‹ Histoire littéraire de la grèce modernChapitre 236 sur 256 · Chapitre XlV. — Poètes vulgariëtes: Valaoritia · texte numérisé non relu

Chapitre XlV. — Poètes vulgariëtes: Valaoritia

rimes, ayant pour héroïne cette intéressante victime de la férocité d'Ali Pacha, sur laquelle nous avons vu plus haut que plus d'une tragédie a été écrite. Le poème de Valaoritis se distingue de tous ceux qui ont traité la même matière par une grande audace de pensées et d'expression, qui ne saurait convenir à Tart dramatique- Nous en donnons un exemple:

«Tahir.

(Ce fragment est en vers blancs.)

«Vézir, j'avoue que je ne m'attendais pas à entendre le terrible lion de l'Albanie gémir comme une tourterelle dans le désert. A ton ordre ma tête peut rouler à tes pieds ; mais, ô mon père, prête l'oreille à ton viel ami. Nos deux mères nous mirent au monde au même instant. Une force supérieure nous a envoyés ici bas, au lieu d'envoyer le tremblement de terre, l'explosion d'un volcan, l'inondation, l'épidémie, la famine ou toute autre misère. Ta mission 'a été d'être le glaive tranchant, la mienne d'être le fourreau fidèle qui garderait cette épée. Nous courons du même pas depuis quarante ans. Regarde, Vézir, combien de montagnes nous avons franchies, combien de rochers et de précipices. Reporte ta pensée en arrière, compte nos traces et compte les tombes qu'elles ont creusées.

tll est dommage qu'on ne les voie pas; car qui peut se les rappeler? Les corps se sont dissous, ô Vézir, les os ont été réduits en poudre. La terre qu'on entasse sur les tombeaux s'éboule doucement et disparaît; arrive ensuite le printemps avec ses fleurs, avec ses feuilles vertes, ses jeux et ses rires, et là où gît la victime du

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meurtre, isolée et entourée de ténèbres, les enfants dansent et les oiseaux chantent.

cLe sang que nous avons versé la terre Ta bu, le nuage l'a lavé, la rosée Ta efiacé ; nous l'avons oublié. Dans la nuit quelquefois les fantômes de nos victimes nous apparaissent; mais qui en aurait peur? Au premier rayon de l'aurore ils s'évanouissent. Ne crains pas les morts: ils sont tranquilles; ik ont le sommeil profond; ils dorment comme les petits enfants.

c Maintenant, ô Vézir, je te demande si je ne t'ai pas montré le vrai moyen de ravir à Dieu la toutepuissance, de te rendre son rival et de le combattre en face. Si lui donne la vie, toi, tu la détruiras. Comment devais -tu agir? Avec l'amour que tu n'as pas recherché dans ta jeunesse et après lequel tu cours maintenant, tu aurais encore aujourd'hui été sous la loi de la misère dont tu souf&ais à Tépélin. Assis devant ta porte, tu aurais encore tendu la main au passant Tu as pris en haine le monde, et tu en as triomphé.

cMais n'oublie pas que Souli vit encore, ainsi que Lampro Zavella. Rappelle toi que là où elle est couchée sous la terre, ta mère ne trouvera sommeil ni repos à moins que tu n'égorges Gardiki sur sa tombe.

c Vézir, dis-moi, quels sont tes désirs? Quelle femme ou quelle fille ta fui et n'est pas venue se placer à ton côté? Quelle est la mère à Janina ou quel est le pète qui oserait te refuser les charmes de son enfant? Les années ne t'ont pas vieilli; ton bras ne tremble point; tes lèvres sont du feu, ton regard lance la foudre. Qui, en voyant la crinière blanche du Pinde enveloppé dans sa majesté, ose dire que le géant a vieilli? Dis ce que tu veux, donne tes ordres. Ma main et mon âme sont à toi. Ouvre ton cœur à ton ami

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