‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 33 sur 135 · Chapitre III. — A. 11. RangaU · texte numérisé non relu

Chapitre III. — A. 11. RangaU

Au cinquième chant, la superbe Catherine IL, à qui l'assassinat de Pierre avait assuré la toute-puissance, préside à un bal au Kremlin. Ses complices, mécontents de la part du profit ([u'ils avaient eue du crime, avaient commencé à murmurer et à comploter. Soudain une nouvelle fut répandue qui les glace de terreur. Il fut dit que leur victime avait échappé, que Pierre revenait inexorable contre ses ennemis. Aussitôt le complot s'évanouit, les plus mécontents entourent l'impératrice, et livrent leurs chefs, qui subirent le dernier supplice. C'est pour célébrer ce triomphe que Catherine donnait ce bal somptueux. Son favori, Orloff, était à ses côtés.

Elle prenait plaisir à contempler les danses, lorsqu'un colonel s'avança et mit genou à terre. «Par tes ordres, dit-il, j'ai soulevé les peuples ; j'ai fait couler le sang. J'ai conservé ma vie au milieu des combats. Je viens la mettre à tes pieds». Mais Orloff est hors de lui. Il croit voir le fantôme de Pierre, qu'il avait étranglé de ses mains. Catherine l'apaise, et détachant le sabre qu'il portait, «Stéphanoff, dit-elle au colonel, en récompense de tes exploits reçois cette arme toujours victorieuse. Je te fais Général. Je te donne en même temps la jeune Alexie, ma suivante. Je sais que vous vous aimez depuis long-temps».

Stéphanoff, fier et heureux , sort des salons magnifiques donnant le bras à sa belle fiancée, et tenant à la main le sabre précieux qu'il venait de recevoir. Arrivé dans les vastes cours , où la nuit est sombre, une

Rangabé , Littérature néo- hellénique. II. 5

66 //. Partie. — Livre IL — Portes.

main l'arrête ; c'est celle d'une jeune fille. Une simple rose orne ses cheveux. «Stéphanos, dit-elle, Pierre ou Stéphanoff, ou quel que soit ton nom, tu oublies que tu me dois l'épée que je t'ai autrefois prêtée. Rends. la moi». Et tirant le sable qu'il tenait, elle l'enfonça dans son propre sein.

Un moine inconnu est venu finir ses jours au Mont Athos. Il paraissait en proie à de vifs remords. Un soir il fait appeler auprès de lui le supérieur et lui fait sa confession: Il a poussé au suicide celle qui l'aimait. Cédant à l'ambition, alléché par un vil intérêt, il a, sur un ordre reçu, versé le sang des peuples, et les a poussés à leur perte en invoquant le prestige de la liberté. Le vieillard l'engage à se repentir, à demander à Dieu son pardon. Mais la mort le prévient; il expire au moment où le tonnerre gronde au ciel.

Long-temps après on voyait au bord de l'abîme, sous un cyprès foudroyé, une pierre qui, pour toute inscription portait le nom Stéphanos.

Nous voulons donner de ce poème un court extrait, non pour le mieux faire connaître, mais parceque ce passage se rattache à la biographie des deux poètes éminents, Alexandre et Panaghioti Soutsos. Il est tiré du 4^ chant, où est décrit le combat entre les chrétiens et les Turcs. Nous empruntons la traduction que M. le Marquis de Queux de S. Hilaire a insérée dans son article sur A. Soutso^):

1) Annuaire de l'association pour l'encour. des L. grecques. 1874. P' 420.

Page 1