‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 279 sur 384 · QUI SONT VENUS JUSQU'A NOIS · texte numérisé non relu

QUI SONT VENUS JUSQU'A NOIS

e qui rend aujourd'hui plus célèbre la mémoire de Salvien, sont les écrits qu'il a laissés à la postérité.

Mais de tous ceux qu'il a composés, il ne nous en reste

plus que trois, qui ont été fort estimés dans tous les

temps.

Sai.inava. p. 217. 1° Le premier selon l'ordre chronologique, 'est le fiîfc. 67.enn" ur' traité contre l'avarice, divisé en quatre livres dès le tems p.Mô^aM feu! de Gennade, qui le marque. a On croit qu'il fut composé t.i6. p i9i. vers l'an 440 au plus tard. b II est au moins certain qu'il le i.p.V63.u * ' '"" fut avant l'ouvrage sur la Providence, où il se trouve ci- »inava.i.i. n.p. té; mais sans le nom de son auteur. c Salvien adressa ce

traité à l'Eglise Catholique répandue par tout le monde;

et par modestie il cacha son nom sous celui de Timothée. ep 9 p â!0. ' Lorsque cet ouvrage eut paru dans le public, Salone

fils de S. Eucher, autrefois disciple de Salvien et alors

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Evêque, lui en écrivit à lui-même, et lui demanda pour*

quoi ces livres portoient le nom de Timothée ; ajoutant que s'il n'en rendoit une bonne raison, cela étoil capable de les faire traiter d'apocryphes, comme /tant supposés à un Apôtre. ' Salvien répondit à ces demandes P no. ne par sa tetre 9e, dans laquelle il rend raison et de ce qu'il s'est servi d'un nom emprunté, et de toute l'œconomie de son ouvrage ; sans néanmoins avouer qu'il en fut Tau-

lier ou

irle, le

teur. Mais la manière dont il en parle, le fait assez connoîlre.

' Il dit qu'il n'a pas voulu y mettre son nom , afin de r su. fuir la vaine gloire, et qu'évitant ainsi de plaire aux hommes, il ne perdit pas la récompense, qu'il en espéroit de Dieu dans le Ciel. D'ailleurs s'estimanl très-sincerement le dernier des hommes , et croïant mériter d'être aussi peu estimé des autres que de lui-même, il craignoit que le mépris que l'on feroit de l'auteur, ne réfléchît sur les vérités qu'il vouloit annoncer. ' Mais il ne voulut point se ser- r- 215. vir du nom d'un autre, de peur que ce ne fût une espèce de mensonge, ce qu'il n'eût pas voulu commettre sous quelque prétexte que ce pût être. Ainsi aïant eu des raisons et de ne point mettre son nom , et de ne se point servir de celui d'un autre, ' il prit celui de Timothée, qui p- 216lui convenoit parfaitement ; puisqu'il ne cherchoit dans son travail que l'honneur de Dieu ; ce qu'exprime le nom de Timothée. 'À l'égard de ce que l'ouvrage pourroit, di- p. 210 soit Salone , être suspect comme apocryphe, il répond qu'il n'y a rien à craindre de ce côté-là ; parce que personne ne se tromperoit à le prendre pour un ouvrage nouveau, fait par un auteur du temps, bien loin de le regarder comme étant de S. Timothée.

' Salvien passant aux motifs qui lui firent prendre la p- 211-213 plume, et cà l'exécution de son dessein, il dit que volant les crimes des Chrétiens se multiplier et se répandre presque dans tout le Christianisme , et sur-tout l'avarice régner presque généralement dans tout le monde, dans les laïcs, dans les pénitents, dans ceux qui faisoient profession de renoncer au siècle, dans les Vierges consacrées à Dieu, les Diacres, le Prêtres, et ce qui est encore plus criant, dans les Evoques mêmes, il s'étoit senti enflammé d'un zèle tout de feu, qui Pavoit contraint d'en faire écla-

v SIECLE. '

211 ' ter B68 plaintes. ' Que dans ce cas il avoit cru ne les pou*

voir mieux adresser qu'à l'Eglise en panerai ; puisque les maux qu'il reprenoit, n'étoient pas de quelques particuliers, mais communs à tous les Fidèles, i». ne. ' Ce fut donc dans le dessein de servir à tout le monde,

tn ara.1. s.'n.i. que Salvicn entreprit cet ouvrage. ' Il souhaite que ceux p' ! qui y verront leurs vices dépeints, reçoivent avec chari-

1.4. n. 9. p. su. té ce que la seule charité lui fait dire. ' Il déclare néanmoins que son discours paroîlra dur et sévère. Mais qu'y faire, dit-il? Nous ne pouvons pas changer la nature des choses. Pour annoncer la vérité, il faut nécessairement user de la force que la vérité même exige et prescrit, naii. 22. juin. p. 'Cet ouvrage de Salvien que quelques-uns ont pris la liberté de qualifier, peut-être; à juste titre, La satyre des riches et des avares, contient des instructions très-importantes sur l'obligation de faire l'aumône. C'est une pièce des plus polies, des plus élégantes, et en même temps des plus vives et des plus agréables de toute l'antiquité ecclésiastique ; non-obstant- la tristesse de son sujet qu'il semble n'avoir choisi que pour déplorer les malheurs du monde. Cette idée du traité contre l'avarice, jointe au dessein de l'ouvrage sur la Providence , a fait nommer son Auteur le Jérémie de son siècle, saiv. inava. 1. 1. ' Salvien regardant l'avarice comme la chose la plus opp' ' posée au mépris que nous devons faire des richesses, selon l'Evangile, et à l'exemple des premiers Chrétiens, a cru devoir armer tout son zèle pour la combattre dans p. 2i8. 221. cet ouvrage. ' Il montre qu'elle est la source malheureuse de tous les autres vices, de tous les excès, de tous les relâchements, en un mot de tous les crimes qui se commettent dans le monde. Il la combat dans toutes sortes de n. 3. p. 22i. 222. personnes , 'mais particulièrement dans ceux qui sous prétexte d'une affection mal entendue pour leurs enfants, ne cherchent qu'à étendre leurs domaines, à grossir leurs thrén. i. p. 227. sors, à accumuler richesses sur richesses; 'et dans ceux

qui sont si attachés à leurs biens, que même à la mort ils ne songent pas à s'en servir pour racheter leurs péchés. DuPin.ib. p. 523. 'Mais on remarque qu'il peut avoir porté quelquefois n.5^6?^!». 2*5- les choses un peu trop loin. 'Car il semble vouloir que 247- tout le monde soit obligé, pour être sauvé, de donner

son bien, et de le laisser en mourant aux pauvres, plutôt

qu'a ses héritiers.' Bien davantage, il parolt refuser d'ac- , 3 n A p 2tt8

corder qu'un père puisse sans pécher, laisser même une

partie de son bien à ses enfants/ Ces endroits néanmoins, tïii iMd.p.iM

qui sont rares, sont corriges par d'autres, qui contiennent de fort belles ehos»-.

Avant que cet ouvrage de Salvien parût avec les autres, que dous avons du même auteur, ' il fut imprimé à Antid. p. îsi 2 Basle l'an 1528 avec la letre de Salvien à Salone en for- ***' me de préface, par les soins de .Tenu Sichard, qui l'inséra dans son recueil intitulé Antidotum; mais il y donne malà-propos le titre d'Evéque à Salvien. ' Il fut aussi inséré Hœret. p. 571 dans l'hérétheologie; ' et en 1609 il y en eut une édition Bib.Barb. 1. s.p particulière qui parut à Trêves chez Henri Bock en un volume in-4°, avec les notes de Jean Macherentini, et sous ce titre, Les quatre livres épistolaires à l'Eglise Catholique contre r avarice.

2°. Le principal ouvrage de Salvien, et le second selon l'ordre des temps,' est son traité /^z gouvernement de Diev, Saiv.gub.p.i-m

ou comme Gennadc l'intitule, suivant l'explication que Gewi.ibid. |Saiv. l'auteur en donne lui-même, De la justice du jugement que pn) ' ""' p' Dieu exerce prcsenteme?it sur les hommes. Mais il est encore plus connu sous le titre, Z^e la Providence, qui exprime la même chose, et qui convient fort à l'ouvrage; puisque l'on y apprend à reconnoître la justice et la miséricorde de Dieu dans tous les événements de la vie. ' Gennade n'y Genn. ibid. compte que cinq livres, sans y comprendre celui que l'auteur composa dans la suite pour en faire l'apologie. Peutêtre n'étoit-il d'abord divisé qu'en cinq livres effectivement; mais aujourd'hui il l'est en huit,' quoique celte tui. ibid. p. 746. division paroisse assez arbitraire à quelques Sçavants, et faite après coup. ' Us ne sont pas éloignés de croire que p. 192. nous ne l'avons pas même en entier.

Nous avons déjà remarqué' que l'ouvrage contre l'avarice, se trouvant cité dans celui de la Providence, il faut que celui-ci ait été composé après l'autre; et tout le monde en convient. ' On fixe l'époque du premier environ à Du Pin, ibid. p.

1* r r r\ 1 i> i» j. i» mi • • j » i 516. I Bail. ibid. p.

J an 440, et 1 on veut que 1 autre J ait suivi de près et avant 365. 1 Tiii.ibid. p.

l'an 451 ou 452. Mais il nous semble que l'on peut dire, 19u

que ce dernier n'a été fait au plutôt qu'en' 455, après la Pros.ciir. p. -u.

prise de Rome par les Vandales. ' Car Salvien fait clai- Saiv. gub. 1.6. n.

rement mention du siège et de la prise de cette Ville : 12' p' 138

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