Chapitre II I. — A. R. Rangabé
«C'est un navire. En arrivant
il montre sa noire carène.
Il passe comme un mont mouvant, et son grand mât déroule au vent
sa banderole tyrrhénienne.
«Il vient majestueux et lent.
L'écume en argenté la quille; et le large sillon qu'il fend en pressant la mer sous son flanc,
accuse son progrès tranquille.
«Les marins avix muscles d'acier
vaquaient avec des cris sauvages aux travaux du rude mëtier, l'un à hisser et l'autre à plier
la large voile ou les cordages.
«D'autres, autour du mât serrés,
contemplaient l'horizon immense; et la rame à coups mesurés retombait sur les flots moirés,
du chant répétant la cadence.
«Le pont est large, et le devant
tremble, ébranlé par la pyrrhique. Les pas se mesurent souvent sur les voix, qui jettent au vent
le refrain d'un hymne nautique.
«Un homme à l'arrière est couché
sur un lit de peaux de panthère.
Sur son bras son corps est penché, et ses trais portent le cachet
d'une beauté printanière.» etc.
72 //. Partie. — Livre II. — Poètes.
A ces pièces originales succède une traduction du premier Chant de l'Odyssée, en hexamètres. Au sujet de ces vers nous croyons quelques éclaircissements nécessaires :
Nous avons indiqué plus haut^) l'affinité qui existe entre la versification ancienne et celle du grec actuel. C'est l'auteur qui l'a le premier indiquée dans une dissertation qui se trouve reproduite en tête du 5^ volume de la collection de ses œuvres littéraires. Mais tandis que tous les autres vers antiques se retrouvent plus ou moins dans la poésie moderne, l'hexamètre dactylique en avait presque entièrement disparu. Il est vrai que même dans l'antiquité, après les temps des rhapsodes, il devenait de plus en plus rare, cédant le pas aux Ïambes, aux trochées et aux anapaestes. L'auteur crut que, pour le ressuciter, il suffisait d'appliquer, pour lui aussi, comme pour tous les autres, les régies de la prosodie ancienne. Son premier essai fut une narration qu'il inséra dans sa tragédie de Phrosyne. Seulement, comme la langue actuelle n'a pas autant de syllabes accentuées que l'ancienne avait de syllabes longues, force lui était de renoncer presque en entier aux spondées, ce qui du reste dans la versification ancienne était aussi plutôt une licence passée en règle, et de composer les vers tout entiers de dactyles. Cependant, trouvant cette narration
1) Part. I, Livre III, Chap. IV. P. 115.