CONTRE LES ARIENS
spic. t. s. p. no. 'cous l'épiscopat d'Etienne, successeur de S. Rustice O dont nous venons de parler, on vit à Lyon un événement des plus glorieux de ce siècle pour la Religion Catholique. Au même temps que Dieu se servoit de S. Rémi Evêque de Reims , pour détruire l'idolâtrie parmi les François, qui s'étoient rendus maîtres de la plus grande partie des Gaules, il inspira à plusieurs autres Evêques de combattre l'Arianisme, que professoient les Bourguignons établis aussi dans la Gaule Celtique, à Lyon même et dans les païs voisins. Nos Prélats convinrent de s'assembler pour cet effet; mais afin d'y réussir, et que le roi de cette nation ne pût empêcher leur convocation, il falloit que la chose ne parût pas concertée.
ibid. | sid.i.s. ep. ' Dans ce dessein Etienne Evêque de Lyon se servit de la
17. P. 36i. proximité de la fête de S. Just, qui avoit de coutume de se
célébrer avec beaucoup de solennité, et un grand con-
spk. ibid. cours de peuple. Il y invita plusieurs Evêques recom-
mandâmes par la pureté de leur foi et la sainteté de leur vie. Entre ceux qui s'y trouvèrent, l'on compte S. Avite de Vienne, Eone d'Arles, les Evêques de Valence, de Marseille et de plusieurs autres Villes, outre Etienne qui les assembloit. Les noms des Evêques de Valence et de Marseille, ou sont effacés dans le manuscrit, ou ont échappé à la plume du copiste. Mais le premier étoit sans dou-
Gaii. chr. vet. t. 3 te' S. Apollinaire frère aîné de S. Avite. a Pour le nom de
* Spic. ibid.
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celui de .Marseille il se terminoit en ' îua : ainsi ce n'étoil pas S. Honorât; et nous sommes Autorisés par-là à mettre sa mort au temps que QOUfl l'avons rapportée.
Lorsque ces Prélats turent arrivés à Lyon, l'Evêque ibw. Etienne les mena saluer le Roi Gondebaud, qui étoil avec une partie de sa Cour à Sarbiniac à quelque distance de la Ville. Dieu lit que contre toute apparenee il> eurenl une audience favorable du Prince. Après les saluts ordinaires, S. Avite, quoiqu'il ne fût ni le plus distingué ni le plus âgé des Evèques, prit la parole, et réprésenta au Roi, ' que le moïen de procurer la paix de l'Eglise, seroit i>. m. d'ordonner une conférence réglée entre les Evoques de sa communion, et les Evêques Catholiques. Que ceux-ci étoient prêts à montrer si clairement, que leur foi étoit conforme à l'Evangile et à la doctrine des Apôtres, que personne n'en douteroit, et qu'au contraire celle du Roi et des siens n'étoit ni selon Dieu, ni selon les sentiments de l'Eglise.
Le Roi n'écoutant pas d'abord volontiers cette pro- ibid. position, tacha de la détourner par des questions sur divers sujets auxquelles S. Avite répondit avec une suffisance admirable. ' Et comme il vit que le Roi l'écoutoit ,.. 11-2. avec bonté, il insista si à propos sur la tenue de la conférence, que le Prince répondit amiablement qu'il satisferoit à leur demande. C'étoit l'avant veille de la fête de S. Just ' de l'an 499 ; a et dès le lendemain veille de la fête, qui p- p- lise célébroit le 2e de Septembre, le Roi s'étant rendu à * p* Lyon, où il tenoit ordinairement sa Cour, envoïa quérir l'Evêque Etienne et S. Avite. Il leur dit qu'on leur accordoit ce qu'ils demandoient; que ses Evêques étoient disposés à soutenir, que personne ne peut être coéternel et consubstantiel avec Dieu; que dès le lendemain la conférence se tiendroit au même lieu qu'il leur parloit, c'est-à-dire dans son palais; que néanmoins ce ne seroit point en présence du peuple, comme le souhaitoienl les Evêques Catholiques, de peur qu'il ne s'excitât du tumulte, mais seulement en présence de ses Conseillers, et
1 Ce ponrroit fort bien être Charteirius remplir l'espace de plus de 50 ans, qui se Avit. ep. 28. p. 65.
dont parle S. Avite àGondebaud, dans une trouve entre S. Honorât et Emetêrius,
lelre qui semble écrite après cette Conférence. qu'on lui donne pour successeur immédiat. La découverte de cet Evèque serviroit à
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(isn CONFERENCE DE LYON,
des autres qu'il choisiroil pour spectateurs, ainsi qu'eux-* mêmes Catholiques choisiroienl <,<,u\ qu'il leur plan-dit, pourvu quece ne lui pas en grand nombre.
ibid. Après celte réponse, les deux Evoques prirenl congé
duKoi, ei s'en allerenl en donner avis à leurs confrères. Ils auroient fort Bouhaité que la conférence n'eût été indiquée qu'au sur-lendemain, à cause de la fête de S. Just. Mais la vûë d'un si grand bien les empêcha de remettre la partie; et ils se résolurent tous unanimement de passer la nuit au tombeau du Saint, afin d'obtenir de Dieu, par son intercession, une heureuse réussite dans leur entreprise.
J11,3/» ' Le jour marqué étant venu, a qui étoit le propre jour
de la fête de S. Just, le second du mois de Septembre,
p- ll3< tous les Evèques Catholiques accompagnés de plusieurs
Prêtres et Diacres, et de quelques laïcs, entre lesquels étoient Placide et Lucane deux des principaux Officiers de l'armée du Roi, se rendirent au Palais. Là se trouvèrent aussi les Evêques Ariens avec leur suite. Tout le monde s'étant assis le Roi présent, S. Avite fut chargé de parler pour les Catholiques, et Boniface pour les Ariens. S. Avite, que la relation de cette conférence qualifie un autre Ciceron pour la force de l'éloquence, et aux discours duquel Dieu donnoit une grâce particulière, établit la foi de l'Eglise par les passages de l'écriture, d'une manière si invincible qu'il jetta les Ariens dans une extrême consternation. De sorte que Boniface, qui l'avoit écouté assez
p- lu- attentivement, n'eut rien du tout ' à répondre aux raison-
nements du S. Evêque. Seulement il se jetta sur quelques questions difficiles, comme pour fatiguer et dégoûter le Roi. Mais S. Avite s'appercevant de la ruse, rappela Boniface de son écart, et le pressa de répondre à ce dont il s'agissoit, lui promettant de répondre lui-même ensuite aux questions qu'il avoit proposées, quoiqu'assez inutiles. Ce fut en vain. Boniface ne dit pas un seul mot pour la défense de sa cause, et n'ouvrit la bouche à la manière des gents qui se sentent vaincus par la force de la vérité, sans vouloir s'y rendre, que pour dire des injures, traitant les Catholiques d'enchanteurs, et de gents qui adoroient plusieurs Dieux.
ibid. ' Le Roi voïant la confusion de ceux de sa secte, se
leva de son siège, et dit que Boniface répondroit le len-
* demain.
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demain. tânsi ûnil cette session : et comme le jour tfétoit pas encore Gni, les Catholiques allèrent à l'Eglise de S. Just, qui étoil hors de la Ville, pour remercier Dieu dii commencement de cette \ ictoire.
Lé jour suivant les Catholiques se rendirenl au Palais, iMd. en même nombre qu'à la session précédente. Ils trouvèrent à l'entrée un nommé Arede, qui voulul les renvoïer, sur ce que de telles animosités aigrissoienl l'esprit du peuple, el ne pouvoient produire aucun bon effet. Mais l'Evêque Etienne qui scavoit que cel Arëde, bien qu'il professai la foi Catholique, favorisoit les Ariens pour faire sa coin- au Roi, lui répondit en généreux Evêque, qu'ii n'y avoit point à craindre que la recherche de la vérilé, et l'amour que Ton avoit pour le salut de ses frères; causassent des animosités. Qu'au contraire il n'y avoit rien de plus propre à réunir les esprits dans une amitié toute sainte, que de découvrir de quel côté étoil la vérité , parée qu'en quelque endroit qu'elle se trouve , elle est aimable , et rend aimables ceux qui en font profession. Qu'au reste c'étoit Tordre du Roi qui les amenoit. A ces mots Arede n'osa plus rien répliquer . et nos Evêques entrèrent avec leur suite. Si-tôt que le Roi les apperçut , il se leva , alla audevant d'eux , et s'étant mis entre l'Evêque Etienne et S. A vite, il leur fit encore, ' comme il avoit fait la première p. m. fois qu'ils le saluèrent, des plaintes contre le Roi des François, qui étoit Clovis. Mais les deux Evéques aïant fait p. h*, m. entendre au Roi qu'il n'y avoit point de plus sûr moïen de faire la paix avec ce Prince , pour laquelle ils s'offroient de travailler eux-mêmes, s'il le souhaitoit . que de s'accorder sur la foi, Gondebaud ne dit plus rien.
Chacun aïant prit la place qu'il occupoit le jour pré- p.ns. cèdent, S. Avite commença par réfuter l'injure que Roniface avoit faite à nôtre foi . en accusant les Catholiques d'adorer plusieurs Dieux ; et il le fit avec tant de clarté, que ses ennemis furent étonnés de sa lumière et de sa science, et ne purent s'empêcher de les admirer. Il se tut ensuite , pour laisser parler Roniface ; mais celui-ci n'y put rien répondre que ce qu'il avoit répondu dans la session précédente. Puis ajoutant injure sur injure, il fit tant de clameurs , qu'il s'enroua jusqu'à ne pouvoir plus ni parler, ni même presque respirer.