‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 174 sur 256 · Chapitre VL — Bemardakis · texte numérisé non relu

Chapitre VL — Bemardakis

la main; je ne touche qu'une ombre composée d'air. C'était l'illusion cruelle d'un rêve!

cËlle fuit au loin dans les rochers. Je veux courir après die. Courir? Je ne le puis. Mes genoux se dérobent sous moi.

c L'atteindre, je veux l'atteindre; tous mes efforts sont vains; mes forces m'abandonnent Cruelle illusion d'un rêve!

cje veux crier cGhiulnaré!9 Ma langue est enchaînée. Je me remets à courir. C'est en vain. Je la cherche des yeux. Où la trouverai-je?

cJe ne l'ai plus jamais, jamais, revue. La vision a disparu comme disparaît la fumée, l'espérance, le nuage qui passe.

«Depuis, plongé dans le désespoir, je n'attends plus rien dans ce monde. Je désire . . . Qu'ai-je à désirer? et je vais . . ., qui dira où je vais?»

L'autre poème, intitulé Eicasie^ est de beaucoup supérieur au premier par l'invention, et il tient, par la beauté des vers faciles et coulants, atix rimes riches et nullement forcées, par l'abondance et l'éclat des pensées, une des premières places dans la poésie grecque. L'héroïne, qui a donné son nom au poème, est une femme intrépide et pieuse, qui sacrifie à Dieu l'amour que lui porte Théophile, Empereur de Byzance. Void en quels termes Brutus, un chef de brigands, raconte à ses compagnons une solennité à Constantinople, à laquelle il a assisté:

«Le jour ardemment attendu est enfin arrivé. Les courtisans se couvrirent de leurs habits dorés. Avant le jour les rues étaient encombrées. On était impatient

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de voir laquelle des dix serait favorisée par le sort pour être Tépouse élue de l'Empereur.

cVous décrire la fSte dans tous ses détails me serait impossible. L'empereur était sur son trône, ayant à ses deux côtés les Bleus et les VerU. Derrière lui se tenait toute la foule d'esclaves couverts de vêtements de toutes couleurs.

cD^;uisé en moine, un loup sous la peau du renard, je me mêlai au peuple, affectant l'allure d'un vieillard, et courbant ma tête à chevelure blanche. Je promenai autour de moi tm regard furtif. Toutes les richesses de l'Orient, tous les trésors des trois parties du monde étaient là étalés avec une insolente provision. J'étais ébloui des lambris couverts de tapis de pourpre, des meubles dorés, des diamants et des pierres précieuses qui brillaient à mes yeux.i Si tu pouvais vendre, Brutus, me disai»je en moi-même, ce seul lit incrusté de perles, tu deviendrais le m^tre de la terre entière.»

€je tournai les yeux une seconde fois, et vis un spectacle bien plus ma^fique que le premier: Devant l'empereur se tenaient immobiles, enchaînées par la pudeur, dix jeunes fiUes, qui étaient aussi belles que les Grâces. Ce que je vis, je ne saurais vous le dire, ni vous décrire quelle flamme je sentis tout d un coup s'allumer dans mon sein, quelle rage meurtrière s'empara de moi.

«J'eus envie de me ruer sur le trône, d'^rger Théophile, d'égorger ses courtisans, de promener le meurtre parmi les assistants, et de relever ces jeunes beautés de leur position humiliante. Mais ce ne fut qu'un vertige d'un moment qui s'empara de mon cerveau. H se dissipa bientôt, et je contemplai la réalité des choses.

-tje fixai les yeux sur les jeunes filles, et je dévorai

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