JE A N C ASSI EN
P ii.i i i Ai i.i \ Marseille.
HISTOIRE DE SA V!K
Jrw surnommé Cassien, selon l'opinion la plus com- Pn». chr.p. 745. muni', appuyée sur l'autorité de-Gennade, étoit de lape- m | tXiTb". e! t! lit»- Scythie, l'une des provinces de la Thrace. ■ Cependant i\,'- r,T- 729 leCarainal Noris, e! M Holstenius, surd 3 preuves qui ne -, m'i
mépriser, le font Gaulois, et natif de Provence. -' Il faul avouer que la description que Cassien fait lui-même - sautés et de la fertilité de son pais, ne convient nullement aux déserts de la Scythie; et que le voyant parler aussi purement latin qu'il fait dan- ses ouvrages, on se sent une répugnance invincible à le croire étranger, c'est-à-dire né dans un pais où l'on ne parloit pas cette langue. Tout cela joint au désir qu'il témoigne de revoir ses parents, et à son établissement ensuite à Marseille, devroit. ::jble. faire donner la préférence au sentiment de ces deux Ecrivains sur l'opinion commune. Ainsi il faudrait dire, ou que Gennade s1 s trompé, et a trompé ceux qui Font suivi, ou que quelqu'un de
copistes aura écrit un mot pour un autiv.
Cassien naquit vers l'an 350 ou 300 au plus tard. LSes pa- nu. ùM. rens paraissent avoir été recommandables pour leur vertu hc c,ass- g*- -4 et leur pieté. Dès sa première jeunesse il fut élevé parmi les inst. pr. Moines de Palestine et d'Egypte : l'on ne sçauroit dire par quelle occasion. ' Sa première retraite fut dans le Monastère coll. 11. c. 1. 5 de Bethléem en Syrie, où il reçut les premiers éléments de la p" Religion Chrétienne. ' 11 y fit une étroite liaison iàveè tin Abbé «,». 1. c. 1. p nommé Germain. c qui étoit de son pais, et ce semble même ecoU u e ,
ses parents. Ml paroi! par bien des endroits que eè Monastère étoit différent de celui de S Jérôme, qui ne fut bâti 158m" lLlJ p qu'en &
' On prétend que Cassien. soit dans ce Monastère de Beth- p- iss. 159 léem. soit avant que d'y entrer, avoit étudie les letres humaines,
V SIECLE
:>u\ JEAN <:\ssikn,
H <|ii'il avoil une grande lecture de* I *< m-I<-s. 6l dfcâ autre-, \n-
leiirs profane*. Mus l'endroit sur lequel on .-';i|ipu\r pour
Caa». coll. i*. c. l'avancer, regarde Germain son compagnon, ' qui y perte
'- !'• ,;i-- de lui-même, ci non de Câsaiwi. Il est ati rabiàè eèrtmn, et
OUViagefl en sont une bonne pivu\o. que Cassien lui-même possedoil fort bien lï>rilure. que s'il h'éfôit pasCaulois, mi né en Occident, il avoil étudié à fond In langue lalme : <fcè < j u i «'-toit bien rare dans les pais où il passa toute sa jeunesse, et la plus grande partifciifl se \ie. C'est sans doute pourquoi pi.ot. o. 107. p. ' Photiusle fait Romain, c'est-à-dire Latin de naissance. r,,G- ( lomme l'amour de la vertu étoit le lien de l'amitié qui unis-
cou. ao c. 2. p. soit Cassieu et (iermain, ' ils formèrent le dessein de passer en ^g|pie? Le but qu'ils se proposoient dans ce voïage, éttfjl d:- faire de nouveaux progrès dans la pieté en visitant tes saints coll. i9. c. 11. p. déserts de ce païs, ' et d'y pratiquer eux-mêmes la vie des 758„ .. . Anachorètes : a ou au moins pour avoir la consolation de eon-
a coll. 11. C. 1. I , ''îi i • »-i
p. 55G. noitre des hommes si célèbres par leur sainteté, s ils ne pôu* voient pas les imiter. Ils partirent donc de Syrie, et se ren- ». c. a. p. dire par mer en Egypte, ' où ils furent reçus avee honneur J66: ■ et beaucoup de charité. b Us partaient ordinairement aux Som. ' litaires par des interprètes, pareequ'ils ne seavoient pas l'ép.vptien; et ce leur fut une grande consolation d'en rencontrer un qui possédoit parfaitement le grec, et avec lequel ils pu: Tin. ibid. p. 160. rent s'entretenir sans truchement. ' Ce voïage se fit au plus tard c.C9?p. 636. U' vers 390 ; et Cassien étoit encore dans une assez grande jeunesse, cui œtas adhuc adolescentior suffrage/ tur.
cou. 20. c. u. p. Cassien et Germain allèrent ensuite visiter les déserts de Sceté, où ils étoient attirés par la réputation du lieu, comme habités par les plus sages de tous les Pères des déserts, et Ips coll. 2. c. 19. p. plus parfaits de tous les Moines. ' Ils y vécurent avec beau- 346' coup d'austérité, ne mangeant par jour pour toute nourriture,
que deux petits pains qui à peine pesoient une livre. Mais en dédommagement ils y reçurent grand nombre d'excellentes cou. il. pr. p. instructions, ■ que l'on trouve répandues dans les conférenc^i P 556 ces' ^ue Cassien écrivit dans la suite. De Sceté ' ils passèrent dans les déserts les plus enfoncés de la Thébaïde , comme cou. 17. c. 3i. p. ils l'avoient projette ; ' et après avoir emploie sept ans à s'édifier et à s'instruire auprès des saints habitants de ces solitudes, Tiii.ibid, p. it». ils retournèrent à leur Monastère ' de Bethléem en 397. La Cass. ibii. même année ' ils firent un second voïage au désert de Sceté,
m. ibid. ' où ils demeurèrent iusques vers l'an 400. c Ce lon^ séjour de
c Cass. vit. p. 46. J i D J
2 Cassien
fcBBB. 217
\ 8IÊCI l .
< Sassieo dan- ces déserta loi a fiait donner le surnom d'Ermite,
qu'il porte à la lète de quelques-unes des éditions de ses ouvrages.
' De Secte ils allèrent à Constantinople, on ne sçait pour ui,
quel sujet; et ils y étoient en KM. ■'. Là Cassien se mit sous la eau. ioc. 1. 1 e. discipline de S. .Iran Chrysostome, qui en étoit Evéque, et 31 ''■ ,130, qui 1 éleva au sacré ministère du Diaconat. Cassien se glorifié de l'avoir eu pour maître et pour docteur. Il conserva toujours dans la suite un attachement inviolable pour les Fidèles de Constantinople, qu'il portoH sans cesse dans son cœur, mêi depuis qu'il les eut quittes pour venir s'établir en Provence. ' 11 paroit que S. Chrysostome avoit confié à Cassien él à paii. niai. p. r,. Germain la garde du thrésor et des vases sacrés de son Eglise. u- Car ce thrésor aïant été conservé par une providence particulière dans l'embrasement qui consuma l'Eglise en 404, ils en firent dresser un inventaire authentique, qu'ils portèrent ensuite à Rome.
' Ils firent ce voïage en l'année 405, chargés de letres que toi. ra. p. m. tout le Clergé de Constantinople écrivoit au Pape S. Innocent, au sujet de S. Chrysostome exilé dès le 20e de Juin de l'année précédente. ' Ils y sollicitèrent en faveur de leur saint i. n.P. 310.311 Prélat, conjointement avec les Evêques Démetre, Cyriaque, Eulyse et Pallade, qui les y avoient précédés pour la même cause. ' Depuis ce temps-là on ne sçait pointée que devint \. u ij.174 Cassien jusqu'à sa retraite en Provence. Blondel croit que c'est le même que le Prêtre de ce nom, qui en 414 ou 415 ' agissoit comme entremetteur et ami commun pour la réunion conr. 1. 1 P. 760 de l'Eglise d'Antioche avec celle de Rome. Mais il semble 7o1 que ce Prêtre étoit nouvellement venu d'Antioche , où l'on ne voit point que Cassien dont nous parlons ici, soit allé depuis qu'il eut quitté l'Orient. La ressemblance des noms n'est pas suffisante pour prouver ce fait. ' Raphaël de Volterre, cass. vit. p. «. sans en donner des preuves, suppose que Cassien retourna encore à Jérusalem, et qu'en aïant été chassé par les hérétiques, il vint dans les Gaules.
Quoiqu'il en soit, tout le monde convient qu'il se retira à Marseille, soit peu après l'an 405, ce qui est le plus probable, ou seulement après 415. ' Selon Gennade il y fut ordonné Prê- Genik ibid. 1 c»a. tre, et en quelque sorte malgré lui, comme Cassien le témoi- J/K gne lui-même. ' Il y fonda deux Monastères, l'un d'hommes, Genn- ibidl'autre de filles, qui subsistoient encore tous deux, lorsque Tome IL E e
\ su: eu:.
cm. ri»-. n«»v. t. ( îcnnade («ri \ oit vers la lin (l<; ce siècle ' Le pren i ier de ces
l-P-oïft' deux Monastères esl la célèbre Abbaie dé S. Victor, dont
Fleur, h. e. t. ;,. Cassien fut le premier Aldié. ' L'on dit qu'il àvblj sciUs sa dis- ■ Paui. euoh. p. ciphne jusqu'à cinq mille moines. Mie qu'il \ a de certain! -"• c'est que lorsque Paulin petit-fils d'Aùsohe se retira à Mar-
seille vers i 20, il \ avpit beaucoup de S;iinls, c'est-à-dire de personnes qui f'aisoieiil une profession particulière de piéléi cass. inst. pr. p. d de renoncement au monde. ' S. Castor ËVêqù$ tTÂpt qualifie Cassien le pore des serviteurs de Dieu, et dit qu'il leur faisoil observer les pratiques dés Monastères1 d'Egypte et de Palatine.
jjjtf. nilL i"'- ;>• ' Ce, lui ce même Évêqùë qui engagea Cassien à écrire ses douze livres des Institutions, (ju'il lui dédia avant l'an 117. L'ouvrage fut reçu avec tant d'applaudissement, que Castor pressa encore Cassien d'écrire de la môme manière les Conférences spirituelles qu'il avoit eues avec les Anachorètes de Scetê, Cassien l'entreprit; mais avant qu'il eût iini JM.ibid. les dix premières, Castor mourut ' en l'an 419 au plutôt. a II
p. 297. ' ' les dédia à l'Evoque Léonce , frère de Castor, et à un Moine coii. i2. pr. i coll. nommé llellade, ' qui fut Evoque dans la suite. L'un et l'au- 72i. pr' p' ' tre les lui avoient demandées aussi bien que Castor. Ces dix Conférences ne suffirent point encore à l'ardeur de S. Honorât et de S.. Eucher, dont l'un étoit alors à la tête d'un grand nombre de Moines, et qui furent depuis tous deux Evoques, l'un d'Arles et l'autre de Lyon. Cassien fut donc obligé de Tin. ibid. p. 179. leur en dresser encore sept autres qu'il leur dédia, ' au plus tard en l'an 42(3, qui est l'année même en laquelle S. Honocass. coii. ii. Pr. rat fut élevé à la dignité épiscopale. ' En publiant ses sept Conférences, Cassien en promit sept autres qu'il devoit écrire pour les Moines des Isles nommées Stœchades, ou Stoccades, coii. i8. pr. P. aujourd'hui d'Hyeres, sur le cote de Provence. ' Il exécuta sou dessein peu après, lorsque S. Honorât étoit déjà Evoque, et dédia ses sept dernières aux Moines Jovinien, Minerve, Léonce et Théodore, l'un desquels avoit établi dans les Provinces des Gaules l'Institut des Cénobites dans toute sa pureté et sa vigueur.
' Les Ouvrages de Cassien rendirent son nom fort célèbre dans les Gaules; mais ils y excitèrent de grands troubles au sujet de quelques erreurs qu'ils contenoient. ' La plus dangereuse étoit sans doute celle qui regarde la grâce, ' et qui étant déjà marquée dans la troisième Conférence, étoit plus
Nor.
hist. Pel. 1.
Till.
ibid. p. 183.
Nor.
ibid. p. 163.
ai* ni:. M
pnrtiriilicn inrni développée dans la !•'> Les suites en par |,ns jliP(ilJ c , turent si pernicieuses, que S. Prosper, se crul obligé d'} remë- p wmh.
dier : ri ce lut pour nia qu'il écrivit vers 132 son ouvragé intitule Contre f 'Auteur des Conférences.
Cela a'empécha pas néanmoins que Cassien ne fui choisi pour combattre Phérésie de Nesiorïus, qui commetiçà à éclater jtn Orient^ vers Ê28. V la prière du grand S. Léorij Genn. und. alors archidiacre el depuis Evêque dé Rome, il composa son ouvrage sur l'Incarnation contre cette hérésie naissante. Il \ initia première main âussi-tÔf après /lia lettre dattée^du lP'jour Bar. m. 430. a. d'Août 'cUi. <ju,- le Pape S. Celestin envoya à Nestprius pour " le porter à se rétracter. Cassien étoit très-capablç àe réussir dans cette entreprise; car. outre qu'il avoit de la Théologie il sçavoit parfaitement le grec, et avoit été du Clergé de Cdtfstantinople, où par conséquent son ouvrage dëvoit être mieux reçu, et faire plus de fruit. ' On croit aussi que les autres t.ii. ibid. p. isg. raisons pour lesquelles on le chargea de cet ouvrage, furent d'une part pour l'engager lui et les autres Semipélagiens à embrasser la cause de l'Eglise ; et de l'autre pour faire voir aux Orientaux, que quoiqu'il y eût du rapport entre les erreurs de Nestprius et celles de Pelage, néanmoins ceux qui .en Occident ne s'éloignoient pas tout-à-fait de la doctrine de celui-ci, ne laissoient pas d'être entièrement opposés à Nèstorius.
Cet ouvrage fut le dernier que publia Cassien. 11 le com- Genn. ibid. posa à Marseille, où il mourut aussi-tôt après, ce semble suivant les termes de Gennade, sous l'empire de Théodose le jeune et de Yalenlinien III; ce qui nous conduit depuis l'an 4 2 -S jusqu'en 450. Ainsi l'on ne sçait précisément en quelle année arriva sa mort. ' Il est certain qu'il vivoit encore en tu. ibid. p. lsî. 432, et peut être eu 433, s'il faut s'arrêter aux exemplairedelà chronique de S. Prosper. 'La manière dont le même Pros. încoir. c. Saint parle de lui en réfutant sa 13e conférence, suppose visiblement qu'il étoit encore alors au monde. ' Or c'étoit sous
le Pontificat de S. Sixte , et après le voyage de S. Prosper à Rome ; ' et il y avoit alors plus de 20 ans que l'Eglise triomphoitde l'hérésie de Pelage : ce qui peut revenir à l'an 434 ou 435. ' M. Du Pin croit devoir mettre cette mort en DuPm,Bib. t. 4. l'an 440 ;a et M. Baillet dit que quelques-uns la renvoient a p,aiî'. 23. Juii. p. jusqu'en 448, et que selon eux Cassien étoit dans la 97e an- 3T7née de son âge lorsqu'il mourut. Mais c'est trop reculer cette
E e ij
\ sir. cm;.
niml cl donner à Cassirr» iinr- trop longue vie. Tut. ibid. ' Inverses K^liscs l'honorent àojbtiTd'hUl comme Saint fé
;>;V' de .liiilli-l, cl san> doiilc IVni auroit mis son nom dans le Marl\ abroge Humain, sans 1rs erreurs qui àe trouvent en quelcJ8 Vit. r Vf- qïïëà endroit- de sésèfctVl^çéô. ' Simler eroil que sur ec qu'il condamne l'hérésie de Pâage dans son ouvrage sur l'Incarnation, il flèn'bnça à ses erreurs avant que de mourir. ,„«., , ,, ,. ,7. C;iss ien parle d'une sœur qu'il a\oii sans la nommer; e! p. »3- ! ieut ce que nous sçavons de sa famille. Il dit que de-
puis qu'il éloil Moine, il n'avoil pu éviter de recevoir quelques-unes de ses visites contre l'avis des anciens Pères : ce qui peut faire juger que cette sœur étoit ou à Marseille ou dans le voisinage, et confirmer l'opinion qui fait Cassien natif de ce païs-là.
pros. mcoii. c. i. ' Quoique S. Prosper ait écrit contre lui, il ne laisse pas de ... 1 1 c. 2. n. t. je regar(jer comme un homme considérable dans l'Eglise par le rang de Prêtre qu'il y tenoit, par sa science dans les Ecricass. iost. Pr. p. turcs, et par sa capacité à écrire et à traiter les matières. ' S. '• Castor Evêque d'Apt relevé beaucoup la sainteté de sa vie,
Casd. in Ps.' 69. et son habileté dans toutes les Sciences Ecclésiastiques ; ' et 538* aînsL pr" P' Cassiodore l'appelle un homme très-éloquent; a ce que font » pros. chr. p. 745. aussi quelques exemplaires de la chronique de S. Prosper.
SES OUVRAGES
Tyr ors avons déjà marqué à quelle occasion, et en quel 1 1 temps Cassien composa ses ouvrages. Il en faut détailler maintenant les autres principales particularités. cass. inst. P. i- 1°. ' Le premier que nous connoissions, sont les douze lib9Genn. vit. ni. c. vres des Institutions. b Gennade les divise en trois parties, et si. ' ne donne le titre d'institutions qu'à la seconde partie, qui se-
lon lui ne contient que le 4e livre. La première comprise en trois livres traite de l'habit du Moine, et de l'ordre de la prière et des Pseaumes, qui s'observoit durant le jour et durant la nuit parmi les Moines de l'Egypte. La dernière partie, qui contient les huit derniers livres, est emploïée à traiter de l'origine, de la nature et des remèdes des huit péchés Phot. c. 19-. p. capitaux. ' Photius qui fait un grand éloge de cet ouvrage, soit pour la matière, soit pour le style, le divise aussi en deux