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CHAPITRE VI

BERNARDAKIS.

Un autre poète qui a débuté par la satire est Dem. Bernakdakis, de Crète, ancien professeur d'histoire à l'université d'Athènes. Philologue, historien et poète des plus remarquables, il prit tout d'abord pour modèle son collègue plus ancien que lui, Coumanoudès, et dans une espèce de Batrachomyomachie satirique, tla guerre de la vieille femme et dee rats 3 (Graomyomachie) , et, plus encore, dans un poème comique intitulé Féridromoê^ il a imité avec beaucoup de bonheur le Stnxtis CaUapicheiroe de son devancier. Dans ces deux compositions, qui portent l'empreinte d'un comique de bon aloi, on reconnaît un esprit fin, original et caustique; on y sent ce miel à la fois doux et piquant que les abeilles de l'Hymette distillaient dans les écrits de Ménandre et de Lucien. Bemardakis a, comme Couma-

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noudès, composé ces poèmes en trimètres, et a dû, comme lui, et même à un plus haut degré, en sentir le danger, qui consiste à entraîner et à faire déborder la pensée, surtout une pensée aussi riche que celle du poète.

De la satire Bemardakis s'éleva bientôt à la narration poétique, et se montra non moins doué pour la poésie sérieuse. Il a écrit deux poèmes en ce genre, qui tous les deux rivalisent par la pureté et l'élégance de la langue, par la beauté de la versification et par la richesse des images, avec ce que la littérature grecque moderne a encore produit de plus digne d'être signalé.

Le premier de ces poèmes, intitulé Planés (aussi Y Errant)^ raconte les aventures chevaleresques d'un jeune Grec, et ses amours avec la fille d'un Pacha, qui sa trouve être sa propre sœur. Cette intrigue n'a rien de bien nouveau ni d'irréprochable; et le poète, qui parait avoir été le premier à s'en apercevoir, a laissé son œuvre inachevée. Il n en a paru que des firagments, dont les rares mérites font regretter que Tensemble soit resté incomplet Voici l'un de ces fragments:

.... cj'errais sur une montagne. La chevelure des chênes flottait dans un fleuve de lumière, et la voûte profonde de l'éther resplendissait de reflets dorés.

«Soudain je vis sur un rocher une fille habillée de bleu, ayant des cheveux d'or. C'était elle, celle que j'aimais, mon étoile polaire.

tje la vis venir vers moi d'un pas rapide. Elle s'approcha de moi, lorsque le soir projetait sa lumière magique.

1 20 //. Partie. — Utfre IL — Poèieê.

cEUe s'approcha de moi; fatiguée, elle appuya son bras de neige sur la pierre, et s'arrêta toute pâle.

«Ses longues boudes dorées ondoyaient sur son coo, et la sueur de son front tombait en gouttes sur leurs anneaux, qui exhalaient des arômes.

«Elle fixa sur moi son regard. Ses yeux bleus étaient humides, semblables à deux sources limpides. La pâleur de ses joues était grande.

«Elle resta un instant silencieuse; puis, desserrant les lèvres, «Courage, mon ami, dit-elle. Mon cœur est toujours à toi.»

«J'étais immobile. Je craignais que mon oreille ne perdît une de ses syllabes, mes yeux un de ses regards. Mon âme fut transportée par ces douces paroles.

«Fuis, me dit-elle. Tes jours me sont précieux. Si le sort s'est montré hostile jusqu'à ce jour, aie bon courage; mon cœur est à toi.

«Cet orage ne sera que passager; mais si le calme ne revient point, les voûtes éthérées nous seront toujoun ouvertes, ô Planés.

«C'est là que ...» Mais la parole lui échappe; un sanglot l'étouffé, et des larmes obscurcissent ses yeux.

«Elle me présente un bouquet de lys qu'elle tenait dans sa main.» Prends, dit-elle, ce bouquet- C'est un gage d'amour étemel.

«Mais fuis; il en est temps. En restant tu t'exposes. Prends ce souvenir de mon étemelle constance, et éloigne-toi.

«Adieu, Planés, adieu» ... Je m'élançai en avant pour presser sa main blanche contre mes lèvres brûlantes, pour m'emparer du bouquet de lys.

«Quelle déception 1 C'est à un phantôme que je tends

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