‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 102 sur 384 · Tome IL Y · texte numérisé non relu

Tome IL Y

17(> LÉPORIUS,

■ S. Docteur, Léporius étoit d'une famille distinguée dans le monde, el descendent des personnes les plus considérables de son pais. Après la rétractation de ses erreurs, il fut reçu pauvre dans le Clergé d'Jlîppone, aïant renoncé à ses biens, cl étanl déjà Moine, avant qu'il sortît de sa patrie. Il liàiii dans un jardin à Hippone ou dans le voisinage un monastère, pour servir de retraite à ceux qui l'y avoient accompagné, et qui y vivoient en Moines. S. Augustin avoit tant de confiance en lui, qu'il lui donna la commission de faire construire un hôpital. Le Saint fait beaucoup d'estime de son détachement. Quelques personnes néanmoins n'en pensoient pas de même, et lui croïoient de l'argent et du revenu. C'est de quoi S. Augustin le justifie lui-même avec son éloquence ordinaire.

\ug. ep. -2i3. n. i. ' Léporius souscrivit en qualité de Prêtre, tel que nous avons vu que S. Augustin le qualifie dans un de ses Sermons, l'acte d'élection d'Héracle, ou Erade selon d'autres, pour succéder à S. Augustin. Cet acte est daté du 26e jour de Septembre 426; mais Léporius vécut encore plusieurs années au-

Cass. ne. i. i.c. delà. ' Cassien dit assez clairement qu'il étoit encore au monde, et résident en Afrique, lorsqu'il composoit son ouvrage sur l'incarnation contre les Nestoriens vers 430. Il y a toute apparence que son attachement à l'Eglise d'Hippone l'y retint

Fac. ibid. tout le reste de ses jours, et qu'il y finit sa vie. ' Facundus

semble avoir cru qu'il étoit Prêtre, dès le temps qu'il tomba

Cass. ibid . i Genn. dans l'erreur. ' Mais»Cassien et Gennade nous donnent à entendre qu'il ne le fut qu'après sa retraite en Afrique, et après

Lep. p. 345; 357. sa rétractation.' Aussi Léporius dans le titre et dans la souscrip-

î, Jg' ep" ' n" tion de sa letre, ne prend aucune qualité qui en approche ; et les Evêques qui parlent de lui, ne lui en donnent point d'autre que celle de fils.

SES ECRITS

La rétractation de Léporius est devenue un monument aussi édifiant pour les Fidèles, que célèbre dans l'Egli- Tiii. h. E.t. i3 se. ' On ne peut voir en effet rien de plus humble que cette 3io88346. Lep' p' pièce. Dès le titre elle porte des marques de l'humilité que son Auteur avoit dans le cœur; Léporius y prenant la qua-

PRÊTRE. m

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lit/- île petit, cm d'humilié, exiguus. II avoue avec simplicité toutes 9es erreurs, exagérant plutôt sa faute, qu'il neladimimi(;. ' Il ne s'excuse qu'en disant qu'il avoil défendu l'erreur Lep. p par ignorance, en la prenanl pour la vérité, et l»'- ténèbres pour une véritable lumière; avouant qu'il croïoit si faute iinpardonnable, s'il avoit agi contre sa conscience, ' mai> qu'au ,. peste on avoit eu raison de le traiter comme l'on avoit l'ait. ' Il débute par l'aveu de son égarement et par la déclaration p ui qu'il consent volontiers d'être lui-même son propre accusateur; témoignant autant de confusion de l'état déplorable où il avoit été auparavant, que de joie et de satisfaction d'y avoir renoncé/ 11 y avoue que quelques-uns de'ses frères plus éclai- p. 348. rés que lui, aïant voulu l'instruire, bien loin de se rendre à la lumière qu'ils lui montroient, il les avoit regardés comme des aveugles. ' Mais ce qu'il dit lui avoir fait plus de peine, P. .;;: lorsqu'il eut ouvert les yeux, c'est qu'il s'étoit efforcé de soutenir ses erreurs au grand scandale de beaucoup de personnes.

C'est pourquoi il veut que sa rétractation serve non-seule- p. 348. ment à détruire l'écrit de sa part, qui avoit causé le scandale et blessé la charité des Fidèles, ' mais aussi à condamner tout p. 3^0. ce qu'il avoit avancé contre la foi Catholique, soit dans ses exhortations publiques, soit dans ses discours familiers, et même tous ses sentiments intérieurs qui avoienf pu y être opposés.

'Après avoir détaillé les erreurs qu'il avoit eu le malheur de p. 34suivre, et la foi qu'il avoit embrassée depuis, et qu'il proteste garder jusqu'à la fin de ses jours, il prononce anathéme contre AriuSjPhotin, Sabellius, Eunomius, Yalentin, Apollinaire. Mânes, et en général contre tous les Hérésiarques ; mais sans 5 rien dire de Pelage.

Gennade dit cependant qu'aïant commencé à suivre le Genn.vit.m.c dogme des Pélagiens, il fit son écrit pour en demander pardon, et pour rendre grâces à Dieu de l'en avoir tiré; corrigeant en même temps les mauvais sentiments qu'il avoit sur l'Incarnation. ' Il semble par-là, remarque M. de Tillemont. iiii. hv\. qu'une grande partie de la letre de Léporius étoit contre les Pélagiens. Néanmoins ce que nous en avons ne regarde que l'Incarnation ; et tout ce que l'on en peut rapporter au Pélagianisme, c'est la confession qu'il y fait en un endroit de la grâce qu'il avoit recûë, de renoncer à l'erreur pour embrasser la vérité. De sorte qu'il faudroit dire, ce semble, que nous

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n'avons pas cette letre en Bon entier. Mais il n'est pas nécessaire d'en venir là ; et l'on va s'en convaincre .

Il est vrai que Léporius a été acensé de Pélagïanisme ; mais ce n'esl pas parce qu'il suivoit explicitement tous les dogmes de Pelage. C'étoit seulement à cause de la conséquence due l'on tirôît des principes qu'il posoil contre le mystère de l'incarnation, et d'où s'ensuivoit le fonds de la doctrine dé cet Hérésiarque, comme nous l'avons montré m Cass. inc. 1.1. c faisant l'histoire de Léporius. Par' exemple, enseignant que îoi? 'iLep.p'. :uk! J G. n'étoit pas né Dieu; qu'il avoil acquis la divinité par le 3S3.3si. mérite de ses travaux et de ses souffrances; qu'il avoit vécu

sans péché, non par l'union de la divinité, mais par le bon Cass. i. î. c. s. usage qu'il avoit fait de son libre arbitre, etc.' De tout cela p" 9G6- il s'ensuivoit 1°. qu'entre J. C. et les hommes il n'y avoit

nulle différence ; 2°. qu'ils pouvoient, comme lui, par euxmêmes et sans le secours de Dieu vivre exempts de péché, acquérir la sainteté, etc. C'est sur cette dernière conséquence i.i. c. *. p. 968. que Cassien et Gennade ont imputé à Léporius les sentil Genn. îbid. ments de Pelage, comme leurs paroles le font voir, • et que les Sçavants en conviennent. Ainsi il suffisoit que Léporius rétractât les principes de sa fausse doctrine, et qu'il anathématisât les auteurs de qui il les avoit pris ; après quoi toutes les conséquences que l'on en tiroit, ou pouvoit tirer, se trou voient détruites et condamnées, sans qu'il fût nécessaire de les spécifier.

Lep. p. 353. 354. 'Il n'a pas laissé néanmoins de rétracter en particulier la première des deux conséquences que nous avons marquée, et p. 353. ' d'établir des principes solides pour détruire la seconde. Car

il reconnoît que son retour à la vérité, et la foi qu'il professe depuis, ne viennent point de lui-même ou du mérite de sa propre sagesse ; mais que c'est un pur don de Dieu, et un effet de la toute puissance du Très-haut. De même que nous devons lui rapporter tout l'honneur et la gloire de ce que nous sommes créés en J. C. et que nos pertes se trouvent réparées en lui. Qu'enfin nous devons éviter de nous glorifier en nous-mêmes, parce que nous et tout le bien qui est en nous, est son ouvrage.

p- 357. ' La letre ou l'écrit de Léporius, fut dressée, ou au moins

p- 358. signée dans l'Eglise de Garthage ' en présence des quatre Evê-

ques d'Afrique, que nous avons déjà nommés, et qui la souscrivirent. Elle fut aussi souscrite par Domnin et par Bon,

PRÊTRE. 17:i

compagnons de Léporius, qui après avoir eu le malheur 7 3!W Au d'embrasser les mêmes erreurs ,j atlestent qu'ils suivent lamé- Kg n.s. me toi. Mais afin de lui donner | »1 us d'autorité* ' les quatre Auf. iud.n 1 Evoques Aurele, S. Augustin, Florent et Secondin, l'accompagnerenl d'une letre en leur aom, adressée comme celle de Léporius aux Evêques Procule et Cylinne. Ils en usèrent ainsi à dessein d'une part de confirmer la sincérité de la conversion de Léporius, ' et de l'autre de les prier de le rece- B. 3. voir en leur communion, comme ils avoient déjà fait euxmêmes, et de répandre son écrit par-tout où ses erreurs avoient causé du scandale. ' Le Pape Jean II témoigne même qu'elle Lep. pr. fut encore approuvée par un Concile d'Afrique.

' Il y a des Sçavants qui croient, et le P. Quesnel s'est mis Léo, t. 2. P. 90cbeaucoup en fraiz pour le prouver, que l'écrit de Léporius est 9U8 moins son ouvrage que celui de S. Augustin. ' 11 est vrai que t. 1. ep. 134. P. S. Léon, et peut-être encore quelques autres Anciens, le 710 citent sous le nom de ce Père. Mais sans entrer dans cette discussion que nous ne croïons pas bien nécessaire, il suffit pour nôtre dessein que cet écrit porte le nom de Léporius, et que nous voïons ' que les quatre Evêques d'Afrique recon- Aug.ep. 219. n. 3. noissent qu'il est de lui , ' et que Gennade l'ait cru de même, Genn. vir. m. c. et en conséquence ait mis Léporius au nombre des Au- 59teurs Ecclésiastiques. Tout cela est vrai, et il ne nous en faut pas davantage. Assurément ce seroit vouloir deviner des choses inconnues, que de prétendre décider que cet écrit est plutôt sorti de la plume de S. Augustin, que de celle de Léporius. Mais on y trouve, dit-on, le style et beaucoup d'ex- Léo, t. 2. p. 908. pressions de ce Père ; a et si S. Léon n'avoit sçû certainement ?p. à», n. 3. qu'il étoit de lui, il ne l'auroit point cité sous son nom. b Dail- b p- sosn '■ leurs Léporius ne dit point qu'il en est l'Auteur, mais seulement qu'il contient sa foi et ses sentiments. Nous convenons que cet écrit a beaucoup d'air de ceux de S.Augustin; mais cela sera apparemment venu ou de ce que ce Père l'aura retouché, ou de ce que Léporius étant devenu son disciple, se sera fait à son style comme à ses expressions. A l'égard de ce que l'on dit de S. Léon, il suffisoit qu'il vit cet écrit autorisé par la signature de S. Augustin pour le citer sous son nom, comme contenant sa doctrine sur le mystère de l'Incarnation. Ainsi il l'aura attribué à S. Augustin, parce qu'il contenoit les sentiments de ce Père, comme le Père Quesnel veut que les Evêques d'Afrique l'aïent donné à Léporius , parce qu'il con-

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m léporius,

tenait les siens. Enfin La raison prise de Léporius même ne prouve non plus que récrit n'est pas de sa composition, qu'elle prouveroil qu'il n'auroit pas été de Bon écriture.

Mais ce qui est incomparablement plus fort en faveur de Uér porius, que loui ce que l'on objecte contre lui, c'est que pour peu d'attention que L'on veuille donnera la Lecture de sa rétractation, l'on conviendra que c'est le Langage d'un cœur pénitent et humilié, et qu'il faut avoir senti ce qui y est dit, pour l'exprimer de la sorte. Si elle étoit d'une autre plume que la sienne, ce seroit l'esprit et non le cœur qui y parleroit. Elle seroit peut-être mieux raisonnée ; mais elle seroit moins touchante. On y trouveroit peut-être de plus grandes beautés ; mais il y auroit moins d'onction, de simplicité et de candeur. En un mot il n'y a que Léporius même qui ait pu nous développer tous les replis de son cœur, comme on les y voit développés, et nous apprendre toutes les particularités que nous y lisons sur son sujet.

Cassien contemporain de Léporius, copie plusieurs endroits de sa letre dans son Traité sur l'Incarnation, et l'en reconnoît LeP pr. Auteur, comme fait aussi Gennade dans le même siècle. ' De

même le Pape Jean II dans sa letre à Aviene et aux autres , et Facundus d'Hermiane la citent aussi sous le nom de Lépo- Tiu. ibid. p. 884. rius, pour autoriser la foi orthodoxe. ' Il faut même qu'elle ait été célèbre dans l'Orient, puisque dès l'an 430, les Moines de Constantinople mettent Léporius entre ceux dont ils disent que l'Eglise a reçu la doctrine; le comptant ainsi en quelque sorte parmi les Pères et les Docteurs de l'Eglise. C'est l'honneur que lui a acquis son humble pénitence.

On a donné divers titres à cette rétractation de Léporius. cass. inc i. i. c. ' Cassien la nomme sa confession, ou plutôt, dit-il, son gé- 4. 5. p. 9fi9. missement, deploratio, ou la letre de ses pleurs et de sa péni- Genn . ibid. tence , flebiles confessionis ac planctus sui literœ ; ' Gennade la

Fac. î. ii c. 4. qualifie l'opuscule de sa correction ; ' Facundus la traite, de sa p- 3± satisfaction; a Trithéme, le correctif contre l'hérésie. b Mais

a Trith. vir. ill. e. • t j. • i ■ â • -, .t^a • i

i4i. ni Léporius lui-même, ni les quatre Lveques qui la souscri-

biLAPcr p' 33723q8 vn"ent ne lui donnent point d'autres titres que ceux ou d'opusn. 3U°' ' cule ou de letre. c Dans les Imprimés elle est intitulée, l'Acte

mctPi pi 34i~34G| ou l'Opuscule de la correction ou de la satisfaction de Léporius, ou simplement l'Opuscule de Léporius, qui est qualifié Prêtre dans quelques-uns, quoiqu'il ne le fût que dans la suite, comme nous l'avons dit.

PRÊTR] 173

\ S1ECLI

• Ne rétractation fut imprimée peur la promis i ^~^j J"~J

Pari^ch v - . Cramoisj l'an 1630 en un volume in-8 avec les Opuscules de Capréole Evéque de Cartl - l de quelques autres, par les soins du P. Sirmond. ' Elle fut en- . i. *. p.

suite insérée dan- la collection des Conciles imprimés au Lounon dans h- 38* volume, comme on lit dans l'Histoire du Pélagianisme du Cardinal Noris, mais dans le quatrième. ' Elle se trouve aussi au second volume de la même collection i parle P. Lahbe. 'Deux ans après le P. Garnier Jésuite la » donna plus correcte dans sesD ssertations sur Marins Mercator. Depuis elle a été mise dans la Bibliothèque des Pe- w ; "

5, ■ et enfin réimprimée dans le recueil des œuvres du P. .si-, op. t. i.p. Sirmond. nn a pu remarquer dan- l'extrait que nous ai donné de cette pièce, que Léporius fait mention d'un écrit '-'; qu'il avoit composé pour soutenir et répand* - - rreurs. Mais le souhait qu'il fit dans la suite en le rétractant, de le voir entièrement aboli, a été exaucé à la letre ; et l'on n'en trouve plus rien aujourd'hui, que le peu qu'il en rapporte dans sa rétractation.

EvEQlE DE Boi'RDEAIX.

Samand est célèbre dans les letres de S. Jérôme, et h i. Am.

.encore plus dans celles de S. Paulin de Noie. On ne ; '',uy !? .'

sçail rien de certain touchant sa naissance ; qu* iqu'il paroisse 36né peu après le milieu du IV siècle dans la ville même de Bourdeaux, ou dans le Diocèse. ' Dès son enfance il com- ^'- e£ -■ j battit pour J. C. et fut élevé dans l'étude des Letres sacr- i où il puisa une doctrine toute sainte. ' Jamais il n^ fut souillé çi'-1-- n- l* par le commerce du monde, ni par les péchés de la chair. Cette pureté de vie le rendit si agréable à Dieu, que S. Paulin le prie de dire au Seigneur en sa faveur, comme autrefois lioyfi : urlepeuple d'Israël, ou pardonnez-lui. ou eff'aeez-moi de votre livre.

Il fut un des principaux instruments dont Dieu se servit, ep. s. n.4|«p.9. pour opérer la con ver-ion du même S. Paulin : et la manière dont celui-ci en parle, fait juger que ce fut S. Amand qui le Pauuuus. p. m

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