‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 14 sur 135 · Chapitre IL — A. Soutsoa · texte numérisé non relu

Chapitre IL — A. Soutsoa

quée au coin de la justice, et a même c^uelquefois plus nui aux intérêts publics qu'elle ne les a servis, elle possède une qualité qu'on peut rarement lui contester, celle de plaire tout en portant ses plus rudes coups. La i)erfection et la beauté de ses vers est relevée par la spirituelle vivacité des sallies, dont quelques unes portent un brillant cachet d'originalité. Il y en a même qui, découlant de sa propre verve, et exprimant d'une manière heureuse les idées et les sentiments des temps qui les ont produites, ont presqu'acquis la popularité du proverbe. Tet est le refrain de la satire du Jour- 'naliste:

«Je suis un patriote intraitable et brutal.

Qu'on me donne une place, ou j'écris un journal.»

Et cet autre de la satire sur la liberté de la ^^re^se :

«La presse est libre, à moins qu'on ne veuille médire

des ministres, de leurs commis,

des préfets et de leurs amis.

La presse est libre, à moins qu'on ne prétende écrire.»

A. Soutsos a commencé sa carrière poétique en 1824 par la publication d'un petit recueil de satires contre les hommes et les choses du jour. Le moment était peut-être mal choisi pour chanter, et surtout pour tendre l'arc de la moquerie contre ceux qui mouraient les armes à la main. Mais on ne prescrit pas à la verve quand elle doit éclore, et même dans ces temps si tristement sérieux il y avait assez de travers pour inspirer un poète satirique qui ne s'est jamais beaucoup

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distingué par Tappréciation de là propos. La langue de ces premiers essais de sa muse était encore négligée; mais on y voyait déjà poindre les lueurs de son génie.

Depuis, il n'a cessé d'accompagner de ses chants tous les changements politiques que la Grèce a eus à subir. Nous ne pouvons pas, sans nous exagérer son rôle, affirmer que ses poésies ayent toujours exercé une influence marquée sur l'opinion publique. Pour se mettre à la tête de l'opinion il ne s'élevait pas assez au-dessus d'elle; il la suivait bien plus qu'il ne la guidait. Cependant il n'est pas moins vrai que ses satires ont toujours attiré l'attention, et qu'elles ne cessent jamais d'être lues avec plaisir, à cause de leur perfection littéraire aussi bien que de la malice piquante qui les caractérise. Nous dirons aussi que sans être la reproduction fidèle des temps auxquels elies se rapportent, car elles sont loin d'en embrasser l'ensemble on de les apprécier toujours avec équité, elles n'en reflètent pas moins un des côtés, en ce qu'elles sont l'écho de tous les mécontentements, de toutes les colères du moment, et resteront toujours des monuments que l'historien national qui voudra rendre l'esprit de l'époque^ devra prendre en considération.

Ses premières productions poétiques 1 exposèrent à des animosités qui le déterminèrent à quitter la Grèce, et à se rendre à Paris. Il y publia son histoire de la révolution. Revenu dans sa patrie sous le gouvernement du comte Capodistrias, c'est contre lui qu'il vida

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