Chapitre XIV, — Poètes vnf gariates : Aphentoulis
<:hant, où les jeunes Cretois s'arment pour marcher contre les Turcs:
cMère, vois -tu là bas le bon Constantaki?» disait une tendre colombe, une rose à peine épanouie, ime fillette de douze ans. Vois comme il est armé. Mère, fais-lui signe de venir. Trois jours il est resté loin de nous. Hélas, mèrel C'était comme toute une année. Où pouvait donc aller Constantaki tout seul? — Taistoi ma petite. Aye honte que les voisins ne t'entendent. — Vois, mère, il nous salue. Mon œil se trouble; je pleiwe, ô ma mère. Pourquoi? Ah! J'ai peur des armes. Je lui ai déjà dit de ne pas en porter, car il m'effraye.
€ — c Laisse le aller, ma fille, laisse- le aller comme son aieul racheter le sang de son père,» disait un vieillard, assis à la porte voisine, qui avait prêté l'oreille aux discours de l'enfant et de la veuve. «Mon petitfils, mon seul rejeton, c'est pour ce moment que je le nourrissais, afin qu'il ceignît mon épée. Je l'endormais -dans mes bras, je le berçais avec la main qui me manque, et je lui mettais la nourriture dans la bouche comme k un jeune pigeon. Laisse mon petit fils aller avec ma bénédiction, aller à la guerre comme mon enfant y est allé. Pendant trois jours et trois nuits nous combattions côte à côte. Nos fusils étaient brûlants, nos sabres s'étaient courbés ; mais mon intrépide aiglon n'a pas bougé d'un pouce de mes côtés. Son bras tournoyait comme le moulin quand le vent souffle avec violence, et que son aile crie en pliant. Nous combattions ensemble, et il me couvrait de sa poitrine.
«Au troisième soir une bombe meturtrière tomba à mes pieds. Tous reculent épouvantés devant le projectile qui siffle comme une vipère dans le creux de la terre. Sans hésiter un instant, mon fils se jette en avant,
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et lance son manteau pour étouffer le monstre. Mais soudain la bombe prend feu, éclate en mille morceaux, creuse un trou profond, et malheur! je vois mon fils adoré tomber, et se débattre méconnaissable, nojé dans son sang. J'étendis la main pour le soutenir; la main n'y était plus. «Père, dit-il, je te quitte. Prends soin de mon Constantaki. Il sera bientôt orphelin et de moi et de toi. Dis-lui que je suis mort à mon poste. C'est ma dernière prière.» Il se tourna sur le côté, et ne bougea plus. Son âme avait pris son vol vers le ciel. Laisse-le, ma fille, aller, comme son aïeul, racheter le ^ang de son père.»
tLa jeune fille cachait dans ses deux mains son visage ângélique, et couvrait ses yeux qui lançaient des flammes. Elle penchait sa tête sur le sein embaumé de sa mère, et demandait secours à son aôection.»
A. PARASCHOS.
Dans la catégorie des poètes qui ont cultivé le dialecte populaire nous en comprenons un qui eût pu tout aussi bien être classé parmi les premiers de ceux qui ont écrit en style élégant et soigné. C'est Achille Paraschos de Smyme, frère de G. Paraschos, que nous avons cité plus haut. Quelque langue qu'il emploie^ quelque corde qu'il tende à sa lyre, il en sait toujours tirer les accents les plus mélodieux. Il semble cependant se complaire d avantage dans les tons simples et pittoresques de l'idiome du peuple; il y est plus à son aise, et en obtient les plus beaux efïets.
Il possède au plus haut point toutes les qualités les