DANS LES GAULES. \ SIECLE. M
(juc l'on j naanquoit el de zélé et d'application ponr l'étude. C'étoit donc moins mu génie des bommee dece siècle, qu'il falloit s'en prendre, qu'à leur négligence affectée. Bien loin de s'appliquer à perfectionner ce qui avait été déjà inventé, ils ne vouloinit pas même se donner la peine de s'en instruira De cette négligence déplorable à acquérir les soienc sYnsuivit la ruine entière1 de la rertu à laquelle les sciences serveul d'introduction. Nos Gaulois aiant ainsi perdu le goût pour les belles Lelres , n'en eurent plus que pour les délices, et tournèrent tous leurs soins à amasser des richesses. Leur vie ne fut plus qu'une vie d'oisiveté, de molesse et d'ignorance. C'est ainsi qu'en parle Mamert Claudien. ' S. Sidoine reprend les mêmes défauts dans la jeunesse Sid., i. i, «i». j, Gauloise de ce tems-là , et l'accuse d'être tout ensemble et p " ' superbe et paresseuse. ' S'érigeant , dit-il , en Philosophes à «-p- *, p- '-26. contre-temps, ils font semblant au milieu de leurs débauches de mépriser les dignités, auxquels il n'osent aspirer; parce qu'ils n'ont pas le courage de travailler pour les mériter, et pour se rendre capables de les exercer. La gradation est tout-à-fait remarquable. L'irruption des barbares causa la ruine entière de l'Empire; la ruine de l'Empire entraîna avec elle l'émulation que l'on avoit à cultiver les sciences; ce défaut d'émulation causa la négligence et le mépris pour les Letres; cette négligence et ce mépris conduisirent à l'oisiveté et à la paresse; l'oisiveté et la paresse jetterent dans l'ignorance, qui en est la suite nécessaire; et l'ignorance enfin précipita dans le vice et le dérèglement.
LII. Il seroit difficile de détailler toutes les autres fâcheuses suites qu'eut l'ignorance , aussi-bien que toutes les différentes causes qui conspirèrent à la produire. Mais nous ne devons pas oublier de mettre de ce nombre la maxime de réduire en abrégé ce que les Anciens avoient écrit en de gros volumes. On vit des exemples de cette pratique dès les siècles précédens ; ' mais ce fut en celui-ci qu'elle com- Amp. pr.,P. 5. mença à passer en usage. Comme le nombre des personnes studieuses , et portées à lire beaucoup, diminuoit tous les jours , les Auteurs négligèrent la literature , et se dégoûtèrent d'écrire; car on ne se plaît à le faire qu'autant qu'on se peut flatter qu'on aura de lecteurs. Mais au lieu d'Auteurs
1 ' On lit dans le texte, passum porro dédit cum doclrina virtutem; mais le sens fait Cl. M. ad Sap.; p. voir qu*il faut Uie. pestvtm porrà dédit, etc. 536.
32 ETAT DES LBT&ES
originaux il releva beaucoup d'ahréviateuES, Ceux-ci dans le dégoûl où l'on étoil pour la lecture, crurent faire plaisir au
public, en lui donnanl le moïen de lire en quelques heures ce qu'il n'auroit pu faire en plusieurs mois, aspirant (Jonc
à passer eux-mèuies pour scavans , et \<>iau! les grpj Oup. o. vragea des Anciens ense\elis dans la pous-icre , ' sans que
presque personne daignât les ouvrir pour les lire, la triste nécessité présente leur inspira un moïen de les l'aire eonnoîtie aux public, et de se procurer à eux-mêmes de la réputation, par le soin qu'ils prendroient de renouveller celle; des autres. C'est en quoi ils crurent réussir, en donnant des abrégés de ces gros volumes.
ibui. LUI. ' Tous les Abréviateurs ne s'y prirent pas de la
même manière. Les uns se bornèrent à faire simplement un abrégé de leurs Auteurs, en se servant de leurs expressions mêmes, sans y rien changer, ou tout au plus que très-peu de chose. D'autres composoient ces abrégés en les puisant dans divers Auteurs, mais dont ils prenoient seulement ce qui leur sembloit le plus digne de remarque, en le mettant dans le style qu'ils se formoient. Il semble que ce soit de cette sorte au'Ampelius a dressé le Mémoire abrégé que nous avons de lui. Quelques autres aïant devant eux plusieurs Auteurs sur la même matière , prenoient des lambeaux tantôt de l'un, tantôt de l'autre, et en formoient ainsi un corps d'Ouvrage. C'est de cette sorte que Tribonien composa les Digestes, des Ecrits et des Commentaires de divers Jurisconsultes. Ceux-ci exécutoient leur dessein en rédigeant en lieux communs , et sous divers titres, tout ce qu'ils recueilloient de meilleur des Auteurs qu'ils lisoient. On croit que ce fut ainsi que Constantin Porphyrogenete long-tems après , au X siècle composa son Histoire , et que c'est par le même moïen que se sont conservés quelques fragmens des Anciens,
p. 7. comme de Polybe , de S. Jean de Damas, etc. ' Ceux-là se
contentoient de jetter sur le papier les plus belles sentences , les portraits des personnes , les descriptions des lieux et des autres choses qui leur plaisoient le plus dans leurs lectures. Enfin beaucoup d'autres à mesure qu'ils lisoient , mettoient par écrit pour leur usage particulier, ce qu'ils en jugeoient le plus intéressant, en conservant néanmoins l'ordre de ce qu'ils avoient lu. Dans la suite il est arrivé que ces Mémoires ou Extraits, ces Précis ou Analyses se trouvant dans
DANS l.i:s GAI LES. \ SIECLE. SB
les Bibliothèque*, ont passé pour les Ouvrages entiefs des Auteurs originam : et la postérité k a long-lems regardés
lie tri*.
LTV. Il se Irofeve des Sçavans qui blâment fort-ces Abri- p.t. innir coupables de la perte de tanl d'eicetyens Ouvrages des Anciens , dont ces sortes d'Abrégés on! été la première eau» I - rite étant devenu! moins stu-
dieuse, elle se eontentoit aisément de ces Extraits, et nôgligeoit de conserver les Originaux, qui lui « - 1 « » i « * r 1 1 dèrei à charge pour leur grosseur. D'autres au <•< otraire pré^enderit (jur ces Abréviateurs n'ouï pas été >i ptfjudiciahles à la literature que l'on pourroit se 1 imaginer. Pour appuïer ce sentiment, ils supposent comme certain, que si ces Abréviatéurs ne nous- eussent pas conservé quelques planches de ce naufrage que les barbares causèrent aux letres. il ne nbus-6eroi1 rien resté de ces sçavans monumens de l'antiquité. Ainsi ils jugent qu'il vaut bien mieux en avoir quelques fragmens, que de n'en avoir rien du tout. Mais si l'on croit ce raisonnement capable de décharger les Abréviateurs du blâme dont on les charge, il ne les justifie point d'avoir contribué à introduire l'i rK>rance, en contribuant à entretenir la paresse. En effet on doit raisonner à peu près de ces anciens Abrégés comme les plus habiles raisonnent des Dictionnaires historiques et moraux, qui sont devenus aujourd'hui si fort a la mode; et qui, selon eux, pour quelques connoissances superficielles qu'ils donnent, détournent grand nombre de personnes de s'instruire à fond sur les sources et les originaux.
LV. En perdant ainsi le bon goût pour les Anciens, on perdit la connaissance de l'antiquité, et on laissa tomber la bonne critique. De-là s'ensuivirent divers fâcheux inconvéniens pour la literature. Car ' faute de ces secours on reçut fk-u. mœ. cbr.,n. aisément des Ecrits supposés sous des noms illustres d'Auteurs a8' p* Ecclésiastiques ; et l'on devint trop crédule pour les miracles. Il étoit si constant que les Apôtres et leurs Disciples en avoient fait une infinité, et qu'il s'en faisoit tous les jours aux tombeaux des Martyrs , que l'on n'y apportoit plus d'examen. Les Histoires qui en contenoient un plus grand nombre, et de plus d'extraordinaires, étoient les plus agréables et les mieux reçnës. Cependant on ne vit presque plus dans la suite d'autres Ecrivains, sinon des Théologiens et des Auteurs de semblables Histoires. ' Les premiers étoient ceux Bafl.,flwL,p. 317.