£llles, il venait peut-êtrç de s'enfoncer dans les obscurités les plus creuses du platonisme, ou de lutter, par son génie, contre la politique tortueuse des plus habiles cabinets de ritalie et de TEurôpe.
Nous avons vu que Lucrèce , sa mère , avait composé des poésies sacrées. Soit pour lui plaire ; ^soit par tout autre motif, Laurent voulut en composer aussi, et son génie, qui se pliait k tout, ne réussit pas moins dans ce genre que dans les autres. Il fut même le premier k y employer le style sublime, et Timitation de celui du Psalmiste et des Prophètes. Les quatre prières ou Oraisons que l'on trouve dans cette partie de ses OEuvres , sont du genre lyrique le plus élevé. Quant aux hymnes ou laudes, Laude, il suiyit l'usage du temps, qui était de les rendre populaires, en les mettant sur des airs connus, et presque toujours ' sur des airs de ballades ou de chansons k danser. Le mérite de ces compositions était la simplicité. Les idées étaient k la portée du peuple, et le style ne s^élevait pas beaucoup au-dessus de son langage: On joignait k chacune des pièces les premiers mots de la chanson sur l'air de laquelle cette pièce était
fi« BISTOIHE UinilÀIItE
wnpoaée : c'ëtait k peu près^ cotanie boa afiâieiii Moiby et^ k la poretë du langfige prèa> conrnie les ÇBOii^Qes de noirè abM Pâegrin (i).
i. Db temps de Laanni de Mëdieis , Tart drainaliqne ji'exisiait point encore. En Italie ^ commes^ daaiales autres pniei de TEdMipè, Mine ctommîs* ■* Ma qne cee i^nbeiitadoiiaipieasM^ ajppeWes^a Mpiiêrcs. A Florence^ on en donaaiiioiiTèM imr^= dépens dm pdbik ; qoek{aefeis Mm ans fnbdes — ' dtoyens riches, qtii. s*en 'senraient pour d^ojef leor opniettce et se concilier la JfiBL^autf'-piibliqtte (a). Oa peut croire que Lianrent «é proposa ce^ dodMe Iwt ei| deuMqni la osprëseniadonde S« J«aii et de Sk^Paidy dont il composa kpoime. Qncroii que ' eefut à Toccasion du mariageiée Biadèleme ^ roiiè
«*Éli4l«nMMartM^irtM*iltH«*l«*MIB*M*BiB«hai*«h**^yMi^MMiBÉIi^*MM*
(i) Quand on voit un des chants de Lucrèce de Médicis, cottunençant par ces mots :
Ece6*l Afessîa
E la madré Maria ^
igih sur l'air 2
Ben oenga maggio E*l gonfalon sclçaggiOy
on ne peut sVmpécher de penser aux cantiques de ce bon •bbé Pélegrin , tels que celui sur la Chasteté ^ dont te rciSrain, éiait :
Adieu paniers^ Vendanges sont (Sûtes, . . •
D'ITALIE, tHA#. XXIL Six
de ses filles, arec Fraiiçois Cîbo, ncvett dû pape Innocent VIII, et que les principaax personnages de la pièce furent représentes par ses autres eu5 fants (i). Ce qui le fait p3nser, c'est que plusieurs passages semblent dès prëceptês adresses h ceux ^ qui est confié je gouvernement des états , et paraissent avoir pariicaltèrement trait à la Conduite que lui et ses ancêtres avaient siàivie pour obtenir et conserver leur influence dans la république (a). Dans cette pièce, écrite tout entière en octaves, et dont il parait qu'une partie ét^it chantée , il n'est question ni de S. Jean l'évangéliste , ni de Tàpètrc S. Paul , mais du martyre de Jean et de Paul, deux eunuques de la fille de Constantin , qu'on appelU le <irQnd. Cette fille, nommée Constance , est lé-^ preuse : Ste. Agnès la guérit par iin miracle. Gons-^ tantitt, devenu vieux, se démet de l'emjnre entre les mains de ses enfants ; Julien , €[u'on a snr^ nommé l'Apostat , leur succède , et c'est ce nouvel empereur qui fait couper la tête aux deux jeunes ëiln:ùqucs de sa sœur, parce qu'ils adorent le dieu qui l'avait guérie de la lèpre par Tintercession de Ste. Agnès. Il est puni , et tùé dans une
(i) Voy. Cionacd, Préface de la Reppresentaz:one diS, Gioifimme S, Paohy avec les autres Poésie* sacrée^ Je Laurent,. ïHdt^ncie ^ t68o.
(a) W. Roscoc , ub* svpr* . '*
D'ITALIE, CHAP. XXII. 5i3
Yieil èmpéfeur s^expriiiiér ainsi p^ sa bouche (i). u SouTètkt celai qui donne à Gotistandn le nom d^Heureux , Test beaucoup plu^ que moi , et ne dit pas la yëritë. » Le mbiiiènt dé la déîïiission et le discours de Constantin k ses (ils , acquièrent aussi , par cette supposition très-naturelle , beaucoup plus d'intérêt et de dignité. Coiiistantin , parlant codimè il le fait (3) 9 quoiqil'en assez beaût ^^ets, des devoirs des souverains et des soucis du trône, né dit guère qu^utie morale rebattue et un lieu commutai; mais Laurent de Médicis* cotirbë sous le poids des infii^mitës et de^ affaires, tfu tnilieu de sa igloire et de sa pro^érité, adressant ces mêmes paroles k ses trois fils âabs nhe fête publique , qui est en même temps une fêté de famille , exprime un sentimeiit noble, toucfaàïil et vrai, qui émeut et qui attendrit. ^ •
On déployait dans ces spectacles un appareil , une magnificence extraordinaires. Le théâtre était ordinairement dressé dans une église. On y faisait jouer de grandes machines. Les perspectives ou décorations changeaient souvent. Le nombre des comparses ou de ceux qui formaient lé cortège des acléiirs principaux., était immense. Des joutes, des tournois, des batailles, des fêtes données à la
(i) Spesso clU cfdcuna Constantin felice ,
Sfa InegUo àssai di me , e'I çér non dice.
(3) Sappîatc che chi ifuoie 'Ip'opoi reggére* ( St. 99 et soiVt)
iii. 33
Si4 HISTOIRE UTTERÀIRE
çour^ des banquetB royaux, des bals et desCbà» certs paraissaient toar k tour sur là scène. Dm cette repi^sentation de saint Jean et de saint Paul) saintç Agnès àpjiaraissair^i Constance , et la;Mfrdonne se montrait aussi ^r le tombeau du martyr «aint Mercune. Toutes deux Tenaient du cid, et éiaient "^ portées sur des mjBu:hines en forme de nuages. Au dénouement i saint Mercure sortait de son tombeau ; et s^éleyait sans doute en Fair pour blesser' Julien dans la bataille : on donnait im ^ ' banquet et une fête k la eour^ accompagnée à» . danses , de concerts de yoix et d^instruments^ pour célébrer la guérîson de G)nstance ; et deux ' grands combats étaient livrés sur le théâtre. En na mot y on n^açcompagne aujourd'hui d^une pareille pompe, chez aucime nation de TEurope, la représentation des chefs-d'œuvre dramatiques les plus fameux.
En résumant ce que nous avons dit des poésies de Laurent de Médicis , nous y verrons une graïidè souplesse à traiter tous les genres et k prendre tous les tons ; dans le sonnet et la canzone , un style inférieur k celui de Pétrarque , mais supérieur k celui de tous les autres poètes lyriques qui avaient écrit depuis un siècle entier.; dans la poésie philosophique , une clarté qui écarte tous les nuages, une grâce facile qui fait disparaître Taridité de tous les détails; dans la satire, une touche originale ; une crés^tion et un modèle ; dans
D'ITALIE, CHÀP. XXU. 5i5
des genres plus légers , et si Ton veut plus futiles , une aisance et un naturel qui écartent toute idce de travail. Nous verrons enfin dans Laurent un des principaux restaurateurs de la poésie italienne , qui était restée en silence pendant un siècle , comme désespérant de soutenir son premier succès , et découragée par la sublimité même de ses premiers chants.
Il fut bien secondé , dans cette entreprise ; par des génies heureux, qui semblèrent éclore à la fois pour donner à la dernière moitié du quinzième siècle un éclat qui manque k la première , et pour préparer , en quelque sorte , les merveilles du siècle suivant.
Ange Politicn occupe parmi eux le premier rang. Le goût du temps , qui était principalement tourné vers les travaux de l'érudition , en fit un érudit; la faveur dont les études philosophiques jouissaient chez les Médicis , en fit un philosophe ; la nature l'avait fait poëte. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit des poésies grecques et latines qu'il publia de Page de treize k celui de dix-sept ans. On place dans cet intervalle une composition qui serait plus merveilleuse , si en cfiet Politicn l'eût produite k quatorze ans ; ce sont ses Stances ^ouT la joute de Julien de Médicis , frère de Laurent. J'ai d'abord admis la supputation des plus habiles critiques sur la date de cette pièce ; je dirai maintenant , en peu de mots , pourquoi
Çi6 HISTOIRE LITTERAIRE
elle tn*esl suspecte , et quelle autre supposition me paraît plus vraisemblable.
Laurent et Julien brillèrent dans deux différents tournois (i). Cekii où Laurent remporta le prix^ fut donpé le 7 février 1468 , et Tauire , peu de Jours après. Luca Pulci célébra dans un poëme là victoire de Laurent j Politien , dans un autre , les exploits de Julien ; or, en 1468, Politien navait que quatorze ans. H dédia son poëme à Laurent, quoiqu*il fut eh Tiionneur de Julien. Laurent , dès-lbrs , le prit en amitié , le logea dans son palais , et en fit le compagnon de ses éludes. Tel est le sentiment de Tiraboschi ; tel estceliû du savant abbé Serassi , dans sa f^ie d'Ange Politien (3) ; de William Roscoe , dans son excellente Vie de Laurent de Médicis ^ et de plusieurs autres écrivains qui doivent faire autorité j mais il n'y a point d'autorité litléraire qui puisse faire croire un fait évidemment impossible. Plus on lit les stances de Politien, moins on se persuade qu'un poëme, si riche en détails , si abondant en expressions et en images , écrit d'un style si fort de poésie , el cependant si sage , soit l'ouvrage d'un enfant. Les épigrammes grecques et latines que cet enfant publia jusqu'à Tâge de dîx-sept ans , sont surprenantes , mais se conçoivent j un poëme de près de
(i) Voy. ci-dessus, p. 877.
(2) En tête de rédition des Slanze, Padoue, 1765, in-8'.
D'ITALIE, cuAP. XXÏl. 5 17
douze cents vers en octaves italiennes , resté depuis ce temps comme modèle et comme un des niQnuments de la langue , ne se conçoit pas. Voici donc un autre calcul où je trouve plus de vraisemblance.
A dix-sept ans, Poljlien acheva ses éludes. 11 publia ses épigrammes , qui commencèrent sa réputation : c'était en 1 4? i • Laurent de Médicis était , depuis deux ans , à ia tête de sa fortune et de la république. Politien était pauvre j il voulut attirer ses regards par quelque production d'éclat. Le lournoî de Laurent avait trouvé un poëte , celui de Julien n'en avait point encore. Célébrer ce tournoi avec toutes les couleurs de lî^ poésie ; y faire en-* trer l'éloge , non-seulepnent de Julien , mais de toute la ^iniille des Médicis , et l'adresser k Laurent, chef de cette famille, chef de l'état, déjà surnommé le Magnifique , et qui justifiait chaque jour ce titre par ses libéralités , lui parut une entreprise conforme à son but. On ne peut savoir en combien de chants ou de livres il avait divisé son plan. Le second n'est pas achevé ; et le moment où l'action est interrompue , est celui où le héros ne fait encore que se disposer 'au combat j mais probablement,. lorsqu'il eut terminé cette première parlée de l'action , il en lit hommage k Laurent, et en reçut l'accueil généreux qui décida du reste de sa vie. Qu'il eût alors dix-huit, dix-neuf ou vingt ans, cela est bien précoce encore, maisû'esc
D'ITALIE, CHAP. XXII. 5i9
jouer d^une manière brillante le rôle de premier citoyen de Florence , il le fut cependant tant qu'il Tecut, depuis la mort de Cosme ; et les expressions de cette stance ne peuvent absolument ayoir été adressées à son fils qu'après la sienne.
. Quoi qu'il en soit de l'époque précise de la composition de celte pièce (et l'on a vu que, s'il est impossible que l'auteur n'eût que quatorze ans , il est probable qu'il n'en avait pas plus de vingt), ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle forme le morceau de poésie itaUenne le plus brillant de ce siècle. Elle offre en même temps la fraîcheur, la fertilité d'une jeune imagination, et le style formé de l'âge mur. On blâme quelquefois^, mais on admire cependant les richesses accessoires dont Pindare a su, dans ses odes, embellir des sujets aussi pauvres^ en apparence , que le sont des courses de chevaux ou de chars; que faut-il donc penser de Poliiien qui, sur un sujet k peu près semblable, sur un tournoi, conçoit un poëme tout entier, doot pu ne .peut connaître l'étendue projetée, puîsqu'au bout de douze cents vers, le héros n'en est encore qu'aux préparatifs du combat, et qu'il est impossible de savoir par combien d'incidents le poëte pou- Tait le retarder encore?
11 décrit d'abord les occupations et les travaux de la jeunesse de Julien; il le peint environné de toutes les séductions de son âge , en butte aux aga« ceries et aux avances de toutes les. belles^ mais dé-^
j^rfèctîon, reparut ici avec toutes les qualités qui lui in^nquaient, et si parfaite , qu^ancun des poëtes qui Font employée depuis , pas même rAriostè m le Tasse, n'ont rien pu y ajduter, La langue poé- . Iique> affaiblie et languis^nte depuis Pétrarque, ' reprit sa force et ses yives couleurs; le style ëpiqoc fut crëé; un grand nombre d'expressions, de comparaisons et de formes de style parut pour la première fois ; et , dans les âges suivants , les fdos grands poètes ëpiques ne dédaignèrent pas de.pm* sèr k cette source abondante. J'ai parlé de l*fle tl'Alcitte et desjardins-d^Armide, dont le premier type est dans la riche description de TUe de Chypre.' Mais de plus, beaucoup de phrases poétiques et de vers entiers ont passé de Ik dans les deux poèmes qui ont rendu si célèbre le nom de ces deiix enchanteresses.
Je puis donner pour exemptes de ces emprunts , deux des octaves les plus fameuses, Tune dans Y On landoj l'autre dans la Jérusalem. Tout le monde connaît celte admirable comparaison que fait FArioste de Médor, qui garde et défend le corps de son roi Dardinel contre les ennemis qui le poursuivent, avec l'ourse attaquée par les chaS** seurs, dans la tanière où elle nourrissait ses petits; il n'y a, certes, dans aucun poëte rien die plus parfait que ces huit vers ; on les regarde comme inimitables, et ils* le sont; mais Vidée ;et
D'ITALIE, cHA^. XXIL 5^3
le quelques expressions des quatre premiers , visiblement imitées de la stance 3g de Poli-
'imitation du Tasse est toute dans les mots et \ l'harmonie, sans aucun rapport entre le fond choses. On cite souvent et avec raison, comme hef-d'œuvre d'harmonie imitative dans le genre ble , ces vers du quatrième chant de la Jéru^ 71 j où le son rauque de la trompette infernale lit entendre. Tous les mots de cette octave lyante contribuent à l'effet qu'elle produit ^ mais it surtout de cette consonnance k la fois sourde itentissante de la tartarea troraha^ avec les deux ;s des vers suivants, rimbomba^ et piomba, la stance 28 de Politicn fait entendre de même L trompette du tartare et son double retentisseit (2).
Corne crsa che P alpestre carciatore
Ne la pietrosa tana assalîC habbia ,
Sla sopra ijiglicon incerto core, ' -
EJveme in suono dl pietà e dirabbia, ( L'ÂRIOSTE.)
Qiial tigre ^ a eut dalla pîétrosa fana
Ha tnlto il i.arxiaior suoi carifigU:
Rahhiosa il segue per la seha ircana^
Che iosio crede insanguinar ^ii artigli, ( PoLlTI£N. )
Chiama gli habitator delV ombre eteme // raiico su on délia tartarea tromba; Treman le spaliose aire caserne ^
524 l^sjpiHiE UTTi^RAl^E
Jô n'ai paç çrçiipt de m'açif^Wî" qwelqfte Vtra^ sur pe petit pççwe » 4p«^ QP PS^Ç bfi^ucoup pla« qu*on ne le lit ; les ouvrages qui font ëpoq^iç d^w la litlëratuifç de chaque peuple, obs^^ction faite du sujet c\ de Të tendue , sont les plus importm^s; et les stances de iP.olitîen forment une époque trèsremarquable dans la poésie épique iti4iennç. Sa Fa^la 4i Orfeà. evi f^it une autre dans la i^iàt dramatique moderne. C'est la première représeitfatîon théâtrale, étrangère ^ celle; de ces pieuses absurdités qu^on ç^pelait dçs Mjrstères; la première éprite avec élégance , et conduite d'après Ciuelques idées d'une actipn intéressante et régulièi^e. CeUe actioA , au reste, est; fort simple. Le berger Airistée a TU la nymphe Eurydice ; il çn e$( épris , il s'eihtretient d'elle avec un autre bercer, et se plaint, dans une chanson pastorale, des maux que l'Amour lui fait souffrir. Eurydice approche en cueillant des fleurs : il veut lui parler, elle fuit j il la pour-
E Vaer cieco a quel romor riinbomba ;
Nf si stridendo mai da le superne
Re^ioni del cielo îlfolgor piomba^ etc. ( Le TaSSE. )
Con tal romor ^ qualor l'aer discorda,
Di Gioi>€ ilfoco d'alia nube piomba :
Çon ial tumuho , çnd^t la génie assorda ,
l)aW allÇ cqiqratte il Nil rimbomba :
Con tal' orror del latin sangue ingorda
Sono Megera la tartarea tromba. ( PoLmEN. )
D'ITALIE, CHÀP. XXII. 525
suit dûtts k campagne. Orphée parait tenant sa lyte et chantant un hymne. tJn berger Vient lui ànnoncfer que sa chère Eurydice , en fuyant Aristc5e , â été mordue d'un sèirpeht , et qu^elle à siirle-KrhaJnp perdu la vie. Orphée , après avoir exprimé Ses regrets, die^c'end aux enfers; il fléchit, par ses jirières, par sôii (^hâhl et ses accords, Minos, PrôSerpîne et ^hitôn. Eurydice lui est rendue ; m'ais , en là rameùàht sur lâ terre , il là ré*gardé, elië retombe dans leis enfers, et lui est enlevée pour toujours. ïl se livre au désespoir, maudit T Amour, renoncé k tout commerce avec les femmes , et les maudit elles-mêmes , comme la îsoûrce -de tous nos chagrins et de toutes nos peines. Les Bacchantes Tentendent, entrent en fureur, poursuivent le profane qui ose mal parler des femmes, reviennent sa tète k la main, et finissent par un sacrifice et par un dithyrahibe en Thonneur de Bacchus.
Ce qu'ail faut obserVef dâiis Cette pièce , qui nous paraît aujourd'hui très-inédiocire , et qui porte en effet tous les caractères de renfancé de Fart , c'est qu'elle fut faîte en deux jours, au milieu des préparatifs tumultueux d'une fête, et que cependant, outre le tissu général du dialogue qui est conduit naturellement, purement et même élégamment ëcrit, il y a trois morceaux, la chanson pastorale d'Aristée, le chant d'Orphée pour fléchir les dieux infernaux, et le dithyrambe des Bacchantes, qUi
paraîtraient seuls exiger plus de teipps ; le dernier, plein d*inspiralion , de yerye et de chaleur (i), esl le premier inodèle d*un genre que les. Italiens. aiment beaucoup y et qu^ils ont cultivé depms ayec. inccès. Je ne parle point de Fb^mne que chante Orpb^ quand il parait ppur la première fois sork montagne; c^estune ode latine en yers sapbiqaes ei llionneur du cardinal de Gonzague y pour qui cette fête se donnait k Mantoue. Cest la trace d*un re^ de barbarie et une singularité qui put {^irallre moins choquante dans un temps où la langue tuI^ gaire était presque retombée en discrédit, et oil Ton cultivait beaucoup plus ht poésie latine que lltdîenne. Au reste, il parait aujourd'hui prouyé que cette ode qui se trouve parmi les poésies latines de Politien , a été interpolée après coup dans son Orphée. On a retrouvé (2) un ancien manuscrit où elle n*est pasj elle y est remplacée par un chœur, à rimitation de ceux des Grecs, dans lequel .les Dryades déplorent la mort d'Eurydice. L^édition que Ton a faite d'après ce manuscrit a plusieurs autres avantages sur toutes celles qui Tavaient précédée (3) , et c'est d'après ce texte seulement que
. (i) O^nun segua, Bacco jte;
Bacco y Bacëo , Eçoè , etc.
(2) En 1770 ou 72. Voyez Tirabpschi , t. VI part II,
(3) L'Orfeo , tragedia Ulusiraim dal P. îreneo Affà, Ve*
SÎse, 1776 , în-4**-
D'ITALIE, eHAP. XXII. S^')
l'on peut juger une composition rapide et presque improvisée , qui donne cependant à Politien la gloire , d'avoir étii le premier auteur dramatique parmi les modernes , et à, la cour des Gonzague de Mantoue, l'honneur d'avoir applaudi la pre-^ mière (i) un spectacle plus intéressant et plus noble que les momeries de la légende, les sup^ plices et les diableries qui amusaient alors toute l'Europe.
Les autres poésies italiennes de Politien sont en petit nombre. Ce sont des chansons, des ballades^ des plaisanteries et de ces chants populaires que les amis de Laurent de Médicis composaient k son exemple pour égayer les Florentins. Il y en a*plusieurs dans le recueil des canzoni a ballo , qui sont toot aussi gaies, tout aussi libres que les autres, et qui ont plus de verve et d'originalité^ mais parmi ces diverses poésies, qui ne sont que les délasser ments d'un esprit grave et studieux, on dislingue une canzone d'amour remplie d'images cliarmantes, de sentiments affectueux, de mouvement ^ d'harmonie (2)j c'est 4e morceau qui, depuis Pétrarque, retrace le mieux la manière de cegi^aiid
(i) Tlraboschi, uh, supr*^ démontre que la représentation de YOrfeo date au plus tard de i483; et les spectacles de la cour de Ferrare, dont nous parlerons dans la suite, ne commencèrent qu'en i486.
(2) MQnU^çalliy aniriecoUi^tiiu
5a8 HISTOIRE LITrElUimE
poëte lyiiqiie; aimi, dans te p4M de pô'ësifei en langue volgàire que Pcdidétl ft Idimies, m lAtttrè la première renaissance /du étylë poéâqiie créé |Mtr le cygne de Yauclùsè , et pr^^ifâe Gfti&fiii de^ ' puis un siède ; Vottoim rima de Botcace' attté&tftk et poitëe au derïiier dëgrë de perfecdoii ; lé j^ fnier estoi du drame en musique, ét^ danti <:et h» renx e&sai > le premier modèle dû ditli^ràmbi iîftlîen.
Dans ses poésies latines on remsarqtie ausft le firuit de son application continuelle à rétudé dâ anciens, avec le feu d^une imagination rt^siastoi poétique, «et ce goût^ cette élégance qui étalent tromineles attributs naturels de son espVit. Odtlt tin grjftnd nombre d'épîgramtnfes latines ^ auïquelhs il faut avouer encore que les savants préfèneiit celles qu^il fit en langue grecque , on a de lui quatre sybes OM petits pôëmes que Ton peut mettre ato rang de ce que la latinité moderne a produit de plus précieux. C'étaient des morceaux qu'il récitait publiquement lorsqu'il commençait dans l'Univer- 3ité de Florence ses cours de littérature grecque et latine , ou l'explication particulière de quetque poëte ancien. Le sujet du premier est la poésie et les poètes en général; celui du second, la poésie i;éorgique , prononcé avant l'explication d'Hésiode et des Géorgiques de Virgile. Le troisième a pour objet les Bucoliques du même poëte. Le quatrième précéda l'explication d'Homère, et contient une
riche énuméraiion des beautés renfermées dans ses deux poèmes (i). Ces pièces*^, dont chacune est de quatre /six et jusqu'à huit cents vers, sont pleines de détails intéressants, d'observations fines, de descriptions brillantes. Quant au style, il ne res-semble plus aux bégaiements des premiers écrivains modernes qui voulurent, après les siècles de barbarie , rétablir la pureté de l'ancienne langue romaine; il est en vers, comme le récit de la conjuration des Pazzi Y est en prose (2), du latin le plus élégant,' et si quelques critiques voieut encore une grande différence , non-seulement entre ce style et celui des anciens, mais entre ce style et celui de Pontano^ de Sannazar et de quelques autres poêles , ou contemporains , ou qui suivirent immédiatement Politien, ce sont peut-être des nuances purement idéales , et qu'un lecteur, même instruit, est excusable de ne pas saisir >
Les Occasions où il récita ces poëmes nous le font voir au nombre des savants professeurs de littérature ancienne , qui entretinrent k Florence , vers la fin de ce siècle , l'ardeur pour les bonnes études. Son école y eut une telle célébrité que les Italiens et les étrangers accouraient pour y être admis, et que les professeurs eux-mêmes venaient
(1) II intitula ces quatre pièces : Nutrkia^ Rustkusj Manio et Amhra,
(2) Voy. ci-dessus , p. 383,
552 HISTOIRE LITTEftAÎÂfe
tîeases des préparaiifs du combat, et ensuite in combat même. Les attaques que les divers chxsDr pions se livrent , sont décrites avec assez de chaleur ■ et de rapidité. Celles de Laurent sont plus dciail-
. lëes que les autres. Après avoir rompu quelques lances de la manière la plus brillantes, il change de cheval, tient tète à plusieurs champions, e| remporte enfin le premier prit de l'adresse et de la valeur.
Ces stances , qui ne furent qu'un ouvfage de cir-
. constance, sont une des moindres productions de Liica Pulcl. Son Driadeo d'Amore est un poëme pastoi'al en octaves , divise en quatre parties. îi le fit pour l'amusement de Laurent de Medicis , h qui il est dédié ; mais quoique Laurent aimât beaucoup la poésie et les fictions qui en font l'ornement et presque l'essence , il n'est pas sûr qu'il s'amusât beaucoup de l'emploi sui-abondant que fait ici le poëte des fictions de la mythologie. L'action remonte jusqu'à l'enlèvement de Proserpîue. Une Dryade qui avait suivi Cérès taiidis qu'elle cherchait sa fille , resta sur les moilts Apennins, et lui forigine des demi-dieux qui habitèrent ces montagnes. C'est là que la Dryade Lora, fille d'Apollon , est aimée du Satyre Sévère , fils de M&rcure. Elle finit par l'aimer à son tdur ; Diane , ^ur l'en punir , châlige le Satyre en Kcorlae. torà le poursuit it la chasse , et le perce de ses traits. Il est change en fleuve. Lora, qui l'a tué sans le cou-.
DlïALIE, ciup. XXII. 533
naîtfe , le cherche et rappellis dans les bols ; une nymphe lui apprend qu'eu croyant frapper une licorne , c'est à son amant qu'elle a ôté la vie. Elle tourne contre son propre sein le trait jdont elle Ta blessé, et se tue. ApeJlon la çh^pge en rivièe, et Tunit pour jamais au fleuve Scvcré ; ce qui signifie tout simplement , que la fjora se jette dans l,e petit fleuve Sévère qui coule dans upe partie de la Toscane. Ces métamorphoses étaient alors fort k la mode ; «lies Font encore été depi^is ; elles peuvent en effet donner lieu a des peiiUw^es varjjCjes et k de riches descriptions j il faudrait seulenauent y être un peu sobre de narrations épisodiqjues , et ne p<^s embarrasser la fal)}e priiicipale psr trop de Actions accessoires. C'est k qi^oi Lupa Puici 131'a pas pris garde, et ce qui rend plus fatigante qu'agréable la lecture de soxi Priadeo d'Âmore.
Le Cirijjfo ÇahanpQ est un poëme plus consi'dérable du même auteur. C'est un roji^an ^épiqu/e en sept chants^ sa»s doute la première production ,de ce genre , après Je Buovo d'^ntçna et la reine Ancroja^ qui ne sont, comme on le verra, que de longs contes de fées , écrits en vers ^i plats et remplis de si sottes extravagances, .qu'on ne peut en supporter la lecture. Voici quelle est en abrégé la fable du Cirijfo. PaUprentfUj tiU^ d'i^rn roi d'Epire , descendant de Pyrrhus , eSit abandonnée par le traître Guidoii^ 4e la r^çe des comtes de Narbonne. Elle est enceinte et fe Jiyre
536 HISTOIRE LITTERAffiP
de celles de Pulci; mais trop rarement les persoiH nages qu'il fait parler , disent tout ce que derraient leur dicter leur position et leur caractère connu. Trop d'esprit est un yioe,^ qui n'est, au reste*, ni aussi grave , ni aussi commun qu'on parait le <roire; trop peu de poésie, d'images, de passion, de mouyements, de Térité historique, en est on plus fort et moins pardonnable , et Fauteur de ces épitres me pars^ en être atteint.
Luigi Pulei est le dernier et le plus câ^vre des trois frères. U était né à Florence^en i43i. Quoi* que beaucoup plus âgé que Laurent de Médicis, il vécut avec liii dans la familiarité la plus intime; On ne sait rien de plus sur sa vie , qui fut toute littéraire. Le poème qui a donné le plus d'édat k son nom, est le MorgarUe Maggœre^ premier modèle des poèmes romanesques , dont les exploits de Charleinagne et de Bx>land sont le sujet. Il l'entreprît, à la prière de Lucrèce Tornabuoniy mère de Laurent; et Ton a dit, mais sans preuve, qu'il le chantait comme les rapsodes à la table de son jeune patron. Je ne dirai rien ici du caractère singulier, de la conduite ni du mérite poétique de cet ouvrage fameux. H ouvre, en quelque sorte, la carrière du poëme épique moderne'j et comme, dans la suite de cette Histoire , je traiterai la littérature italienne par genres, en même temps que par ordre chronologique j je réserve le Morgante pour le placer en icte de cegem^e si riabe et si vîîric.
On a de Lipi^i Pulci qijielqqes autres poésies, entre autres une suite de soonets bîzaires^, sou« vent indécents et grossiers , mais qui ne sont pas tous de lui. Matteo Franco ^ poëte florentin du même t^mps, et Tun de ^e& meilleurs amis, était comme lui d^us Vii^ltiD^e familiarité de Laurent de Médicis. Us iii^aginèrent 9 pour J*amuser (1), 4le se faire tuie guerre a outrance , et de se dire Tuà à l'autre , dans des sonnets ^ les injures ies plus fortes et les plus piquanites, sans cesser pour cela d'ètre*ami$« ni de boire et de rir^c ensemble k la table de Médicis et ailleurs. Le recueil quW en a fait monte à plus de cent quarante sonnets. Le style est non- seulement dWe liberté cynique, mais souvent ^ans le genre proi^erbial et décousu des bouffonneries <Ui Murchiello. Il est fâcheux que Laurent ait encouragé nue lutte de cette espèce. Les de«ix cbampio^ns y jouent un rôle avilis* «aTitj et rjien de ce quâ. est bas et vil n^aurait dà plaire îi une ame aussi noble et k un esprit aussi éclairé.
Quand ces sonnets parurent imprimés , Rome aurait sans doute pardonné ies injures et les expressions de mauvais lieu dont ils sont remplis , mais.la liberté des ^deux poêles était allée jusqu'à 4es matières sur lesquelles elle n^eatcndait pas
(i) Risppndendosi QicendeQolmenfe ^ pèr ischerzevoh solazzo del loro Mecenate^ Préface de Téclilion de lySg, in-'S^
raillerie. L'Inquisition s*en mêla, et la circolatioB de ces poésies satiriques fut défendue. Dans an des sonnets qui encoururent sa colère, le plus décent de tous et peut-être aussi le- "ptas clair, Puhi examine k sa manière ce que e*est que FAme , et se moque des a];>surdités qu'on a dites sur ce sujet, d'après Aristote et Platom. Il compare TAme k ces confitures qu'on enveloppe dans du pain blanc tout chaud , ou k une carbonnade placée dans un pain fendu en ^eux. Mais qae devient-elle dans l'autre monde? Quelqu'un qui y a été , lui a dit qu'il n'y pouvait plus retourner, parce qu'k peine y peut-on arriver àvee la plus longue échelle. Certaines gens croient y trouver des bec- figues, des ortolans tout plumés, d'excellents vins, de bons lits ; ils suivent. pour cela les moines et marchent derrière eux. Pour nous,^ ajoute-t-il, mou cher ami, nous irons dans la Tallée noire , où nous n'entendrons plus chanter Alléluia (i). Louis Pulci se repentit dans la suite des libertés qu'il avait prisiss , ou crut devoir conjurer le petit orage qu'elles lui avaient attiré. Il fit en conséquence sa Confession k la Vierge , espèce de poëme en tercets, très-orthodoxe, trèspieux même, qui le réconcilia peut-être avec rinquisition, mais qui pouiTait, tant il est ennuyeux, le brouiller avec tous les amis des vers.
(i) Son. i45.
D'ITALIE, CHAP. XXIL SSg
Le succès qu'eut dans le monde la Nencîa du Barberino de Laurent de Mëdicis , engagea Louis Piilci k Tîmiter dans sa Beca da Dicomano. C'est bien k peu près le même langage, les mêmes tours villageois , mais non pas la gaîté naïve et décerne du modèle, ni son naturel, ni sa simplicité spirituelle et piquante. On peut relire avec plaisir la Nencia; on lit une fois la Beca^ et Ton n'y revient plus. On dirait que Puici eAt tïré lui-même l'horoscope de la destinée future de ces deux pièces, dans les deux premiers vers de sa Beca :
O^nun la Nencia tutia notte conta ^ E de/la Beca non se ne rù^ona*
En dernier résultat j le Morgante est le seul fondement solide de la réputation de Louis PuIci. On n'a rien de certain sur le temps ni sur les cîi'^ constances de sa mort ; et sans ce poëme , dont il faut bien parler dès qu'il est question du poëme épique , depuis long-temps on ne parlerait plus de son auteur.
Un autre poëme très-célèbre dans l'histoire littéraire , quoiqu'on ne le lise presque plus , est le Roland amoureux du Bojardo. L'Arioste, eu le continuant, et le Bernij en le refaisant, l'ont tué- Mais l'auteur mérite, à plusieurs autres égards, de vivre dans la mémoire des hommes. MaUeo Maria Bojardo ^ comte de ScandianOj naquit dans ce château, près Reggio de Lombardie, vers l'an
54o HISTOIRE LITTERAIRE
' 1434 (0*^ fi^ ^^ études d^ps rUwyerskë it Ferrare y et resta presque toute te vie attache k la cour des ducs. Jl fut surtout dans la p}i|s grande faveur auprès du duc ^or^o^ et d^Iiercftle I*'. soa successeur. Il accompagna Borso dans son voj^ de Rome , eu 1 47 1 9 et fut cl^oisi Tï^née soivaBU par Hercule pour accompagner k Ferrare Eleo^ nore d* Aragon^ $a future ëpouse. ISommé^ en 1481 9 gouverneur de Reggio, il fut aussi eapitaine-gépëral k ]!^odè^e ; puis U revint k Reggio , ou il mourut le 20 décembre 1494* Ce fut on des hommes les plus savants, et Tun des plus beaux esprits de son temps. Il ne se crut dispensé, ni par sa naissance , ni par ses grands emplois, d^être, dans ce siècle de Téruditio^^ distingué par sa science dans les langues grecque et latine; et, k cette époque du siècle^ où la poésie italienne éiait remise en honneur, un des poëte^ qui en ont le plus Jait k leur patrie. 11 U*aduisit du grec, en italien, l'Histoire d'Hérodote, et du latin, YJne d'or d'Apulée. On a de lui des poésies latines (2) et italiennes (3) d'un style moins élégant que fa-
(1) Voy. Tiraboschi, Biblioih. Modan,^ t. I, article Bojardo.
(2) Carmen Bucolicon^ Reggîo , iSoo, in-4°« » Venîse, iSaS. Ce sont huit Eglogiies lalinos en vers hcxaniètres , (Icdi écs au duc Hercule I*^
(3) Sonettie Canzoniy Reggio, lig^, ^"'"4-"« » Venise, i5oi, in-4''.
DITALIE, CHAP. XXII. 54 1
elle y et dans lesquelles perce cependant y mais sans affectation , Térudition de rautetin
Herttde d'Esté fut le premier des souverains d^Italie k donner à sa cour des spectacles magni* fîques , €Û Ton représentait des comédies grecques ou latines , traduites en langue vulgaire , avec toute la pompe et tout Tapparéil des théâtres aheiens. Les Ménechmes^ XAmphitrion^ làCassinc, la Mostelldire dé Plante , y furent ainsi réprésentées. Ce fut pour ces fêtes brillantes que le Bojàrdo écrivit sa comédie de Timon j tirée d'un dialogue de Lucien , divisée en cinq actes , et riméc en tercets, ou terza rima (i). Ce n'est pas une bonne comédie, mais Comme elle n^est pas simplement traduite de Lucien , et que le poëte y a traité librement un sujet tiré de cet ancien atitetir, lé 77mon peut être regardé coinme la première comédie qui ait été écrite en langue vulgaire. Quant k son Qrlando innamoratOj ce n'est pas ici le lieu d'en parler. Je le renvoie, ave le Morgantej au volume suivant, où je traiterai de la poésie épique.
J'j dois renvoyer de même le Mambriano de Francesco Cieço da Ferrara. Ce poëte, dont on
(i) Tiraboschi^ ub. supr., p. 3o2 , pense que la première édition du Timon est celle de Scandiano^ février i5oo^ in-4^*> et que celle qui est sans date^ in-8^.> n'est que la seconde. Cette pièce a été réimprimée^ Yenisey i5o4> in-8^. ^ i5i3;^ et iSiy , id.
croit qne lé nom de famille était Belh ^ mais qm n^est connu que par celui de son infirmité , devint aveuglei de bonne heure y et fut pauvre et malheureux toute sa vie. Il écrivait son poëme au temps de Fexpédition de Charles YIII en Italie^ c'est-k-dîre I en i49^- U n*a laissé que cet ou^ vrage , et quelques sonnets burlesques dans le genre du BurchieUo j qui font croire . qu*il supportait assez galment son malheur, ou peut-être qu*il avait pensé devoir en dissimuler le sentiment, pour en trouver le remède auprès des Grands qui protégeaient alors les lettres , et qui peut-être, comme leurs pareils dans tous les temps^ pardonnaient k un homme d'être malheureux, pourvu qu'il ne fût pas triste.
Un poëte qui parait avoir suivi naturellement son goût pour cette poésie bizarre et satirique ^ c'est Bernardo BelUncioni. Ne k Florence , il se fixa de bonne heure k la cour des ducs de Milan, et y mourut en i49i- Ses poésies furent imprimées deux ans après (i). Elles sont au nombre de .^elles qui font autorité dans la langue ; la malignité en fait pourtant le principal mérite, et Ton ne doit pas y chercher, plus que dans la plupart des poésies de ce temps, Télcgance et la pureté,
(i) Sonetti^ Canzoni, Capitoli ^ $esêine et alire riwe^ Milan, 1493, în-i{.**« Cette première éditioa est forl rare, mais trèsîocorrecte.
D'ITALIE, chàp. XXII. 543
qui pourraient engager k les prendre pour'modèles. Rien ne prouve mieux la différence entre ce qui fait autorité' et ce qui doit servir d'exemple* On ne manquait pas alors de poëtes k grande réputation j mais cette réputation manquait de véritables titres 5 et leur a peu survécu. Francesco Ceij autre Florentin, qui florissaît vers i48o, était regardé comme Fégal de Pétrarque, et il se trouvait même de hardis connaisseurs qui lui donnaient la préférence; mais, si Ton excepte ses rimes anacréontiques , où il y a de la verve et une certaine vivacité poétique , on cherche inutilement, dans tout le reste, ce qui avait pu lui donner tant, de renommée. Ce fut encore un autre Pétrarque d« ce temps que Ga'sparo Visconti^ po^te milanais, mort jeune, en i499 (Oj ™^^^ '^ ^® \tvx pas été du temps de Pétrarque ni du nôtre. 11 faut ranger a peu près dans la même classe Agostino Staccoli d'UrbinOj que le duc envoya, en i485, en ambassade a Innocent VIII , et dont ce pape fut si enchanté, qu'il le nomma son secrétaire. Peut-être y a-t-il cependant plus de naturel et de fécondité dans ses sentiments, plus de souplesse et de faci Jité dans son style.
Serajino^ surnommé AquilanOj parce qu'il était d'Aquila dans l'Abrazze, fut le plus célèbre de tous les poëtes, le plus comblé d'honneurs pen-
■I 111 •> " < ti ■ ■ ■" ■ ■ ■' I ' II" ■■■
(i) Il.n^avait que trente-huit ans.
544 HISTOIRE LlTTEftAmE
dânt sa TÎe , et le plus universellemeat prodamé rival et vainqueur du chantre de Laure. Tous les princes se le disputaient. Il fut stitccesslvâttieiit appelé h la cour de Naples, k celles de Milan, d'Url|in, de Mantoue. Il mourut en iSoo, n^étant ftgé que de trente-quatre ans , et sa rdputation ne moartit poiût avec lui c les éditions de ses poésies se multiplièrent jusqti'^k la moitié du siècle suivant. Mais cette époque leur fut fatale; et depuis lors, elles sont tombées dans le plus profond oubli. Ce qui fit sans doute leur succès du vivant de Tauteur, c'est qu'il les chantait avec une voix très^agréable et en s'accompagnant du luth. U chantait et s'acçompagnait ainsi surtout lorsqu'il improvisait : or, la plupart de ses poésies étaient improvisées, raison de plus pour produire un très-grand effet, et pour que cet effet soit peu durable.
Serafino eut un compétiteur et un rival dans Antonio Tebaldeo de Ferrare, né en i463, médecin de profession , né poëte , et qui paraît s*être plus occupé de poésie que de médecine. Dans sa jeunesse, il s'adonna principalement à la poësie italienne; il chantait et s'accompagnait d'un instrument, comme VAguilanOj et ses succès étaient les mêmes; mais ses premières études avaient été plus fortes; il écrivait en latin avec une grande pureté, et comme il vécut très-vieux et qu'il vît, dans le siècle suivant , naître des poètes italiens , tels que le Bembo ^ Sannazar et d'autres, qui ren-
DUTAUE, CHAP. XXTT. 545
daient k la poésie toscane Télëgance que n'avaient pas su Im donner les poètes, du quinzième siècle , il préféra dans sa vieillesse de composer des vers latins , et téuioigna même un vif regret de la publicité qu'on avait trop tôt donnée k ses ouvrageî en langue vulgaire. On ne peut se dispenser, eu les Ji^ant, d'être un peu de son avis. On à tort cc*pcndant de le ranger, comme Font fait quelques critiques (i), parmi les coi'rupteurs du bon goût en Italie. Il ne fit que suivre le mauvais goût qui dominait de son temps. Un Myle dépourvu d'élé*gjince, des sentiments forcés et dès -pensées peu naturelles^ ne sont point deâ^ vices qui appartiennent au Tebaldeo ; ils sont communs h la plupart de ces poètes de la fin du quinzième siècle et du commencement du seizième (2), qui prétendaient imiter Pétrarque, et qu'on plaçait, ou qui se plaçaient eux-mêmes au-dessus de lui, parce qu'ils outraient ses défauts.
Tel fut Berriardo Aecolti d'Arezzo^ fils de Benedittino Aecolti j historien de quelque céléi)rité. Bernard ne voulut ni de ce nom , ni de celui iï Aecolti y et pour mieux exprimer la supériorité de ses talents et de son génie, il ne se nomma
(i) Muratori , Perf, Poes.
(2) Tîraboschi , Stor. délia JLetUr. îttd. , t. VI , part. H , p. i56.
i46 fflSTOlRE UTTERAUIE
plus autrement que Y Unique (^i).Qaaûid on annoih çait dans le public qu il allait réciter des yers^ soit à Urbin , où il obtint ses premiers succès , soit k Home, on fermait les boutiques, on accourait de toutes parts en foule pour Tentendre , on plaçait des gardies aux portes , on illuminait tous les appar tements; les hommes lés plus savants, les prélats les plus distingués, se rangeaient autour de VUfd* quCj et il était souvent interrompu par des applaudissements universels (2). Rien ne prouve mieux le néant de ce qu on appelle quelquefois gloire poétique , et qui n*est que lé bruit du moment. Le NoUumo, Napolitain , à qui Ton ne connaît point d'autre nom, et VAlUssimOj Florentin, quis*ap- .pelait CristoforOj et qui préfera ce superlatif pour indiquer, comme Y Unique ^ combien tout le reste était au-dessous de lui , et plusieurs autres encore qu^il serait superflu de nommer, puisque personne n'a d'intérêt , ni n'aurait de plaisir à les lire , eurent alors des succès presque aussi grands, et servent seulement à nous faire connaître à quel degré d'avilissement étaient tombés et les talents, et les honneurs poétiques.
Antonio Fregoso ou FulgosOj patricien génois, ne s'éleva pas beaucoup au-dessus, mais chercha moins k faire du bruit dans le monde : si nous en — : ■ ^^'^
(i) Unico Areiino.
(2) Tiraboscbi , uè^ supn , p. 157.
croyons même le surnom de Fileremô qu'A prit et qu'il porta toujours , il eut cet amour de la solitude qui sied au génie comme k la sagesse. Dans ses poésies , il y en a de gaies sous le titre de Ris de . Démocrite ^ et de tristes qu'il intitule Pleurs d'Heraclite^ divisées en trente capitoli^ ou chapitres rimes en tercets. Sa Biche blanche, la Cerva biancay est un poëme moral et amoureux, en octaves, dont la (iction est assez singulière, mais dont l'exécution est faible et médiocre. Enfin, sous le nom de Selve, on trouve dans son recueil un mélange d'opuscules de toute espèce et sur toute sorte de sujets. Ce poëte, qui vécut jusqu'en i5i5, eut des admirateurs, non-seulement pendant sa vie, mais long-temps encore après sa mortj et l'Ariosté lui-même a consigné quelque part le cas qu'il faisait de ses vers. Timoteo Bendedeiy noble ferraroîs, à qui son amour pour les muses fit prendre le nom de Filomuso; le Cariteo^ que l'on croit né espagnol , mais qui vécut , vjersiGa et mourut à Naples ; Benedetto da Cingoliy dont on a des poésies latines et italiennes , et quelques autres, se présentent encore, à cette époque, dans les histoires littéraires où l'on ne veut rien omettre, mais leur nombre et leur uniforme et insignifiante médiocrité doivent les écarter de la nôtre.
Gian Filoteo Achillini mérite d'être tiré de la foule, non pas qu'il ait «u moins de défauts que les {lutrcs , mais parce qu'il les eut au contraire
d^une manière plus décidée, plus prononcée, et qui lui est plus propre j en sorte que Ton peut croire qu^il les eut moins par imitation que par la pente naturelle de son génie ^ Il était d^ailleurs profondément yersé dans le latin et dans le grec, dans la musique , la philosophie , la théologie et les antiquités. Dans ses deux Poèmes scientifiques et moraux , Tun intitulé H Vir{dario , en octaves (i), et l'autre // Fedele, en terza Hma (2), il a semé, sinon beaucoup de poésie, du moins des preuves nombreuses de ses connaissances étendues ef d'une sorte de vigueur de télé qui était alors moins commuiie que le brillant et le faux édat.
Antonio Corhazzano demande aussi une mcur tion particulière, quoiqu'il ait, pour être confondu avec les autres, le malheur commua d'avoir ctc mis, comme la plupart d'entre eux , par ses contemporains , de pair ayec Dante et Pétrarque (3). ]Sé k Plaisance, il passa une partie' de sa vie k Milan. Il voyagea ensuite , et vint même en France,
(i) Canti IX , Bologne , i5i3, în-4**-
(2) Lib. V, Cant'dene cenio ^ Bologne, i523, in-8**. Ces deux poëmes , qui n'ont point été réimprimés, sont fort rares.
(3) Antoniiim Cornazzanum ^ dit un orateur de ce temps, in Qerm Qulg(.rlaUum Dantem sioe Pélrarcham. Discours d'-^/* berloyda Ripalta^ Script. Rer. itaL, vol. XX, p* 934,
D'ITALIE, CHÀP. XXIÏ. 549
•n ne sait pas précisément k quelle ëpoquè ; à son retour en Italie, il se rendit k Ferrare, et resta jusqu'à sa mort , attaché au duc Hercule I*'. , qui eut pour lui une amitié particulière. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages. Le plus considérable est un Poëme italien, en neuf livres, sur l'art militaire , qu'il a , par singularité , intitulé en latin de Tie militari (i). La même bizarrerie se remarque dans trois petits Poëmes recueillis en un seul volume , dont le premier a pour sujet VÂrt de goU" verner et de régner; le second, les Vicissitudes de la Fortune; le troisième , sur VArt militaire en général , et sur les Généraux qui ont le plus eoc^ celle dans cet art. Tous ces litres sont anssi en latin , quoique les poëmes soient en italien et rimes par tercets ou terza rima^'à). Ce n'est pas le bel esprit qui y domine, c'est plutôt une pesanteur qui en rend la lecture difficile et quelquefois même impossible. Ses poésies lyriques, sonnets, can-^ zonij etc. (3) sont moins lourdes, mais participent davantage aux défauts des poètes de son temps. On a aussi plusieurs ouvrages latins de Cornaz^ zano^ tant en prose qu'en vers, et qui, comme les
(i) Venise, 149^, în-fol. ; Pesaro, 1607 , in-8". , etc.
(a) Venise, iSij, in- 8°.
(3) Venise, i5o2, in-8®. ; Milan, iSig ^ibld.
S5o HISTOIRE UTTERAIRE
autres, ne maïaquent pas de mopite, mais nont* malheureusement aucun attrait.
Tel était alors , pour ne pas entrer dans des détails fati^;ants., Tétat général de la poésie italienne. Nous avons vu qu^un petit nombre de poëtes luttait cependant contre la corruption et le mauvais goût. Laurent de Médicis et Politien sont au premier rang 9 mais tellement les premiers, quUi y a une distance immense entre eux et ceux qui marcl^ent les seconds. On leur adjoint ordinairement ,. et avec justice , Girolamo Benisdeni. 11 fut leur ami et celui de Pic de la Mirandole. Ce dernier fit, comme on Ta vu (i) , un très-savant commentaire sur la canzone de Benivienij dont le sujet est Famour platonique, ou plutôt 1 amour divin. Il y a dans cette canzonej dans s^.s sonnets et dans ses autres poésies (2), une clarté, un naturel et une pureté de goût qui appartenait en quelque sorte a récole de Florence. 11 y vécut jùsqu^a une extrême vieillesse , et par cette raison il appartient en partie au seizième siècle. Il fut témoin et acteur des révolutions qui agitèrent alors sa patrie , et dont le fanatisme religieux fut le principal mobile. Béniifieni fut très-lié avec le moine Savonarole ; il fai-
(i) Ci-dessus, p. 870.
(a) Florence,. héritiers Cîunti^ ^^ig, in-8*#
DTrALIE, CHAP. XXII. 55 1
sait , pour seconder les vues de ce prëdîcant politique , des canzoni a balloj ou chaîisons à danser, qui ne ressemblaient plus à celles de Laurent de Mcdicis ; il en commençait une par ces mots :
Non fu maVl piU bel solazzo , Pià giocondo ne maggiore Cke , per zelo e per amore.
Di Gesù , dwentar pazzo,
Ce refrain revient douze fois dans la canzonCj çt le dernier vers de chacun des douze couplets, finit encore par le mot pazzo ; et le poëte , en finissant le dernier couplet , veut que ce mot devienne le cri général :
Ognun gridl com* io grido Sempre pazzo, pazzo , pazzo, Nonju maipiîi belsoiazza^ etc.
Mettant à part ces pieuses folies , Girolamo Beni^ vieni écrivit jusqu'à la fin avec le goût simiple et la clarté qui l'avaient distingué dès sa jeunesse; mais c'est aux poètes qui commencèrent à fleurir quand il vieillissait , qu'appartient la gloire d'avoir rendu b la poésie italienne toute sa splendeur.
Le tableau de ce qu'elle fut au quinzième siècle serait incomplet si je n'y ajoutais celui des femmes poëtes. Il y en avait eu dans chaque siècle, depuis la renaissance des lettres, ainsi que des femmes livrées a d'autres études , parmi lesquelles nous avons même trouvé des docteurs et des professeurs
55a HISTOIRE LIXTERAïRE
en droit. La poésie, il le iaiU avouer, convicof mieux Ji ce sexe aimable; et Molière lui-inême, qui s'est moqué des feoinies savantes , qui a fourni contre elles , aux hommes qui pensent comme lui, ce vers passe en adage :
El les femmes docicurs ne sodI point démon goût;
Molière n'a rien dit contre les femmes poètes. En Italie , le quinzième siècle en eut un plus grand nombre que les précédenis ; plusieurs d'enir elles joignirent k la poésie d'autres connaissances littéraires, sans en être moins aimables; plusieurs même tempérèrent par leur talent poétique des éludes trop graves pour leur sexe , et peul-éirc écarlèreni d'elles l'anatbéme lancé parnotrc grand comique, conire les femmes à chaussé de docteur et k bonnet carré . On voit , par exemple , une princesse Baltiste , lilie d'Antoine de Monte/eltro (^i) , dont on a des poésies , et surtout ime canzone pleine d'énergie et de force , adressée aux princes italiens (3); qui liarangua en latin , dans plusieurs occasions solennelles , l'empereur Sigismond , le pape Martin Y et plusieurs cardinaux , et qui , d« plus, professa publiquement la philosophie, argumenta souvent contre les philosophes les plus exer-* ces, et remporta sur eux la victoire. Elle épousa,
(ï) Tiraboschî, t. VI, part. Il, p. 164.
^a) Voy. Crescembeui , t.-lU , p- aya. '
D^riALIE^ chàp. XXIL* 553*
en 1^5, Galeotto ou Galeazzo Malatestaj qui* mourut cinq ans après. Restée reuve , elle se fitreligîeuse dans Tordre de Sainte-Qaire , et y acquit' autant de réputation par sa sainteté , qu^De s'en était fait dans le monde par ses talents.
On ne dit rien de sa fille Elisab^; mais sa petite-fille Constance , éleyée par elle , marcha sur ses , traces, non pas, il es*t vrai, dans la poésie, mais dans la carrière de Téloquence. Elle donna des preuves de son talent dans une occasion importante pour sa famjlle* Piergentilé yaranoj son père ^ époux d'Elisabeth , était seigneur de Camerino ; il avait perdu sa seigneurie par les suites des^ guerres civiles, et avait laissé, outre sa fiSe Constance, un fils nommé Rodolphe, qui était' prive de ce fief. En i44^9 Blanche Marie Yisconti, épouse du comte François Sforce , ayant fait quel ^ que séjour dans la. Marche , la jeune Constance , qui n'avait que quatorze ans, prononça devant elle un discours latin , pour la prier de faire rendre a son frère Rodolphe le domaine dont il étaît dépouillé.. Cette harangue , composée et pro-îr> noncée par un enfant , lui fit une réputation qui se répandit dès-lors dans toute l'Italie. Elle écrivit au roi Alphonse, de Naples, pour le même objet, et eut la gloire de réussir. Rodolphe fut rétabli; dans, sa seigneurie , sans avoir eu d'autre appui que l'éloquence de sa sœur. Elle rentra avec lui à Camerino j et adressa au peuple une autre ha-**
rangue latine qui eut le même succès que 1^ pre-* mière. Elle épousa , rannée jsmyante y Alexandre Sforce , seigneur de Pesaro y qui Faimait depuis plusieurs années; eUe mourut en 1460 , n^étant âgée que de trente-deux ans.
EUe laissa une fille nommée Batûste comme sa bisaïeule y et qui y dès Tàge de quatorze ans , comme sa mère , prononça k Milan , où elle était élevée auprès de François Sforce , un discerna latin 9 dont Télégance remplit tout l'auditoire d*étonnement et d^admiration. Revenue k Pesaro, dans sa £eimille , elle continua de s^exercer k l'éloquence, n ne passait, dans cette cour , aucun ambassadeur, prince où cardinal , quelle ne le coiih pliment&t en latin, et souvent par des discours improvisés. Devenue , en 1459 , épouse de Frédéric , duc d'Urbin , elle harangua un jour le pape Pie II , avec tant d'éloquence ,. que lui , qui était cependant un homme très-éloquent , protesta qu'il ne se sentait pas capable de lui répondre sur le même ton. Sa mort fut encore plus prématurée que celle de sa mère. Elle mourut k vingt-sept ans , en 1472. Il ne subsiste rien des productions dun talent si rare; et c'est de son oraison funèbre , prononcée par le célèbre Campano^ et imprimée parmi les Œuvres de ce savant évêque (i),
(i) C'est la dernière de cinq oraisons funèbres qu'on y a
racuelllles.
D'ITALIE, CHAP. XXIL 555
que sont tirés ces faits qui ne paraîtront peut-être pas indignes de l'histoire.
Le goût pour Fart oratoire parait avoir été , à cette époque , aussi commun parmi les femmes que le talent poétique; et il est aisé d'expliquer comment l'éclat que l'on donnait aux succès augmentait l'ardeur pour l'étude, ou plutôt cela n'a pas besoin d'explication. La jeune Hippolyte Sforce, fîUe du duc François , et destinée au roi dé Naples Alphonse II, avait été instruite, dès l'enfance, dans les lettres grecques par le célèbre Constantin Las caris. Elle prononça dans plusieurs circonsH tances des harangues latines , entre autres devant le pape Pie II , qui fut ainsi plus d'une fois harangué par des femmes. On sait que notre roi Charles VIII le fut dans la ville d'Asti par une peiitc fille de onze ans, ce qui lui causa une grande surprise, ainsi qu'aux seigneurs de sa cour, réduits pour la plupart k admirer sans entendre- Cette jeune fille se nommait Marguerite Solari. Jacques Philippe Tb/Tî^^m/ a écrit la vie et publié (i) les lettres latines d'ujae Laura Cereta , de Brescia , qui fut aussi très-célèbre par son savoir. Enfin, Aies-' samlra Scala j fille de l'historien Barthélemi Scala , et femme du poëte Marulle, futpoëte elle-même; et si l'on n'a d'elle ni des vers italiens, ni des vers.
(i) En 1680. Tiraboschî , ub, supr.^ p. 167.
latins yOn en a de grecs j imprimes dans les Œuyreà' de Politien , dont elle fut aimée.
J^ai parlé d^une Isottc, makresse et ensuite femme d'un seigneur de Rimini (t); à laquelle les poètes de son temps firent une réputation de talent poétique , et en voulurent même faire une de sa-* jgesse. Une autre Isotte eut des droits plus réels b cette double renommée. Elle était fille de Léonard Nàgarola de Vérone . Quand le docte Louis Foscarini^ |>atricien de Venise^ était podestat de Vé* Fone (3) , Isotte assistait aux assemblées de savants qu'il réunissait chez lui ; on y débattait des questions jugées alors très-imporuintes. On y examinait «n jour si la première faute ne doit pas être attri^ / buée à Adam plutôt qu'à Eve. Isotte fut du premier avis, et ce qu'elle dît là-dessus parut si beau, qu'on Timprima un siècle après k Venise (3) , avec une de ses élégies latines. On ne sait si ce furent ses préventions contre Adam qui l'engagèrent au célibat, mais on assure qu'elle mourut fille à Tâge de trente-huit ans. A Ferrare, Blanche d'Esté, fille du marquis Nicolas III ; à Milan , Domitilla Tri^ vulciy tille d'un sénateur de ce nom, se distinguèrent également par leur beauté, leurs talents pour
(i) Voy. ci-dessus, p. 446.
(2) En i45i. Tlraboschi , ub, supr, , p. iGg.
(3) En i563.
D ITALIE, chàp, XXU. :S5y
la musique et pour les arts agréables 9 etparTétade qu'elles avaient faite des lettres grecques et latines , au point d'écrire facilement en prose et en vers dans ces deux langues.
IVIais aucune de ces femmes n'eut alors tine réputation si éclatante que Cassandra Fedele^ née à Venise , vers l'an 1 465. Son père ^ngiolo FedeU lui fit apprendre le grec, le latin, l'art oratoire, la philosophie et la musique. Elle y fit de si grands progrès , qu'elle faisait , dès sa première jeunesse , l'admiration des savants. Parmi les épitres familières de Poli tien, se trouve la réponse qu*il fit k une lettre que cette jeune Muse lui avait écrite. Elle est remplie des expressions de l'admiration la plus vive. « Vous écrivez, lui ditPolitien (i) , des lettres spirituelles, ingénieuses, élégantes, vraiment latines, remplies d'une certaine grâce enfantine et virginale, et cependant à la fois pleines de sagesse et de gravité. J'ai lu aussi votre discours, que j'ai trouvé savant, riche, harmonieux, noble, digne de votre heureux génie. J'ai même appris que vous avez le talent d'improviser qui a quelquefois manqué a de grands orateurs. On dit qufc dans la dialectique vous savez compliquer des nœuds que personne ne peut dénouer , et trouver la solution de ce qui avait été jugé et paraissait devoir
(i) Episty 1. III, ép, 17.