Chapitre XIII, — Poètes Ioniens: Marcoras
cid, et fais, ô espérance divine, que ton lait coule encore du sein de la mère dans la bouche de Tentant It
Parmi les voyageurs une jeune fille murmure: «Pourquoi le navire ne vole-t-il pas avec les ailes de mes désirs?» Cest qn^Eudoxie espère retrouver en Crète un père et une mère, et le jeune et brave Manthosy son fiancé. «Va, lui a dit celui-ci au moment du départ; ne crains pas pour moi. J atteste cette lumière céleste qui s^éteint au couchant, que notre séparation sera courte, que tu reviendras bientôt et que nous serons unis.»
Mais quand le navire aborde, elle apprend que ses parents ont été égorgés par les Turcs. Manthos est tombé à Arcadi. Elle est anéantie.
«Plusieurs Tout vue, mais nul n'osait dire si elle était un corps inanimé ou si elle respirait encore. Le cruel Charon, qui en traversant les champs et les montagnes avait pendant trois ans cueilli une ample moisson de fleurs de la Crète, se tenait auprès d'elle, impatient d'ajouter cette rose embaumée à sa couronne mortuaire. Mais le sort ne Ta pas voulu. Une larme au coin de son œil y a rappelé une nouvelle aurore de la vie.»
Dès quelle eut repris des forces, elle se mit en marche. Elle avance sans s'arrêter. Lorsqu'elle est sur le point de s'affaisser, son âme semble dire à son corps: «Marche, corps misérable, ou je fuis et te laisse der^ rière moi.»
Elle va à Arcadi, où, vrai fils de la Crète, Manthos était tombé avec ceux qui par leur mort avaient épouvanté lennemi. «Une étincelle a dispersé leurs osse-
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ments sur la terre sacrée, leurs âmes aux étoiles, et leur nom partout»
Manthos était mort cH était mort! Cette idée seule dominait son esprit. Les douleurs, les joies, les nobles sentiments de patriotisme, les pensées et les désirs, tout flottait dans l'immense chaos glacé qui s'étendait dans son âme, comme les épaves dispersées d'un navire brisé que les flots entraînent»
Ëudoxie entend le tocsin lointain qui sonne les vêpres. Elle plie le genou, elle prie.
€Un lys, que Dieu avait fait pousser là au milieu d'herbes parasites, sentait de chaudes larmes mouiller doucement ses racines. Ces larmes arrosaient à la fois et la fleur et l'âme de la jeune fille» .... c Soudain elle voit, oh joie! elle voit assis auprès d'elle Manthos, tenant dans la main le lys que ses pleurs avaient mouîllé.i
Manthos n'avait pas oublié son serment, cDieu, lui dit -il, a permis que lesprit de la vie recueillît et consolidât ma cendre dispersée, et que je reprisse pour un moment cette forme qui ne \dvait plus qu'en toi.»
Eudoxie ne se croit pas digne de raccompagner aux sphères éthérées qui sont aujourd'hui son séjour. «Mais le son ne retourne pas plus vite des voûtes qu'il a frappées,» que le jeune homme ne répondit à sa bien-aimée: «Les martyrs de la douleur, qui ont soutenu triomphalement la grande agonie de l'âme, te recevront là-haut, ô jeune fille! Elle t'appelle, la malheureuse qui vît ses enfants forgés à ses pieds, et qui, tout en chantant