CHAPITRE XVIIt
CùUfh^œïl général sur Vétat politique et littéraire de Vltalie pendant la première moitié du çuin^ zième siècle. Grand schisme d'Occident, Pn>* tection accordée aux Lettres par les papes $ autres puissances d' Italie' amies des Lettres/ à Milan y le dernier Visconti; la maison d'Esté à Ferrare ; les Gonzague à Mantoue; les Médici^ à Florence; Alphonse V\ à Naples; Cosme <s6? MédiciSj sa viCj son pouvoir j ses richesses-^ ses bienfaits envers envers les Lettres et les Arts.
Le quinzième siècle s'ouvrit en Italie sous d'heureux auspices. Le siècle précédent lui avait légué les chefs-d'œuvre et les exemples de trois hommes de génie , une langue créée par eux et fîxée, enfin la connaissance et l'admiration renaissante des anciens, source de toute bonne littérature. Les trois sources d'erreurs, de faux esprit et de mauvais goût, qui avaient été long-temps les seuls objets d'étude, la théologie scolastique , la dialectique de l'école et le chaos embrouillé des deux jurisprudences, reléguées dans les Universités, n'empêehaient pas que les études particulières ne se por-
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tasseni arec ardeur vers cette liunière de Tantiquiië qui soniiit de dessous des ruîaes et qui briBaic d^ua ncRcrel ccbt. Les républiques qui existaient encore ^ et les princes qui s^étaiem éiev^s et agrandis sur des républiques éphémères , nralisaient de wiagnifirence dans les édifices, de ktxe dans Fapil et le cortège du pouvoir , de zèle à encou- Mot ce qui pouvait accroître lu prospérité ciats, et par canséquent les sciences et les Iet« Mes y déjà reconnues pour Tun des moyens de pros* jpmnMé le plus noble et le plus puissant. La protec* tîofi qu ils leur accordèrent à cette époque était 4*aiitant plus importante que si Ton apercevait de toutes parts une grande éumlation p€mr les lettres , et si un grand nombre d^esprits distingués se montrait avide de recherches et de travaux , il n'y eut point durant ce siècle, de ces génies extraordinaires et transcendants qui sont tout par eux-mêmes et qui n'ont besoin ni d^encouragement ni d'appui. On ne voit, quand en l'examine attentivement^ presque nul moyen possible d'empêcher Dante ^ Pétrarque et Boccace d'être ce qu'ils ont été* H n'est presque aucun des hommes célèbres du quinzième siècle dont on en puisse dire autant. Animes et encouragés comme ils le lurent, ils firent de grandes choses, augmentèrent la masse des conliaissances ,^ et firent faire à leurs contemporains des progrès dans la cidture des lettres; mais on ne voit pas aussi bien ce qu'ils auraient été sans Iqs
circonstances heureuses que rassemblèrent autour d'eux la faveur et la protection des gouvernements et des princes, et sans les rivalités mêmes qttex*« citaient entre eux cette protection et cette faveur.
Il est donc ici plus nécessaire que jamais de connaître la situation politique des différents états de ritalie ^ et ce qui fut fait dans chacun pour ac* célérer et pour diriger ce mouvement d'émulation générale qui entraînait tous les esprits. Deux des grands événements qui signalent ce siècle fia, dé*couverte de Timprimerie et la chute de Tempire grec , arrivèrent presque ensemble au milieu de son cours. Alors le sor^t des lettres éprouva une révo-t lution qui forme une grande époque dans rhistoire morale des peuples. La littérature du quinzième siècle se partage donc en deux moitiés comme le siècle même. On pourrait dire en général que l'influence de l'un de ces deux événements a été si forte , qu'elle forme non seulement une époque > mais une ère ; et que, dans la chronologie de l'esprit humain, l'on devrait dater les années avant la découverte de l'imprimerie ou après.
La Puissance qui , depuis plusieurs siècles , semblait dominer sur toutes les autres , et qui , par sa prépondérance politique et religieuse , pouvait en exercer le plus sur ce mouvement universel, la puissance pontificale se trouvait alors dans une position critique et singulière qui la neutralisait eu quelque sorte et rendait presque nulle son influence ^
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Déjà pendant vingt- deux ans le grand schisme d'Occident avait déchiré FÉglise. Depuis le pape Urbain VI et Fantipape Clément VII , les papes et les antipapes se succédaient ^ s'excommuniaient réciproquement. Les cardinaux qui nommaient les uns et les autres se prétendaient également inspirés de TEsprit saint. Les gouvernements de Tltalie et de TEurope se partageaient entre eux par des considérations purement temporelles. Le sang coulait pour des querelles de conclave ; et les peuples , sans rien entendre a ces querelles , servaient lo parti qu'avaient épousé leurs maîtres , et se laissaient ruiner ou se faisaient tuer en sûreté de conscience , pour l'un ou pour l'autre également. Les cardinaux se4assèrent enfin de ce partage. Us se réunirent^ en 14099 au concile de Pise. Chacun des deux conclaves fit le sacrifice de son pape ; et ils s^'accordèrent tous pour en nommer un troisième qui devait être l'unique. Mais si Alexandre V, qu'ils nommèrent alors , eut des partisans parmi les puissances de l'Europe, Grégoire XII, l'un des deux papes destitués , en eut aussi : l'Espagnol Benoît XIII , dont le nom était Pierre-de-Luna , ne perdit point les siens ; et au lieu de deux papes ou en eut trois .
Ce dernier était le plus entêté de tous. Le mauvais succès du concile de Pise avait engagé k en rassembler un autre h. Constance. Balthazar Cossa, successeur d'Alexandi^e , sous le nom de Jean XXIII.
a4o HISTOIRE LITTERAIRE
afvait été corsaire dans sa jeHiiesse (r), et avait ftcqpoîs de grandes richesses dans ce métier, dent il avait gardé les mœurs. Toyanc que ses afiaîres prenaient on mauvais tovur dans le eoncile , il s^enfuit 9 a« miKeu d'une fête, dégmsé en palefrenier eu en postillon (a). Arrêté k Fri^bourg, renferme dans un château £&rt (3), le concile luï ftt sonr pro* ces , articida contre lui Taccusation des crimes^ les plus scandaleux et les plus atroces , et te depesa solennellement, se réservant le droit, ce sont les termes de la sentence, de punir leâit pape pour ses crimes , suivant la justice ou ht miséricorde. Captif, et sans moyens de résistance , il se soumit. Crtpégoire fut déposé et se soumit de même; mais le vieux Benoit , destitué comme les deux autres » réfugié k Perpignan , réduit k deux seuls cardinaux pour tout sacré collège , sollicité par Tempereur Sigismond et par le roi d'Aragon Ferdinand , qui se rendirent auprès de lui, sut résister k tout , se retira en Espagne dans une petite forteresse du royaume de Valence , s'obstina jusqu'k la fin dans
(i) Abrégé de VHisU ecclés. , t. II , p. i34.
(2) Jacques r Enfant^ HisU du Concile de Constance, Hv* I9 p. laS, éd. de 1727.
(3) Â Katolfcell en Spuabe , d'où il fut transféré ^ Gotleben , à une demi-lieue de Constance. Par une circonstance remarquable , Jean Hus , arrêté peu de. temps auparavant , par ordre de ce pape | s^ trouvait aussi renfermé. Ibid^ ^ p.agC.
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SSL papauté ^ et y mourut en 14^4? %é de quatre 1 ving^-dix ans. Ses deux cardinaux, non moins entêtés que lui , osèrent lui donner pour successeur tm chanoine de Barcelone ; mais ce fantôme de pape abdiqua enOn , et laissa régner seul sur la clmire de saint Pierre , Martin Y, de la famille des Colonne , élu dix ans auparavant par le concile de Constance.
On se croyait k la fin du schisme ; mais deux ans après (i), Martin étant mort , Eugène IV, qui lui succéda , ouvrit k Bàle un concile général , dont il fut bientôt si peu content qu'il en ordonna la transladon à Ferrare. Les Pères du concile se partagèrent entre Tobéissance et le refus d'obéir, et Ton eut pour spectacle , en 1 438 , deux conciles généraux , Tun à Ferrare et l'autre à Bàle , fulminant Ton contre Fautre des excommunications et des censures. Pour deimier trait, tandis que le pape , avec les Pères de Ferrare , s'occupaient de terminer le schisme d'Orient , leS Pères de Bàle le dé* posèrent comme simoniaque, hérétique et parjure, lui donnèrent un successeur, et firent ainsi renaître le schisme d'Occident. Ce successeur iut Amé^ dée YIII, due de Savoie, qui avait abdiqué depuis quelques années , et s'était retiré dans une solitude appelée Ripaille , nom qui désigna mieux dans la suite une grasse abbaye qu un ermitage.
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