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ludc des auteurs grecs et latins, Bacrés el profanes, une
partie du repos dont il jouissoil dans la solitude.' Il de- p. seo|i.5.«.i,
\ini parce moïen géomètre, astronome, musicien, poète, ''• :,IS-
orateur, dialecticien, interprète de l'Ecriture: exercé à
résoudre toutes les questions, el à combattre toutes les
erreurs. Son érudition l'avoit rendu si célèbre , que S.
Sidoine ne l'ail pas difficulté de lui donner le premier
rang entre les philosophes Chrétiens et les sçavants de tout
ordre, perittssimus Christianorum philosophus, et quorum-
libetprimus eruditorum.' ïlsoûtenoil ce profond sçavoirpar i. i.ep.ti.p.ist.
une sagesse, une prudence, une éloquence, et une modestie
qui n'étoient pas moins estimables. Il ne s'amusoit point
à nourrir une grande barbe, et de longs cheveux. Il se
mocquoit de la massue et du manteau des philosophes;
et il en témoignoit même quelquefois autant d'horreur
que de mépris. Mais du reste il pouvoit passer pour un
vrai Platonicien , dont il ne différait que par sa foi et
par son extérieur.
' Claudien devint depuis Prêtre de l'Eglise de Vienne Gean. itid. 'sous S. Mamert son frère, qui en étoit Evoque, et avec sm. 1 i.ep.u.p. qui il partageoit le travail et les fatigues de l'Episcopat. 2(j0' 2(iK Il étoit son conseil dans les Procès qu'il avoit à juger, son vicaire dans le gouvernement des Eglises, son agent dans les affaires, son intendant pour avoir soin de ses terres et de ses revenus, le compagnon de ses lectures et de ses voïages, et l'interprète de ses pensées. Entendant parfaitement le chant des Pseaumes , il l'apprenoit aux autres Ecclésiastiques , et conduisoit le choeur. Il regloit l'Office divin , marquant les lectures que l'on devoit faire aux différentes fêtes de l'année. Ainsi sans avoir le titre d'Evèque , il portoit presque tout le poids de l'Episcopat.
' Comme il avoit la réputation d'être un esprit pénétrant p. 259* et élevé , qui raisonnoit sur toutes choses, sans jamais blesser la religion , on alloit vonlontiers le consulter sur les questions les plus difficiles et les plus obscures. On trouvoit toujours en lui, non un sçavant morne, bisarre, mélancholique reserré , qui auroit craint de perdre ses lumières en les communiquant aux autres; mais un homme, quoique d'une profonde érudition , ouvert , affable , communicatif , prévenant , qui portoit la douceur jusqu'à souffrir patiem-
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V su. eu:
ment ceux qui n'avoient ni assez d'ouverture ni assez d'application pour comprendre ses raisonnements, 'et ta complai ance jusqu'à écouter avec honte les demandes des plus ignorants el des plus grossiers.
Nous ne pouvons mieux faire Connottre ce riehe caractère de Claudien, qui est d'autant plus estimable, qu'il est plus rare en nos jours , qu'en copiant les propres exprès* sions d'un de ses amis. C'est S. Sidoine , qui demeurant
p, 2-,o. alors à Lyon, ' avoit été du nombre de ceux qui avoient
recours à ce grand homme : «Mon Dieu! ait-il, avec » quelle bonté, avec quelle ouverture nous recevoit-il tous » sans distinction, quand nous allions lui demander l'éclair- » cissement de quelque difficulté? S'il se présentoit une » question qui parût inexplieable , c'étoit sa joie; et c'est » alors qu'il nous découvroit les trésors de son érudition. » Lorsque nous nous trouvions un grand nombre de person- » nés auprès de lui, il ordonnoit qu'il n'y en eût qu'un à » parler, et que les autres écoutassent, jusqu'à ce qu'ils » pussent parler à leur tour , afin que la conférence se passât » dans l'ordre et sans confusion , et qu'il pût nous commu- » niquer les richesses de son sçavoir. Dès qu'il avoit avancé » quelque chose, nous l'accablions d'une foule d'objections; » mais il avoit bien-tôt détruit tous nos vains raisonne- » ments. Ainsi l'on ne laissoit rien passer qui n'eût été bien » pesé et bien examiné. »
Claudien n'étoit pas moins recommandable par sa
p. 260. vertu, que peur son esprit et son érudition.' Il avoit une
tendre compassion pour les misérables, et se portoit avec zèle à les soulager dans leurs besoins. Il consoloit les affligés; il assistoit les personnes destituées de secours, rachetait les captifs , revêtoit les nuds , donnoit à manger à ceux qui avoient faim. Il s'apauvrit ainsi sur la terre pour transporter ses thrésors dans le Ciel, où il attendoit toute sa récompense; et c'est ce qui fait que Ton n'a pas même connu toutes ses bonnes œuvres, parce qu'il avoit soin de les cacher , et d'en dérober la connoissance aux hommes. Autant qu'il avoit d'attention à secourir les misérables dans leur besoins corporels, autant prenoit-il de soin de ce qui regardoit leur salut; exhortant les peuples à la vertu , et prenant part aux autres fonctions Ecclésiastiques. Ce fut par-là qu'il devint la
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gloire, la joie et l'admiration des Saints Evoques; el je doute , «lit S. Sidoine son ami particulier dans la letro que nous venons de copii r, et qui peut passer pour l'oraison funèbre de Claudien:je doute, dit-il, si jamais nos yeux verront un homme qui lui soit égal.
Outre S. Sidoine il paroîl que Claudien étoit enc i lié d'une manière particulière .ivre Salvien célèbre Prê- Lab sm.t.t.p
tre de Marseille, qui lui adressa un de ses Ouvrages que ïsf l»Tï«i !
nous n'avons pins aujourd'hui. ' Il y avoit aussi une u- cl m. ai. sap.r nion fort étroite entre Claudien et Sapaude , homme de 53W38mérite et d'érudition , qui enseignoit la Rhétorique à Vienne. Claudien dans la douleur extrême que lui causoit la décadence des letres dans les Gaules , ne trouvoit d'autre consolation que l'espérance de les voir refleurir par 1rs soins de cet ami. C'est à quoi il l'exhortoit puissamment, en lui marquant quelque moïens propres pour y réussir.
Gennade parmi les anciens, quoi qu'il n'entrât pas vo- Genn. iind. lontiers dans les sentiments de nôtre Auteur, ne laisse pas de parler de lui avec éloge. Tous ceux qui sont venus dans la suite , et qui ont eu connoissance des écrits qu'il nous a laissés , n'ont pu lui refuser leur estime.
On ignore Tannée précise en laquelle Claudien mourut. Il y a bien de l'apparence que ce fut en 473, ou 474;
cette dernière année étant la seule , à laquelle on trou- nn. tbid. P. 126 ve que S. Sidoine depuis son épiseopat soit allé à Vienne, ' où il compesa l'Epitaphe de Claudien, telle que sid. 1. 1. rP. u nous Talions donner. S. Sidoine la fit sur le tombeau me- pag' ~t'1' me de son ami , et Tenvoïa dans la suite ' à Petrée neveu p. 2.-.O. de Claudien par sa sœur,' afin de lui montrer qu'il ai- P. 261. moit après leur mort, ceux qu'il avoit aimés durant leur
vie.
EPITAPHE
Germain decus et dolor Mamcrli , Mirantum UDica gemma epi?coporum, Hoc dat cespite membra Claudianus.
Triplex bibîiotbeea quo magi?tro, Romaoa, Attica, Chri>tiana falsit; Quam totam monaens virante m revo Sécréta bibit in?litulione.
Orator, dialecticns, poctu,
V [s ii: cir.
446 m ami; HT
Tractator, geometra, mu leusque, Doctus Bolvere rincla qusBBtionu.ni , El vcriii gladio secare bpcI i .
Si ((ii.c catholicam Qdera lacessunt.
Psalmorum hic modulator et phonascus Anic altaria fratre gratulante insi rinhis docuit Bonare classes.
Hic solennibus annuis paravit Quœ quo tempore lecta convenirent Autistes fuit ordine in secundo , Fratrem flasce levans Episcopali; Nain de l'onliliris tenore suinmi, Me insignia Bumsit, hic laborem.
At tu quisque dotes, amice lector, De tanto quasi nil viro supersit, Udis parce genis rigare raarmor:
Mens el gloria non queunt humari.
SES ECRITS
es écrits de Mamert Claudien sont moins considérables pour leur longueur, que pour les matières dont ils traitent, et la manière de les traiter. Bd.. pp. i. fi. P. 1°. ' Nous avons de lui un ouvrage sur la nature, ou 1045-1074 i Genn. se|on Gennade, sur l'état et la substance de l'ame , divisé en trois livres. Il le composa pour réfuter un écrit de Fauste Evêque de Ries, par lequel ce Prélat avoit prétendu montrer que Dieu seul est incorporel , et que toutes les créatures, même l'ame raisonnable, sont corci.M.dean.i.i.c. porelles. ' Cet écrit aïant paru sans nom d'auteur, Clauîo46'. u 104°" '' dien le rencontra chez les personnes qui en faisoient beaucoup d'estime. Il le lut, et en porta d'abord le ju- Pr. p. io4o. i. gement qu'il méritoit. ' Quoique l'amour qu'il avoit pour la vérité lui inspirât le désir de la défendre contre cet écrit, il n'osa pas néanmoins l'entreprendre de lui-même. Mais S. Sidoine, qui n'étoit pas encore Evêque, et par conséquent avant 471, et beaucoup d'autres grands hommes l'en pressèrent tellement, qu'il crut devoir céder à leur sentiment et à leur autorité.
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Maii^ le premier livre Claudien montre d'abord que ,,,„, ( , 1-r- 3 l'on ne peut attribuer aucune souffrance à la nature divi- '""' ,017ne. ' C'étoil pour répondre à un endroil d'un autre écril i ■••■ w p joint au précédent, dans Lequel Pauste sembloit faire la divinité passible. Claudien dans ce même livre mêle <li- ci i haï verses choses tirées de la géométrie, de l'arithmétique, de la dialectique, des sentiments el des règles des Philosophes, mais avec beaucoup de modestie, de discrétion , et toute la précision qu'il peut. Il avoue, et ce n'est pas au hasard , que ces raisonnements tirés de la philosophie sont très-subtils, el que peut-être ils seront difficilement entendus des autres.
' Dans le second livre il parle du nombre, du poids, et n»id i pr. de la mesure que Dieu a gardée dans la production de tous les êtres. Ceux qui le liront avec attention, et en même temps avec pieté, y pourront trouver dans la considération des différents dégrés de la créature un moïen pour s'élever jusqu'au Créateur , pour en acquérir quelque foible connoissance, et pour se confirmer dans ce que la foi nous apprend touchant la Trinité sacrée. ' Ce livre con- de an. 1.2.0.9. p. tient diverses autorités des Pères, avec lesquels Clau- i06*' ""'', ' dien témoigne aimer mieux être rejette, que d'être condamné par la vérité avec ceux qui les méprisent. C'est ce qu'il dit en particulier de S. Eucher Evêque de Lyon son intime ami.
' Dans le troisième livre Claudien, après avoir apporté pr. p. 1045. i. diverses preuves contre Fauste , il s'en sert pour presser ses adversaires déjà battus et confondus par les deux précédents. ' Il leur fait voir que l'ame n'est jamais sans pen- 1. 3.C.14. p.1073. ser, et que la pensée n'est point différente de l'ame; i-l0Uiqu'elle est toute volonté et toute pensée; que penser, vouloir et aimer est sa substance. Qu'il n'y a point de corps sans longueur, largeur, et profondeur; que l'ame n'a point ces dimensions; qu'elle n'a ni droite ni gauche, ni haut ni bas, ni devant ni derrière; et que par conséquent elle est incorporelle.
Claudien exhorte son adversaire, s'il n'est pas persua- ci. m. i.s.c.is.p. dé de ces raisons, à lui répondre par quelque ouvrage 1074' *' " public où il ne cache pas son nom, comme il avoit fait dans celui qu'il réfute. Il lui promet de le satisfaire, avec l'aide de Dieu, sur tout ce qu'il pourra alléguer. On ne
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voit point que Fauste ;iit accepté ce défi , et qu'il ait répliqué.
[bu ' A la fin de son ouvrage Claudien l'ait une récapitu-
i i ■• 1 1 p io5i t. lation des principes qu'il a établis. 'Il veut que les Anges soient de deus natures comme nous, et qu'ils aient des corps, mais plus subtils que les nôtres: eu quoi il ne fait que suivre le sentiment de beaucoup d'anciens Ecrii. s. c. t. p. 1070. vains Ecclésiastiques. ' 11 avance la même chose des dé- Tiii. ibid. p. 122. mons. ' 11 parle d'un Ciel créé avant le temps, dont celui des étoiles n'est que la ligure. Peut-être n'entend-il ci. m. de ut. pr. autre chose que les Anges.' ' Comme il avoit composé P-1045-1- cet ouvrage dans le peu de temps que lui laissoient ses
grandes occupations, il dit qu'il s'est contenté de marquer comme du. doigt, ce qu'il faut éviter et ce qu'il faut suivre. Qu'il n'a fait seulement qu'y jetter quelques semences de raison, dont une personne studieuse, qui auroit du loisir , pourroit en tirer plusieurs autres. ibid. ' Claudien dédia cet ouvrage vers 470 ou 471 à S.
Sidoine qui étoit alors Patrice , et non encore Evêque. mais qui paroit l'avoir été vers ce même temps. Ce fut sans doute cette conjoncture, qui l'empêcha de répondre si-tôt à l'honneur que lui faisoit son ami. Sid. î. 4. ep. 3.p. Mais il seul bien le dédommager de ce délai ' par la 235. 236. |etre qU*-{ ju- ^crjvjt ensuite , et dans laquelle il fait
plutôt en Orateur qu'en critique sévère, un pompeux p, 235. éloge de Claudien et de son ouvrage. Il débute par
lui dire qu'il ne s'expose qu'en tremblant au jugement et à la censure d'une personne, devant qui les deux Yarrons, les deux Plines, Fronton et Apulée peuvent passer pour barbares. Ensuite passant à son traité sur l'état de l'aine, il témoigne manquer d'expressions pour en relever toutes les beautés. Il le loue de ce qu'une matière si obscure y est traitée avec tant de clarté ; de ce que des questions fort difficiles y sont résolues avec tant d'évidence ; et de ce que malgré la rudesse des syllogismes, on y trouve un style doux et coulant. Les termes, dit-il, y paroissent nouveaux, parce qu'ils sont anciens; et néanmoins le style des anciens ne leur est pas comparable. Ce qui charme davantage, c'est que la diction en est fort coupée, et en même temps fort coulante. On y voit exprimé en peu de mots les plus grandes vérités;
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t< - : el les paroles fonl plus comprendre qu elles ne di- -'■ut. ("Csi ainsi que les anciens avoient bien raison de faire consister la véritable éloquence' à dire beaucoup en p.tss. peu de mots, et à songer plus à bien exécuter son des- Bein qu'à remplir sa page. On ne peut assez estimer, continué S. Sidoine, l'adresse avec Laquelle l'auteur a sçû égaler un ouvrage tout sérieux et tout polémique. Car après avoir appliqué toute l'attention du lecteur à examiner les points les plus difficiles, et les plus abstraits de la philosophie, il lui fait trouver des digressions agréables, où il se délasse avec plaisir.
Claudien, ajoute S. Sidoine dans une autre letre à '• *• •*• *• p- 3I8 Nvniplude, qui lui avoit pris cet ouvrage pour le copier, a rempli et embelli ses trois livres sur l'état de Famé, de tout ce que la philosophie peut fournir. On y trouve tout ce qui est propre à la grammaire, à l'éloquence, à l'arithmétique, à la géométrie, à la musique , à la dialectique , à l'astrologie , à la poésie , à l'architecture. ' C'est ce qui porte le même S. Sidoine l. 4. ep. s. p.236. à comparer son Auteur avec les hommes les plus doctes et les plus éloquents du Paganisme et de l'Eglise, et à assurer qu'il a imité ou même égalé ce que chacun d'eux a eu de plus excellent. Claudien auroit pu faire à tous ces éloges la même réponse ' que fait S. Sidoine lui-mê- sid. 1.9. p. «.p. me à Tonance, qui le préferoit à la plupart des Poètes, et ne craignoit pas de le comparer aux plus illustres. « Je « le croirois sur votre témoignage, lui dit S. Sidoine, à « cause de l'excellence de votre jugement si vous aviez « moins d'amour pour moi. Mais cet amour vous peut trom- « per vous-même; quoiqu'il ne puisse pas tromper ceux qui « sçavent que l'amour n'est pas un bon Juge. »
Quelque excessifs que soient ces éloges, il faut avouer du Pin, ba». t. 4. néanmoins que le traité de Claudien est très-bien écrit, p- 5t8qu'il a joint beaucoup de netteté avec une très-grande subtilité, et qu'il traite des questions métaphysiques avec toute la clarté et tout l'agrément possible. ' Gennade , Genn. ibid. quoique peu porté à le louer, ne laisse pas cependant de convenir d'une partie de ces éloges, avouant que Claudien avoit un grand talent pour bien parler, et qu'il raisonnoit avec beaucoup de subtilité et d'élévation. ' Ce du Pn. ibid. p. qu'on doit le plus louer en lui, ajoute M. du Pin, c'est 549-