‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 10 sur 135 · Chapitre I. — P. Soutsos. I · texte numérisé non relu

Chapitre I. — P. Soutsos. I

et toutes celles cjui ne sont pas des pièces de circonstance, et où sa muse ne sacrifiait pas à des puissances mondaines, tiennent un haut rang dans la littérature. Son style est figuré, ses images sont grandes, et s'il aime à faire dans ces compositions aussi des emprunts aux littératures étrangères, ce sent toujours les plus grandes beautés qu'il implante d'une manière habile sur le sol national.

Nous voulons donner, comme échantillon de sa poésie lyrique, une ode que nous avons osé traduire en vers, dans l'espoir de mieux reproduire le mouvement de ses stro phes :

«ODE «sur la mort de l'amiral Miaoulis.

«Non, il n'est pas tombé lorsquarmé de la foudre il chassait devant lui cent vaisseaux orgueilleux; et les débris fumants de la frégate en poudre n'ont point enseveli ses restes glorieux.

Cependant il fut grand à son heure dernière. Lorsqu'il eut reconnu la barque des enfers, il la vit sans trembler, de cette mine altière dont il fixait jadis les forts mouvants des mers.

Notre Roi, déposant l'éclat de la couronne, vin t embellir l'horreur de ses derniers instants. Le héros tend la main, digne soutien du trône, et lui dit: Protégez la Grèce et mes enfants.

Patras de ce grand jour conserve la mémoire, lorsque seul, combattant les flottes de Tahir,

20 //. Partie, — Livre IL — Poètes.

il vit sous les boulets et sous la flamme noire l'horizon s'embraser et le ciel s'obsurcir.

Debout sur le tillac de sa barque intrépide, d'une main il réglait son sillage incertain; de l'autre, aidant le brave, exhortant le timide, il opposait au nombre un courage d'airain.

Il n'est plus! Couronné de laurier et de palme, son front de ses hauts faits garde le souvenir. Ennemi, ce beau front est immobile et calme. Pour la première fois viens le voir sans pâlir.

De notre liberté le grand pilier succombe. Veuve, l'antique gloire, au milieu des débris, pour chacun de ses fils voit s'ouvrir une tombe que l'étranger hautain contemple avec mépris.

Des faits de tes aieux conserve la mémoire, jeune race, étrangère à leurs guerriers exploits ; et si leurs monuments tombent en poudre, crois à l'immortalité du livre de l'histoire.

Rouges de notre sang, couverts de nos lauriers, périront-ils ces champs et ces riches campagnes? Ces cimes, ces vallons, ces géantes montagnes, ce sont les monuments de nos fastes guerriers.

L'astre brillant des cieux, dans sa course éternelle, reflétera ces temps toujours grands, toujours beaux, et prêtera toujours une splendeur nouvelle aux rayons immortels qui couvrent le héros.

Il est là ; près de lui Thémistocle repose. On dit qu'on voit errer leurs ombres dans la nuit sur la grève, où le flot que la mer y dépose raconte leurs exploits à chaque flot qui fuit.

Page 1