Tome IL E
34 i: i \ i m:s lkthks
quiaïant quelques talens plus que les miin-s, les emploioicnt à catéchiser les ignoraus el à écrire pour la comeision de ceux des barbares qui «r- 1 « > i « ■ i j t ou païens ou héréti<ji|es. Mais
p. sis. n'aïant aucune teinture des belles iHn-s, ' ils se soucioinii
peu de la pureté du discours, ci ne Repherchoient qi?p celle de la loi ci des moeurs. Les seconds n'.r.oieni presque pas d'autres qualités remarquâmes que la naïveté, et la bonne loi. Comme ils manquoient tous de critique, et que la plupart éloient faciles , simples et crédules ; il se hissoieni. volontiers imposer; et le défaut d'exactitude el de précaution les faisoit aisément tomber dans la séduction et l'erreur.
LVI. Encore, quelque peu estimables que fussent ces Historiens, L'ardeur qu'ils pouvoient avoir pour écrire, se trouvoit arrêtée par une basse et maligne passion , qui portoit à critiquer ce qu'ils écrivoienl. On vit des traces de cette maladie dans les Gaules avant la fin de ce siècle; el l'on ne sçauroit dire au vrai à quoi elle de voit son origine. Peut-être le dégoût et le mépris que la plupart avoient alors pour les letres, en étoient la première et principale source. On est naturellement porté à censurer ce que l'on ne goûte pas , et que l'on méprise, et à concevoir de la jalousie de l'honneur qu'en tirent les autres. Ainsi, comme dans cette décadence des letres il n'y avoit presque plus que les Ecclésiastiques et les
Ski. d. i. 3, ep. Moines qui se mêlassent d'écrire, ' si-tôt qu'ils commençoient "' p' un Ouvrage, particulièrement sur l'Histoire , ils étoient assu-
rés de s'attirer de l'envie et de la jalousie ; et ils ne l'avoient pas fini , que la haine étoit la récompense de leur travail. Quelque sujet qu'ils entreprissent de traiter, s'ils y faisoient mention des gens de bien , ils en recevaient peu de satisfaction. S'ils y parloient des personnes distinguées par leur rang, aussi-tôt on regardoit ces Ecrits comme des espèces de Satyres. S'ils ne donnoient que quelque chose de simple et de médiocre, on les faisoit passer pour des insensés. S'ils publioient un ouvrage exact et parfait, on les taxoit de présomption. S'il s'agissoit d'écrire sur ce qui se passoit actuellement, ils ne le pouvoient faire qu'à demi , pour le péril qu'il y avoit à dire la vérité. D'un autre côté il n'y avoit pasmoïen d'écrire pour ne dire que des faussetés, à cause de la honte dont il se seroient couverts. Que s'ils entreprenoient de ne parler que de ce qui les regardoit, ils passoient pour arrogans. S'ils touchoient ce qui regardoit les autres, on les accusoit de témé-
DANs |.i;s li M I.I.S. \ SIECLE 95
rit'-, l-'.iilin si pour évite* ces incotivériiens, ils n'écrivoienl que mu' lés faits du tfemftà passé, on le traitoit d'amusement inutil*'. De sorte que toui cela ihSpiroil aux gens de letres lirté atersion extrême pour le genre historique.
LY1I. La divine Providence, dont les ressources sont infinies, et qui aVoit su* bôs Gaules desvûës particulières que nous appercevons aujourd'hui mieux que jamais , apporta deux principaux remèdes à cette corruption générale, qui av>it si étrangement défiguré la face de nos Provinces. Le premier et le plus efficace fut sans contredit d'y conserver la Religion, qui contribua plus que tout le reste à y entretenir quelque politesse e! quelque connoissance des letres. L'autre remède fut d'y répandre l'institut monastique, qui servit beaucoup à y conserver la Religion elle-même dans sa pur Nous l'avons déjà vu établi dans nos Gaules dès le siècle précédent ; mais ce fut en celui-ci qu'il se répandit presque par toutes nos Provinces. Le grand nombre de Monastères qui s'y formèrent, furent autant d'écoles de pieté contre la corruption du siècle , et autant d'azyles contre la décadence des letres. On y enseigna non-seulement les letres sacrées et ecclésiastiques, mais encore les sciences humaines et les arts libéraux , tant aux Etrangers qu'aux Moines qui habitoient ces Monastères. C'est ce que nous ferons voir plus en détail sur les siècles suivans. Nous nous bornerons ici à en donner les premières preuves , en faisant le dénombrement des principaux Monastères que l'on érigea en ce siècle, sans néanmoins entreprendre de les nommer tous si exactement , que nous n'en oubliions aucun.
LVIII. ■ Cassien, qui au commencement de ce siècle étoit Genn. vu. m. c. venu fixer sa demeure à Marseille, comme nous l'avons déjà " dit, y en établit deux, l'un d'hommes, et l'autre de filles. ' Le Gaii. ctn-. nov. t. premier, qui est aujourd'hui PÀbbaïe de S. Victor, a toujours l' p" 6'9' 68j' été fort célèbre, et a donné de grands hommes à notre France. Ce fut dans ce Monastère en particulier, que s'élevèrent après les premières années de ce siècle les fameuses contestations sur les matières de la Grâce, qui troublèrent long-temps l'Eglise des Gaules. 'S. Castor Evêque d'Apt avoit établi un au- cass.inst. Pr.P.i. tre Monastère, soit à Nîmes, comme quelques-uns prétendent, soit dans son Diocèse, ce qui paroît plus vrai-semblable. Ce Monastère étoit encore informe, lorsque cet Evêque porta Cassien à lui écrire les Instituts des Pères de l'Egypte et de la
Eij
Coll. i .pr., p
Coll. il. is.
pr.
Euch. ad Ilil.
a Cass. ibid.
M\ IITAT DES I.RTRKS
Palestine, aifiïl < f i T i I s servissrnl à former ses Moines. ' Au bout dr < ] i M' Uj 1 1«; temps il |U'<"v-;i ruci »re I lassien tic. lui écrire; cl« la niriiic nianii'iv, et pour la même lin, tas conférences spirituelles qu'il .'iNoirnl euësavec les Solitaires deSccté. ' Les Isles StflBeades, ou Sloeeades aujourd'hui d'I lyeres {U sur la côte de
Provence, ('loicni encore une pépinière de Moines, gin fai-
sanl llenrir la vie des Cénobites et des Anachorètes d;ins les Provinces des Gaules, ' y représentaient une image de I'K^n pte. a Ce fut aux Moines dte ces Jsles Sloeeades, que Cassien adressa ses sept dernières Conférences, vers l'an n7l l'eu de 'nu. h. E.,t. i6, temps après, et avant le milieu de ce siècle, on vit se forp" ' " ,l)' mer le célèbre Monastère de Condat ou Condatiscone , au-
Boii. 28Fer. 740. jourd'hui de S. Claude en Franche-Comte; ' et bientôt de celui-là en sortirent plusieurs autres dans la Sequanoise, comme si.i. s. i. o. ep. celui de la Baume pour des fdles, et celui de Laucone. ' Dom- }*' 968?iii8.'iii9.' nule illustre Poëte de ce temps-là, se faisoit un mérite de visiter souvent ces Monastères du Mont Jura, qui donnèrent quelques hommes de letres au siècle suivant. Boii.i.Jan.,p.53. LIX. ' Le Monastère de Grinni, ou Grigni, que les Evoques de Vienne fondèrent dans leur Diocèse , devint aussi fort célèbre dès ce même siècle. On y comptait jusqu'à quasid., i. 7, ep. 17, tre cens Moines, qui suivoient, ce semble, une règle diffep" " rente de celle des Moines de Lerins. Il y a toute apparence
Sid., i. i, cp. ii, que ce fut dans ce Monastère que Mamert ' Claudien depuis p' Prêtre de l'Eglise de Vienne, se fit Moine en sa jeunesse. Il
faut que les études y fussent bien florissantes , puisqu'il y commença d'acquérir par l'étude des Auteurs Grecs et Latins , i. 7, ep. n, p. ce sçavoir éminent qui le rendit si célèbre dans la suite. ' Vers ce même temps il y avoit un autre Monastère en Auvergne près de Clermont. Abraham qui était venu des pais Orien- Mab. act. b., t. i, taux, en fut le premier Abbé. ' Avant la fin de ce siècle on en eP.°83 ur'' L2' vit encore deux autres, l'un à Agde fondé par S. Sevére , où il y avoit 360 Moines; l'autre à Arles , ou dans le voisinage. Caes.vit.,i. i,n. Celui-ci était gouverné par le sçavant Abbé Pomere , 'qui auparavant avoit enseigné la Réthorique dans la même ville, Enn., i. 2, ep. 6, ' où il continua de faire fleurir la belle latinité sur les bords xai.,'ibid.,p.i44. du Rhône. ' A Lyon l'Abbaye d'Ainay paroît avoir subsisté au moins dès ce même temps; puisque la Reine Brunehaud la fit «■ 3, P. 26. rétablir; ce qui marque qu'elle était alors fort ancienne. 'On
Val.,not. Gall. p. * Monsieur Valois veut cependant que ce soit celles d'If, et les deux autres qui 532.2. sont devant Marseille.