‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 9 sur 135 · Chapitre I. — P. Sotitsos. I · texte numérisé non relu

Chapitre I. — P. Sotitsos. I

et le crocodile, et la Grèce devant Jupiter et Bacchus. Jésus vient briser les temples des faux dieux et faire cesser leur règne.

cVous poursuivez Jésus comme, l'hérésiarque d'un dogme fondé sur l'immortalité! Songez que la contemplation immense d'un avenir infini, la vaste conception de réternité. plus puissante que les lois écrites par les hommes, épouvante le malfaiteur et le retient. Quand Rome se courbe devant César, comment seule l'âme de Caton reste-t-elle debout? C'est que Platon la déclarée immortelle, et que sur la foi de sa parole le grand Romain meurt en se déchirant le flanc. O vous, vrais Romains , fils des victimes immolées sur le grand autel de la patrie, Jésus prêche à vous, à tous les peuples asservis, une doctrine libératrice.»

C'est en ces termes que, par un anachronisme historique, il décrit la décadence de Rome:

<fAURÉLIE.

«Les richesses et les grandeurs de Rome ne t'ontelles pas étonné ? Ton regard doit s'y être attaché plein d'admiration.

«TJVIUS.

«Comme les pyramides de Memphis Rome attire l'admiration par ses dehors; à l'intérieur elle n'est, comme elles . qu'un tombeau renfermant des ossements et des cendres , et élevé avec des sueurs et des larmes. Des affranchis occupent les sièges d un sénat servile et prévaricateur. La vue du cirque ensanglanté, des lions qui se disputent des lambeaux humains , plaît à un peuple lâche, qui avait été grand par le passé, de même que l'intempérance de la jeunesse flatte les vieillards impudiques. Tout noble élan y a disparu; la vertu y est morte, ainsi que l'amour de la patrie. Où êtes-vous, ô

Rangabé, Littérature néo- hellénique. II. 2

lo //. Partit. — Livre IL — Poètes.

couples de demi -dieux, les deux Catons et les deux Brutus ? Le sombre Tibère a par ses proscriptions plongé Rome dans le silence des tombeaux. Je suis sorti d'une nuit sombre lorsque j'entendis le cri généreux de la liberté, et que je rencontrai le Christ parlant aux assemblées publiques, et consolant les peuples qui gémissaient dans les fers.»

Il -est inutile d'insister sur les détails des trois autres drames du même poète, intitulés VlacJiavas, Caraïsca- Jcis et )^ Inconnu. Ils portent le même caciiet que les deux premiers, et ne contiennent que des fleurs lyriques brodées sur d'informes canevas de tragédies, des scènes impossibles, sans intrigue et sans dénouement, des dialogues improbables, des personnages sans jeu de passions et sans caractère. Ce ne sont pour la plupart que des couplets mis bout à bout, et très -souvent même des couplets traduits d'opéras italiens. Le farouche Sélim roucoule comme un Roméo, son amante échange avec sa suivante des strophes pindariques; Palladius, le Prince grec du Phanar, est un tyran de mélodrame, offrant à sa jeune femme le poison ou le poignard. Mais tous ces lieux communs maladroitement compilés, souvent empruntés à des œuvres de nulle valeur littéraire, sont exprimés en des vers qui, pour la mélodie et la grâce, l'emportent sur ce que la littérature de la Grèce moderne a encore produit de plus parfait.

On comprend que le drame n'est qu'un effort pour le poète, et une aberration de son talent. Son véritable élément est la poésie lyrique. Il a publié plusieurs odes^

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