Chapitre XI IL — Poèieê Ioniens: Jules T^aldos, 22 y
«La mort de Hamko (mère 4*Ali-Pacha).
«Quelle terreur s'est emparée du malheureux Teplen? Le soleil se lève terne de derrière les montagnes. L'air retentit de blasphèmes, de cris de joie, de malédictions et de pleurs.
«Elle se débat avec rage sur son lit de douleur. Voyez; la mère d'Ali est en lutte contre la mort; avec les dents elle retient son âme féroce près de lui échapper.
«Elle soulève la tête, et roule des yeux à demiéteints, mais qui portent encore des reflets sanglants. Qui cherche-t-elle dans cet instant suprême? Elle fixe son regard, et fait de vains efforts pour parler.
«O mort, éteins la parole sur ses lèvres impies. Non encore repue de sang, ce sont des paroles d'horreur et d'extermination qu'elle va prononcer. Elle léguera à Ali un héritage de poignard et de poison.
— «Où es-tu, mon fils? Pourquoi m'as-tu délaissée? Accours, car la mort arrive pour m'accabler. Mon cœur se glace dans mon sein désolé, tandis que tant d'autres sont pleins de vie et de joie.
«La douleur me brise les os, tandis que les roses fleurissent sur les joues d'autres femmes. Four moi un lit isolé sous la terre, pour elles des chants, des couronnes, des danses!
«Mon fils, change, ô change Gardiki en un désert, en un vaste cimetière où les loups viennent p^tre. Êtotiffe dans leur sang les mères et les enfants, les jeunes filles et les vieillards I Partout le fer et le feu!
«Le feu et le fer! Qu'on écrase la tête du jeune homme dans les bras de la vierge qu'il aime; que la mère qui serre en tremblant son enfant sur son sein, le voie égorgé à ses pieds.
«Brandissez le poignard. Que pour toute joie ils
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aient une longue agonie, qu^ils invoquent la mort pov les délivrer. Le fer et le feu! Que la tombe enfenne la fiancée avec sa couronne.
«Le fer et le feu! Un cercle de glace m'enserre. Anathèmel anathèmel Le soleil s'obscurcit. Quels sont ces horribles fantômes qui m'entourent? Cadavres décapités, que venez-vous chercher?
« Terreur I Ils s'approchent lentement de mon lit... Ah! Ils lancent sur moi leurs têtes décharnées, et de leur bouche sort une malédiction terrible. Arrière! Laissez-moi, frères d'Ali!
«Une épée vengeresse brille dans l'ombre et te menace, ô mon fils. Sois sur tes gardes; la mort assi^ la forteresse. Là! Ils approchent; ils sont entrés; Os fondent sur toi, avides de ton sang.
«Ah! Le premier est tombé; il expire. Le second chancelle avec une blessure au flanc Mais la foule se rue sur toi, les brandons à la main... O mort, hâtetoi de me fermer les yeux.
«Aie pitié de moi, ô mort. Tes coups ne sont-ils pas déjà assez cruels? Un yatagan nu siffle dans Tair. On le traîne sans pitié par ses cheveux blancs. Quei affi-eux spectacle!
«Arrêtez! J'entends un gémissement de mort! ... Sa tête est laissée à terre. Vengeance, vengeance, Mouctar et Vélil Mais void quelqu'un qui traîne aussi leurs têtes tranchées!
«La terre s'est couverte de ténèbres, les enfers mugissent. Quel est ce monstre infernal qui me menace en grinçant des dents? Il se jette sur moi... il m'étoufife..- Ali! ... — La mort lui a enlevé son âme féroce.»
Au même poète on doit un excellent essai d'une traduction de la Jérusalem du Tasse.
ChctpUre XIIL — Poètes Ioniens: Marcoras, 229
MARCORAS.
On peut constater un vâ-itable progrès au point de vue de la langue dans tm nouveau poète Ionien, qui s'est produit en dernier lieu. Gérasimos Marcoras de Corfou a publié un poème long de 1800 vers, rimes, intitulé €le serment:». Il y est resté fidèle au dialecte ionien, et son style en présente les défauts: La formation des mots y est souvent d'une grande irrégularité, indiquant une triste corruption de la grammaire ancienne, ou plutôt défiant toute grammaire. Les expressions dialectiques, qui n excluent pas quelquefois jusqu'à des mots turcs, y sont en si grand nombre, qu'elles obscurcissent même le sens en certains passages pour les habitants des autres parties de la Grèce. Néanmoins le poète sait manier en artiste l'instrument imparfait dont il dispose. On ne peut assez louer la vigueur et la concision de sa langue, qu'il enrichit par de fréquents et judicieux emprunts faits à tous les dialectes vulgaires parlés dans les diflférentes parties de la Grèce. Avec le sentiment intime qu'il a de la forme littéraire, et les connaissances philologiques qu'il laisse deviner, Marcoras aurait composé un chef-d'œuvre à côté duquel plusieurs des meilleures productions du Parnasse de la Grèce actuelle eussent pâli, s'il avait voulu s'exprimer dans la langue parlée et aisément comprise par tous les Grecs. Il a l'imagination à la fois brillante et sobre; il n'est jamais banal, jamais exagéré, et ses vers sont harmonieux et beaux,
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malgré l'abus qu'il fait, comme tous les Ioniens, de U contraction des voyelles qui se heurtent, abus affligeant pour Toreille des habitants des autres parties de la Gréa. Le sujet de cet excellent poème, digne d'un meilleur dialecte, est le fameux Arcadi, ce &Gsolonghi de la dernière insurrection de Crète. Le poète débute en ces mots:
cDans cette rapide nacelle qui glisse sur tes eaox par la nuit calme et sans souffle, si tu savais, ô mer souriante, combien de faibles âmes sont en proie aux orages d'une nuit aveugle et glacée I
cDes femmes et des enfants retournent à la teire ensanglantée où Tétoile ottomane a triomphé de la ctchx. Voyez, ils sont tristes, et ni la sérénité des cieux, m la tranquillité des eaux ne les console. Leur r^ard sec. immobile, indifférent aux spectacles de la nature, plonge dans Tabîme du désespoir. Us le laissent errer sur Timmensité de l'élément désert, et semblent y mesurer ceOe de leurs malheurs. Le timonier hésite à leur annoncer que leur navire abordera demain à leur patrie. Les esclaves ont'ils une patrie?
€ Sainte espérance, c'est grâce à toi que ces existences frêles ont résisté pendant trois ans aux maux et aïs douleurs de l'exil. Reviens, oh, reviens parmi eux! Posetoi sur la proue de leur barque; que la femme, quefenfant, que la jeune fille te voie, comme jadis les habitants de l'arche virent la blanche colombe venir à eux une branche verte au bec I Viens ; qu'ils traversent sons ton ombre le nouveau courant de leurs destinées, et qu'ils s'enhardissent jusqu'à lever les yeux vers le del. Pose doucement la main sur leurs seins endoloris, qni n'ont plus de secours à attendre ni de la terre ni du