‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 35 sur 135 · Chapitre III. — A. R. Ramgahé · texte numérisé non relu

Chapitre III. — A. R. Ramgahé

couchant, laissant derrière lui une trainée d'or sur le bord céleste.

«iSur une colline voisine du hameau solitaire, de l'herbe verte a recouvert le corps du viellard. Tout autour sa fille cultive des fleurs des morts, et les arrose de ses larmes. La lune l'y trouve à son lever, et l'y laisse lorsqu'elle descend au couchant. Elle a pâli comme le disque de l'astre des nuits; la douleur flétrit ses jeunes appas, et elle dessèche comme le thym du désert.»

Un an après la jeune fille était enterrée auprès de son père.

.... «J'y repassai après un an encore. J'aperçus les ruines d'une cellule, et plus loin, trois monticules verts. Sur celui du milieu croissait un buisson sauvage, qui étendait sur les deux autres son ombre amie. C'était le soir. Je sentis un frisson de terreur. La lune brillait; la nature était plongée dans un morne silence; on n'entendait que le léger bruissement du buisson agité par le vent. Je passai auprès, et je fis le signe de la croix.»

La Voyageuse est la ballade d'une jeune fille qui meurt sur la tombe de son fiancé tué à la guerre. C'est un reflet des chants populaires. Elle est écrite dans la même langue et le même rhythme de vers, mais rimé.

he trajet de Bacchus et le Faucon impétueux sont également des ballades, composées en stances de petits vers, et en langue pure. L'une a pour sujet celui de la frise du petit monument de Lysicrate à Athènes; l'autre tire le sien d'une légende américaine, d'après laquelle un jeune sauvage va en rêve à l'île des ombres

70 II' Partie. — Livre II. — Poètes.

chercher lame de sa fiancée, mais est renvoyé par le Grand Esprit sur la terre jusqu'à ce que par de bonnes actions il soit purifié et rendu digne de la vie étemelle auprès de celle qu'il avait aimée. Pour donner une idée du mouvement de ces strophes, qui sont au nombre de loo dans chacune de ces pièces, nous avons essayé de rendre en français, d'après le rhythme de l'original, les dix premières de celle qui est intitulée:

«Le trajet de Bacchus.

«L'Egée aux flots silencieux

dormait à l'horizon bleuâtre.

Qu'on levât ou baissât les yeux, on découvrait partout des cieux,

un ciel d'azur, un ciel d'albâtre.

«La faible brise du printemps,

dont la tiède et rare haleine soufflait ou mourait par instants, arrivait des sommets distants,

embaumant la liquide plaine.

«L'astre du jour, en se penchant sur les flots assoupis qu'il dore,

couvre de flammes le couchant,

et la mer est un vaste champ qu'un vaste embrasement dévore.

«Là bas où, caressant le flot,

le vent le brunit et le frise, qu'est ce qui vient glissant sur l'eau? Est-ce un navire, est-ce un oiseau

déployant son aile à la brise ?

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