Chapitre XIII. — Poètes Ioniens: Foscolo. Palli
tout autant dans la poésie moins éphémère, où la reflexion et l'étude viennent en aide à l'inspiration et l'épurent, et elle a écrit des poèmes et des romans, qui la rangent parmi les illustrations contemporaines de la littérature italienne. Elle a malheureusement eu si peu d'occasions d'approfondir sa propre langue, qu'elle ne s'est jamais hasardée à en faire usage dans ses compositions, excepté pour quelques petites pièces de circonstance ; tandis qu'elle n'a pas hésité à écrire une tragédie, intitulée Euphrosyne^ en vers français, dans laquelle on est étonné de voir que, sans connaître à fond les bases de la prosodie française, elle a souvent composé des scènes parfaitement imitées des classiques, de la lecture desquels on voit aisément qu'elle avait saturé son esprit.
Calvos est, comme Salomos, un Ionien; mais loin de se contenter, comme lui, du jargon de son île, il fait pour l'épurer, dans ses poésies lyriques, des efforts qui ne sont pas toujours couronnés de succès. Il perd trop souvent de vue que le grec moderne n'est dans sa plus grande partie qu'une altération du grec ancien, due à l'ignorance ou à la négligence, et qu'il a gardé le cachet intact de son origine, vers laquelle il aspire sans cesse. La seule manière de l'épurer, c'est donc de le rapprocher le plus possible des formes classiques, tandis que celles que Calvos adopte souvent ne sont sanctionnées ni par la grammaire ni par l'usage.
2 2 2 II. Partie. — Livre II. — Poètes.
Il a déclaré la guerre à la rime, croyant avec raison que cette chaîne que ne connaissait point le génie des anciens, et dont les chants populaires sont aussi affranchis, n'est point indispensable à la poésie grecque. Pour s'en débarrasser, il se servit d'un rhythme arbitrairement choisi, sans se trop rappeler que l'harmonie a ses lois obligées dans la nature, et que dans son domaine on ne peut rien inventer qui ne soit dicté par elle. Ce qui semble peu régulier dans la lyrique des anciens et dans celle des cantiques de l'église, a son explication et ses règles obligées, bien que non apparentes, dans la musique, dont ces chants étaient toujours accompagnés.
Calvos a publié quelques odes à l'allure vigoureuse, au mouvement dithyrambique, aux pensées brillantes et neuves. Mais fatigué de sa double lutte contre la langue de son île qu'il trouvait de la difficulté à manier, et contre le rhythme gênant et ingrat qu'il s'était créé, il se retira trop tôt de la carrière poétique, qu'il eût pu parcourir à sa propre gloire et à celle de la Grèce.
Voici un échantillon de sa poésie:
«La vision.
«Mon esprit se trouble. La terre penche sous mes pieds; il me paraît que je cours sans le vouloir dans une forêt suspendue à un pan de montagne.
«Le sort m'entraîne. Quelle nuit affreuse et quelle terreur dans l'endroit où je me précipite! Est-ce une caverne, est-ce la gueule de l'enfer?