‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 175 sur 256 · Chapitre VI. — Bemardakiê · texte numérisé non relu

Chapitre VI. — Bemardakiê

leurs channes. Les unes étaient blondes, et dans leurs yeux se reflétait le bleu du ciel limpide, comme il se reflète dans la source de cristal. La chevelure des autres était plus noire que l'aile du corbeau, tandis que leur peau était plus blanche que les flocons de la neige, et leurs membres semblaient coulés dans le moule du fondeur. D'autres étaient formées, eût-on dit, de miel et de lait pétris avec les plus brillantes fleurs.

«Elles étaient toutes fraîches comme des roses du mois de mai, toutes tendres comme le lys, et exhalant ses parfums. Leur œil était le soleil, leur regard le rayon. Elles étaient des êtres fantastiques, comme on n'en voit qu'en rêve. Elles avaient de quoi bouleverser l'esprit du vieux et sage Nestor qu'Homère chante dans ses vers.

«Oh, si vous aviez été là, vous autres, hommes de sang, si vous aviez vu ces charmes comme la nature n'en connaît pas de pareils, vous ne chanteriez pas vos sauvages chansons, et vous deviendriez de tout autres hommes. Oui, vous le deviendriez, car l'œil de la beauté est un piège où sont pris les tigres et les lions. Une bouche de corail, séjour des Grâces, ensorcelle les hommes de son irrésistible magie; la parole qui sort des lèvres d'une belle est un piège, c'est le chant des Sirênes, un filet tendu à l'ouïe; les sourdls sont des arcs qui lancent dans le sang un poison mortel; le regard est un hameçon qui attire, et auquel pendent les cœurs palpitants des hommes ... .9

Voici un autre beau passage sur la prière:

«Elles sont un baume. consolant les larmes qui mouillent la paupière de la beauté affligée; elles sont un arôme les paroles qu'inspire la foi et que la prière exprime. Prière, don sublime du ciel, parfum exhalé de la bouche du créateur; plus odoriférant que les fleurs,

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