‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 49 sur 384 · POETE CHRETIEN · texte numérisé non relu

POETE CHRETIEN

v 8IECLI

re, qui nvoit des gardes sur ses frontières, de peur que ses Captifs ne lui échapaesenl . il se sentij touche de Dieu. Il commença à rentrer Jans lesecrel de son cœur, autant que l'esclavage plus spirituel que corporel où il étoif , le pouvoil

permettre, lls'appcrcul qu'il s*rn^.-i^c<»il de plus en plus sous

la domination du péché, et il en fut saintemeril troublé. ' Il p tw

rougit du service qu'il rendoit à un maître si infâme et si cruel.

Il ouvrit l'Ecriture pour voir s'il lui restoit encore quelque P. 770 espérance de se sauver. Y aïant trouvé sans floute des assurances de la miséricorde de Dieu envers les véritables pénitents, il versa des ruisseaux de larmes dans la confusion d'a- \ oi r vendu au péché ce que Dieu avoit acheté de son sang, et dans le regret de se -voir esclave de ses plus grands ennemis.

Loin de se laisser aller au découragement. ' il s'anima à P 770 rompre promptement tous ses liens, et à retourner sans délai à celui qui l'avoit acheté pour lui donner la vie. Il s'excita à demander, à chercher et à frapper à la porte de sa miséricorde, dans l'espérance qu'elle lui ouvriroit son sein. Lorsqu'il songeoit à s'aller présenter devant son père, et sa nombreuse famille ; la nudité honteuse où il voïoit son ame, le couvroit de confusion. Quelque grande que soit celle qui accompagne les humiliations les plus dures et les plus pénibles de la pénitence, il l'embrassa néanmoins, parce qu'elle n'a rien de comparable à la violence du feu d'enfer, et que la punition doit être plus rigoureuse pour ceux qui se laissent accuser au jugement de Dieu, que pour ceux qui d'eux-mêmes lui confessent leurs péchés; pour des pécheurs opiniâtres, que pour ceux qui implorent la divine miséricorde; pour des criminels que l'on traîne au tribunal de la justice divine, que pour ceux qui reviennent à Dieu par un retour sincère. Il semble par-là que nôtre Auteur se soumit, ou s'étoit résolu de se soumettre à la pénitence publique.

Telle fut sa conversion , comme lui-même la rapporte dans un écrit, que nous allons prouver être son ouvrage; quoiqu'il ait longtemps porté le nom de Prosper d'Aquitaine sous le titre de Confession. Il fut attentif, non-seulement à conserver les sentiments de pieté que Dieu lui avoit inspirés dans sa conversion , mais aussi à tâcher de les inspirer aux autres. C'est ce qui paroit par le Poëme qu'il composa sur la Providence. Les mêmes maux qui l'avoient fait retourner à

Kiij

7S \\n\YMI

DoProv v 19 16 I '*"'" éloieiil ;iu\ ;mlres mi sujet de pl.uules tffnerèS el de

83. «f. blas^hêrries ooritre la Providence ilivim'. ■ ConWne il avdil ac-

coutumé de ^V\ereer;i renie (fi\ r\< oil\ l'.i^cs cil \ers, cl peul-

< i être aussi eti prose, après un art presque entier- dis silence

v "i il eriii ne pouvoir rien fidre de plus utile, (|ue d'emploïer la

\ 89 m». plume ,-'i réfuter ces blasphèmes, qui 'lui étaient plus'serisrbles

v. 87. 88 que huiles les cnmulés des GûtS; • qu'il \oioil ébranler |;i

v. 93. 94. lo\ île la popuhce crédule et i",;iior;uile. ' || espéWil par-là

dVmp.Vher les UttS de s'Ôttgttgé? dkns les lé né lires de l'erreur, ci de r.nie n\rnir les autres (le leur égarement, en leur montrant la lumière qu'ils dévoient sui\ iv

v. 07. i50. ' Il leur rappelle dans ee Poème L'existence 'd'ttil Mien qui

a créé toutes choses, qui en dispose eomme il lui plait, mais

▼ . i3i. loi toujours avec une souveraine sagesse; ' qui gouverne l'unité!

v. 193.29*. avec autant, de vigilance que de bonté; 'qui niant fait éclater

sa toute-puissance dans la création du momie, et sur tout d.-ins la formation de l'homme qu'il a fait à son image, et rendu capable de le posséder, étend encore ses soins à lui préparer un remède en J. C. pour le retirer de la mort où il s'étoit pré-

v. 902.605. cipité; 'qui fait servir les afflictions temporelles à punir les

méchants, quoique sa patience leur réserve après cette vie une autre punition proportionnée à leurs crimes, comme à purifier les justes de leurs péchés, et à augmenter leurs mérites. De ces grands principes nôtre Poëte tire les conséquences aussi justes que propres à appaiser des murmures contre la Providence, et à faire adorer les desseins de Dieu sur les hommes.

Mais pour mieux faire entrer les autres dans ces senli-

t. 892. 896. ments qu'inspirent la foi et la piété, ' il prie Dieu de le met-

tre lui-même au nombre de ceux qu'il châtie par sa miséricorde, et non de ceux qu'il abandonne à leur propre volonté et à leurs passions, en retirant d'eux les verges de son châtiment paternel. Il vient ensuite à exhorter les autres à faire ce qu'il avoit pratiqué lui-même au temps de sa conversion; c'est-à-

y. ois. 933. dire ' à rentrer dans le secret de leur cœur, à y considérer les

souillures du péché, et les ravages qu'y font leurs ennemis spirituels qui le tiennent dans l'esclavage ; à pleurer ces dommages, plutôt que de s'amuser à verser des larmes sur leurs maisons de campagne brûlées, et sur leurs champs ravagés ; à rejetter sur leurs péchés la ruine des temples, qui subsisteroient encore pouf annoncer la piété de ceux qui les avoient

I» o E T E (. Il II E T I E Y 1%

\ sn.< .1.1.

bâtis, s'itsavoient uefusé l'entrée aux ennemis de leur salui. Ll finit, en leur représentant que ceux qui onl mis tous leurs ?. e*3.W. thrésorseo J. G. ne doivent plus ^'occuper desx&oses pér issa-r . qu'ils n'ont poinl . < j » j k » 1 1 < < - m venant au oaowie, et qu'ils n'emporteronl point en le quittant ; mais qu'ils doivent faire Unis leurs efforts pour 9 couer le jpug du péché, romore leurs chaînes^ et feutrer dan- la glorieuse Upi •i-i»' des enfants de Dieu . que s'elant ainsi dépouillé* du vieil homme,

et revêtus de ,1. C. ils s'adressent à lui pour lui demander

toute la force nécessaire^ afin de vaincre celui qui le- a \aineus. Nous ne sommes entrés dans ce détail, que pour mon- Ir.i' que ce PoëJe «toi t un grand homme de bien et d'une pieté aussi solide qu'éclairée. [\ vivoil encore en 410, ainsi qu'on le \a voir par la suite.

§. II

SES ECRITS

jvrous avons de nôtre Anonyme deux différents ouvra- Iiges assez considérables pour ce qu'ils contiennent , mais encore plus célébrer par le nom de S. Prosper qu'on leur a l'ait porter assez long-temps.

1° ' Le premier est un Poëme sur la Providence, dont nous pros. P. tss . venons de donner quelque idée en faisant l'histoire de la vie 9U' de son Auteur. ' Qn convient presque généralement aujour- p. -<j. tsu. dliui qu'il n'est poinl de S. Prosper, mais d'un Auteur inconnu; et c'est le titre que lui donne le dernier Editeur des œuvre» de ce Saint. Pour éviter les redites, nous supprimons ici les raisons que nous avons de suivre ce sentiment, et les renvoïons à l'article de S. Prosper.

' Il v avoit déjà dix ans que les Vandales et les Gots ra- De ptoy. v. 27. vageoient nos G;, nies, lorsque ce Poëme fut composé, ce qui revient à l'an 410, suivant l'époque de leur première irruption dans nos Provinces. 'Les plaies dont Dieu chàtioit alors les rai. h. e. t. 16 péchés des hommes, faisoienL murmurer les méchants, au p' c lieu des les humilier. ' De ces grands effets de la Providence Pros. de Prov. y. divine ils tiroient des armes pour combattre cette même ,9'"° "' v'83' 8'' Providence. Et comme ils voïoient souffrir les innocents avec les coupables, ils en inféraient qu'il n'est point vrai que Dieu gouverne toutes choses, et recouroient aux principes v. 665. ess chimériques du destin et de la puissance des astres. ' Ces tiii. ibid

su ANIIN Y M E

blasphèmes qui ont obligé S. Augustin à faire son grand ou-

vragi de la Cité de Dieu, donnerenl aussi occasion au Poème dont noua parlons. L'Auteur qui avoil beaucoup de piété, comme on l'a \ù parsavie, l'entrepril dans le même dessein.

pioj. ibid. v. 15. Il commence par décrire d'une manière pathétique la

00 désolation de son pais, et l'extrême cruauté ^\^^ Barbare

qui non contents d'avoir ravagé la campagne, brûlé les villes, ruine les châteaux, avoient encore profané les lieux saintsel les vases sacrés, insulté aux Prêtres, aux Solitaires^ aux Vierges, aux Veuves, et massacré les jeunes enfants. 11 entre ensuite en matière, après avoir posé les grands principes de l'existence d'un Dieu, de sa sagesse, de sa bonté, de sa vigilance, de sa justice, etc. On ne peut guéres donner une plus haute idée qu'il donne de la grandeur de Dieu, et du soin qu'il prend des créatures, et sur-tout des hommes; d'où il conclud la nécessité et l'obligation qu'ont ceux-cy d'adorer ses desseins, et de se soumettre à ses ordres. Ce Poëme contient de fort beaux endroits sur la grâce, et \raiment dignes d'un Disciple de S. Augustin. Mais il faut avouer qu'ils perdent quelque chose de leur mérite, en se trouvant mêlés avec quantité d'autres qui paraissent ne respirer que le Pélagianisme. Il seroit trop ennuïeux d'en faire ici le détail . On peut les voir dans ce même Poëme de la dernière édition parmi les œuvres de S. Prosper, où l'éditeur a

Tin. ibid. P. 7M. eu soin de les marquer par des guillemets. Il est vrai' que ce Poëme fut fait en un temps où l'hérésie de Pelage n'avoit pas encore fait un éclat considérable dans les Gaules, et que l'Auteur a eu moins en vûë de combattre les ennemis de la grâce, que ceux qui ruinoient la liberté de la volonté. Néanmoins on ne peut s'empêcher de convenir qu'il ne se soutient point dans ses principes, puisqu'il en pose de si contraires les

Pros. de Prov. v. uns aux autres. De même 'après avoir établi la vérité de l'In- J" 450-546. carnation, et le dogme des deux natures en J. C. il semble dire que depuis son Ascension ces deux natures n'en font plus qu'une. Nec jam diverses, sed unum sunt duo. Tout cela n'empêche pas que le Poëme n'ait de grandes beautés, et pour les vérités qu'il contient, et pour la manière de les exprimer. On l'a toujours inséré parmi les œuvres de S. Prosper, depuis l'édition qu'en donna Sebastien Gryphe en l'année 1539. 2°. L'autre ouvrage de nôtre Anonyme est la Confession que le P. Sirmond publia en loi 9 sous le nom de Tyro

Prosper,

Page 1