XLV. Pour ce qui est des François ou Francs, La nation
la plus belliqueuse de celles qui \ lurent fondre sur les (i;mles .
'ils avoient déjà lente sourenl d'\ pénétrer. Mais ce ne fut Tm.iMd.,p. e». que vers 1-28] qu'ils commenceront enfin à s'y établir, sur les mutins du Diocèse de Tongres près «le Bruxelles, sens La
conduite de Clodion leur Roi. Plus heureux que tous les autres peuples étrangers, qui s'y et» tient jettes avant eux, ils subjuguèrent iieii->eiilement une partie des Gaules, comme avoienl fait les Gots, mais ils se rendirent encore maîtres de tout le pais, et en chassèrent tous les Barbares qui y avoient choisi 068 retraitée, hors les Bourguignons qui recherchèrent leur amitié. Puis s'y étant affermis et rendus puissans, ils se mêlèrent et incorporèrent de telle sorte avec les Gaulois, qu'ils ne tirent pins qu'une seule et même nation : avec cet avantage glorieux pour les François, que la nation ainsi composée prit leur nom dans la suite, comme lit aussi la Monarchie qu'ils établirent, et qui subsiste encore aujourd'hui avec autant de réputation et de gloire que jamais. 'Il arriva de l'u- Bail. juiï.pr»j..c. nion de ces deux peuples ce que l'on voit arriver du mê- 3 1 g f Ffeur! mœ! lange de deux différentes couleurs, qui s'alliant ensem- clir-'n- m, p. 357 ble, perdent chacune de sa force, et forment une troisième couleur qui efface les deux autres. De même ces deux peuples s'étant étroitement alliés l'un avec l'autre, s'entre-communiquerent leurs bonnes et leurs mauvaises qualités. Les François s'adoucirent par le commerce et les habitudes des Gaulois, mais les Gaulois devinrent plus ignorans et plus grossiers ; et des uns et des autres il se forma une nation comme toute nouvelle, qui n'étoit ni grossière , ni barbare comme l'avoient été les Francs , mais qui n'étoit non plus ni polie, ni instruite dans les Letres, comme l'avoient été les Gaulois.
XLYI. Il y auroit beaucoup de choses à dire sur le génie de ces premiers François ; mais il sufft pour notre dessein de remarquer ici, 'qu'ils vivoient. entr'eux avec beau- tul Eap., t. 3, coup d'union, de fidélité et de justice, et qu'ils étoient bons p" 397' et civils envers les étrangers. C'est le témoignage que leur rend Agathias , qui vivoit peu de temps après Procope ■ qui n'en parle pas si avantageusement. 'D'ailleurs, quoique le p. 440. corps de la nation ait persisté dans le Paganisme jusqu'à la conversion de Clovis , plusieurs d'entr'eux dès long-temps auparavant avoient déjà embrassé la Religion Chrétienne, qui sert plus
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>> ETAT DES LETRES
[nr foute autre chose à civiliser les peuples les plus 'bartoaiw. insi 10n peut dire que les Francs . lorsqu'ils s'établirent dons les Gaules, avoienl quelque politesse qui devoit les rendre ri p'his susceptibles il*' cefle qu'ils y trouvèrent, et plus propres1 a \ hériter des Sciences el des beaux Arts qui y ilenrissoicui, si leur passion dominante [tour la chasse el pour la guerre né l'éûï emporté. Ils n'éfoient p.*is même sans quelque
Voss.art.gram.,1. eonnoissinee des Lelres , 'au rapport, d'un Eerivain assez moderne, qui assure qu'ils avoienl à leur usagé trois sortes de caractères! Les uns étoienl presque semblables aux letres Grecques* j et ce fut avèé Ce caractère qu'un certain Wastalde écrivit l'Histoire des Frai i es ett la langue de leur pais. Les autre caractères différéUs de eeu\ de Wastalde avoienl été inventés, ou plutôt introduits , par un nommé Dorac. Enfin la troisième espèce de ces caractères avoit été apportée par Hichus, Franc de nation, qui étant sorti de Scythie, se retira avec Marcomir vers le Rhein. Vossius, qui rapporte ce trait d'Histoire d'après Corneille Agrippa, remarque n'avoir rien trouvé de semblable dans les Auteurs qui l'ont précédé.
XLVII. Cela n'empêcha pas que la domination des François et des autres nations étrangères, étant ainsi établie ; etyaïant entièrement éteint celle des Romains, elle n'ensevelit sous les ruines de celle-ci les belles Letres avec presque toutes les Sciences qui faisoient auparavant la plus grande
Bail. ibid., p. 3i6. gloire de cet Empire. 'La langue Latine , qu'on avoit parlé communément dans le païs depuis les Empereurs , dégénéra successivement en langue Romaine ; c'est-à-dire en une langue rustique, qui ne retenoit rien de l'autre qu'une émanation monstrueuse et corrompue, et que l'on ne reconnoissoit presque plus que par le caractère de ses Idiomes. Cette corruption put avoir plusieurs différentes sources; mais elle vint parti-
p. :u6. 3i7. culierementde ce que ' les étrangers habitués dans nos Provinces, voulant se mêler de parler, ou d'écrire en Latin qu'ils ne sçavoient pas, cette ignorance les obligeoit d'y substituer une infinité de mots de leur langue barbare ; en leur donnant des terminaisons et des inflexions latines. Ensuite ces mots ainsi fabriqués passoient d'autant plus aisément en usage , que l'on se piquoit moins de conserver la pureté de la Langue. Ce
sid. s..i. v.,ep. mal commença de bonne heure dans nos Gaules. 'Car nous voïons que S. Sidoine s'en plaignoit de son temps, c'est-à-