‹ Histoire littéraire de la France (volume 2)Chapitre 98 sur 384 · CYTHERE · texte numérisé non relu

CYTHERE

Homme de Letres.

Cythere , homme illustre dans le monde, tant par sa naissance, que par les dignités auxquelles il avoir été élevé, fleurissoit au commencement de ce siècle. Il étoit Gaulois, comme il paroît par S. Paulin, 'et à ce que l'on croit, ou d'Aquitaine, ou de cette partie de la Xarbonoise que l'on a nommée dans la suite le Languedoc. 'Il avoit épousé une femme qui lui donna plusieurs enfants, et dont S. Paulin loue beaucoup la conduite toute Chrétienne. Mais Cythere étoit encore plus illustre par la pieté, dont il faisoit profession, que par tout ce qui le relevoit aux yeux du monde.

'Dieu avoit donné à Cythere un cœur humble, pour le v. 483-486. rendre grand dans le Ciel, et lui avoit inspiré de l'amour pour les pauvres, afin de l'associer à la récompense de ceux qu'il comble des richesses célestes. 'Il étoit pauvre d'esprit, v. 487-488. mais riche en cette espérance qui fait la joie des pauvres. Ses liaisons répondoient au reste de sa conduite ; étant lié particulièrement avec deux des plus illustres Saints du commencement de ce siècle, 'S. Sévère Sulpice,3 et S.Paulin v. 715. de Noie. Celui-ci qui étoit déjà Prêtre, le qualifie son frère «p. 99. en J. C. d'où apparemment l'on ne pourroit pas conclure que Cithere fût aussi revêtu du Sacerdoce. Mais s'il n'avoit aucun degré dans l'Eglise, il voulut au moins avoir un de ses enfants qui y tint quelque place.

Ainsi ' pénétré des mêmes sentiments, qui portèrent Abra- ▼. 506-566 ham à immoler son fils Isaac, Cythere consacra un des siens

Xij

104 CYTHERE, lin.MME DE LETRES.

,r. 7I„ " à Dieu, 'sous la conduite de S Sévère Sulpice, afin d'en Vt 506897. faire un Eunuque pour le Roïaume des Cieux. 'Cette action

généreuse ouvre une vaste carrière à S. Paulin, qui emploie une grande partie de son 21e Poème, à décrire le genre de vie de cel enfant, et le bonheur qui lui en reviendroit et à lui et à ses parents ; niant, par là le moïen de devenir un autre Joseph et un autre Samuel.

i 482. 'A toutes ces grandes qualités Cytherejoignoit une érudi-

tion peu commune, qui donnoit un grand lustre à la splenv 125-430 deur de sa naissance. ' S. Paulin parle de ses écrits/ et môme

' v ;i i3° de ses simples letres, avec beaucoup d'éloge ; mais il ne nous

a Wi reste plus aucun de ces précieux monuments. ' C'est au même

Cythere que le Saint adresse son Poëme sur le naufrage de t 13.436 Martinien, 'qui étoit un homme d'une grande pieté, et leur ami commun. 'Cythere l'aïant chargé de ses letres pour S. Paulin, l'avoit engagé à faire le voïage de Noie pour visiter ce Saint dans sa retraite. 'Martinien s'embarqua à Narbone, et eut le malheur de faire naufrage sur la route. 'Mais il en échappa par une protection particulière de Dieu, et se rendit enfin à Noie. Il raconta ensuite ses avantures à S. Paulin, et pour le dédommager des letres qu'il lui portoit, et qu'il avoit perdues, il lui récita quelques endroits des écrits de Cythere, qu'il sçavoit par cœur, et dont S. Paulin ne peut assez admirer les beautés.

Ce sont ces avantures qui font le sujet du 21e Poëme de S. Paulin, qui y a pris occasion de nous laisser le peu que nous p 0!, sçavons de l'histoire de Cythere. ' On croit que le Saint

composa cette pièce vers l'an 400, lorsque Cythere ne paroît avoir été qu'à la fleur de son âge, et qu'il pouvoit encore avoir une trentaine d'années à vivre.

LKPORll'S, PRÊTRE. 165

LÉPORIUS,

PRÊTRE DE L' ÉGLISE D m PPONE.

S L HISTOIRE DE SA VIE

éporii s , Gaulois de nation, ' vivoit au commence- Ang. cp..st9.n.i.

ment de ce siècle. Il embrassa la vie monastique très- ^'"'vim.'um" V probablement à Marseille sous Cassien, comme il paroît par 796- *■ la suite de son histoire, et se distingua entre les Moines des Gaules par l'innocence de sa conduite, et la pureté de ses mœurs. Mais la présomption le fit tomber dans l'erreur de Pelage. Loin de reconnoître humblement que sa vertu étoit un effet du secours de Dieu, il l'attribua par orgueil à son libre arbitre et à ses propres forces. 'Il semble qu'il eût appris ces cass inc. i.i.c.4 sentiments de Pelage même. Il les enseigna dans les Gaules, p* 968- 969où Cassien assure l'avoir repris de ses erreurs. ' Le texte de cet <■■ ->• p. 96* Ecrivain porte que ce fut à Bellay ' sur le Rhône dans la rai. h. c. t. 13. Bresse; quoique d'autres y substituant une autre leçon, l'en- p' tendent de Trêves dans la Belgique. Mais il paroît que ce fut plutôt à Marseille même qu'ailleurs; ' et c'est le sentiment Lep. not. p. 34s. du P. Sirmond. Ce qui a porté à l'entendre de Trêves, est sans doute 'l'endroit où Cassien dit que l'hérésie dont Léporius étoit u>id. 1 Caw.ine.i. un des Sectaires et non l'auteur, avoitpris. naissance dans la première ville delà Belgique.

Quoi qu'il en soit Léporius poussant encore plus loin son pernicieux principe, ' fut un de ceux qui en ce temps-là re- Up. p. 348-354. : nouvellerent l'ancienne impiété des Ebionites , et posèrent wP'ii.V-e"*"?les fondements de celle de Nestorius; en disant que J. C. n'é- 1017toit en naissant qu'un pur homme. Qu'il n'étoit pas né Dieu, mais qu'il avoit été choisi de Dieu, aïant acquis la divinité par le mérite des ses travaux et de ses souffrances. ' Qu'il avoit Cass.ibid. 1. 1. c.

rA - i r i> i 1 i- • •.' • 1 3. p.966. | 1. ti. i-.

vécu -sans pèche non par 1 union de la divinité , mais par le 14 ;p. 1034.

bon usage qu'il avoit fait de son libre arbitre. Qu'il n'étoit

point venu au monde, pour donner aux hommes la grâce de

la rédemtion, mais pour leur montrer seulement l'exemple

d'une vie sainte. ' De cette doctrine il s'ensuivoit nécessaire- 1. i.c. 3. p. 9m

V SI EC LE

Hii; LÉP0RIU8,

inrii! qu'entre J. C> el les hommes il n'y avoil aucune différence, et qu'ils pouvoienl tous aussi par eux-mêmes, et sans le secours de Dieu, vivreexempts de péché el acquérir tous

Au.-.,,, •>!•). ...i i les autres avantages auxquels J. G. étoil parvenu. ' LesEvêques

l|' i' ttK- d'Afrique el Léporius lui-même nous donnent un motif de son erreur. C'esl que craignant que la nature divine, par laquelle le fils est égal an Père, n eût souffert dans l'incarnation quelque altération, ou quelque changement, et que (railleurs ne VOÏant pas mo'ien d'introduire une quatrième Personne dans la Trinité, cequiauroit été contraire au symbole, il nioit que le Verbe se fût fait homme.

Telles étoient en général les erreurs de Léporius, qui les détaille lui-même dans l'écrit qu'il composa pour les rétrac-

Lep. P. 347. ter. ' Il a l'humilité d'avouer qu'il ne falloit pas s'étonner de son aveuglement et de sa folie; puisqu'il n'avoit point eu d'autre maître que lui-même, et qu'il avoit jugé des choses divines plutôt par son propre sens, que par les lumières de

P. 3t7 m* la Foi. ' Persuadé de ses erreurs, qu'il croïoit comme autant

de vérités, il les publia dans un écrit qui blessa la charité des

Fac.i.i.c.i.p.32. Orthodoxes, et causa de grands scandales. Ce fut ainsi ' qu'il enseigna dans les Gaules la même doctrine, que Nestorius publia ensuite dans l'Orient; et c'est de cette doctrine, qui enferme réellement le Pélagianisme, que l'on a inféré que Léporius étoit Pélagien.

333. ' On s'éleva contre lui avec justice. Mais voulant se défendre, il ne fit qu'augmenter le scandale, et se jetter dans de nouvelles erreurs. ' Cassien, comme nous avons dit , l'avertit de se corriger de ses mauvais sentiments ; a et d'autres personnes habiles des Gaules en firent de même. b L'humilité néanmoins n'abbatit point la présomption que l'ignorance formoit en lui; et il se trouva être tout ensemble superbe, téméraire et rébelle. Les Evêques des Gaules voïant son opiniâtreté, et voulant couper cours aux disputes, et empêcher le mal de se

Fj£.ib«i.|Aug.Bp. répandre, ' le chassèrent des Gaules après avoir frappé l'enllure de son cœur, c'est-à-dire l'avoir excommunié.

n.1.3. i Lep. 358. ' Léporius dans une telle conjoncture se retira en Afrique avec quelques autres, qui étoient aussi engagés dans les mê-

Fac.ibki. mes erreurs. Il eut le bonheur de tomber ' entre les mains

d'Aurele de Carthage, de S. Augustin et de quelques autres, qui travaillèrent à le détromper; et Dieu accompagnant leurs

Aug. ii.id. n. ^. 3. instructions de l'onction de sa grâce, ( elles opérèrent sa con-

Lep. p. 348. i

Cass.

inc. 1. v

a Genn

. ibid.

b Lep.

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