‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 172 sur 256 · Chapitre V. — Orphanidês · texte numérisé non relu

Chapitre V. — Orphanidês

Momus qui en sort, bénis toujours le nouveau né, et ta bénédiction sera une loi pour son avenir.»

Ce que le poète chante dans ce Lutrin grec, c'est une chasse mémorable, qui aurait mis en émoi toute rUe de Syra. H interpelle ainsi cette ile.

c Salut, île aride 1 toi qui attires les fainéants de la capitale; tu nourris dans ton sein les belles sirènes qui séduisent les épouseurs par les chants argentins des écus. Salut I Les arômes de la poix parfument ton atmosphère. Tes citoyens se livrent souvent des combats pour une obole. Salut la plage stérile, salut le rocher des rochers. Si Phérécyde est mort autrefois sur tes côtes, couvert de vermine, on y gagne aujourd'hui des fortunes, et plus d'un est venu secouer dans ton marché la vermine de son manteau. Salut ... — Halte-là, s'il te plaît ; me dites-vous en colère; tu ne nous a pas promis de chanter les salutations de Syra avec le ricanement d'un Satyre, mais bien de nous parler du coucou. Cesse donc, et entre honnêtement dans ton sujet -;— Avec plaisir, seigneurs; et que je devienne un coucou moi-même s'il m'arrive encore une fois d'oublier mon coucou.»

C'est en effet un coucou qu'il se propose de chanter. A Syra, qu'il représente en exagérant comme entièrement dénudée d'arbres, et comme paf conséquent n'étant jamais visitée par un oiseau, le bruit se serait répandu que le cri d'un coucou a été entendu. Toute la population mâle est aussitôt sur pied. Tous veulent courir à cette chasse inespérée. C'est aux incidents de la chasse, aux préparatifis, aux discussions auxquelles elle

donne lien, que le poème est consacré. Un de ces in-

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ddents, Tarrivée d'un bateau d'Athènes, donne lieu à une nouvelle digression. Les chasseurs laissent là leurs pr^>aratifs et courent au port apprendre des nouvelles:

«D'autant plus que le bruit avait couru que ... un tel, j'oublie son nom, un homme depuis long-temps éteint dans le souvenir public, revenait tout d'un coup au timon, avait mis le cap sur le ministère, et que le port du succès s'ouvrait devant lui.

«Un certain Sinbad le marin de la politique me disait l'autre jour que quiconque jette l'ancre dans ce port ministériel est saisi d'émotions délicieuses, car la nature tout autour est pleine de charmes. Le sable est profond sur la plage, et ses grains sont de l'or. Pendant les jours de calme, les zéphjrrs y répandent des parfums et la douce odeur de l'encens; lorsque l'inondation arrive, on voit jetées sur la plage des décorations d'États étrangers; s*il arrive une averse favorable, il y pleut des grades, des honneurs, des croix et tous les trésors de Crésus.

«Cependant ce pays de délices a aussi son mauvais côté. Tandis que son ciel est serein, et que ses bienheureux habitants rêvent tous les biens du Paradis, tout d'un coup le tonnerre retentit, la foudre éclate avec fracas et leur porte la mort. Pleins de désespoir ils se réfugient alors à l'île de l'Opposition, qui est située vis à vis d'eux. Les habitants de cette île sont en général saisis d'un trouble d^esprit qui fait que, négligeant leurs propres afiaires, il n'épient que celles des autres. Ds portent des besicles d'une fabrication toute particulière, qui découvrent tous les desseins cachés de la tyrannie, voient noir ce qui est blanc comme le lait, voient renversé ce qui est debout, et grand ce qui est petit.

«Voilà encore, cher lecteur, que je te chante des

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balivernes! Mais que veux-tu? Tu pourrais tarir le Mis^ sissipi, tu pourrais renverser le sommet des hautes montagnes au moyen d'une fine aiguille, qu'il te serait impossible de tenir en frein une langue médisante et bavarde comme la mienne, surtout lorsqu'elle se propose de t amuser et de s*amuser elle-même. Mais laissons cela, puisque tu semblés ne pas y trouver du plaisir, et revenons à la glorieuse ville de S3rra, où nos étrangers sont en train de débarquer, abasourdis par les cris des bateliers.»

Sophocle Carydis, du Péloponnèse, est l'un des satellites qui gravitent autour du soleil d'Alexandre Soutso. Il est d'une fertilité prodigieuse. Ses odes, ses poésies patriotiques sont en très-grand nombre. H a aussi écrit des poèmes de longue haleine; il a même essayé du drame. Mais c'est surtout dans la satire qu'il s'est montré inépuisable. Pendant une longue suite d'années il publia un journal, souvent même deux ou trois à la fois, écrits en entier ou en partie en vers satiriques, agressifs, s'attaquant à tout et à tous par les personnalités les plus crues, qu'il croyait se faire pardonner en commençant par soi-même cet acte de dénîgration générale. Il a surtout choisi dans Soutso et outré la partie justement qu'Orphanidès a cru devoir écarter ou au moins midger. Que la satire ainsi maniée puisse avoir l'effet moral qui doit être le but et qui est l'excuse de ce genre de littérature, c^est ce dont il est permis de douter; mais on ne saurait contester de l'esprit et du ta-

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lent aux compositions du poète, qui, lorsqu'elles seront réunies, formeront plusieurs volumes. Toutefois le style se ressent souvent de cette excessive facilité de produo tion. Le temps et le travail sont des conditions de succès dans la poésie comme dans tous les arts.

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