Chapitre XIV. — PohtCH rulgarisfcs: A. Pam.sc/tos. 2Ôy
injustement sans doute, comme il le reconnaît d'ailleurs lui-même, aux Grecs de l'antiquité, (^iie les politiciens Grecs d'aujourd'hui prétendent prendre toujours pour modèles et pour garants de leur conduite. De cette mélancolique mais spirituelle boutade, écrite en de trèsbeaux vers, nous citons quelques strophes.
Après avoir médit des Dieux de TOlympe et des temps héroïques, il ajoute:
«Mais peut-être diras -tu que ce sont là des fables. Veux-tu l'histoire véritable? Tu y verras avec douleur les mêmes traits s'y reproduire.
«Ouvre sa plus belle page, reporte-toi au combat de Marathon. As-tu un autre jour à me signaler qui élève plut haut l'honneur de la patrie.^
«Aussi long-temps qu'un cœur mâle palpitera dans un sein épris de la vertu, votre nom sera adoré, ô champs sacrés de Marathon !
«Une poignée de guerriers libres t'y ont sauvée, ô sainte Hbertél Mais là aussi que cache l'histoire? Leur triomphe à quoi est-il dû?
«A-t-on élevé une statue à chacun des héros qui y ont combattu? N'est-ce point le hasard qui a décidé du sort de la bataille? N'est-ce pas l'aveugle ballottage qui a sauvé la Grèce?
«La patrie était en danger. L'ennemi l'a envahie et l'inonde. A quoi pensent ses fils? Comment chacun aura le commandement au Heu de son rival.
«La discorde se met entre eux. Il y a dix généraux, ils ont dix avis contraires. Trouves-tu que je les calomnie, on que je me trompe ? Hélas ! Tel fut et tel est le Grec.
«Et si, en palce de Miltiade, le sort avait désigné
208 //. Partie. — Livre II. — Poètes.
alors un autre pour chef, les soldats de Perse eussent triomphé, et Athènes eût porté le turban.
«Et si, à Salamine, Thémistocle, tendant le dos au bâton, n'avait par ses stratagèmes forcé les Grecs affrayés à se battre ...»
C'est ainsi qu'il déverse sa mauvaise humeur sur
toute la Grèce antique, peuple, hommes d'État, hommes
de guerre et philosophes. Mais il fait amende honorable
par ces strophes qui terminent le poème:
«Insensé quiconque tire vanité de la gloire des ancêtres. Cette gloire n'est qu'un vain mot. Notre canaille d'aujourd'hui diffère peu de celle de l'antiquité.
«Mais quels blasphèmes ai -je prononcés! quelle est mon aberration ! Oii l'amertume m'a-t-elle entraîné! Ombres de nos pères pardon! Nous, les nains, comparés à vous, les géants!
«Non, la génération actuelle ne s'élève pas à votre hauteur. Aveugle ! Je suis aveugle ! Et que nous restet-il si votre gloire nous fait défaut?
«La Grèce d'aujourd'hui n'est qu'une triste parodie de celle d'autrefois. Voilà le mot de mon inspiration; voilà ce qui m'a dicté ces lamentations.
«J'ai vu tout conspirateur banal prétendre au nom de Thrasybule, tout assassin se dire un Aristogiton, et l'antiquité m'a paru comme un miroir de ce que nous sommes aujourd'hui.
«Voilà pourquoi j'ai senti en moi de la haine contre la renommée des anciens, et de même que Job qui maudit la nuit où il fut dit: «Un enfant est né,» j'ai maudit la mémoire de nos ancêtres.»