Chapitre IL — A, Soufsos
bientôt les traits les plus acérés de son carquois satirique.
Dans ces nouvelles compositions aussi son pinceau est trempé dans le fiel des haines de parti ; ses tableaux sont des charges. Mais il a si bien su rendre les Grâces complices des fureurs politiques dont il se faisait l'organe, qu'on dit que le Président de la Grèce rendait lui-même hommage à sa verve, riant tout le premier de ses spirituelles attaques.
Nous en donnons un échantillon, qui fait voir le genre, en même temps que la violence de ses compositions.
«COMPTE -RENDU de Capodistrias à l'assemblée nationale.
«Représentants du peuple, mon auguste tribunal, je viens vous rendre compre de la légalité de mes actes. La Grèce, grâce au ciel, ne s'est pas courbée sous le joug. Si Samos et Candie ont été remises à l'ennemi, si, en tergiversant pendant quinze mois, j'ai réussi à ne pas me faire rendre les forts de Negrepont et d'Athènes, j'avais des raisons majeures : Les cabinets . . . moi-même ... le peuple . . . considérant d'une part et de l'autre . . . J'avais beaucoup à vous dire encore, mais que voulezvous? Les grandes puissances alliées m'empêchent de parler.
«Si par l'astuce ou la violence j'ai réussi à brûler votre flotte précieuse; si j'ai fait verser à Poros le sang grec sous le glaive mercenaire de mes satellites ; si j'ai voulu vous châtier par la férule d'une puissance étrangère et vous brouiller avec toute 1 Europe, j'avais des raisons majeures: Les cabinets. . . moi-même ... le peuple
28 //. Partie. — Livre IL — Poètes.
. . . considérant d'une part et de l'autre . . . J'avais beaucoup encore à vous dire, mais que voulez-vous? Les grandes puissances alliées m'empêchent de parler.
«Je suis un républicain ardent; je meurs d'amour pour la constitution. Si cependant vous m'avez vu pendant trois ans en saper les bases, manquer à mes serments, intercepter les lettres et poursuivre la presse, violer nuitamment l'asile des maisons, exiler les citoyens et les punir sans les avoir jugés, j'avais des raisons majeures etc.
«J'ai enrichi le peuple. Voyez plutôt mes frères et quelques uns de mes affidés qui regorgent de richesses. Mais si les principaux citoyens sont dans la misère, si j ai laissé les filles de Botzaris, les enfants de Caraiscos, vivre du produit des quêtes et du pain de la charité, j'avais etc.
«Le créateur lit au fond de mon cœur; l'amour de la patrie y est seul gravé. Mais si j ai éteint les lumières, si j'ai corrompu les mœurs, si l'or a coulé à des milliers d'espions, si j'ai voulu vous ruiner tous, grands et petits, et si j'ai désiré la mort des plus grands citoyens, j'avais etc.
«J'ai la confiance de vous avoir prouvé que je suis irréprochable. C'est moi qui suis votre constitution; n'en demandez pas d'autre. Montrez-vous dévoués comme à Argos, accordez-moi, comme vous avez fait là, la dictature, et je jure par la vie de mon frère Viaros, que, si j'y parviens, je vous attacherai tous mains et pieds, les hommes instruits aussi bien que les ignorants. J'ai des raisons majeures, etc.»
On comprend que sur ce ton de récriminations générales on pourrait écrire des volumes, et qu'il n'y a pas de gouvernement qui serait épargné.