Chapitre IL — A, StnUsoê
Les cinq derniers décrets du Président^ sa circulaire^ son discours au conseil des Ministres, la pétù tion d'un citoyen au Président, Vespion, et généralement toutes les satires dictées au poète par le mauvais vouloir qui existait, et qu'on alimentait même du dehors, contre le Comte Capodistrias pendant les derniers temps de son gouvernement, comptent sans contredit parmi ses plus belles compositions, bien qu'elles soient le plus souvent plus amusantes que justes. Mais avoir par ses chansons excité à l'assassinat du Président Capodistrias, ou l'avoir excusé, est un fait des plus regrettables pour la moralité politique du poète, et que la beauté de ses vers ne suffit point à racheter.
Cependant toutes ses pièces qui datent de cette époque, et qui ont été recueillies dans deux petits volumes sous le titre de Panorama de la Grèce, sont loin d'avoir la même caractère d'originalité. Il y en a bon nombre qui ne brillent que d'un éclat d'emprunt, et ne sont que le pâle reflet du génie de Béranger. Ce n'est pas qu'dles manquent pour cela de beautés, et qu'elles ne puissent plaire encore à quiconque n en connaît pas l'original; mais ce fut un tort du satirique grec que d'avoir essayé d'imiter le poète le plus inimitable du Parnasse français, et de s'être placé si près du grand chansonnier, qu'il puisse prêter à une comparaison nécessairement écrasante.
Il est vrai que ces imitations sopt souvent faites avec beaucoup de liberté; mais ce n'est pas là ce que nous
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pouvons surtout dire à leur éloge. On doit ou s'abstenir d'imiter Béranger, ou bien se résigner à le copier. On n'y peut rien changer ni en rien retrancher, que ce ne soit une beauté. Ainsi par exemple, en comparant la pièce intitulée Ma vie de Dioghie de notre poète avec celle de Béranger qui a pour titre le nouveau Dioghie et qui lui a servi de modèle, j'avoue que je préfère, et de beaucoup, ces beaux vers de cette dernière:
Dans mon tonneau sur ce globe qui tourne je tourne avec la fortune et le temps,
à leur traduction, on ne peut plus libre en efifet:
cDiogène, je m'enquiers peu de gloire et de richesse, et je dis: que la fortune tourne sa roue à son gré.»
A cet autre vers du chansonnier fi:ançais:
Devant ma tonne on ne viendra pas dire: Pour qui tiens-tu, toi qui ne tiens à rien?
A. Soutso a substitué cette strophe:
cTous cetix qui, manquant de tête, traînaient autrefois une queue après eux, et qui cherchent aujourd'hui à s'attacher une nouvelle queue, (le poète veut parler des chefs de parti, qui avaient perdu leurs adhérents après l'arrivée du Président Capodistrias), viennent jusqu'à l'ouverture étroite de ma tonne, y frappent et y frappent encore, et me demandent : de quel parti es-tu? Veux-tu bien nous le dire? — Je suis Diogène, leiur criéje en réponse, et je ris du monde entier.»
La strophe suivante:
N'ignorant pas où conduit la satire, je fuis des cours le pompeux appareil;
CkapUrt IL — A. SouUoê. 3 1
de Tains honnenn trop cndin à médixe, auprès des rois je crains pour mon soleil.
reçoit une application directe et haineuse au Président
de ]a Grèce, et est rendue par les mots suivants :
«Je ne fréquente pas, comme les autres, la cour du tyxan. Je m'étends au soleU et j'y lis. Si le despote de la Grèce passe devant moi et m'intercepte le soleQ, je m^écrie en Diogène courroucé: Homme, ne vois -tu pas qae tu me prends ce que tu ne peux me donnerPc
Enfin, au lieu de cette strophe piquante:
Lanterne en main, dans Athènes moderne, chercher un homme est on dessein fort beau. Mais quand le soir voit briller ma lanterne, c'est qu'aux amours elle sert de flambeau,
la chanson grecque contient cette autre plus froidement
sérieuse:
«Si tu prêtes attention aux allures de chactm, tu venas que tous ont des prétentions et croient être quelque chose. L'un est un Mirabeau, l'autre un Metteruich, un grand homme d'état Moi au milieu du jour j allume ma lanterne, et je parcours les rues en cherchant un homme.»
Tel est le genre d'empnmts que le satirique grec fait à la muse française. Si Ton compare encore son Vieil habit, ses fausêes interprétations^ son hymne à la liberté aux chansons de Béranger intitulées rHahit^ Balte-là, la Déesse, on trouvera partout la même distance entre les deux poètes.
Soutso a l'allure plus sérieuse et moins anacréontique. Chez lui la chanson est la forme, la satire est le fond*
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Ses attaques sont véhémentes, sa raillerie est pleine d'aigreur, mais ce n'est pas cette verve pétillante, qui jaillit en gerbes d'édncelleë de chacun des couplets de son modèle. Ses vers sont très-beaux d'ordinaire, mais il n'a pas cette élégance de pinceau, cette délicatesse de touche, pour laquelle nul ne rivalise avec Béranger.
On peut aussi lui faire le reproche que, voulant puiser dans un poète chez lequel les beautés foisonnent, et où il n'avait qu'à tendre la main pour cueillir des chef&<i'œuvre, il a eu la maladresse d'y prendre quelquefois justement ce que repoussent les sentiments les plus respectables. Nous ne nions pas infiniment d'esprit à la pièce de Béranger intitulée le Bon Dieu. Cest même à force d'esprit qu'elle rachète en partie le ton leste et tant soit peu choquant. £h bien, il faut l'avouer, dans la traduction c'est justement l'esprit qui s'est évaporé. Le refrain Grec:
cSi ce peuple fou sait ce qu'il fait, que je ne sois pas un Dieu,»
est trivialement impie. Toute la pièce n'est qu'une par raphrase décolorée. Soutso réussit mieux toutes les fois qu'il se livre à ses propres inspirations plutôt qu'aux inspirations des autres.
Après l'arrivée du Roi Othon il semble avoir quitté Béranger pour Barthélémy. L'arme fine, maniée par la grâce, et exigeant des ménagements de forme et de l'étude, le gênait, et ne suffisait plus à son humeur aigrie. Il lui fallait le fouet de la furie vengeresse. A