‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 32 sur 135 · Chapitre III. — A. R. Rangabé · texte numérisé non relu

Chapitre III. — A. R. Rangabé

bivouac. Le prêtre Stéphanos, accompagné de Parthénios, un novice, se présente à Zerbos, leur chef, et lui demande asile. Pendant son séjour auprès de ces montagnards, il leur parle de ce que la Grèce fut autrefois, de ce qu'elle serait encore s'il se trouvait des hommes courageux pour la délivrer. Au troisième jour les clephtes amènent quatre prisonniers, quatre prêtres étrangers qui portent au cou des chaînes ornées de pierreries.

«Malheur à qui toucherait à ces Saints hommes,» s'écrie Zerbos; il les accueille comme il avait accueilli Stéphanos, et les invite à lui dire qui ils sont et ce qu'ils cherchent dans ces déserts.

Là dessus ils lui racontent qu'ils viennent de Russie, où Catherine, femme inique, souveraine haïssable, avait assassiné son époux, Pierre III, chéri du peuple. Cependant une rumeur avait couru, que Pierre, échappé au poignard, errait inconnu dans des pays lointains. Ayant suivi ses traces, ils furent eux-mêmes conduits jusques à ces montagnes. «J'en connais toutes les gorges et tous les endroits les plus cachés, repond Zerbos. Votre souverain n'y est pas.»

— «Votre souverain, le voici», s'écrie Stéphanos. Il rejette son manteau de burre, et se montre couvert d'un uniforme brodé d'or et de diamants. Il raconte alors par quelle ruse il a échappé à ses assassins, comment il erre depuis par tout l'Orient, portant tantôt le fusil du clephte, tantôt l'habit du caloyer, mais toujours menacé et traqué, jusqu'au moment où il a pris refuge

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auprès des braves des monts Cérauniens. Les pèlerins le reconnaissent, Zerbos avec ses clephtes se met sous ses ordres, et il s'engage à soulever avec eux et à délivrer les Grecs, pour ensuite, avec leur aide, revendiquer le trône de ses pères. Tous se jettent à ses pieds, mais Parthénios se jette dans ses bras, et lui demande en murmurant si Pierre ne renie pas les sentiments de Sostis.

Au quatrième chant, deux camps, celui des Turcs et celui des Grecs sont en regard l'un de l'autre. Le second, composé d'ardents patriotes qui rêvent la liberté, est de beaucoup inférieur à l'autre, qui l'entoure de toutes parts. Pierre assis sur un tronc d'arbre, est soucieux. Son jeune aide de camp vient lui annoncer que toutes les issues sont occupées par l'ennemi. Pierre pâlit; une larme se montre à sa paupière. — «Pierre aurait peur!» s'écrie le jeune officier. «Peur? qui ose le dire? C'est pour toi seule, Irène, que j'ai peur», répond Pierre. Celle-ci ne demande d'autre bonheur que de mourir à ses côtés.

Les chefs haranguent les deux armées. Le combat s'engage, et après des prodiges de valeur les Grecs plient ; Zerbos tombe. Au plus fort de la mêlée Pierre entouré, a son épée brisée dans la main. «Prends la mienne, lui dit Irène. Je ne sais pas m'en servir ; dans ta main elle peut encore être utile». Pierre se saisit de l'arme, et disparaît dans la foule qui le presse. Irène croise les mains sur la poitrine, tombe sous les coups ennemis, et son sang rougit la terre.

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