LE ROMAN
Le roman, qui prime aujourd'hui dans presque toutes les littératures modernes, est le genre qui s'est encore le moins développé en Grèce. Cela tient à deux raisons: D'abord le roman n'est pas un livre indispensable. Il n'est imposé ni, comme les livres de science, par la nécessité de l'instruction, ni, comme la poésie, par celle de l'inspiration, par le besoin impérieux que le poète sent d'épancher le trop plein de sont cœur. Ensuite, le nombre des romans qui se publient dans toutes les langues est si immense, et leur traduction, surtout lorsqu'on ne tient pas à bien traduire, demande si peu de peine, qu'il n'y a presque pas de jeune homme en Grèce qui quitte les bancs du collège sans s'emparer du premier roman qui lui tombe sous la main, et sans le traduire tant bien que mal, et, il faut bien le dire, plutôt mal que bien. On sait combien de ces compositions sont faites en dépit des Muses. Elles ne sont que des produits de fabrique, surtout destinés à l'exportation, et, maltraitées qu'elles sont par les traducteurs, elles n'ont que ce qu'elles méritent.
Il est inutile d'insister sur ces entreprises plutôt commerciales que littéraires, qui, par le choix peu judicieux des originaux, par le peu de compétence des traducteurs, et par la hâte avec laquelle les traductions sont faites,
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portent atteinte non seulement aux bonnes mœurs, mais très-souvent aussi au bon goût et à la pureté de la langue» Elles l'entachent de solécismes qui lui nuisent, car ces romans, tout mauvais qu'ils sont, et souvent même parcequ'ils sont mauvais, ne laissent pas d'être beaucoup lus ; Souvent même elles y font entrer des tournures empruntées aux langues étrangères, tandis qu'avec moins de négligence et un peu plus de connaissances philologiques, on en trouverait les équivalents dans les auteurs anciens.
Nous ne nions pas de très -honorables exceptions. Toutes les fois que des hommes sérieux et instruits, comme par exemple N. Dragoumis, le rédacteur de la Pandore, E. Simos, M. Reniéris et d'autres, se sont donné la peine de doter les lettres greques de romans étrangers, ils ont toujours eu soin de choisir les ouvrages qui ornent et non ceux qui déparent les littératures de l'Europe, et l'ont fait de manière à perfectionner la langue et à l'enrichir. La variété des détails et des situations que le roman comporte leur donnait l'occasion de remettre en usage une foule d'expressions empruntées à de bonnes sources, qui donnent la souplesse et l'abondance nécessaires au langage de la vie actuelle, organe d'une société développée.
Les essais de romans originaux sont rares, mais n'ont pas tout à fait manqué à la Grèce, comme on a pu le voir dans d'autres parties de ce livre.^ Il y a en outre quelques compo-
I) Chap. I, II, III etc.