III. Il est certain que durant les premières années, que
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mais polirons étendre jusques Vers !»• milieu du Biecle . les letres ne paroisseni pas êûie considérablement déchues dans nos Gaules decette grande réputation où nous les avons vues au siècle précédenl : comme l'on 5 avoit encore el la même liberté et les même- motifs pour les attirer, l'on y apportoit au— i la même application, et l'on j avoit le même suça Entre les divers moïens que l'on y emploïoit, les plus ordinaires étoient les Ecoles publiques où l'on enseignoit toutes les sciences dont les Romains faisoienl profession. Il y avoit de ces Ecoles établies presque dans toutes les principales villes des Gaules, comme nous l'avons montré; et elles y subsistèrent avec éclat jusqu'à ce que les Barbares s'étant rendusmailres du pais, le réduisirent en servitude, et y firent tomber le goût pour les letres ave la politesse de ceux qui les cultivoient. Alors en y établissant une nouvelle domination, ils y établirent aussi des mœurs étrangères.
IV. Jusques-là nos Gaulois eurent une pleine liberté de continuer la pratique d'un autre moïen, qu'ils emploïoienl pour se perfectionner dans les sciences. Ç'étoit de fréquenter les Ecoles des pais étrangers qui avoient le plus de réputation pour les belles connoissances, et le goût le plus fin pour la belle literature. 'Lors donc qu'ils avoient fait leurs Hier. ep. 95. p. th. | études dans leur païs , où selon le témoignage de S. Jérôme, ^"ï'.'îVue'ii. ',tH elles étoient très-florissantes, ils alloient ordinairement à j-, '• -°- Z209-
t^ n • 1 1 ■ 1 t\ 210. | Svm. 1.4.ep.
Kome, tant pour se perfectionner dans la science du Droit, 18.30. 45. se. en fréquentant le Barreau, que pour polir leur éloquence , en modérant par la gravité Romaine ce qu'ils avoient naturellement ou de trop abondant, ou de trop diffus. C'est ce que firent en ce siècle un très-grand nombre de jeunes Gaulois d'entre la noblesse. Nous ne nommerons ici que Protade , Minerve et Florentin ses frères, S. Germain depuis Evêque d'Auxerre, S. Rustique, qui le fut de Narbone dans la suite, le Poëte Rutilius, Pallade son parent ; et ceux-ci suffisent pour nous assurer de ce que firent les autres. On verra dans leurs éloges combien ils ont fait d'honneur à leur nation dans cette capitale de l'Empire. Il fallait qu'ils s'y distinguassent bien éminemment au-dessus des autres étrangers et des naturels du païs ; puisque très-souvent on les choisissoit préférablement à tous les autres, pour y remplir les chaires d'éloquence, et y exercer les premières charges qui demandoient un scavoir au-dessus du commun.
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\ . Xiiri-sciilciiiciit nos Gaulois alloicni fréquenter tes Ecoles de ROmé, mais ils entretenoient encore d'étroites
liaisons (li- lileralure dan9 les autres pais beaucoup plus éloignés, où il se Irouyoit des gefifS Célebrefl pour l'érudition. L'Afrique, la Palestine, la Cainpanie . pOSSédoient alors les Irnis plus grandes lumières qui fussent dans l'Eglise, S. Augustin , S. Jérôme et S. Paulin de Noie. Ils étoient comme les trois Oracles des Chrétiens au commencement de ce siècle. Nos Gaulois furent de ceux qui témoignèrent et plus d'émulation pour les consulter, et plus d'empressement pour profiter de leus doctes avis. Ni le trajet des mers, ni les autres difficultés des chemins n'étoient point capables de former des obstacles à leur juste zélé, et de les empêcher de s'instruire auprès de ces grands hommes. Non contens de les en-
Hier.ep.89. p. 7*9. tretenir par letres, 'ils alloient fort souvent eux-mêmes en | îug?ep! lès.' n! personne jouir de leurs sçavantes conversations. Sans en-
10- ' treprendre une exacte énumération de tous ceux qui par leurs
letres ou par leurs voïages ont entretenu ces nobles liaisons , nous pouvons nommer S. Rustique de Narbone , qui revient ici sur les rangs, un autre Rustique différent de cet Evêque, S. Delphin de Rourdeaux, S. Amand son successeur, S. Severe Sulpice, S. Prosper, Hilaire son collègue dans la défense de la Grâce de J. G. les Prêtres Didier, Ripaire, Posthumien, les Moines Alexandre , Minerve ou Minere , le Poëte Sanctus, Dardane Préfet des Gaules. Ici il faut se rappellerle grand nombre de letres aussi édifiantes qu'instructives, et les autres écrits sur des matières ou de pieté ou de controverse , et sur l'Ecriture Sainte, auxquels cet heureux commerce de nos Gaules a donné ou le jour, ou l'ocasion de les produire au jour.
VI. Il n'étoit pas jusqu'au sexe le moins letré qui ne voulût entrer pour quelque chose dans un commerce qui avoit des suites si avantageuses. Comme l'étude et le goût pour l'Ecriture Sainte regnoit alors parmi les Fidèles de l'Eglise des Gaules, et que les femmes, ainsi que les autres, s'yappliquoient avec un grand zélé ; celles qui y trouvoient des difficultés avoient ordinairement recours à S. Jérôme pour en avoir l'explication. Nous en avons entr'autres deux illustres exemples dans Hedibie et Algasie, deux dames Gauloises célèbres dans l'Histoire. Nous saisissons l'ocasion d'en parler, parce qu'elle
Hier. ad., Hed., p. ne se présentera plus dans la suite. 'Hedibie étoit descendue de Patére et de Delphide, ces célèbres Orateurs de^t nous
DANS LES GAULRSj V SIECLE. 5
avons parlé sur le IV Biecle. S. Jérôme t>e la oonnoisaail p.-
jMr.sdiiDcllcint'iii : mais il n'ignoroit pas L'ardeur de sa foi,
quoi»ju'»ll«' demeurai à l'extrémité des Gaules, 'peut-être à nu h. E..i.it.(
Hait u\. iltuii un en.it que sa famille étoit originaire. 'Elle en- !,' £ .",'; a.i ai*, p. voïa en une seule fuis au S. Docteur douze questions, par I. niojeii d'un homme de Dieu nommé Apodéme, qui étant parti des derniers oonfins des Gaules et des bords de l'< Ic^an , alloit le trouver à Bethléem. ' La première de ces douze ques- aj Bed.u**d. tions est pour seavoir comment on peut être parfait, et quelle conduite doit tenir une veuve qui n'a point d'enfans. Les autres questions regardent d'autres matières, et la plupart la difficulté qu'il y a d'accorder les Evangelistes sur le sujet de la résurrection de J. C.
VII. 'Ce fut par le même Apodéme qu'Algasie , qui AdAig. semble avoir fait alors sa demeure vers Cahors , proposa aussi à S. Jérôme onze autres questions sur divers endroits de l'Evangile et de S. Paul. Algasie avoit la réputation d'une personne éminente en piété. Elle étoit à Dieu de tout son cœur, et le péché ne regnoit point en elle. 'S. Jérôme, qui ibid. i ad Hed. étoit toujours charitablement disposé à aider les pieux efforts du sexe dévot, répondit aux dames Gauloises séparément par deux scavantes letres, qui pourroient passer pour des traités entiers. ' Quoique ses réponses soient fort justes et Dupin. bo». t. 3 fort instructives, "le Saint ne laisse pas de renvoïer c*es ï'malaà.k\g deux Dames , pour avoir de plus amples éclaircissemens , à son Commentaire sur S. Mathieu, 'et à divers autres Ad. Hed. de ses Ouvrages. ' Il renvoie Algasie en particulier au Ad.Aig. Prêtre Alethe depuis Evêque de Cahors , afin d'en tirer des réponses de vive voix. Presqu'en même temps ;il en- in zach. p., P. voïa dans les Gaules par le Moine Sisinne qui étoit allé l7^™11*1, pr"' le visiter , ses Commentaires sur les Prophètes Zacharie et Malachie , qu'il dédia l'un à S. Exupere Evêque de Toulouse , et l'autre aux deux serviteurs de Dieu Alexandre et Minerve.
VIII. Ce zélé et cette application à cultiver les letres dans nos Gaules , les y conservèrent presque dans tout leur ancien lustre durant les premières années de ce siècle. C'est de quoi nous fournissent des preuves incontestables les monumens précieux qui nous restent de ce temps-là. Tels sont les éerits de S. Severe Sulpice , de S. Hilaire d'Arles , de S. Eucher, de S. Prosper, de Salvien, de Vincent de Lerins ,
G ETAT DES LETRES
tic Cassien, particulièrement bod traité sur l'Incarnation. On \dii par ces écrits, que la langue latine qui en ce siècle , comme il.uis ceux qui ['ont précédé, étoit La langue vulgaire de nos Gaulois, retenoil encore ses principales beautés , et que le bon goûJ pour la belle éloqui uce uôtoiit pas encore entièrement tombé parmi eux. On y voit aussi avec quelle politesse ils écrivoient l'Histoire, <-t qu'ils possédaient encore dans toute sa perfection la véritable manière de traiter la Théologies, en la puisant dans ses seules et véritables sources, qui sont l'Ecriture et la Tradition : manière qui a mérité depuis de servir de modèle dans les siècles les plus éclairés, cl d'un goût le plus exquis pour les hautes Sciences. De même, le peu de pièces de poésie qui nous reste du commencement de ce V siècle, comme le Poëme d'un mari à sa femme , composé certainement par un Gaulois ; le Poëme sur la Providence, attribué avec le précédent à S. Prosper, mais sans raison ; le poëme incomparable de celui-ci contre les ingrats ; celui du Poëte Rutilius sur son retour de Rome dans les Gaules sa patrie : ce peu de pièces , dis-je, nous fait voir que la poésie conservoit encore alors parmi nos Gaulois presv., ep. î de rat. que toute son élévation, et toute son élégance. 'Un célèbre Critique ne fait pas même difficulté de soutenir que certains endroits de ces Poèmes approchent de la beauté et de la politesse de ceux des Anciens , et que quelques autres vont même jusqu'à les éclipser.
IX. 11 y a toujours eu, et il y aura toujours une grande connexion entre la Science et la conservation de la doctrine de l'Eglise. Celle-ci sur tout dépend de l'autre autant que de toute autre chose. Plus on est instruit, plus on est en état de veiller à la conservation de ce dépôt sacré, et de s'opposer à l'erreur qui voudroit ou l'enlever ou le corrompre. Au contraire plus l'ignorance est grande , moins l'erreur trouve d'opposition, et plus elle fait de progrès. Nous avons déjà vu de quelle utilité fut dans ces conjonctures la science de nos Gaulois contre les hérésies des Donatistes, des Ariens, desPriscillianistes et des Ithaciens au IV siècle. En celui-ci elle ne fut pas moins utile à l'Eglise contre les autres hérésies qui s'élevèrent , soit dans nos Gaules , soit ailleurs. 11 semble même que Dieu y conserva les Sciences dans un état encore si florissant , particulièrement à dessein d'y former de zélés défenseurs pour les combattre.