‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 29 sur 384 · DANS LES GAULES. V SIECLE · texte numérisé non relu

DANS LES GAULES. V SIECLE

croit qu'elle l'ut bâtie au même endroit OÙ étoil le Temple ()ui>er\(iii aux l'anieiix .Acreiees liierairee en Grecel en Ga-

li il , dont nous avens parlé sur le premier siècle. Il >e iiommoit Athiuuirum , |ieui-èire pour Âthenœum. C'est de-là aue seront venus a eeite Abhaïe, aujourd'hui Eglise collégiale, le nom laiin Monasterium Athaneœense, el le nom vulgaire d'Ainav. L'on rapporte aussi à l'an 498 les commencement de l'Abbaie de Micy, ou S. Mesmin près d'Orléans.

LX. Mais de tous les Monastères qui s'établirent dans les Gaules en ce siècle, 'il n'y en eut aucun qui fût aussi il- i. is. p. iti. lustre que celui de l'Isle de Lerins. Tout ce qui regarde cette Isle célèbre est précieux et mériteroit d'être connu. Elle est située à l'extrémité de la Provence, et opposée à l'ancienne ville d'Antibe , dont l'Evêché a été transféré à Grasse. Aujourd'hui elle est de ce Diocèse , quoiqu'il conste par l'Histoire qu'elle reconnoissoit alors l'Evêque de Frejus. On croit que c'est la même Isle que Strabon appelle Planasie, et où du temps de Pline il restoit encore quelque mémoire d'une ville qui y avoit été autrefois nommée Vergoanne. ' Lors- m. de Hon., p. que S. Honorât, depuis Evêque d'Arles, s'y retira, elle étoit déserte et sans habitans. On n'osoit même y aborder à cause de la quantité de serpens qui en faisoient un lieu d'horreur. 'Ce fut là que ce Saint dans les premières années de ce Tffl.,a»id.,p.475. siècle, bâtit le célèbre Monastère qui prit le nom de l'Isle, et qui devint bien-tôt 'une pépinière de Saints qui vivoient Hii.ud.a. | Euch. plutôt comme des Anges que comme des hommes, un Sémi- ad HlL' p' j6' "' naire d'Evêques et d'Abbés, et une école de Sçavans. Il n'est point d'éloge ni plus pompeux ni plus édifiant tout ensemble , que celui que S. Eu cher, avec son éloquence ordinaire, fait de ce sacré désert. ' C'est cette Isle, dit S. Césaire , qui l'avoit cas. hom. 25. p. habitée après le même S. Eucher, c'est cette Isle qui forme 844" 2* d'excellens Moines, et qui les envoie pour Evoques dans toutes les Provinces. Elle les reçoit tous petits , et elle les rend ensuite grands. De soldats foibles et sans expérience, elle en fait des Rois. Ceux qu'elle reçoit dans son sein elle les fait ordinairement monter jusqu'au plus haut degré des vertus ; les élevant à J. C. sur les ailes de sa charité et de son humilité.

LXI. C'est de cette Isle heureuse, comme la nomme le même Prélat, que sortirent en ce siècle, outre S. Honorât qui en fut le premier Abbé, S. Hilaire d'Arles, S. Eucher, qui avoit cependant choisi pour sa retraite particulière l'Isle

m ktat des lktrks

de lrn> ; S. Saione etS. Veran ses (Ha, qui furent torn dent ËVêquee ; S. Maxime et Rau9te< qui te Curent de Rtiès l'un attirée l'autre ; lr doete Sal\ien; le Moine Vincent, si connu pour >oii beau Mémoire : et tant df autres dans le^iiwles possur. 29, .lui., p. lerieurs. huis personnages de sainteté ''I de se.'ivuir. 'S. Loup depuis Evêque de Troï'es, passa aussi quelque tempaa Leriné Bail. 17. Bah, p. sous la conduite de S. Honorai. Le célèbre S. Patrice Apô- -17- tre de l'Hibernie ou l'Irlande, s'y l'orma aussi sous le même

Gail. ohr. vet. t. Abbé durant neuf ans, et peut-être en la compagnie ' de S. .lacë»P«63. fjU(,s j)mnj(T Evêque de Taranlaise en Savon;, qui y vécut

Euch. ad mu., p. aussi quelque temps sous S. Honorai. ' Vincent frère de S. ;'li -• Loup, différent de l'autre Moine du même nom , et que

l'on croit avoir été Evêque de Saintes, l'y suivit de près; Sid., i. s, ep. 14, 'fi» Anliole qui fut ensuite Evêque , peut-être dans la Belp" ,1'' gique, l'y accompagna. Cette célèbre école souffrit cepen-

dant quelque tache dans sa réputalion, par l'entrée qu'y trou- Tiii. h.e., t. 12, va le poison de la doctrine Sémipélagienne. 'Car l'Abbé p* i80- Cassien vers 426 aïant adressé à S. Honorât et à S. Eucher

^ sa 11R Conférence avec les six suivantes ; la 13e qui est de ce

nombre, et qui excita dans nos (mules* contre la doctrine de la Grâce les troubles dont nous avons parlé, nuisit particu- Ant. For., p. 76. lierement aux Solitaires de Lerins. 'Mais on assure que cela n'arriva point tant que ce Monastère fut gouverné par S. iionorat.

LXII. Outre ces remèdes- généraux, qui servirent encore plus dans les siècles suivans qu'en celui-ci contre la décadence Bar.an. 475,n.io. des letres et de la politesse Gauloise, 'Dieu par un effet admirable de sa Providence, en prépara un tout particulier contre les extrêmes misères qui aflligerent nos Provinces durant tout ce Y siècle. Ce fut d'y consoler, et d'y soutenir l'Eglise et les Sciences, en donnant à nos Gaules plusieurs grands Evêques et autres scavans personnages, qui par leur sainteté merveilleuse et leur sçavoir éminent brillèrent comme des Bail. jug. prej., c. astres au milieu de ces ténèbres. De sorte que ' ce fut dans ces 7, g. 9, P. 3i-2. fâcheuses conjonctures que les Gaules se signalèrent encore autant que jamais par le grand nombre d'illustres Théologiens et d'autres personnes de toute érudition. Que si la Barbarie y prévalut enfin, ce ne fut qu'après y avoir été puissamment combattue. On en vit même alors sortir deux avantages dignes de remarque ; car nos Théologiens comprenant les desseins de Dieu sur l'Empire et sur l'Eglise, les suivirent

DANS LES mHJBBSl V SIECLE. »

d'une manière aussi honorable pour l'un qu'elle fut utile pouf

l'autre. 1rs Ihivs humaines et la ptolitesse, «pu feisoknl la -lourde cci Empire ;iv;uii sa rumc. trouvèrent après eeWe disgrâce une honnête sépulture dans leurs éci-iis. L'Eglise de son cftté s ti'ttina aussi un avantage nicr\ fi I lcu\ , s étant sen te

de leur- oii\ rages cl de leurs personnes pour faire passer la Ke-

Ugintiani ftafrbàresj ri les incorporer insehsiblemefctf aua Ko-

niains sous un même chef.

LX111. Ce ne fut donc pas toui-à-coup, mais geulemehd par dégrés, que ce siècle vit dans nos Gaules I extinction de la belle liléraluir. En distinguant dans ce siècle mêmedillerentes époques, nous avons montré que les éludes \ étoient aussi florissantes que jamais durant les 40 et ;>0 premières années ; quoique les Barbares s'y fussent répandus dès Tan 4«)7. Après le milieu du siècle les letres commencèrent à se sentir considérablement, de leur domination , et à pancher Mileur propre ruine. Mais elles n'arrivèrent point à leur entière décadence, sans faire divers efforts peur tàcber de se soutenir. Encore après le milieu de ce siècle , et dans les lieux % mêmes où dominoient les nations étrangères , on vit plusieurs écoles publiques pour l'instruction de la jeunesse. 'On y en- pîÔBÏi.'s.'epî's! seignoit avec réputation la philosophie, la poétique et les \J3 /^Vno.9' ,p' belles letres. Dans les unes on lisoit Aristote , et dans les autres Virgile , Ciceron, 'Plaute, Naevius, Caton , Varron, 43e. 538. p,p' Gracchus, Chrysippe, Fronton. Ces écoles étoient encore alors ordinairement fort fréquentées , et donnoient quelque lueur d'espérance de voir revivre dans les Gaules les bonnes études. Si-tôt que la jeunesse que l'on y instruisoir, commençoit à prendre l'essort , c'étoit autant de maîtres d'éloquence, qui se dispersoient pour aller ailleurs l'enseigner aux autres.

LXIY. Sans parler des autres endroits dont l'antiquité ne nous a pas conservé de connoissance , on trouve des vestiges de ces sortes d'écoles établies à Lyon et à Vienne, qui étoient sous la domination des Bourguignons ; à Bourdeaux , à Arles et ailleurs sous celle des Visigots: à Clermont en . ,

4 • -i 1 1 \ i \ n ■ . . Sid. S, 1. 4, ep. 1,

Auvergne, et aussi, comme il semble a Agen et a Pengueux. A p. 929. Lyon Eusebe, dont S. Sidoine loue le sçavoir et la sagesse, enseignoit publiquement la philosophie peu d'années avant le milieu de ce siècle , et continua sans doute le même exercice dans la suite. Il eut pour disciples le même

40 ETAT DES LE TRES

i. 3. op. 1. p. «)07. S. Sidoine, Avili; son cousin par les femmes, 'Probe qui fut

':JK) 4 ,'1'- '• ''• un des sçavans hommes <lc la fin de ce siècle et plusieurs

>ear. i, ?.».S8] autres jeunes gens «le la première disl inelion . ''An même eu-

oar. 9, v. 308.310. tjI%()j, |j()(-;||(li ml(. g Sidoine (jiialilie un lionmie \ énéiaUe ,

et Victor, qui fut ensuite Questeur sous l'Empereur Anilieme vers 470, enseignoienl la poétique, au même tems qu'Eusebe la philosophie. S. Sidoine les reconnoît pour ses maîtres dans cet art , où il fit tous les progrès que l'on pouvoit presque faire en son temps. Les autres écoles que nous avons nommées, ne furent pas moins célèbres que celles de Lyon. Mais pour éviter les redites , nous réservons à dire ce qu'on en sçait, dans les éloges des Professeurs qui y enseignèrent vers la fin de ce siècle. Si nous n'en avons pas usé de même à l'égard de celles dontnous venons de parler, c'est que nous n'avons point d'éloges particuliers d'Eusebe, d'Hoéne et de Victor, qu'elles avoient à leur tête ; ne sachant rien sur leur sujet, que ce que nous en venons de rapporter.

LXV. Pour ce qui est des bibliothèques des sçavans Gaulois de ce siècle, on ne nous en apprend presque rien. Néanmoins il est à présumer que le nombre en étoit proportionné à celui des hommes de letres, qui n'étoit pas médiocre, et que dans les ravages des barbares elles ne furent pas autant

^VoV'iotT11' resPect(^es qu'elles le méritoient. 'On parle avec éloge de celle que s'étoit formée Loup , qui semble avoir enseigné alternativement vers la fin de ce siècle, et à Périgueux dont

car. 24, v. 90. 95. il étoit natif, et à Agen où il s'étoit marié. 'Le Consul Magnus, qui faisoit sa résidence ordinaire à Narbone, en avoit formé une fort riche, qui passa ensuite à Probe son fils , dont nous donnerons l'éloge. On peut juger que celle de S. Rurice Evêque de Limoges , dont nous parlerons sur le siècle suivant , mais qui fleurissoit dès la fin de celui-ci , étoit et

i. s.ep.is, p. 988. fort nombreuse , et bien conditionnée, 'par le soin qu'il prenoit d'emploïer les plus habiles Ecrivains à copier des livres pour son usage. Il en faisoit même copier quelquefois pour ses amis; et S. Sidoine le remercie de lui avoir envoie par son Copiste même les cinq livres de Moyse, avec les trois

î. 2, ep.9, p.983. suivans et les Prophètes. ' Le même S. Sidoine parle en général des bibliothèques qui étoient à l'usage des Professeurs des belles letres, comme étant et des mieuxfournies de livres, et

•1 S. Sidoine nomme ces huit livres l'Heptateuque, qui signifie les sept livres, quoiqu'il y en eût huit. Mais les Anciens joignoient le livre de Rutli à celui des Juges.

et

D \\s LI8 (, \l blô. Y BHECLE. .1

des mieux ordonnées. La peu qu'il non» apprend de celk dâ eu u Philagre. fait jura qu'elle étoil fort considérableii

I.WI. Mais la plus curieuse, el peut-être aussi la plus riche de toutes les bibliothèques de ce siècle,, dont on i a ftonservé quelque connaissances étoil celle qu'avoil Te- iiu.i. i nanee Ferreol dans sa belle maison de Prusiane 9Ur le bord de la rivière du Gardon, entre Mme cl Glermont en Auvergne. Le choix et l'arrangement de celle bibliothèque p. 893 finaoient voir tout ensemble et le bon goût de ce Seigneur^ el l'amour qu'il avoit pour le bel ordre. On l'aunui prisa volontiers, dit S. Sidoine qui la connoissoit particulier^ ment, pour une de celles de ces fameux musées publia, que l'on voïoit à Home et à Alexandrie; 'elle étoit parta- p.893 sm gée en trois classes avec beaucoup d'art. Dans la première p. 894. éloient les livres de pieté à l'usage du sexe dévot, rangés aux côtés des sièges destinés pour les Dames , et différens , comme il paroît par-là, de ceux des hommes. 'De sorte que de p.893. leurs sièges elles avoient ces livres à main, avec toute la commodité, et en si grand nombre qu'elles pouvoient souhaiter. ' La seconde classe contenoit les livres de literature, et d'un p. 894. style plus élevé. Ceux-ci étoient destinés pour les hommes , et rangés comme les autres aux côtés de leurs sièges. Enfin dans la troisième classe étoient placés les livres communs aux personnes des deux sexes. On marque entr'autres S. Augustin, Prudence, Origene de la version de Rutin, Varron . Horace. Il ne faut pas s'imaginer que cette bibliothèque, disons-en autant des autres, fût seulement pour une vaine parade. Les personnes qui se trouvaient dans la maison, les étrangers comme les autres, en faisoient un usage réglé et journalier. On y emploïoit à la lecture une partie de la matinée immédiatement avant le dîner; et on s'entretenoit durant le repas de ce qu'on avoit lu, en joignant ainsi dans le discours l'érudition à la gaieté de la conversation. 'S. Si- 1. 8, ep. 4, p. doine parle encore avec estime de la bibliothèque qu avoit Consence dans sa belle maison nommée Octavienne, près de Narbone. Cette bibliothèque étoit riche et nombreuse, comme aïant été formée de longue main par son père et son aïeul, deux grands hommes de letres, tel qu'il l'était luimême.

LXYIl. Pour ne rien omettre de ce qui s'est passé de principal dans les Gaules en ce siècle, par rapport à 110-

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