‹ Histoire littéraire d'Italie. DaunouChapitre 8 sur 22 · XII · texte numérisé non relu

XII

L^dntipape Amédce , qui prit le nom de Fëlîx V^ tint tête à Eugène IV ; mais il céda k Nicolas V ^ successeur d'Eugène , revint mourir tranquillement k Ripaille , et termina définitivement iè se-* cond schisme au milieu du siècle, k,un an près(f), soixante-douze ans après la naissance du premier. Il ne serait pa;s étonnant qu'au milieu de tant de troubles , les papes n'eussent pu donner aucune attention au progrès deâ lettres j quelques-uns d'eux cependant s'en occupèrent comme au milieu de la jplus tranquîllfe paix. Déjà, vers la fin du siècle précédent , Innocent VI j Urbain V et Grégoire XI , avaient eu successivement pour secrétaire apostolique , le savant Coluccio Shlutato. Poggio BraC" ciolini y que nous nommons le Pogge , Leonardo Bruni d'Arezzo , et d'autres encore de ce mérfte et de cetle réjputation , possédèrent le même emploi auprès d'Innocent VII. Ce pontife, au plus fort de ses querelles avec l'anti-pape endurci, Pierre de Luna , conçut l'idée de faire revivre , plus brillante que jamais, l'Efniversité de Rome, qui s'était comme éclipsée depuis long-temps j mais la mort l'interrompit dans c^ dessein. Les sciences pouyaient beaucoup attendre d'Alexandre V; il leur devait son élévation. Son nom était Philargij il était grec et né kjCandie ^ ou dans l'ancienne île de Crète , de patents pauvres'. Après avoir fait dans

Wm-mmÊÊÊÊmmmmmti^titiÊtimM

(i) En i4/^:|*

©ITALIE, CHAP. XVIir. 343

son pays ses premières études, il entra fort jeune dans l'ordre de saint François. Son profond savoir dans la langue grecque et sa science non moins profonde dans la philosophie et la théologie du temps , lui procurèrent de grands «uccès dans les Oni ver sites de Bologne et de Paris , les deux plus célèbres de l'Europe. La protection de Jean Galéas Visconti Téleva ensuite aux dignités ecclésiastiques et politiques; Visconti le chargea de plusieurs attibassad^s, lui procura consécutivement plusieurs évcchés, et enGn celui de Milan. Fait cardinal en 1^04 y par le pape Innocent VII, il fut élu pape lui-même cinq ans après, au concile de Pise. 11 avait écrit, dans sa jeunesse , un Commentaire sur k Maître de Sentences^, Pierre Lombard , que Ton conserve manuscrit dans quelques bibliothèques dltalie j 11 composa un assez grand nombre d'autres ouvrages théologiques, dont, k l'exception d'un seul, aucun n'a été imprimé (i) ; mais k en juger par les éloges des auteurs contemporains , c'était un des hommes de son temps les plus savants et les plus zélés pour les sciences. Il n'eut le temps de rien foire pour elle ; il ne régna qu'un an, et mourut ile poison , selon l'opinion commune. Tiraboschi le rapporte ainsi; mais il ajoute que c'était un genre de mort auquel 01^ croyait alors facilement, dès que

(i) C'est un Traité sur l'immaculée Conception,

quelquW mourait d'une manière imprévue (i) ; c'est une légèreté d'opinion qui ne fait pas honneur k la nature humaine j mais qui , dans des circonstances données , est k peu près la même dans tous les temps.

Eugène lY, quoique fort occupé de son donbl» concile ^ et des autres affaires qu'il eut k débroailr> 1er, aima les sciences , appela auprès de lui les hommes les plus célèbres par leur érudition, les fixa dans sa cour par des emplois, et ce fut lui enfin qui acheva l'entreprise inutilement tentée par In« nocent VU, de rétablir l'Université romaine» Il était naturel que la science théologique obtint de lui des préférences et des encouragements particuliers ; on dit pourtant .que ses libéralités s^ëteu* daient a tous les savants en général ; il avait coutume de dire qu'il faut non seulement aimer leur savoir , mais craindre leur colère ( ce qui était vrai des savants de ce temps-lk), et qu'il n'est pas aisé de les offenser impunément (2). Mais aucun de ces papes ne fît autant peur eux que Nicolas V. Fils d'un pauvre médecin de Sarzane , son amour pour l'étude et sa réputation littéraire relevèrent aux

(1) Efu comune opinione che morisse di ifeleno, cnsa che al" lora credeQosi di leggieri , agni quai çolta vedeasi alcuno morire più presto che non si sarehbe pensato, ( Tirab. t. VI , part. I j p. aoi.)

(2) Ciacono , cité par Tiraboschi , ub. supr, , p. 46*

DITALIE, cfcAP. XVIII. ^45

plus hautes dignités. Il s^appelait Tbomas, et Ton TP^y joignit point d'autre nom que celui de Sarzane sa patrie. U montra^ dès sa jeunesse, une ardeur infatigable pour la recherche des anciens manus^ crits y une grande application à expliquer les plus difficiles , et un talent extraordinaire pour en faire des copies aussi belles que régulières. Ce talent et son érudition le firent employer, comme nous le Terrons dans la suite , par un illustre protecteur des lettres , k un travail qui le mit en relation avec les littérateurs les plus distingués. Il eut grand soin de les attirer k sa cour lorsqu'il fut devenu pape ; il y réunit k la fois Poggio, Georges de Trébizonde^ Léonardi Bruni d'Arezzo , Giannozzo Manetdy Fr. Phiklphe, Laurent Valla^ Théodore Gaza^ Jean Aurispa et plusieurs autres. Il les accueillait avec distinction , leur donnait des emplois honorables et lucratifs , et récompensait libéralement leurs travaux. Ce fut par ses ordres que tant d'auteurs grecs Turent alors traduits en latin y Diodore de Sicile , la Cyropédie de Xénophon , les histoires d'Hérodote, de Thucydide , de Polybe , d'Appien d'Alexandrie , l'Iliade d'Homère , la Géographie de Strabon, les Œuvres d'Arislote, de Ptolémée, de Platon, de Thcophraste, sans compter les Pères grecs traduits ou pour la première fois , ou mieux qu'ils ne l'avaient été. Poggio dit , dans la préface de sa traduclion de Diodore, qu'il a été engagé a ce travail par les libéralités du pontife ; il dit ail-

leurs que Nicolas V Fa en quelque sorte reconcilié avec la fortune (i). Laurent Valla raconte que lui ayailt offert sa traduction de Thucydide , Nicolas lut donna, de sa main, cinq cents écus d'or (a). . Pour engager Philelphe à . traduire en vers latins rilîade et TOdyssée , il lui promît une belle maison â Rome , une bonhe terre et dix mille cens d'or qu^il aurait déposés chez un banquier pour- hd être , comptes a la fin dé ce travail ; mais il ifaounU peu ^ temps aprèâ avoir (ait ces propositions magntfiqnes^r qui restèrent sans exécution et sans suite (3)* Ce' même pape assigna, k Giànnozzo Manetti ,. oxAvé^ ses appointements ordinaires de sécifétaité aposio** lique, cinq cents écus par an pour composer quèl'<^ ques. ouvrages sui^ des matières ecclésiàctiques ;. it dontia , k Guarino de Vérone , quinze cents écnâl. d'or pour la tcaduction de Strabon , et cinq cents ducats a Perotti^ pour celle de Polybe , en lui faisant encore des espèces d'excuse^ de ne le pas récompenser dignement (4).

On raconte qu'ayant un jour entendu dire qu'il y avait k Rome de bons poètes qu'il ne connaissait pas , il répondit qu'ils ne pouvaient pas être tels qu'on le disait. Si ce sont de bons poètes,

(i) Pog. Oper. , p. 32.

(a) Antîdot. IV , în Pog.

(3) Philelf. Epist. 1. XXVI , ép. ï.

(4) Tiraboschi , ub. supr.j p. 49 et 5o.

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ajoula-t-il, que ne vienneiït-ils k raoi, qui reçois bien même leâ 'médiocres (1)? Joignons, à tant de libéralités et d'affabilité, non plus seulement pour les docteurs en droit canon et en théologie , mais pour les yéritables gens de lettres, le soin que prit ce sage Pontife dé faire chercher de toutes parts de bons livrés, et de les rassembler k grands frais. Jamais les' papes n^avaient formé une bibliothèque bien précieuse , et la translatioù du Saint-Siège k Avignon et d'autr-es causes encore avaient près* que rçduit k rien le peu qu'ils avaient de livres. Nicolas V fut le premier qui s'occupa sérieusement de cet objet, et qui jeta les fondements de cette riche bibliothèque du Vatican, devenue depuis si justement célèbre. Il envoya des savants en France, en Allemagne, en Angleterre , en Grèce pour acheter des manuscrits, ou pour copier ceux dont ils ne pouvaient obtenir la vente ; ils avaient ordre de rie point regarder au prix : k mesure qu'ils se procuraient de nouveaux livres , ils les envoyaient au pape , qui n'avait point de plus grande jouissance que de les recevoir , de lés examiner et de les faire placer avec ordre. Les arts lui durent autant que les lettres ; il 6t élever plusieurs édifices aussi sompiueiix que le permettait le goût encore peu formé dé son siècle. Ces profusions n'épuisaient point sa muniGcence; il

(i) ïiraboschi, ub, supr, , p. 49 ^ 5o»

a48 HISTOIRE UTTERAlRË

en exerçait un% partie k secourir les pauvres et les malheureux (i). U eut enfin toutes les vertus d*nn chef de la religion , et tous les goiks nobles et délicats, presque aussi nécessaires k un soureraia que les vertus •

Malheureusement son pontificat ne fut que de liuit annëes. Ce ne sont pas les nombreux éloges qui lui furent adresses de son vivant qui prouTent quHl les a mérites; ceux mêmes que lui donnèrent, après sa mort, les gens de lettres qu'il avait si bien traités, peuvent paraître suspects, et Toa pourrait aller jusqu'à suspecter encore tout ce que les écrivains catholiques attachés k la cour de Rome en ont écrit depuis ; mais lé savant Isaac Casaubon, qui était protestant, a tenu, dans la dédicace de son Poljbe , absolument le même langage. U a rendu le même hommage k Tltalie , qui fut la première k donner l'exemple du retour vers l'étude des anciens, et k ce souverain pontife, en qui cette étude trouva tant d'encouragements et de secours (2). Nicolas V est le premier pape qu'on doive regarder comme un véritable père des lettres. Que lui manqua-t-il pour obtenir, dans la mémoire et dans la reconnaissance de ceux qui les cultivent, et de C(îux qui les aiment, la place qu'un autre pontife obtînt depuis? un règne plus long, des ■I ■ I ■ ■ ■ I .«. ». • i.i,. I . ■ ». I I i^^ii^

(1) Tiraboschï , ub, supr. , p. 5o.

{2) ibid^ , p. 5i , 5a.

DTTALtE, CHAF. XVIII. ^{9

circonstances plus heureiises , et les lumières dW demi -siècle de plus.

Si Fe'tat de TÉglise ëtait agité , comme nous venons de le Toir^ au comtnencement de ce siècle j Fétat civil de Fltalie n^était pas beaucoup plus tranquille. Jean Galéas Yisconti , duc dé Milan , le pfus puissant des princes qui s*y étaient formé des souverainetés indépendantes^ partagea en mourant, en i4o2 , ses immenses domaines entre Jean-Marie et Philippe - Marie , ses deux fils légitimes, et Gabriel son fils légitimé. Mais la jeunesse de ces princes, confiée à un conseil de régence mal assorti et bientôt divisé, sous le gouvernement d*une mère violente et cruelle , fit que ce grand héritage dépérit promptement entre leurs mains. Plusieurs villes s^affranchirent^ ou reconnurent pour maîtres des hommes puissants parmi leurs concitoyens ; les princes voisins et les républiques de Florence et de Vepise s'agrandirent aux dépens des trois frères. Jean^^Marie se rendit odieux par ses cruautés, et fut massacré après environ dix ans de règne. Philippe-Marie , héritier de ses états , éprouva pendant trente-cinq ans toutes les vicissitudes de la fortune , tantôt porté au comble du bonheur et de la puissance, tantôt tout-k-fait abattu. Les dernières années de sa vie furent les plus malheureuses. Il vit plusieurs fois les troupes vénitiennes s'avancer jusque sous les murs de Milan, et piller toutes les campagnes. Le chagrin abrégea ses jours.

aSo HISTOIRE LITTERAIRE

Il mourut, eu 1 44? ? ^^^ ^^^^^^ ^'ncua >eiifam: mile pour lui succéder, mais seulement Blianchè^ sa: fille naturelle j mariée aVec Fratiçbis . Sforce ^ Kls du célèbre capitaine de cç nom, grand capitaine Im^ mème^ et que ce mariag^^ 3a brbY<>4re et son adreàée élevèrent bientôt après at^ souterrain pouvoir.

Philippe-Marie Visc^nti , d.ans sa vie ohigeose , eut peu de loisir pour cultiver leà lettrés , el p€u de moyens de les çncoui^ager : Fauteur de sa Vie.(Ji)lc représenté Cepetidant liomine ayant reçu une ^édwcation littéraire , âiniaM Dante et Pétrarque, et lés faisant lire souvent f étudiant aussi F Histoire de Lite-Live , et les Vies des hommes illustre^, écrites en français, que Tirpbo^chi croit avec raison n'arbir pu ôtre que des romans (2). ILaccorda des djistic^lions et des récompenses aux savants qui se trôw* vaient k sa portée , ou qu'il pouvait attirer a Milan^. 11 invita , par ses lettres , François Philelphe à Yy venir voir , et il le reçut si honorablement , que Philclphe avoue lui-même qu'il en était tout hors de lui (3). Si Philippe-Marie ne fit rien de plus pour les sciences , il faut donc s'en prendre moinis k lui qu'a sa fortune.

(i) Candido Becemhrio; voy. Script Rcr. itaL de Murât orî^ vol. XX, p. 10 14.

(2) Tom. VI , part. I , p. i4-

(3) A qua,.,. tam honorificè cUm exceptas ut me ohliium mel penè reddident. ( Phiielf. Epist. 1. III , ép. 6. )

Les prlïices[ de la maison d'Esté , souveraîiis de Ferrare, étaient déjà célèbres par leur amour pour les lettres ) et par raccûeil qu'ils faisaient aux litté* rateurs et aux savants. Le marquis Nicolas III (it rouvrir » en i4o2 , TUniversitc de Ferrare, fermée par le conseil de régence qui avait gouverné pen* dant S!pn bas âge. Les guerres qu'il eut bientôt à soutenir et les affaires politiques où il fut engage , ne lui laissèrent pas le temps de donner à cette école tout Téclat qu'il aurait voulu; il y appela potutant des professeurs habiles qu'il y fixa par ses bienfaits; et il confia au plus célèbre d'entre eux, k Guarino , dé Yérone , l'éducation de son fils Lionel. Ce fils, plus fameux que son père , profita 4eS:.leçons d'un si bon maître. 11 se distingua dès sa jeunesse par leâ qualités les plus brillantes de l'esprit , par unie mémoire prodigieuse , une éloquence naturelle et des connaissances au-dessus de son âge (i).- Parvenu au gouvernement, en i44ï 7 il n'oublia rien pour donner à l'Université de Ferrare un éclat égal a celui des plus célèbres Univer^çitiis d'Italie. Il s'entoura d'hommes instruits, de philosophes, de poëtcs; il se délassait dans leurs entretiens de la fatigue des affaires. Il cultiva luimême ïa poésie; et l'on a conservé de lui deux

(i) Voy. Aniichi Annali Estensi , dans les Scr^é Rer, iia!,, vol. XX , p. 453.

aSa HISTOIRE LITTERAIRE

sonnets , plus élégants que ceux de la^plupart des poëtes du même temps (i),.

Moins puissant que les seigneurs de Milan et de Ferrare, Jean-François dç Gonzague donnait h Mantouè les mêmes preuVés d*amour pour les sciences et de considération pour les savants. Il confia l'éducation de ses deux Gh et de sa fille , à un professeur de belles-lettres alors célèbre ^ mais qui , n^ayant laissé aucun ouvrage ^ n*a pas eii une cclébrilc durable : il se nommait Victorin de Feltro. Gonzague lui assigna de forts appointements (2) , et fît meubler pour lui une maison entière qu^il habitait seul avec ses élèves. On y voyait des galeries , des promenades charmantes , et des peintures agréa** bles qui représentaient des enfants se livrant aux jeux de leur âge. On Tappëlait la Maison joyeuse. L'historien de la vie de Victorin (3) fait une description touchante de Téducation paternelle que recevaient de ce bon professeur , non seulement les jeunes princes , mais beaucoup d'autres élèves qu'il avait la permission d'y admettre ; il lui en venait de toutes les parties de Tltalie, de la France ^ de FAUemagne et même de la Grèce ^ et son école

(i) Dans le recueil intitulé Rime de' Paeli FerraresL

(2) Vingt écus d'or par mois.

(3) Fr. Prendilacqua de Mantoue , son comtemporain et son élève. Cette histoire, écrite en latin, a été publiée par Kaiale délie Lasie , à Padoue , en 1774*

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seule donnait k Manioue une renommée égale k celle des Universités les plus.)[|élèbres. Yictorin de Feltro n^était pas seulement le.maltre , mais le tendre père de cette jeunesse studieuse ; il ne la formait pas uniquement aux lettres, mais aux vertus , et toujours en mêlant la douceur et les caresses aux leçons, la gaieté au recueillement et les jeux k rétude. On est surpris de trouver dans un siècle où il y avait encore de la grossièreté dans les moears, un modèle aussi parfait d^éducation littéraire et civile. Le titre seul que portait ce lieu dHnstructîon donne beaucoup k penser et k sentir. Il faudrait envoyer tous les pédants , je ne dis pas du quinzième siècle y mais de trois et même de quatre siècles après , prendre des leçons d^éducation k la Maison joyeuse.

Un état libre qui avait produit les trois grands hommes auxquels Tltalie devait sa gloire littéraire , où jusqu^alors les hommes ne s'étaient élevés que par leurs propres forces ou par celle des partis politiques qu'ils avaient embrassés, la république de Florence commençait , sans presque sans apercevoir, kchanger de forme, et les lettres ky trouver de l'appui dans une famille qui devait bientôt s'en Servir pour augmenter sa puissance et fonder sa gloire. Les Médîcîs, quelle que fût leur origine, étaient déjk depuis plusieurs siècles distingués k Florence par leurs richesses, acquises dans le conimerce , par les grands emplois qu'ils avaient rem-

a54 HISTOIRE LITTERAIRE

plîs, par leur attachement au parti populaire ^ qu*ils avaient toujours soutenu contre celui des "nobles. Jean de Médicis qui hérita vers la fin du quatorzième siècle du crédit et des richesses de ses aïeux, les augmenta considérablement eçi joignant à une application encore plus soutenue au commerce, une sagesse d'esprit et une théorie politique fondée sur Taffabilité, la modération, la libéralité , qui devînt la science de la famille et la source de sa grandeur. Lorsquil mourut, en 1428, Cosme, son fils aîné, avait près de quarante ans. C'était lui qui depuis long-temps gouvernait la maison de commerce, et sa considération personnelle était déjà si grande , que lorsque le pape Jean XXIII se rendit au concile de Constance, il voulut que* Cosme fût du nombre des personnages éminents dont il s'y fit accompagner. Fugitif peu de temps après, déposé, détenu par le duc de Bavière, il ne trouva que dans les Médicis de la générosité et "de Tamitié. Cosme le racheta pour une somme considérable , et lui donna ensuite asylc k Florence, pendant le reste de sa vie (i). On a dit que ce ci-devant pape avait amassé d'immenses trésors j qu'à sa mort, en i4i9> ïes Médicis s'en emparèrent , et que ce fut ce qui , joint aux leurs , les

(1) William l\oscoc, Vîe de Laurent de Médicis^ 1. 1^ p. 1 1 , éd. de Bdle, 1799. On a en français une fort bonne traduction "de cet ouvrage , par M. Thurot,

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rendit les plus riches particuliers de Florence , de ritalie et même de l'Europe . Ce bruit répandu par Philelphë, ennemi des Médicis, et trop légèrement adopté par Plàtina (i), est une calomnie dont Scipion Ammirato a démontré Tabsurdité dans le dix-huitième livre de son histoire (a).

Gosme, resté maître de cette immense fortune et de ce grand pouvoir, ajouta encore k Fune etk Fautre. Les orages qui s'élevèrent contre lui, son exil , son rappel \ Taccroissement de puissance qui eu fut la suite , et qui lui donna pour toute sa vie , une espèce de magistrature suprême sans titre, et une autorité presque sans bornes , n'appartiennent point k cet ouvrage. La conduite politique des M édicis, leur usurpation adroite, et la substitution faite par eux du gouvernement ducal k la constitution républicaine de Florence, doivent être renvoyés de même k l'histoire de cette République ; ici, nous ne devons considérer dans Cosme de Médicis que le généreux protecteur des sciences , des lettres et des beaux-arts.

A Venise , pendant son exil , quoiqu'il évitât d'affecter le luxe et la niagnificence , sa simplicité était, pour ainsi dire, celle, d'un souverain. Un

(i) Quem ( Cosmum Medic^m ) fumines existimant pecumà Baidesaris opes suas in tcaUum auffme.^.ut^ etc. Platin. , in y ita Martini F.

(j&) Tom. II , p. 985. A. R ,

trait sufHt pour en donner Tidée. Il fît bâtît* et or* ner à ses frais , par le célèbre arcbitecte floretitin Mickellozzoy qui Tavait suivi, une bibliothèque pour le monastère des Bénédiclins de St.*Georges ^ et la fît remplir de livres , voulant laisser k Venise tm monument de sa reconnaissance pour Faccueil qu'il y avait reçu, de son amour pour les lettres et de sa libéralité (i). Ce furent-lk, dit Vasari (2) , les amusements et les plaisirs de Cosme dans son exil. Lorsque son parti, devenu le plus fort, Teut fait rappeler h Florence , tous les chefs du parti contraire ayant été bannis, plusieurs condamnés sous d'autres prétextes k une prison perpétuelle et même k la mort (3) , voyant tout redevenu tran-

(i) Angelo Fabroni, Magni Cosmi Medicei Vita, Florent., 1789 , in-4**« 9 p. 42»

(a) Vita di Michellozzo Michellozi ^ t. I , p. 287. Ed. de Rome, 1789, în-4**.

(3) L'historien anglais de la Vie de Laurent de Médîcisj M. Koscoe, dissimule Y comme s'il était Florentin, et de l'ancien parti de cette famille, les rigueurs exercées en cette occasion, non pas , il est vrai , par Cosme lui-même ,- mais par ses partisans, pour sa cause , et pour ses intérêts personnels , quoique au nom de la république. Le dernier auteur florentin de la Vie de Cosme s'exprime à cet égard comme aurait pu faire un Anglais , et comme le doit tout ami des hommes , de la justice et de la vérité. Voy. An-^ ffelo Fabroni , ub, supr^, p. 49 9 ^o et 5i, surtout dans ce passage : Horrere soleo cum remiiùscor toi aut nobUitaie aut gestts ma§isiraiibu$ claros piros^ etç*

DITALIE, CHAP. XVIII. . a57

quille autour de lui , et certain dësormais de son pouvoir y il put satisfaire la noblesse et la gënérositc de ses goûts. Il s'entoura de savants, de philosophes et d'artistes dont il encourageait les travaux . et dont la société instructive était le dé-* lassement des siens. La découverte et racqubition des anciens manuscrits devint une de ses passions les plus fortes. Il y employa cette élite de savants dont le zèle égalait les lumières, et n'épargna rien ni pour le succès de leurs recherches, ni pour les en récompenser. Plusieurs d'entre eux , après avoir parcouru l'Italie , la France et l'Allemagne , passèrent en Orient , et en revinrent avec d'abondantes moissons. Nous verrons, en parlant de chacun d'eux , les services de ce genre qu'ils rendirent aox lettres. ' Médicis était le point central , et comme la cause première de tout ce mouvement scientifique imprimé à des esprits éclairés et actifs, pour recouvrer et conserver des trésors littéraires , qui, sans cette impulsion peut-être, ou même si elle eût été plus tardive^ auraient entièrement péri. Ce n'était pas seulement ses richesses , mais l'étendue de ses relations commerciales avec les différentes parties de l'Europe et de l'Asie , qui le mettaient k portée de satisfaire cette noble passion. Ses savants émissaires arrivaient, avec des recom-» mandations qui étaient comme des ordres, dafis des pays qui leur étaient absolument inconnus et dans les régions les plus lointaines ; tous les dépôts

et tous les crcdlls leur éiaicnt ouverts. La chute lente et progressive de Tempire de TOrient leur facilita l'acqulsitiou d'un grand nombre d'ouvrages inestimables dans les langues grecque , hébraïque , chaldéenne, arabe, syriaque et indienne. Tels furent les commencements de cette riche et précieuse bibliothèque que Cosme laissa k ses descendants , et qui , surtout considérablement accrue par Laurent son petit-fils, jouit dans rénidiiîon européenne, d'une réputation si grande et si bien méritée, sous le titre de bibliothèque Mediceo^ Laut^ntienne^

Un fiutre citoyen de Florence, Niccolo Niecolij faisait à peu près le même emploi <le sa fortune; mais comme elle était assez bornée, il la dérangea par ses libéralités. 11 était parvenu k rassembler huit cents volumes grecs, latins et orientaux, nombre qui était alors considérable. Ce n'était pas d'ailleurs simplement un curieux , mais un savant amateur des lettres. Il recopiait souvent luimême les anciens ouvrages, mettait le texte eu ordre , corrigeait les fautes des premiers copistes ; et c'est lui qui est regardé en quelque sorte comme le père de ce genre de critique (i). Il fut aussi le

(i) Illud quoque animad^ertcndum est Nicolaum Nîccolum i>eluti parcnteni fuisse artis criticct , quœ auctores ifeieres distùi" guit emendaUiue, ( Mehus , Prœf, m Vit. Ambrosii Cumald.

DITAUE, CHA?. XVIIL 259

premier, depuis les anciens, qui conçut Tidce d'une bibliothèque publique (1). A sa mort (2), il laissa, par son testament, la sienne pour cet usage , sous la surveillance de sei^e curateurs. Cosme de Mëdicis était du nombre, ce qui prouve, dW côte, qui! était regardé comme un homme instruit et scié pour la conservation des livres ; et de Tautre , que , mal» gré ses richesses et le pouvoir qu*elles lui don* naient à Florence , il était toujours traité en égal parmi ses concitoyens. Niccolo avait laissé beau-* coup de dettes » qui pouvaient empêcher l'effet de SCS bonnes intentions. Cosme se lit donner par ses associés le droit de disposer seul des livres, k con-* dition qu il paierait toutes les dettes. Ayant généreusement rempli cette condition , il fit placer les liyres , pour l'usage public , dans le monastère des Dominicains de Saint-Marc, qu'il venait de faire bâtir avec la plus grande magnificence, et pour laquelle , selon Fasari (3) , il n'avait pas dépense moins de trente-six mille ducats. C'est l'origine d'une jautre célèbre bibliothèque de Florence,

im.

(^i) Pog^o ^ Oraison funèbre de Niccolo Nicoli ^ Pogglî Opéra ^ Basilcœ, i538 , in-fbl. p. 076.

(a) En i436.

(3) Vita di IMkItelozzo Michclozii ^ uh, ^upr.^ p. 291. Vasari ajoute que pendant tout le temps que Ton mît a bâtir ce grand édifice , Cosme du Médccis paya aux religieux d^^ Si .-Marc trois cent soixante- six ducats par an pour leur nourriture.

«6o HISTOIRE LITT ÉRAIftE

coDDue sous le nom de bibliothèque Marcienne ^ ou de Saint-Mare , et qui reconnaît pour fondateur Cosme de Médicis , k aussi juste titre que Niccoh Niccoli lui-même. Pour en mettre en ordre les manuscrits précieux, Cosme se fit aider par Thomas de Sarzane (i), alors pauvre ecclésiastique, mais homme d'une érudition profonde; excellent copiste de livres , et destiné à une élévation , dont ses rapports avec Cosme furent le premier degré. 'Pca d'années après (:i), ce copistjp était devenu pape; et ce fut lui qui ,« sous le nom de Nicolas Y, fit pour pour les lettres k Rome , ce qu'il avait vu Médkis faire à Florence (3).

Sous Eugène IV, son prédécesseur, Cosme avait eu une belle occasion de satisfaire son penchant pour la magnificence, et de donner un nouveau développement à ses goûts littéraires. Eugène , qui avait transféré son concile de Baie à Férrare , fut forcé par la peste , un an après , k le transporter k Florence (4). Il s'agissait de la réunion de l'Eglise grecque et de l'Eglise romaine. C'était donc le pape , les cardinaux et les prélats d'une part; de l'autre , le patriarche grec , ses métropolitains , et l'empereur d'Orient lui-même (5), que Florence

(i) 'J'iraboschi , t. VI , part. I , p. loa.

(2) En i4.47«

(3) Voy. r i-dessus , p. 244*

(5) Jean Paléologue,

©ITALIE , €HAP. XTIII. 96 1

allait recevoir. Cosme venait d'être pour la seconde fois revêtu de la charge de gonfalonnier. Il reçat au nom de la république , mais k ses frais , tous ces illustres étrangers j et cette réception, et les honneurs qu'il leur rendit, et les traitements qu'il leur fit pendant tout leur séjour k Florence , furent si magnifiques et si splendides ^ qu'il flatta sensiblement l'orgueil de ses concitoyens, et qu'il augmenta de plus en plus son crédit et son autorité, fans déranger sa fortune, supérieure k ces dépenses fastueuses et k ce luxe de «onverain.

Les savants grecs. qui vinrent k ce concile , pour défendre , dans la controverse avec les Latins , la cause de l'Eglise grecque , trouvèrent Florence fa^ pdlîarlsce avec l'étude de leur langue. Cette étude y avait langui peu de temps après la mort de Boccace : Emmanuel Chrysoloras l'avait fait refleurir. Ce Grec illustre, né k Constantinople , . vers la moitié du quatorzième siècle , après y avoir enseigné les belles-lettres, avait éié envoyé k Venise par son empereur (i), pour y soUiciter des secours contre les Turcs; et, dès ce premier voyage, plusieurs gens de lettres italiens étaient allés prendre de ses leçons. Il était de retour k Constantinople^ lorsque , de leur propre mouvement , les Florentins lui offrirent de venir dans leur ville professer

(i) Manuel Paléologue, en iSqS..

la lltléralure grecque, avec cent ffôrins d'honoraires , et uji engagement pour dix atis. H s'y rendît vers la fin de 1396, et c'est de son école qye sortirent jimbrogio Tra\>ersari , général des Camàldules , Léonardo Bruni d'ArezfK) , Giannozzo Ma^ netti j Palla Strozzi j Poggio ^ Filelfo , et d'autres encore, qui formèrent k Florence, une espèce de colonie grecque. Chrysoloras n'y resta qu'environ quatre ans. Dès le commencement du quinzième siècle , il se rendit k Milan auprès de l'empereur Manuel , qui venait de passer en Italie . Il y ouvrit aussi une école, comme partout où il faisait quelque séjour ; mais bientôt il fut chargé de mis^oas importantes , par cet empereur , auprès des puis^ sances d'Italie j par le pape Alexandre V (i), auprès du patriarche de Constantinople; par Jean XXIII, au concile de Constance, où il mourut en 14 15 (2). Parmi les savants grecs venus au concile de Florence , on distinguait le vieux Gemisuis Plcthon , qui avait été le maître d'Emmanuel Chrysoloras. Sa longue vie avait été consacrée a l'étude de la philosophie platonicienne , encore nouvelle pour la plupart des savants d'Italie , chez qui la philosophie d'Aristote était presque seule en crédit. Dès que les devoirs publics de Gemistus le lui permet-

(i) Voy. Tiraboschi , t. VJ, part. H, p. 118. (2) Hodius , de Grccris illustrlbns , etc. , !• I , cipr 2. ; Tiraboschi ^ ub» supr.

DITALIE, CHAP. XVrn; 263

taient, il s^attachait k répandre ses opinions, et il ne négligea poipt cette occasion de les propager a Florence. Cosme , qui Fallait entendre assiduement, fat si frappé de ses discours, qu'il résolut d'établir une académie, dont Tunique objet fut de cultiver celte philosophie si nouvelle et d'un genre si élevé. Il choisit pour la former et la diriger , Marcile Ficin, jeune encore, mais déjk très-versé dans la philosophie platonicienne, et cpi réponditf parfaitement au choix que Cosme avait fait de lui. L'académie platonicienne de Florence acquit dans peu d'années une grande célébrité. Ge fut, en Europe I la première institution consacrée U la science, où l'on s'écartât A% la méthode des scho* kstiques , alors universellement adoptée , et quoique ce ne soit qu'après la mort de Ck>sme qu'elle prit son plus grand accroissement, c'est à lui qu'appartient la gloire de l'avoir fondée.

Le concile, qu'il avait si bien traité, eut à Florence le dénouement le plus heureux. Eugèiie IV fut unanimement reconnu par l'assemblée pour successeur unique et légitime de saint Pi«rre; le patriarche et ses Grecs eurent la gloire de se soumettre, pour le bien général de l'Eglise chrétienne, aux arguments et aux explications du clergé romain. Jean Paléologue, qui avait pris part k la controverse comme théologien , se réjouissait comme empereur d'une réconciliation quelconque, espérant que les princes catholiques viendraient k son

a64 HISTOIRE LITTERAIRE

secours , et le défendraient contre les Turcs. Il s^aglssait de son empire. Tandis qu'il écoutait argumenter, et qu'il argumentait lui*même en Italie, ses états étaient envahis ^ sa capitale menacée. Il y retourna sans avoir obtenu les secours qu'il avait espérés. Les prêtres de son clergé furent moins raisonnables que le patriarche et les évoques; ils' refusèrent de reconnaître le Pontife romain pour chef; plusieurs de ceux qui avaient signé le décret de Florence se rétractèrent ; et l'empereur , presque sous le canon des Turcs , fut forcé de s'occuper de 5es controverses sacerdotales. L'empire grec tomba enfin. La prise de Constantinople par Mahomet II , en 1 453 , est une de ces catastrophes qui retentissent dans les siècles , et donnent on nouveau cours aux chances des destinées humaines.' Les sciences et les lettres profitèrent en Italie, et surtout à Florence, du désastre qu'elles éprouvaient en Orient. Les succès précédents des professeurs grecs, et le zèle connu de Cosme de Médicis pour la gloire et le progrès des lettres , engagèrent plusieurs savants fugitifs à y chercher un asyle ; ils reçurent de Cosme l'accueil qu'ils avaient espéré; la philosophie platonicienne acquit en eux de nouveaux soutiens , et fut décidément en état de tenir tête a celle d'Aristote (i).

Cosme avançait en âge au milieu de ces grandes

(i) M. Roscoe , p. 46 , ub* supn

DITAUE, cHAf. XTin. i65

occupations et de ces douces jouissances. Sa consi-* dëration au dehors ëgalait le pouvoir dont il jouis* sait dans sa patrie , et s'augmentait par la nature même de ce pouvoir^ qui faisait attribuer toute sa force aux qualités morales de celui qui Texerçait. Il traitait d'égal à égal avec les puissances de TEu* rope f et trouyait quelquefois ailleurs que dans sa politique et dans ses richesses les moyens de traiter avantageusement. Celui qu'il employa avec A1-* phonse, roi de Naples, mérite d'être remarqué; et cet Alphonse lui^même^ que les Espagnols appellent le Sage et le Magnanime ^ doit j malgré ses vices j beaucoup plus grands que ses vertus , occuper une place dans l'histoire des lettres*

Le royaume de Naples était depuis long-temps déchiré par des guerres extérieures et par des troubles domestiques ; les lettres y étaient tombées dans le discrédit et dans l'oubli. Après la mort de Charles de Duraz y assassiné en Hongrie , Ladislas son Gis, que nous appelons Lancelot, avait eu h disputer son trône contre Louis II , duc d'Anjou; il était mort excommunié et empoisonné ( i ).

(i) L'historien Giannooe rapporte comme un bruit public, è famaj que les Florentins gagnèrent à prix d'or un médecin , pour qu'il sacrifiât sa fille , en mêmç temps qu'il les déferait de Ladislas, en empoisonnant chez elle les sources du plaisir; et il exprime avec une naïveté qu'on ne pourrait se permettre dans notre laague , la aature et les effets du poison. Voy. Istoria ciyfik del regno di NapoU^ L XXI V, c. 8.

266 HISTOIRE LlTlIERAIRE

Jeanne II, sa sœur, qui lui succéda, n^cst connue que par ses faiblesses, ses fautes et ses malbeurs» Dans les émbafras où elle s^était jetée, elle adopta imprudemment Alphonse, qui la secourut d*abordy Topprima ensuite, Tassiégea, la força d'invoquer contre lui d'autres secours, comme elle avait Invo* que le sien. Délivrée par François Sforcc, encore jeune^ et dont cette délivrance fut le premier exploit, elle adopta Louis III d'Anjou, qui mourut peu de temps après , et k sa place René d' Anjoii son frère. Ce René fit , après la mort de Jeanne , des efforts inutiles pour hériter d'elle ; Alphonse était maitre de la succession , et s'y maintint. La France appuya les prétentions de René; l'Espagne^ la possession d^ Alphonse. Deux grands états se firent long-temps la guerre pour soutenir Tuné eontre l'autre deux adoptions de la même reine»

Alphonse resta définitivement roi de Naples* A ne considérer que le bien qu'il fit aux sciences el aux lettres , il se montra digne des titres que les 'Espagnols lui ont donnés. Il appelait k sa cour les savants les plus célèbres, et semblait les disputer - au pape Nicolas V et à Cosme de Médicis. Les mêmes que l'on voit fleurir auprès de ces deux protecteurs des lettres, se rendaient aussi auprès d'Alphonse, et y étaient comblés de faveurs et de récompenses. Le roi se faisait lire tous les jours quelque ancien auteur, et cette lecture était souvent interrompue par des questions d'érudition ou de philosophie

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qu^il faisait lai^même ^ ou qu'il permettait de faire devant lui» Toute personne instruite avait le droit dy assister. Alphonse y admettait même des enfants qui montraient du goât pour Fëtude , tandis qu^aux heures destinées a ces exercices de Tesprit il ne souffrait dans son appartement aucun de ces couitisans oisifs qui n'y venaient chercher qu'un maître^ Un jour qu'on lui lisait l'histoire de Tite- Live , il fît taire un concert harmonietix dinstrUments pour la mieux entendre. U était malade à Gapouç; Antoine de Païenne ^ ou Panormila^ lui lut la vie d'Alexandre, par Quinte-CurCe, et le ro^ prit tant de plaisir a cette lecture qu'il n'eut pas besoin d'autre médecine pour se guérir. 11 ésl vrai que c'est le Panormita qui raconte lui-même ce trait , dans l'higitoirc d'Alphonse qu'il a écrke en latin ( 1 ) ^ et il pourrait bien avoir exagéré l'effet de sa lecture. Dans les guerres qu'Alphonse eut à soutenir , il ne laissait pas passer un jour sans se £iire lire quelque trait des Commentaires de César. Il prenait un plaisir extrême à entendre de bons orateurs. Lorsque Giannozzo Manetti fut envoyé par les Florentins en ambaascde auprès lui 5 Alphonse fat si charmé de son discours , et l'écouta y dit-on , avec une attention si profonde^ qu'il ne leva même pas la main pour chasser uiie mouche qui s'était placée sur son nez. C'est peut-être à ce trait un peu

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