DANS LES (. M LES. \ SIECLE
\. La première qui on se montrer, fui celle de Pelage. Quoiqu'elle ne parûl pas d'abord dans les Gaules, nos Gaulois eurent néanmoins la gloire d'être des premiers qui l'ait*qmerenl i\r front. Deux de leurs Evèaues, S. Héros d'Aï* \ i n.i. let . et Lazare d'Aix. tous deux injustement déposés de IV- "'l' piscopat , el chassés de leurs sièges, se trouvèrent par une providence particulière en Palestine, où Pelage répandoit le venin de son hérésie. Si-tôt que nos deui généreux PreV lais en eurent connoissanee , ils emploïerent tout leur télé pour arrêter le cours d'une hérésie si pernicieuse. Ils firenl <■• < M.,n
un abrégé des erreurs qu'ils avoient recueillies des livres «1 Pelage, et de ceux de Célestius son diseiple. A cet abrégé n.23. ils joignirent les articles sur lesquels Célestius avoit été condamne au Concile de Carthage en 412, et ceux qu'ililairc avoit envoies de Sicile à S. Augustin. 'Ensuite ils présente- n. 2. 9., | in Jui.,i. rent cet écrit en latin à Euloge. qui présidoit au Concile as- ' " semblé à Diospolis en 415, exprès pour examiner les erreurs dénoncées par ces deux prélats. 'Cependant l'un d'eux étant Gest. Pei., n. «. es. tombé dangereusement malade , ils ne purent se trouver au Concile au jour marqué : ' de manière que Pelage n'aïant point n.3. d'accusateur en tète, n'eut pas de peine à se justifier, et à élu- »■ *■ s. >"• '< der par ses artifices le jugement des Evèques assemblés. ,'. "ï<j. """n'' t-°'
XI. Le mauvais succès du Concile de Diospolis ne refroidit point le zélé de nos deux Evèques Gaulois. ' Ils éerivi- ep. i75.,n. 1, ep. rent contre Pelage aux Evèques d'Afrique; et leurs letres présentées par Orose furent lues dans un Concile de 68
Evèques de la Province Proconsulaire , tenu à Carthage en HO. Pelage et Célestius y furent anathematizés. Ces Hérésiarques ne s'en tenant point à cette condamnation, et se croïant injustement persécutés en Occident, s'adressèrent aux Evèques d'Orient, et envolèrent à Constantinople quelquesuns de leurs Evèques fugitifs. Mais ils eurent toujours de ' re- **««., coin., c. 3, doutahles adversaires en nos deux Prélats Héros et Lazare, p' qui accusèrent de nouveau Pelage en 417 . dans un Concile où présidoit Theodote Evêque d'Antioche. Enfin cet Hérésiarque y fut condamné, et chassé des saints lieux de Jérusalem.
XII. Dans les Gaules mêmes nos autres Evèques ne firent pas paroître moins de zélé, pour combattre l'hérésie de
Pelage, lorsqu'elle s'y montra. 'Un Moine nommé Lépo- Genn.,vir.iii.,c.53. rius en fut infecté, quoique le fonds de son hérésie eût un
8 ETAT DBS LETRES
autre principe. Il étoil distingué par l'innocence de sa vin et la pureté de ses mœurs. Mais suivant la doctrine de Pelage, il attribuoit sa vertu à son libre arbitre et à ses propres tor-
Cm». inr. i. i. ,.•.-». ces. Il poussa plus loin ce mauvais principe, et joignan i'o%.c' !| p" ** a l'hérésie de Pelage L'ancienne impiété dr> Ebionites, il soutint que J. G. n'éloil qu'un pur homme; mais qu'il ;ivoit l'ait 11.1(1.1 i.v.c.3.1 un si bon usage de son libre arbitre, 'qu'il avoit vijcu sans ui.-.'v. l*' ''' !,,H>' péché, et mérité par ses bonnes œuvres d'être Fils de Dieu. •Genn.ibid. | Cass. a Plusieurs scavans hommes des Gaules l'exhortèrent à se l|'i.rl|1^lK.:u7li',Fac. rétracter. Ce fut inutilement, et il persista encore dans son 1. 1. c. 4, p. 32. erreur; ce qui obligea Procule de Marseille, et Cylinne autre Evêque Gaulois , de condamner sa doctrine , et de le faire chasser des Gaules . Il eut cependant dans la suite le bonheur de reconnoître la vérité, et de l'embrasser, comme nous dirons plus amplement ailleurs, où nous ferons voir que cela se passa avant l'an 419, quoique d'autres le mettent plus tard.
XIII. A ce zélé de nos Evoques contre le Pélagianisme , conçu, g., 1. 1, p. se joignit celui des Empereurs. ' Le 9 ,de Juillet 425 ,
Théodose le jeune et Valentinien III adressèrent à ce sujet un rescrit à Armace , ou Amace, Préfet des Gaules. Entr'autres reglemens ils veulent que Patrocle alors Evêque d'Arles assemble un Concile contre les Evêques qui pourroient être tombés dans l'hérésie de Pelage et de Célestius. Le rescrit porte que l'on donneroit vingt jours pour se rendre au Concile, et que si les Evêques qui se trouveraient infectés de l'hérésie, n'y renonçoient avant ce terme , ils seraient chassés des Gaules et d'autres mis à leur place. Il ne paraît nulle part que l'on ait assemblé ce Concile. Aussi selon toute apparence ne fut-il pas nécessaire, puisque l'on ne trouve point qu'aucun Prélat Gaulois eût donné dans le pur Pélagianisme.
XIV. Au contraire les Evêques des Gaules étoient en une si grande réputation d'érudition et de saine doctrine ,
sur .3i jui., P .416. que vers l'an 428 'les Fidèles de la Grande Bretagne vinrent
n. 19. I 1 ros Chr • V
p.' 7t3. ' implorer leur secours contre les ravages que causoit cette mê-
me hérésie dans leur païs. Ce point d'Histoire est important pour la gloire de nôtre nation, et nous en donnerons ailleurs le détail. En attendant il suffit de remarquer ici ,
Sur- lljiJ- ' qu'à l'arrivée des députés Bretons dans les Gaules, on assem-
bla un nombreux Concile. De l'avis de tous les Evêques qui
le
DANS Li:s GAULES. V SIECLE. %
le composoiehl . on pria S. Gferrriain d'Auxerrë el Si Loup
de 'IVoii's de se charger de celte entreprise, qui réussit
à la gloire de la Religion età l'honneur de KEglise < iallica-
nc. 'Les Hérétiques furehl cru convertis ou confondus; mais p. 4i-.4i«.
l'hérésie n<i fui pas entièrement exterminée. kElle pril fle p. 4«i.i«
houveîles forcés, el fit de nouveaux progrès'. On appelllà'iiriè
secondé fois S. Germain" au secours de l'Eglise! Cte PrélHl
pleih de fcélè pour1 les intérêts dte l;i Religion, reprit le che-
min de la wartde-Brètagne en 446', accompagfifé de S.
Sévère" lùrijue de Trêves; et il en bannit entièrement l'Iir-
résie.
XV. Le Pélagianisme ainsi exterminé de tous ces endroit- . n'osa plus se montrer dans les Gaules, tant à cause de la guerre que lui avoient déclarée nos Evoques, que parce qu'il porloit son impieté et sa condamnation sur le front. Mais il tie fut pas long-temps sans trouver le secret de s'y reproduire , en prenant une forme moins hideuse que la première. L'hérésie sous ce masque emprunté trouva moins d'opposition, el fit plus de progrès , parce qu'elle sembloit respecter la Grâce , quoiqu'au fond elle ne cherchât qu'à la détruire, et que le poison qu'elle oiïroit , fût d'autant plus dangereux qu'il paroissoit et plus adouci, et mieux préparé. L'on convint dans la suite avec beaucoup de fondement de lui donner le nom de Sémipélagianisme. Comme cette hérésie prit naissance dans le sein même des Gaules, qui lui servirent de théâtre , après lui avoir servi de berceau , et qu'elle devint hérésie chérie de la plupart de nos Gaulois, son histoire demande un détail particulier. Nous pouvons dire par avance que si elle eut de puissans défenseurs, elle y trouva encore de plus puissans adversaires ; et que si elle y causa des maux très-funestes dans leurs commencemens et dans leurs suites , elle y produisit aussi tous les avantages que produisent ordinairement les hérésies; c'est-à-dire qu'elle servit à y soutenir les letres, en exerçant les esprits et les plumes , et à éclaircir la vérité , en donnant occasion à une infinité d'Ouvrages lumineux qui dissipèrent enfin les ténèbres de l'erreur.
XYI. 'On ne doute point, dit le Cardinal Noris , que Nor. h. Pei., 1. 2, le Sémipélagianisme n'ait tiré son origine des écrits de Cassien c*1, p- la8' appuies par son autorité. Cet Abbé célèbre par son scavoir et par la sainteté de sa vie . après s'être nourri dans la doctrine des Grecs, 'vint s'établir à Marseille peu après l'an 404. Genn.vir.iii.c.6i, Tome IL B
10 E-TAT DES LETKES
in Coll. i. c. 'Il DESSOil sans contradiction pour le plus habile des .-ervilriir-
de Dieu, el il parolt qu'il fut le seul qui osa nu lire sepsear liinciiis par écrit. Il le liidans des circonstances fàcjienses. h iiii . m. k. .i.M. p. où les disputes sur la Grâce étoient encore fprl animées'. 'Qw 1rs Pélagiens venoienl d'être condamnés eu AJ&ique, à Rome et en Orient, lorsque vers l'an i26 tout au pi us lard, Cassien publia sa treizième conférence. C'est là que son erreur sur la Graoe, qu'il avoit déjà touchée dans ses Institutions, Cass., coii. 13. est particulièrement renfermée. ' 11 y enseigne nettement entre c. 12, p. 608. 609. plusieurs autres points erronés de doctrine : Que l'homme c i8,p.623. peut de soi-même avoir le désir de se convertir. 'Que le bien que nous faisons ne dépend pas moins de nôtre libre arbic. m, p. 6i3. tre que de la Grâce de J. C. 'Que cette Grâce est gratuite, ci», p. 615. 'que Dieu cependant la donne, non selon sa puissance souveraine, mais selon la mesure de la foi qu'il trouve dans chac. 14, p. 6i5. cun, ou qu'il y a mise lui-même. ' Qu'il y a réellement dans l'homme une foi que Dieu n'y a pas mise, comme il paroît , dit-il, par celle que J. C. loue dans le Centenier de l'Evangile.
XVII. Cette Doctrine aïant paru dans le public , trouva d'autant plus de sectateurs, qu'elle est plus conforme aux sentimens orgueilleux du cœur de l'homme. Car, il faut l'avouer, nous naissons tous naturellement portés à l'orgueil et à l'indépendance. Ce qui servit encore beaucoup à l'accréditer , fut d'une part qu'étant ainsi mitigée elle paroissoit n'être pas la même que celle que l'Eglise venoit de condamner, et que de l'autre elle n'étoit propre qu'à flatter l'homme, au lieu que celle de S. Augustin que l'Eglise opposoit aux erreurs condamnées des Pélagiens, ne tendoit qu'à l'humilier. De Marseille où elle avoit pris naissance, elle se répandit bientôt à Arles, à Lerins , et sans doute par tout où pénétra la treizième conférence. A Lerins elle put se fortifier plus qu'ailleurs , par le moïen de Fauste, qui s'y étoit retiré depuis peu de la Grande Bretagne sa patrie , d'où il avoit pu apporter quelque germe de Pélagianisme, qui ravageoit Proi.inC.oii., c i, cette Isle, comme nous l'avons marqué. ' Ceux qui embras-
». 1 I Aug. ep. 225, i • h * 'x • x j
n. 3. | ep. 226, n.9, serent des premiers ces nouvelles erreurs , etoient des perpros. p. 94i. sonnes illustres qui brilloient par leur science et par leur ver-
tu, et à qui le rang qu'ils tenoient dans l'Eglise , et la pieté dont ils faisoient profession , avoient acquis un grand respect parmi le peuple : ce qui contribua autant que tout le reste